Vous avez demandé la police ?

Non, inutile de me rappeler que personne ici n’a réclamé que j’entreprenne le récit détaillé de ma dernière audience de police. Mussipont m’ayant fait twitteriquement promettre que j’en ferais le sujet de mon prochain billet, je ne saurais me dédire1 . Vous savez donc à  qui vous en prendre, au cas où. Le premier avantage immédiatement perceptible à  présider le Tribunal de police, c’est que l’on est certain que jamais, on ne vous y entretiendra de garde à  vue anticonventionnelle, de mépris des Droits de l’Homme par la Cour de cassation, d’illégalité à  débit différé ou de quoi que ce…

Kader est d’accord…

[ Je crois que ce texte est le plus long que j’aie jamais écrit sur ce blog : 14.425 mots, et 72.460 signes (ah quand même, la vache…)… Je vous en demande pardon d’avance : l’idée était de vous faire partager une petite journée judiciaire, un tantinet fluctuante, dans son intégralité. Et, euh… C’est long, une journée judiciaire intégrale, parfois. J’aurais pu le découper en deux ou trois parties, mais non, pour la même raison -et parce que c’est chez moi, ici ! Madame Mô m’a dit, encourageante, me retrouvant au petit matin de la nuit blanche qu’il m’a fallu…

« Des fois dans ma tête, ça va mal … »

Je ne sais pas si ce dossier m’a davantage hérissée ou attristée, lorsque je l’ai préparé en vue de l’audience d’hier. Un tout petit dossier de violences volontaires ayant entraîné une ITT1 inférieure ou égale à  huit jours, en l’occurrence un jour, l’auteur des faits étant ainsi cité à  comparaître devant le Tribunal de police. Les faits se résument facilement : on reproche à  Benoît d’avoir, au cours d’une « crise », tenté de se suicider2 puis d’étrangler son éducatrice3, qui a réussi à  le repousser, pas avant toutefois qu’il n’ait le temps d’imprimer à  son cou griffures et ecchymoses. La personnalité…

Monsieur Bertrand

Monsieur Bertrand est un instituteur d’à peu près cinquante ans, le visage assez marqué sous des cheveux mal peignés, et un désespoir assez profond lorsque je le rencontre, il y a plus d’un an : il est convoqué devant un juge d’instruction pour mise en examen, parce qu’il a commis, il y a de nombreuses années, des attouchements sur plusieurs des enfants qui étaient dans ses classes. Il m’explique, les yeux baissés, les mains tremblantes, qu’il l’a effectivement fait, et son désespoir est profond non pas parce que pour lui, les ennuis judiciaires vont commencer, mais parce qu’il est conscient…

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Nous sommes le vendredi 3 septembre 2010, date à  laquelle non seulement ma ville, Lille, se transforme provisoirement et pour trois jours en un monumental souk, rempli de camions dégueulant de marchandises en tous genres, de petits et de gros vendeurs, et de gens, de toutes catégories sociales et de tous coins de France et d’ailleurs, pour ce qui s’appelle la Braderie de Lille, énorme bordel organisé auquel on vient dans quatre buts exclusivement : boire, manger des moules, acheter, ou vendre ; mais encore, date à  laquelle la Justice de mon pays se transforme, provisoirement j’espère, pour au maximum…

Cyber Grand-Messe en ut Mineurs…

Je ne comptais pas vous parler une fois de plus d’un homme, d’une histoire, dont j’ai à  connaître parce que des infractions sexuelles supposées planent dessus (aux doux yeux du ministère public, bien sûr, comme ce qui sera listé plus bas…), mais voilà , un article publié par mon provisoirement ibérique confrère Eolas m’incite à  le faire, tant ce à  quoi il renvoie me met hors de moi – et tant les commentaires qu’il suscite, nombreux comme toujours, sont parfois totalement déraisonnables, comme à  chaque fois que l’on parle des rapports qu’entretient la Loi, notre Mère à  tous1, avec la sexualité…

Les clés du Paradis…

Ils forment un petit couple de vrais gentils : ils sont mignons, timides, se donnent facilement la main pour s’encourager mutuellement, et sont ainsi faits qu’on a immédiatement envie de bien les aimer -peut-être aussi parce qu’on sait qu’ils n’ont connu  qu’une succession de drames et de galères dans la vie, même s’ils n’ont pas encore cinquante ans à  eux deux. Quand je l’ai rencontré lui, pour vous dire, deux années plus tôt, jeune ouvrier sans parents qui bossait depuis déjà  cinq ans, c’est parce qu’il venait me demander d’être partie civile avec lui contre les abrutis qui un soir,…

Double Je (II)

L’audience n’est ouverte que depuis une poignée de minutes, et je jurerais que les choses sont déjà  mal engagées pour Victor. Il « passe » mal, très mal. Le problème avec lui, c’est que quoi qu’il dise, il paraît mentir. Le président vient de lui demander de confirmer son état-civil, et aussi étrange que cela puisse paraître, Victor, le regard fuyant, qui se tortille dans le box en se rongeant les ongles, a l’air de mentir jusque sur sa date de naissance. Le tirage au sort des jurés commence. Laura me laisse exercer le droit de récusation ; la constitution du jury…

Double Je (I)

Trois jours prévus au coeur de cette session d’Assises. Une durée correcte au vu des faits (vol avec violences ayant entraîné la mort de la victime sans intention de la donner, réclusion criminelle à  perpétuité encourue) et de l’acquittement plaidé par l’un des accusés. J’ai de la chance : mon Parquet Général considère que les « beaux » dossiers ne sont pas forcément son apanage, et ne nous envoie donc pas exclusivement aux Assises sur les affaires de viol. Cela fait déjà  plusieurs mois que le substitut général chargé de l’audiencement m’a demandé si je souhaitais soutenir l’accusation dans le procès Cécilia…

Passion

AUJOURD’HUI –  » POURQUOI ? Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu fais encore ça ? » – « Oh, putain, tu ne vas pas recommencer ? T’en as pas marre ? Écoute, on fait ce qu’on a dit, tu récupères le reste de tes affaires, et tu pars, c’est fini et tu pars, d’accord ? » Voilà . C’est comme ça qu’elle veut que ça se termine, c’est comme ça que ça va se terminer : deux ans d’amour fou, deux ans que je l’aime à  en crever, j’ai tout fait pour elle, tout, je lui ai tout donné, toute ma vie d’avant…