Instinct maternel ?

Nous entrons tous les trois dans la salle d’audience, elle est déjà  là . Nous adresse un grand sourire, un peu intimidé, mais en nous regardant droit dans les yeux. Je vois son avocate réprimer une grimace en nous voyant nous installer. Elle doit penser qu’elle a hérité d’une mauvaise composition, le Tribunal par lequel sa cliente sera jugée aujourd’hui en comparution immédiate étant constitué de trois juges par ailleurs parents d’enfants en bas âge. C’est d’ailleurs également le cas de la substitut qui soutiendra l’accusation. La présidente vérifie l’identité de Jennifer, qui ressemble à  une adolescente, fluette, minuscule, mais a…

Aziz peut-il être libre ?

Ils ne se connaissent pas, mais vont se rencontrer ce jour-là  d’autant plus vite et facilement qu’ils ont le même âge, la trentaine, vivent tous les deux dans la précarité la plus extrême, sans travail ni domicile fixe, dormant dans la rue ou les foyers quand ça peut, et passant leur journée dehors, soit à  ne rien faire, seuls ou en compagnie de gens qui leur ressemblent, soit à  rechercher n’importe quoi qui puisse se convertir en nourriture, soit à  boire car ils ont ce point commun aussi qu’ils boivent, dès que possible, un peu pour le froid, un peu…

Accident

[ Pour tenter de me faire pardonner des histoires dures que je raconte parfois ici, en voici une autre, pourtant très dure elle aussi, mais d’une tout autre nature, et sans doute plus facile à  lire1 … Encore que. C’est en tout cas aussi ce que peut permettre la Justice des Hommes, parfois. ] Je suis intervenu dans cette affaire alors que j’étais tout jeune collaborateur, au sein d’un cabinet pratiquant plutôt le droit des affaires, et qui avait notamment comme cliente une chaîne très connue de magasins, c’est à  ce titre que l’un des avocats associés qui étaient mes…

Noël

Ce type, c’est un vampire. Oui, je suis tout jeune avocat, oui, des comme lui, je veux en défendre, le plus possible et toute ma vie, et oui, je suis plus que sensible, on peut même dire hypersensible, à  la misère du monde en général, et à  celle de mes clients en particulier. Mais enfin, il n’en reste pas moins que Noël, il ressemble à  un monstre, un comme auraient pu en enfanter Frankenstein et Nosferatu, s’il leur était venu la mauvaise idée de copuler. Jeune, on est enclin à  attraper au vol les idées plutôt que d’attendre de se…

Vous avez demandé la police ?

Non, inutile de me rappeler que personne ici n’a réclamé que j’entreprenne le récit détaillé de ma dernière audience de police. Mussipont m’ayant fait twitteriquement promettre que j’en ferais le sujet de mon prochain billet, je ne saurais me dédire1 . Vous savez donc à  qui vous en prendre, au cas où. Le premier avantage immédiatement perceptible à  présider le Tribunal de police, c’est que l’on est certain que jamais, on ne vous y entretiendra de garde à  vue anticonventionnelle, de mépris des Droits de l’Homme par la Cour de cassation, d’illégalité à  débit différé ou de quoi que ce…

Kader est d’accord…

[ Je crois que ce texte est le plus long que j’aie jamais écrit sur ce blog : 14.425 mots, et 72.460 signes (ah quand même, la vache…)… Je vous en demande pardon d’avance : l’idée était de vous faire partager une petite journée judiciaire, un tantinet fluctuante, dans son intégralité. Et, euh… C’est long, une journée judiciaire intégrale, parfois. J’aurais pu le découper en deux ou trois parties, mais non, pour la même raison -et parce que c’est chez moi, ici ! Madame Mô m’a dit, encourageante, me retrouvant au petit matin de la nuit blanche qu’il m’a fallu…

« Des fois dans ma tête, ça va mal … »

Je ne sais pas si ce dossier m’a davantage hérissée ou attristée, lorsque je l’ai préparé en vue de l’audience d’hier. Un tout petit dossier de violences volontaires ayant entraîné une ITT1 inférieure ou égale à  huit jours, en l’occurrence un jour, l’auteur des faits étant ainsi cité à  comparaître devant le Tribunal de police. Les faits se résument facilement : on reproche à  Benoît d’avoir, au cours d’une « crise », tenté de se suicider2 puis d’étrangler son éducatrice3, qui a réussi à  le repousser, pas avant toutefois qu’il n’ait le temps d’imprimer à  son cou griffures et ecchymoses. La personnalité…

Monsieur Bertrand

Monsieur Bertrand est un instituteur d’à peu près cinquante ans, le visage assez marqué sous des cheveux mal peignés, et un désespoir assez profond lorsque je le rencontre, il y a plus d’un an : il est convoqué devant un juge d’instruction pour mise en examen, parce qu’il a commis, il y a de nombreuses années, des attouchements sur plusieurs des enfants qui étaient dans ses classes. Il m’explique, les yeux baissés, les mains tremblantes, qu’il l’a effectivement fait, et son désespoir est profond non pas parce que pour lui, les ennuis judiciaires vont commencer, mais parce qu’il est conscient…