Grand O tôt, Grand O râles…

[J'ai récemment lu cet excellent récit sur ce joli blog, et ça m'a donné envie de vous raconter la mienne, d’Épreuve... Merci donc, @eclatdavocat (petit nom de l'auteur sur Twitter) !]

Il y a maintenant, euh... un certain temps1 , à l'issue de cinq années harassantes d'études attentives2 j'ai passé l'examen d'entrée à l’École de Formation des Avocats du Ressort de la Cour d'Appel de Douai.

A l'époque, la scolarité dans cette école durait un an, à l'issue duquel il n'y avait pratiquement pas d'échecs : parvenir à y entrer, c'était très concrètement être assuré d'en sortir avec en poche le Certificat d'Aptitude à la Profession d'Avocat, le splendide CAPA ; c'était donc, tout simplement, la seule vraie dernière marche avant de devenir avocat...

Et devenir avocat, je le voulais, vraiment, je n'avais "fait Droit" que pour ça...3 Lire la suite

  1. On se dit tout : c'était en 1992... Oui, je sais, certains d'entre vous n'étaient, à l'instar des escalopes, pas nés ; qu'ils sachent d'entrée que je ne les en félicite pas. []
  2. desquelles je suis malheureusement ressorti définitivement alcoolique, apprenant ainsi avant l'heure l'adage bien connu des pénalistes "On n'a rien sans rien"... []
  3. Ou journaliste, mais comme le concours d'entrée à l'ESJ comportait une dictée, j'ai rapidement laissé tomber. []

Test de personnalité : les résultats

Les réponses au test qui faisait l'objet du billet précédent se trouvent ici, afin de vous préserver de la vile tentation de tricher en y répondant. Et comme je ne suis pas une truffe, je vais insérer ici la balise qui les empêchera d'apparaître en page d'accueil. Non mais.

Il va de soi que le haut niveau de rigueur scientifique ayant présidé à l'élaboration de ce test exclut toute possibilité de réclamation quant aux résultats obtenus ou à de viles chicanes de cohérence entre questions, réponses et résultats. Vous vous doutiez quand même bien qu'il y aurait des pièges, non ? Lire la suite

Mô-ment de détente

C'est l'été, ça fait très longtemps qu'aucun billet idiot léger n'a plus été publié sur ce blog, vous travaillez comme une bête de somme pour vous mettre à jour avant vos vacances, vous êtes en vacances mais il pleut/il fait trop chaud/vous êtes gavé de galettes hors de question d'ingurgiter une seule beurre-sucre de plus/vous avez déjà réalisé 297 bracelets en petits élastiques, vous vous ennuyez, vous vous demandez comment occuper votre prochaine pause-pipi (durant laquelle il va de soi que votre smartphone vous accompagnera) ?

Autant de raisons pour que ce somptueux quoique léthargique blog vous propose, dans la plus pure tradition journalistique biba-esque, un test de personnalité inédit qui vous permettra enfin de répondre, en quelques minutes et gratuitement, à cette brûlante question existentielle :

 

Quel juriste êtes-vous ?

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La défense PIP

Le Figaro a révélé, le 17 mars dernier, qu'une enquête préliminaire était actuellement diligentée par le Parquet de Bobigny à la suite d'une plainte des chefs de harcèlement moral et sexuel déposée par Mme Desmaret, ancienne directrice du CCAS du Raincy, et visant le maire de cette commune, M. Eric Raoult.

Dans cet article, le quotidien indiquait que la plaignante avait reçu et conservé près de 15000 SMS que lui avait adressé l'élu, entre octobre 2011 et juin 2012, et en avait fait intégrer plusieurs centaines à un constat d'huissier (consulté par l'auteur de l'article). Lire la suite

Les histoires d’A.

Etre JE1 n'est pas déprimant, épisode 3.

La majorité de mes dossiers sont ouverts par mon Parquet "de résidence" ou par "mes" justiciables eux-mêmes. Je les suis souvent depuis le début, ou en tout cas au long cours. Mais pas exclusivement : c'est le cas des procédures qui m'arrivent sur dessaisissement d'autres collègues au gré des déménagements des parents concernés.2

Le cas d'Amina, donc. Un dossier de deux gros tomes dont je m'aperçois à la lecture que l'essentiel ne concerne pas Shayna et Megann, ses deux filles de 3 et 5 ans, mais est en grande partie composé de copies de son propre dossier d'assistance éducative, établi sur quasiment 18 ans de vie en région parisienne, avant qu'elle ne décide avec Guillaume de venir s'installer dans mon ressort. Lire la suite

  1. Juste au cas où : Juges des Enfants. Voir ici pour une définition rapide et subjective - cette note est de Mô. []
  2. Par parenthèse, cher collègue qui viens tout juste de me balancer dans les dents un dossier relativement volumineux qui arrive à échéance le 20 février prochain, alors que tu avais été avisé de l'emménagement de la famille dans mon ressort dès mai 2013, je te le dis aussi respectueusement que possible (et ça fait peu, crois-moi) : ce ne sont pas des façons de bosser. []

Helter Skelter

"When I get to the bottom I go back to the top of the slide,

Where I stop and I turn and I go for a ride

Till I get to the bottom and I see you again ..."

 

Je suis toujours heureuse d'avoir de futurs collègues comme stagiaires, et d'autant plus lorsque le DCS1 me les affecte juste avant l'été, ou en toute fin d'année. Tu vas être avec moi ces deux semaines de décembre, en assistance éducative seulement, et c'est une excellente période pour ça : le stock de demandes de modifications de droits de visite parentaux ou de mainlevées de placements est en plein renouvellement.

Je sens bien que ça te chagrine de ne pas faire de pénal pendant ce stage ; je sais que c'est ton truc. Dès le premier jour, tu m'as annoncé que dans l'idéal, tu aimerais décrocher un premier poste au Parquet ou à l'instruction, voire à l'application des peines, à la rigueur ... La vocation de juge des enfants, le cortège quotidien des justiciables malheureux, miséreux ou caractériels, les gamins à qui on ne sait pas trop quoi dire, les parents à qui on ne sait plus que dire, les éducateurs, les assistantes sociales, les visites de foyers, les réunions avec les services éducatifs ... Très peu pour toi, tu me l'as dit avec franchise.

Wow, on dirait moi il y a ... quelques années seulement. Lire la suite

  1. Directeur de centre de stage : le magistrat qui, au sein de chaque tribunal, organise l'ensemble des stages, quel que soit le cadre dans lequel ils se déroulent. []

A l’abandon

"Comment vas-tu en ce moment ?

- Oh, ça va bien, merci. Mes parents sont plutôt pas mal en ce moment, donc ça va. Ils sont plus gentils et plus cool maintenant, vous savez. Leurs problèmes sont ... On les gère, quoi"

Léane a 16 ans lorsque je la rencontre en audience. Son frère jumeau William et elle ne se rappellent même pas une époque à laquelle ils n'étaient pas placés. Ils n'ont jamais vécu avec leurs deux plus jeunes frères, Gaspard et Théo, placés au jour de leur naissance. Leurs parents se sont rapidement révélés incapables de prendre correctement soin de leurs deux jumeaux, et leurs droits de visite à l'époque ont été progressivement limités. Chacun a dû apprivoiser l'autre. Puis, en grandissant, Léane et William ont eux-mêmes demandé à se rendre davantage au domicile parental, de plus en plus régulièrement, se sentant suffisamment forts pour affronter les "problèmes" de M. et Mme BARBIER. Lire la suite

Dans la douleur

Lise et David n'ont que 22 ans, se sont rencontrés à 15 ans et ne se sont plus quittés depuis. Deux ans de "vraie" vie commune, un emploi stable pour chacun, ils décident donc logiquement de réaliser leur envie de fonder une famille. Lise est donc rapidement enceinte, la grossesse se déroule sans incident, ils sont heureux et préparent tranquillement l'arrivée du bébé, aidés notamment par Sybille, la soeur aînée de la jeune femme, qui est puéricultrice et explique à Lise comment pourvoir aux besoins primaires des nouveaux-nés, l'invitant même parfois à venir avec elle lorsqu'elle rend visite à certains enfants. Au neuvième mois, la chambre du bébé est prête, la valise aussi, l'itinéraire vers la maternité repéré. Le jour où les premières contractions surviennent, David prévient tout le monde, Sybille, qui vit dans la même rue, vient embrasser sa jeune soeur, et ils se mettent en route pour la maternité.

Mais même en ayant tenté de tout prévoir, difficile de se préparer à un accouchement et à une naissance sans en avoir jamais vécu, n'est-ce pas ? Lire la suite

Plainte

"JE VAIS LA MASSACRER. JE VAIS LA DÉFIGURER."

Laurence est figée devant le SMS, elle n'arrive pas à penser, elle sent la sueur qui lui inonde le dos, elle n'a qu'un mot en tête pour l'instant, écrit avec des pierres et qui écrase tous les autres : elle a peur. Elle est terrorisée.

Le problème est qu'elle le connaît, Igor, oh oui, elle ne le connaît que trop, après ces vingt ans, et après l'accélération qu'elle a constatée toute cette année, surtout ces derniers mois : ce n'est pas une menace en l'air. Il est en rage, à nouveau. Il va le faire. Il va s'en prendre à Nathalie, il va lui faire du mal ...

Elle panique, regarde autour d'elle, ne sait pas quoi faire. Prévenir Nathalie, et sa sœur, oui, mais comment ? Et de toute façon, quoi, après ? Les trois femmes n'ont qu'un endroit où aller, leur maison, le "foyer conjugal". Où Igor les attend, comme tous les jours, probablement déjà armé de sa rallonge électrique habituelle, celle qu'il tient, pliée en deux, pour la fouetter, elle, son épouse adorée, lorsqu'il en ressent le besoin. Lire la suite

Un papa, une maman, trois garçons, quatre placements

Des clichés qui circulent sur les fonctions de juge des enfants, il y en a plein, y compris parmi les magistrats d'ailleurs : annoncez à un collègue que vous devenez JE, et vous avez, oh, une chance sur trois, je dirais, de le voir répliquer "Ah ? Tu vas faire du social, maintenant ?" - sauf, bien sûr, s'il est lui-même ou a été JE1 . Idem pour les amis avocats, qui m'ont parfois demandé si ce n'était pas ennuyeux de ne plus vraiment faire de droit et de passer ses journées à entendre les gens se lamenter. Lire la suite

  1. De son plein gré, évidemment. Certains collègues l'ont été temporairement, contraints et forcés par des raisons généralement géographiques ou parce qu'ils occupaient un poste de juge placé, et en ont gardé des souvenirs douloureux, mais n'allons pas tout compliquer. []