flecheSous Mô...
Bienvenue, justiciable...

Cyber Grand-Messe en ut Mineurs…

Je ne comptais pas vous parler une fois de plus d’un homme, d’une histoire, dont j’ai à connaître parce que des infractions sexuelles supposées planent dessus (aux doux yeux du ministère public, bien sûr, comme ce qui sera listé plus bas…), mais voilà, un article publié par mon provisoirement ibérique confrère Eolas m’incite à le faire, tant ce à quoi il renvoie me met hors de moi – et tant les commentaires qu’il suscite, nombreux comme toujours, sont parfois totalement déraisonnables, comme à chaque fois que l’on parle des rapports qu’entretient la Loi, notre Mère à tous(1) , avec la sexualité en général, et la sexualité des mineurs en particulier.(2)

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  1. Donc obligatoirement incestueux, les rapports… ()
  2. Pour les jeunes, justement, de tous âges y compris moins de quinze ans, qui me lisent, ce titre est une "petite variation" un peu tordue sur celui d’une œuvre inachevée de Mozart, un type qui faisait de la musique dans le temps après avoir gagné la Starac’ de l’époque. Fermez les yeux et écoutez, c’est joli. ()

Lecture d’été

Ce billet devrait constituer ma dernière apparition en ces lieux. Comment faire autrement ?

Il faudrait aussi que j’en profite pour annoncer à mon mari notre divorce imminent, à Maître Mô (avant de mettre fin à toute relation autre que strictement professionnelle que nous pourrions entretenir) qu’il devrait lui aussi se préparer au sien, aux cinq ou six amis proches qui ont eu le mauvais goût de choisir d’être avocats ou policiers que je ne peux désormais plus me commettre avec eux, et à ma demi-douzaine d’amis parquetiers qu’ils sont désormais infréquentables.

Je devrais également m’organiser pour changer au plus tôt de ville, de piscine, de restaurants habituels. Dire à quelques greffiers, huissiers ou enquêteurs de rengainer leurs bises et leurs e-mails.

Resterait le problème de mes enfants, que je ne peux décemment pas répudier, mais je suis sûre qu’un collègue compréhensif s’arrangerait pour me permettre de limiter nos rapports au strict nécessaire (deux semaines par an, peut-être, en cachette évidemment, dans une bergerie anonyme de l’Alta-Rocca par exemple ; leur père supporterait le reste du temps ses petites sang-mêlé, car les règles qui gouvernent sa profession sont visiblement plus souples).

Que l’on me comprenne bien : je n’ai jamais prétendu être le magistrat du siècle, ni même de l’année, et même pas du mois. J’en connais beaucoup de meilleurs que moi, y compris parmi ceux que j’ai formés. Je pouvais néanmoins, je pense, espérer jusqu’à présent exercer correctement mon métier, en observant certaines règles de base que je pourrais pour l’essentiel résumer ainsi : dire le droit dans le respect des droits de chacun (ajouté à celui que j’ai prêté, le serment des jurés, aisément transposable aux fonctions de juge civil, m’a toujours semblé convenable, comme profession de foi). Sans oublier la règle des quatre H (Honneur, Humilité, Humanité, Humour) inculquée lors de mon premier jour d’auditrice au Parquet. Lire la suite de "Lecture d’été"

Les clés du Paradis…

Ils forment un petit couple de vrais gentils : ils sont mignons, timides, se donnent facilement la main pour s’encourager mutuellement, et sont ainsi faits qu’on a immédiatement envie de bien les aimer -peut-être aussi parce qu’on sait qu’ils n’ont connu  qu’une succession de drames et de galères dans la vie, même s’ils n’ont pas encore cinquante ans à eux deux.

Quand je l’ai rencontré lui, pour vous dire, deux années plus tôt, jeune ouvrier sans parents qui bossait depuis déjà cinq ans, c’est parce qu’il venait me demander d’être partie civile avec lui contre les abrutis qui un soir, dans la rue, alors qu’il sortait de l’usine, l’avaient roué de coups pour lui voler sa pauvre montre, une Swatch un peu neuve, le laissant à moitié mort sur le trottoir…
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Double Je (II)

L’audience n’est ouverte que depuis une poignée de minutes, et je jurerais que les choses sont déjà mal engagées pour Victor. Il "passe" mal, très mal. Le problème avec lui, c’est que quoi qu’il dise, il paraît mentir. Le président vient de lui demander de confirmer son état-civil, et aussi étrange que cela puisse paraître, Victor, le regard fuyant, qui se tortille dans le box en se rongeant les ongles, a l’air de mentir jusque sur sa date de naissance.

Le tirage au sort des jurés commence. Laura me laisse exercer le droit de récusation ; la constitution du jury est un peu moins importante pour elle que pour moi, sa cliente sera de toutes façons condamnée à l’issue de ce procès, nous le savons tous. Une première jurée potentielle est appelée, je la récuse, ainsi que deux autres, peut-être par habitude des affaires de mœurs, pour lesquelles j’essaye généralement de limiter le nombre de jurées, pour éviter autant que possible tout phénomène d’identification à la victime. L’Avocat général bondit et récuse trois hommes coup sur coup, mais le jury sera finalement à majorité masculine.

Serment prêté, les jurés écoutent avec la Cour le greffier lire l’ordonnance de mise en accusation. Le regard d’un juré, puis de deux, s’attarde pesamment sur Victor tandis que l’on décrit la découverte de la victime, ses blessures et sa mort. J’espère avoir choisi au mieux, il n’est de toutes façons plus temps d’y réfléchir. Lire la suite de "Double Je (II)"

Double Je (I)

Trois jours prévus au coeur de cette session d’Assises. Une durée correcte au vu des faits (vol avec violences ayant entraîné la mort de la victime sans intention de la donner, réclusion criminelle à perpétuité encourue) et de l’acquittement plaidé par l’un des accusés.

J’ai de la chance : mon Parquet Général considère que les "beaux" dossiers ne sont pas forcément son apanage, et ne nous envoie donc pas exclusivement aux Assises sur les affaires de viol. Cela fait déjà plusieurs mois que le substitut général chargé de l’audiencement m’a demandé si je souhaitais soutenir l’accusation dans le procès Cécilia J./Victor R., et que j’ai accepté, non sans enthousiasme d’ailleurs : j’ai suivi ce dossier depuis le tout début, depuis la découverte des faits, j’ai ouvert l’information judiciaire, requis le placement puis le maintien en détention provisoire des deux mis en examen, rédigé le réquisitoire définitif. Le substitut général a pris mon opinion sur ce dossier, s’est enquis de ce que je requerrais le cas échéant, et j’ai été désignée. Me voici Avocat général pour trois jours. Lire la suite de "Double Je (I)"

AJ : À Jeter ?

C’est la question qu’on va refuser de se poser prochainement, en ma bonne ville de Lille, lors des États Généraux de l’Aide Juridictionnelle(1) qui y sont organisés par mon Ordre vénéré, le 25 juin prochain, à l’Fac eud’Droit.

Oui, c’est de la pub’ (plus destinée aux avocats et magistrats mais les justiciables sont directement concernés itou, et l’entrée est libre), oui, on me l’a demandée, en l’occurrence mon très excellent(2)  confrère Vincent POTIE, avocat au Barreau d’icelle ville, qui se trouve être le "rapporteur général"(3) d’icelle manifestation.

Mais oui, je le fais avec plaisir, pour la double raison que ça urge, et que le sujet est fondamental pour les libertés publiques et la défense des plus pauvres en France, rien de moins, non di d’jus -et qu’il est totalement hors de question non seulement, que ce système reste ce qu’il est actuellement, notoirement insuffisant, mais encore, qu’il ne soit pas considérablement développé et étendu très vite, compte-tenu des évolutions judiciaires en cours ! Lire la suite de "AJ : À Jeter ?"

  1. Oui, ils ont un site, carrément : c’est ça, la force de frappe des grands barreaux de Province ! ()
  2. C’est la formule d’usage, parfaitement stupide, lorsqu’un avocat parle d’un autre avocat -mais dans son cas, elle est vraie, c’est le genre de confrère agaçant qui est à la fois sympathique, bon, drôle et intelligent, vous voyez le genre (Heureusement qu’il est vieux ancien, sinon il aurait tout !)… Salut, Vincent, ça, je sais que tu ne me l’avais pas demandé, mais c’est le prix à payer, héhé..! ()
  3. Moi non plus je ne sais pas ce que ça veut dire, mais on sent bien que c’est important ! ()

Une administration qui ne vous veut pas de bien

J’ai une minuscule information à transmettre aux lecteurs éleveurs d’enfants en bas âge qui, comme mon conjoint, par exemple, auraient l’ambition de ne pas se séparer d’eux pendant leurs voyages internationaux. Rien qui justifie spécialement de truster la page de garde de ce magnifique blog dont je ne suis qu’un widget parmi d’autres, sans compter que je m’étais plus ou moins engagée à ne pas publier après l’article précédent, mais voilà, Maître Mô, souffrant d’une légère et temporaire panne, a décidé de ne plus me lâcher la jambe avant de m’extorquer une brève, usant à cette fin de l’ensemble des moyens à sa disposition : supplication ("Allez s’te plaîîîît, je n’ai plus rien à écriiiiire …" – ce qui, par parenthèse, est faux, eu égard aux 50 et quelques brouillons en attente qui végètent dans les coulisses), menace ("Puisque c’est comme ça, je vais révéler ton identité à tout le monde"), mise à exécution partielle de la menace (si !),  misérabilisme ("De toutes façons tu n’as rien à faire en ce moment, alors que moi le pauvre je croule sous le boulot – les charges – les clients – les enfants – d’autres microbes encore – le mauvais temps – Koh lanta qui était nulle cette année et Lussi qui a été éliminée de la Nouvelle Star …"), flatterie outrancière ("J’adore ce que tu fais, je t’assure, je peux avoir une photo dédicacée ? – et au fait, c’est quand, ta prochaine publication ?…" – comme si un juge ne savait pas comment accueillir des bobards d’avocat), voire, et là les bras m’en sont tombés, l’excuse ultime : "Ce serait génial de publier un truc léger depuis le temps, j’adorerais vraiment, mais vendredi je ne peux pas, j’ai piscine …". Quand Maître Mô panné, lui toujours faire ainsi.

De guerre lasse, mais néanmoins dans la mentalité très "service public"(1) qui me caractérise, et pour complaire au Pieter Van Den Hoogenband du barreau lillois, je vous livre donc ce mini-renseignement. Mais comme je fais partie d’une administration à laquelle on ne saurait reprocher de négliger de décrire sur dix pages ce qui aurait tenu en un paragraphe, le billet d’aujourd’hui contiendra une seule info pour 2364 mots, c’est comme ça. Lire la suite de "Une administration qui ne vous veut pas de bien"

  1. J’ai bien fait attention à ne pas oublier le R … ()

Passion

AUJOURD’HUI

- " POURQUOI ? Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu fais encore ça ?"

- "Oh, putain, tu ne vas pas recommencer ? T’en as pas marre ? Écoute, on fait ce qu’on a dit, tu récupères le reste de tes affaires, et tu pars, c’est fini et tu pars, d’accord ?"

Voilà. C’est comme ça qu’elle veut que ça se termine, c’est comme ça que ça va se terminer : deux ans d’amour fou, deux ans que je l’aime à en crever, j’ai tout fait pour elle, tout, je lui ai tout donné, toute ma vie d’avant je l’ai mise à ses pieds, et voilà comment elle me parle, maintenant, avec Didier qui doit déjà être en route pour revenir prendre ma place, encore une fois, putain…

Elle est en colère et elle est dégoûtée par moi, je le vois bien –elle est toujours aussi belle, d’ailleurs, même en colère, même en train de me gueuler dessus, appuyée au comptoir de la cuisine, au milieu des casseroles et des couteaux, même avec cette espèce de folie ou de haine dans les yeux…

Elle me disait encore avant-hier qu’elle m’aimait, juste après qu’on ait fait l’amour, alors que je venais de m’installer chez elle, avec elle, alors qu’on y était enfin, et cette fois pour de bon… Lire la suite de "Passion"

"La folie qui m’accompagne …"*

*("Champagne", de Jacques Higelin – chouette chanson, et en plein accord avec l’un des thèmes dominants de ce blog, en plus.)

"Bonjour Madame, je cherche le bureau du juge des tutelles, c’est ici ?

- Non, c’est au fond du couloir sur votre droite, sa salle d’attente est juste avant.

- D’accord, merci. Euh, je peux vous demander un service ? Il ne faudrait dire à personne que je suis venu ici. Vous comprenez, je suis agent secret pour le gouvernement, et je pourrais avoir des ennuis si ça se savait …"

Oh, rien d’anormal. Journée ordinaire au Tribunal d’instance : même pour moi, qui ne suis effectivement pas juge des tutelles, il est habituel de voir débarquer dans mon bureau les justiciables venus s’entretenir avec mes collègues. Et la présence de ce septuagénaire en particulier nous est devenue familière à tous : il ne vient pas seulement lorsqu’une convocation le concerne directement (il est placé sous tutelle depuis quelques années), mais accompagne également ses (nombreux, manifestement) amis placés sous mesure de protection à leurs entretiens. Ce qui lui a donné l’occasion de s’apercevoir que la machine à café du Tribunal était de qualité. Depuis, on croise fréquemment son imper mastic et son chapeau dans le local des distributeurs ou dans notre salle d’attente, lorsque l’Espion a envie de raconter ses aventures d’espion au service secret de la République aux justiciables (public captif), aux fonctionnaires  ou, lorsqu’il ne trouve personne d’autre, aux magistrats. En général, il suffit de lui accorder trois minutes d’attention, et l’Espion s’en retourne chez lui, "doux dingue" facile à contenter …

Travailler au Tribunal d’instance implique de toutes façons plus ou moins de banaliser les incursions de la maladie mentale dans mon milieu professionnel, puisque c’est ici que l’on gère la situation des personnes protégées. A titre plus personnel, croiser un tutélaire devant ma porte est enfin devenu un non-événement, alors que jusqu’ici, rencontrer une personne "dérangée" dans le cadre de mon travail me mettait plutôt mal à l’aise, bien que nombre d’entre eux soient aussi avenants que notre James Bond local. Lire la suite de ""La folie qui m’accompagne …"*"