Qui veut juger des larrons ?

Une question jugée urgente et prioritaire, puisque tel est le bon plaisir présidentiel et qu’il faut en conséquence nous voter une loi à  son propos, et plus vite que ça, je vous prie, devrait sous peu être évoquée au Parlement, un projet de loi en ce sens ayant été enregistré au Sénat au mois d’avril dernier, débattu et adopté il y a quelques jours seulement : je veux bien entendu évoquer la nécessité proclamée de faire siéger aux côtés des juges correctionnels et de l’application des peines des assesseurs issus de la société civile, aux motifs affichés que les décisions…

Petites violences entre époux

A l’appel de son dossier, Michel s’avance à  la barre. La presque quarantaine, souriant, bien habillé, respectueux dans son attitude, il paraît assez sûr de lui, et finalement plutôt moins incommodé de se retrouver à  la barre que les autres prévenus du jour. Je pense savoir pourquoi. Il m’écoute vérifier son identité, précisant d’emblée que l’adresse figurant au dossier est provisoirement celle de son épouse Adeline, puisqu’il a été placé sous contrôle judiciaire il y a six semaines, à  l’issue de son défèrement devant le Procureur. Il vit depuis lors en foyer, respecte son obligation de pointage et a suivi…

Instinct maternel ?

Nous entrons tous les trois dans la salle d’audience, elle est déjà  là . Nous adresse un grand sourire, un peu intimidé, mais en nous regardant droit dans les yeux. Je vois son avocate réprimer une grimace en nous voyant nous installer. Elle doit penser qu’elle a hérité d’une mauvaise composition, le Tribunal par lequel sa cliente sera jugée aujourd’hui en comparution immédiate étant constitué de trois juges par ailleurs parents d’enfants en bas âge. C’est d’ailleurs également le cas de la substitut qui soutiendra l’accusation. La présidente vérifie l’identité de Jennifer, qui ressemble à  une adolescente, fluette, minuscule, mais a…

E Thémidos Ménis, le retour !

Ainsi que vous ne l’ignorez pas, je ne suis pas une habituée des billets polémiques. D’abord parce que je suis nulle en politique. Ensuite parce que lorsqu’un sujet a déjà  été cent fois disséqué et débattu par d’autres qui, eux, ne le sont pas1, j’estime généralement n’avoir vraiment pas grand-chose d’intéressant à  ajouter au débat.  Parce que j’éprouve en outre des scrupules à  m’exprimer sur des sujets que je ne connais, en grande partie, que par le compte-rendu qui en est fait dans la presse. Enfin parce que je suis un peu en vrac en ce moment (notamment parce que…

D’un accident à  l’autre …

Un vieux (et bref) souvenir d’audience, remonté à  la surface il y a deux jours, pour des raisons évidentes … « Ce dossier-là , je vais le garder. Il risque d’être un peu délicat à  gérer, pas techniquement, mais émotionnellement. Les homicides involontaires, c’est souvent un peu dur, mais les circonstances de celui-ci … ». Pas de problème. Je suis auditrice de justice, je préside déjà  les trois quarts des dossiers prévus sur cette journée d’audience correctionnelle. Si la présidente veut conserver ce dossier, je ne vais pas le lui disputer. L’audience s’ouvre sur ce dossier, qui devrait selon les prévisions du Parquet…

Vous avez demandé la police ?

Non, inutile de me rappeler que personne ici n’a réclamé que j’entreprenne le récit détaillé de ma dernière audience de police. Mussipont m’ayant fait twitteriquement promettre que j’en ferais le sujet de mon prochain billet, je ne saurais me dédire1 . Vous savez donc à  qui vous en prendre, au cas où. Le premier avantage immédiatement perceptible à  présider le Tribunal de police, c’est que l’on est certain que jamais, on ne vous y entretiendra de garde à  vue anticonventionnelle, de mépris des Droits de l’Homme par la Cour de cassation, d’illégalité à  débit différé ou de quoi que ce…

« Des fois dans ma tête, ça va mal … »

Je ne sais pas si ce dossier m’a davantage hérissée ou attristée, lorsque je l’ai préparé en vue de l’audience d’hier. Un tout petit dossier de violences volontaires ayant entraîné une ITT1 inférieure ou égale à  huit jours, en l’occurrence un jour, l’auteur des faits étant ainsi cité à  comparaître devant le Tribunal de police. Les faits se résument facilement : on reproche à  Benoît d’avoir, au cours d’une « crise », tenté de se suicider2 puis d’étrangler son éducatrice3, qui a réussi à  le repousser, pas avant toutefois qu’il n’ait le temps d’imprimer à  son cou griffures et ecchymoses. La personnalité…

Lecture d’été

Ce billet devrait constituer ma dernière apparition en ces lieux. Comment faire autrement ? Il faudrait aussi que j’en profite pour annoncer à  mon mari notre divorce imminent, à  Maître Mô (avant de mettre fin à  toute relation autre que strictement professionnelle que nous pourrions entretenir) qu’il devrait lui aussi se préparer au sien, aux cinq ou six amis proches qui ont eu le mauvais goût de choisir d’être avocats ou policiers que je ne peux désormais plus me commettre avec eux, et à  ma demi-douzaine d’amis parquetiers qu’ils sont désormais infréquentables. Je devrais également m’organiser pour changer au plus tôt…

Double Je (II)

L’audience n’est ouverte que depuis une poignée de minutes, et je jurerais que les choses sont déjà  mal engagées pour Victor. Il « passe » mal, très mal. Le problème avec lui, c’est que quoi qu’il dise, il paraît mentir. Le président vient de lui demander de confirmer son état-civil, et aussi étrange que cela puisse paraître, Victor, le regard fuyant, qui se tortille dans le box en se rongeant les ongles, a l’air de mentir jusque sur sa date de naissance. Le tirage au sort des jurés commence. Laura me laisse exercer le droit de récusation ; la constitution du jury…

Double Je (I)

Trois jours prévus au coeur de cette session d’Assises. Une durée correcte au vu des faits (vol avec violences ayant entraîné la mort de la victime sans intention de la donner, réclusion criminelle à  perpétuité encourue) et de l’acquittement plaidé par l’un des accusés. J’ai de la chance : mon Parquet Général considère que les « beaux » dossiers ne sont pas forcément son apanage, et ne nous envoie donc pas exclusivement aux Assises sur les affaires de viol. Cela fait déjà  plusieurs mois que le substitut général chargé de l’audiencement m’a demandé si je souhaitais soutenir l’accusation dans le procès Cécilia…

Une administration qui ne vous veut pas de bien

J’ai une minuscule information à  transmettre aux lecteurs éleveurs d’enfants en bas âge qui, comme mon conjoint, par exemple, auraient l’ambition de ne pas se séparer d’eux pendant leurs voyages internationaux. Rien qui justifie spécialement de truster la page de garde de ce magnifique blog dont je ne suis qu’un widget parmi d’autres, sans compter que je m’étais plus ou moins engagée à  ne pas publier après l’article précédent, mais voilà , Maître Mô, souffrant d’une légère et temporaire panne, a décidé de ne plus me lâcher la jambe avant de m’extorquer une brève, usant à  cette fin de l’ensemble des…

« La folie qui m’accompagne … »*

*(« Champagne », de Jacques Higelin – chouette chanson, et en plein accord avec l’un des thèmes dominants de ce blog, en plus.) « Bonjour Madame, je cherche le bureau du juge des tutelles, c’est ici ? – Non, c’est au fond du couloir sur votre droite, sa salle d’attente est juste avant. – D’accord, merci. Euh, je peux vous demander un service ? Il ne faudrait dire à  personne que je suis venu ici. Vous comprenez, je suis agent secret pour le gouvernement, et je pourrais avoir des ennuis si ça se savait … » Oh, rien d’anormal. Journée ordinaire au Tribunal d’instance…

Mô rapport !

Au cours d’une discussion récente avec certain avocat1, la conversation en est venue, je ne sais comment2, à  porter sur les rapports écrits rédigés par les parquetiers « de base » à  l’intention de leur chef « régional », le Procureur général. Comme l’ensemble des qualités énoncées en note de bas de page n°1 n’exclut pas une certaine naïveté, mon interlocuteur m’a alors demandé si ça existait toujours, ces rapports écrits, question à  laquelle je n’ai pu que répondre par l’affirmative. Après tout, un ministre de la Justice qui prend la peine de vouloir rappeler lourdement solennellement, en le gravant dans le code de…