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Un Mô sur le revenu.

Je ne mens jamais !

Je n’avais cette année, je le dis tout de suite, strictement aucune idée de poisson d’avril valable, ne pouvant tout de même pas réitérer le coup de la véritable fausse/vraie suite d’Histoire Noire, et étant à  sec pour le surplus -ce qui, pour un poisson…
A vrai dire, si, j’avais un petit truc rigolo sous le coude, mais il nécessitait la participation active de Marie, qui ces derniers jours délaisse malheureusement cet endroit généreux, en ce qu’il a eu la bonté de la recueillir, au prétexte par nature futile d’une soudaine surcharge prétendue de travail -bon, si elle était au Parquet, je comprendrais, mais au Siège, ça se saurait s’il existait des surcharges particulières de travail au siège ces temps-ci -passons…1 .
En même temps, j’ai eu il y a quelques mois une idée spéciale, totalement hors domaine juridique, puisque de nature financière, mais qui me travaillait -travail il est vrai renforcé par la menace constante de saisie de l’ensemble de mes biens professionnels2.
Comme je n’y trouvais toujours pas grand chose à  redire, le temps passant, j’ai décidé finalement de la soumettre, pas plus tard qu’hier3, à  notre Président de la République, eh oui, rien de moins4, au moyen du courriel dont je vous livre la copie intégrale ci-dessous.
Comme je sais par avance que vous êtes tous très déçus si je sors un texte qui fait moins de vingt-cinq mille signes, je souligne que la brièveté de celui-ci n’est pas due à  une quelconque maladie m’affectant la logorrhée5, mais uniquement au fait que le formulaire de contact du site de la Présidence de la République impose que ledit contact n’excède pas les 4000 signes : je suis avocat, donc d’un naturel enclin à  profiter à  fond de la moindre permission, j’ai rédigé ma lettre en 3999 signes exactement.
A regrets, j’avais tellement de chose à  dire… Et à  vendre, pour une fois !
Bon, rien de bien extraordinaire, hein, du coup, je n’ai pas pu enjoliver ; mais enfin, l’idée valait d’être proposée, je trouve.
Ah, oui, juste : comme des sceptiques par nature, genre procureurs ou policiers, pourraient croire qu’en prétextant un faux poisson d’avril, j’en fais en fait un vrai, j’ai pris la précaution de me constituer un faisceau de preuves, avec les deux petites saisies d’écrans que voici (et que je peux dater numériquement, mon commandant, je vous le jure, j’ai toutes les preuves dans ma fouille !) :

Je ne mens jamais !

Je vais toujours au bout de quand je ne mens pas !

Je n’ai juste pas reproduit le tableau final qui s’affiche après envoi, parce qu’il y figurent mes véritables coordonnées -j’ai eu peur qu’en indiquant prénom « Maître » et nom « Mô », ça ne passe pas -et que même si si, je ne touche jamais mes deux millions (ou plus…) en utilisant mon pseudonyme.
Alors, voilà  -ce n’est donc pas un poisson d’avril… Même si au fond, je sens bien que si, un peu quand-même -mais je ne sais pas pourquoi :

« Monsieur le Président, Mon Cher Confrère,
Ayant parfois, comme beaucoup de français ces temps-ci, de petites difficultés à  boucler mes fins de mois, je tenais à  vous soumettre une idée que je crois géniale, en toute modestie,concernant le paiement effectif de l’impôt sur le revenu par vos contribuables, l’un des nombreux chevaux de vos nombreuses batailles, si j’en crois les journalistes.
Le côté génial de cette idée est qu’elle est à  la fois incitative dudit paiement, mais aussi sociale, et, ce qui ne gâte rien par les temps qui courent, ludique, et ne coûtant strictement rien à  l’État, et vraiment presque rien à  chaque personne redevable de l’IR.
Je vous propose en effet d’instaurer une Loterie Nationale contenue dans le fait même de déclarer et payer ses impôts sur le revenu.
Je m’explique, en vous précisant qu’ignorant le nombre réel de personnes effectivement assujetties, et n’ayant pas le temps de le rechercher (car je dois lutter contre votre projet de réforme pénale, en plus de mon travail habituel, dont vous savez combien il est prenant), je table ici arbitrairement sur 6 millions de français -je sais qu’en fait c’est plus, mais ça ne fera que rendre l’exemple plus parlant, a fortiori.
Il existe je crois, de mémoire, 5 tranches d’imposition sur le revenu, de 0 à  l’infini (sauf bouclier) : le financement de cette loterie se ferait par l’augmentation, sur ces cinq tranches, au prorata du nombre de contribuables concernés par chacune, des impôt à  verser, d’une somme équivalente à  un euro par contribuable (les plus pauvres versant par exemple dix centimes, et les plus riches trois euros 90, à  affiner selon vos statistiques qui doivent être plus anciennes mais plus précises que les miennes, bref…) : justice sociale, coût dérisoire et plutôt supporté par les plus riches, idée force (que je laisse le soin à  vos communicants de mettre en avant, ils sont forts, ils ont presque réussi à  faire passer l’idée que la suppression du juge d’instruction améliorerait les droits de la défense, je pense qu’ils peuvent tout faire) du fait que ça ne coûte rien ou presque…
On obtient donc 6 millions d’euros supplémentaires récoltés chaque année, au minimum. Je propose qu’un tiers soit consacré aux français les plus démunis (don par l’État à  Emmaüs ou aux Restos du Cœur, par exemple, ils en ont besoin et ça coupera la chique aux éventuels critiques socialistes habituels), un tiers à  l’État lui-même (il en a besoin, et ça coupera la chique aux éventuels critiques UMP et/ou riches), et un tiers soit donné à  un contribuable, au hasard, tiré au sort chaque année dans la liste des déclarants, avec une seule condition : il faudra juste vérifier la justesse de sa déclaration avant de le payer, histoire quand-même de préserver la morale.
Voilà .
Je pense que cette mesure serait très incitative pour les français qui s’abstiennent de toute déclaration de revenus, et pour ceux, plus nombreux encore, qui fraudent, et dans le même temps permettrait une bonne œuvre sociale, et un -léger, mais c’est toujours ça de pris- enrichissement de l’État, le tout en respectant l’idée de justice sociale (prorata de la cotisation, au surplus très minime)-et bien sûr, ferait chaque année un type heureux d’avoir payé ses impôts, alors qu’actuellement il y en a peu : deux millions (au moins), ça se prend.
A cet égard, d’ailleurs, je ne demande rien pour moi, vous laissant toute la paternité de cette idée -sauf pour la toute première attribution du lot gagnant, qui, c’est normal c’est mon idée, me reviendrait par exception, sans tirage au sort.
Allant un tout petit plus loin dans l’audace (mais je trouve que c’est vraiment une bonne idée, qui vaut bien ça), je me permets de demander en plus que vous suspendiez la réforme pénale -mais s’il faut choisir entre les deux récompenses, je préfère la première quand-même, à  l’instar de ma banque.
Je vous prie de me croire, Monsieur le Président,
Votre respectueusement dévoué.
Mô ».

Bon, je n’ai pas encore reçu de réponse (accusé de réception électronique, courrier type du conseiller du sous-conseiller du conseiller au budget, contrôle fiscal étendu…), mais je vous tiendrai informés.
Ce que je crains, c’est qu’ils ne me piquent l’idée, mais ne me versent rien, et ne retirent même pas la réforme pénale ; audaces fortuna juvat, comme ils disent dans les chansons de rap, peut-être, mais fiscalement, c’est comme pour tout : y a pas de justice !

  1. Marie, tu liras ceci un jour, et j’espère que tu apprécieras chaque mot… []
  2. clavier, secrétaire, statuettes de BD, chaussures de marque, espèces… []
  3. Avec l’arrière pensée évidente que je la reproduirai ici ensuite, pour tenter d’obtenir votre pardon pour cette lamentable absence de poiscaille traditionnelle de premier avril… []
  4. Je dispose bien sûr de son mail perso, mais là  c’était un courrier officiel. []
  5. Note aux jeunes qui me lisent : la « logorrhée » n’est pas un organe sexuel. En tout cas pas pour les humains normaux. Chez les Avocats, peut-être… []