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Sanibroyeur judiciaire

J’ai commis une idiotie, une de plus, dans cette pénible affaire : j’ai pris la défense, pénale, de quelqu’un que je connais.
Pas un ami, non, nous ne nous étions pas revus depuis longtemps, mais quelqu’un qui a été un copain autrefois, et cette circonstance aurait du suffire à  m’interdire de m’en mêler.
Non pas parce que je l’ai mal défendu, ou bien d’ailleurs, ce n’est pas la question, pas assez d’attaches entre nous pour que ça ait joué, mais parce que le fait même de le connaître, de l’avoir vu « petit », et la forme d’intimité existant dès lors dans nos rapports, m’ont incités, m’incitent encore, à  le croire totalement, à  le croire sur parole, simplement, et donc à  avoir mal pour lui de la condamnation intervenue, aussitôt frappée d’appel.
A le croire innocent, totalement, donc, et à  avoir souffert à  ses côtés de l’horrible déformation qu’immanquablement, le regard judiciaire amène nécessairement sur la vie d’un homme, à  chaque fois.
J’ai dit « déformation », mais c’est bien de difformité dont il faut parler : un type arrive devant ses juges avec une histoire et une vie, qui obéissaient jusqu’à  cet instant à  des milliers de règles différentes, logiques et illogiques, sensées et moins sensées, cohérentes entre elles ou pas, construites de réflexions et de coups de folie, bref, ma vie, la vôtre, le destin, le chemin parcouru, vos excès, vos humeurs, vos ressentis, vos passions, vos logiques, vos raisonnements…
Strictement rien d’analysable, juste tout ce qui vous fabrique, bonnes ou mauvaises raisons.
Et tout à  coup c’est fini : vous êtes soupçonné.
Et à  compter de ce moment, ces milliers d’éclats et de rondeurs qui vous composent ne sont plus étiquetables, strictement, que de façon absolument, totalement, désespérément et connement binaire.
Que ce soit devant un policier, devant un procureur, devant un juge d’instruction, et a fortiori devant vos juges finaux, ceux qui vont dire si vous avez commis les faits et qui vont voter votre condamnation, vous n’avez soudainement plus droit qu’à  avoir eu, toute votre vie, et particulièrement autour de la commission des faits concernés, que deux attitudes.
Deux.
Sans aucune autre alternative. La bonne ou la mauvaise.
Et toute votre vérité, toute la réalité de votre vie, toute celle du moment où le drame dont on vous reproche à  présent d’avoir été l’acteur, tout ne s’explique soudain plus qu’à  la seule lumière de la bonne attitude, ou à  la noirceur de la mauvaise attitude.
La Justice, qui connaît si bien le noir et le blanc, ne connaît pas le gris.
Mon gars, appelons-le Cédric1, travaille en hôpital psychiatrique, où il côtoie tous les jours des personnes très malades, et c’est évident, des personnes qui ne vont pas très bien, et ça se sent rapidement, et des personnes que l’on annonce guéries ou en voie de l’être, ou bien qui n’ont fait qu’un « stage » temporaire dans ces doux lieux riants, soit à  la suite d’une « crise » ponctuelle et inexpliquée, soit pendant ou après une dépression plus ou moins prononcée, soit dans une centaine d’autres cas encore…
Cet imbécile est tombé amoureux d’une patiente.
Que je vous en parle en trois mots : il est incroyablement doux, vraiment un très gentil, possède des lettres et pas mal d’humour, est plutôt pas trop laid, et a eu pas mal de copines, d’un soir ou d’une vie, sans jamais avoir rencontré de grandes difficultés, en tout cas pas plus que n’importe qui, ni pour séduire, ni pour être séduit, ni pour avoir des relations physiques, pas la moindre trace de violence ou de déséquilibre chez ce garçon, Cédric c’est vous ou moi, en plutôt mieux.
Là , il était seul depuis quelques mois, le travail pesait, il la voyait quotidiennement, absolument pas une grande malade ni une malade tout court selon lui, juste quelqu’un, une jeune-femme mignonne, douce et simple, qui avait eu une crise de mélancolie et avait tenté de se tuer quelques semaines plus tôt, nettement mieux à  présent, et de toute évidence leur relation amicale, assez tendre et remplie petit à  petit de confidences…
Il sait bien qu’il n’aurait pas du, il sait bien qu’il est malgré tout un peu en position de supériorité, il sait bien que ce n’est ni l’endroit, ni le moment, ni probablement la bonne personne, même, mais voilà , un soir, il a eu envie de faire l’amour avec elle, il s’est rapproché un peu plus, l’a embrassé, elle n’a jamais protesté autrement que pour lui dire que ce n’était « pas bien », qu’elle avait son copain, mais en s’abandonnant tout de même devant son insistance excitée, il était pressant, elle, plus réservée, mais elle ne l’a jamais repoussé, il l’a caressée et embrassée beaucoup, y compris intimement, elle rendait certains baisers, mais ne lui rendait pas ses caresses, oui mais si timide, la situation si incongrue et survenu brutalement, il est sensible et aurait cessé de suite si elle le lui avait demandé, et elle ne l’a pas fait, jusqu’à  ce qu’il l’allonge là  et commence à  se déshabiller lui-même, jusqu’à  ce qu’ils soient tous deux haletants et qu’elle se redresse soudain en disant : »Non, il ne faut pas, c’est pas bien, ça suffit ! », fermement pour la première fois, et ne parte, libre de le faire, tandis qu’il la regarde s’en aller en pensant qu’il avait voulu aller un peu trop loin, qu’il aurait du attendre et être plus doux, tandis qu’il espérait déjà  la revoir le lendemain.
Il s’est approché d’elle ce lendemain là , et a voulu l’embrasser, mais elle a dit « non », lui a expliqué que ce n’était pas bien, qu’elle avait un copain, qu’ils n’étaient pas là  pour ça.
Cédric a plaidé sa cause, a compris qu’il n’arriverait pas à  la séduire au-delà  du moment un peu fou d’hier soir, et a respecté son choix, en lui disant ne pas comprendre, mais il l’a respecté.
Trois mois se sont écoulés, elle avait quitté l’hôpital quelques semaines après ces faits, et la vie de Cédric continuait -a continué jusqu’à  sa convocation au commissariat pour être entendu sur une plainte pour viol déposée par Brigitte, qu’il avait essayé d’aimer un soir, dont il avait essayé de se faire aimer un soir.
Coupable ou pas ?
Vous penserez qu’il l’était ou pas selon ce que vous retiendrez des éléments livrés ci-dessus, mais aussi, et peut-être surtout, selon ce que vous êtes, et ce que vous avez vécu.
Mais pas ses juges : eux ne penseront ce qu’ils penseront qu’en analysant ces faits et les réponses de Cédric aux questions de façon binaire, noire ou blanche, oui ou non, bon ou mauvais – c’est incroyablement et douloureusement vrai plus encore dans ce terrible domaine de l’infraction sexuelle.
Mon opinion, non, ma conviction, est double :
– humainement, je pense que tous deux sont sincères, que Brigitte, timide, effacée, qui n’allait malgré tout évidemment pas très bien, qui voyait dans Cédric un sauveur potentiel et un véritable ami, a pu être tétanisée lorsque les choses ont prises une tournure sexuelle ce jour là , a pu ne pas réellement oser protester, a pu ne pas le repousser et même prendre plaisir ou en tout cas douceur à  certains actes, et pour autant s’être sentie forcée, pour autant s’être vécue contrainte, pour autant avoir été une femme violée; mais je pense aussi que Cédric a pu croire en son charme, a pu penser plaire à  cette jolie fille, avec qui il parlait de plus en plus intimement au fil des jours, a pu valablement, charmé et sous l’emprise de son excitation, mais pas une excitation malsaine et dévoyée, la normale, celle qui vient avec le cœur qui bat, croire demander ce rapport charnel, a pu constater qu’on ne le lui refusait pas vraiment, et même qu’on le lui rendait un peu parfois, a pu oublier qu’il avait en face de lui, tout contre lui, quelqu’un de fragilisé, pas forcément apte à  tout dire comme on se dit les choses entre un garçon et une fille bien plantés sur le sol, et qu’il a cru pouvoir aller plus loin, que jamais, un instant, il n’a pensé obliger ou forcer Brigitte en rien, qu’il a cru qu’ils voulaient ces actes tous les deux à  ce moment là  et qu’elle n’y participait que peu par timidité ou pudeur, il s’est d’ailleurs arrêté net dès qu’elle le lui a vraiment demandé, mais sans penser qu’il y avait « un problème », juste que c’était trop tôt, trop vite, et déjà  avide de la revoir bientôt…
– juridiquement, pour ces mêmes raisons et parce que le dossier est vide de toute preuve de contrainte, notamment, qu’il est un de ces dossiers où la parole de l’un s’oppose à  celle de l’autre, et seulement cela, il était impossible de le reconnaître coupable, impossible de le condamner, quoi qu’on pensât des faits par ailleurs, et quelles que soient ses propres conceptions de la morale, du bien ou du mal…

Je vous dirai tout à  l’heure ce qu’il en a été, bien sur, tout aussi évidemment que, je pense, vous l’avez déjà  compris.

Mais je veux vous dire, avant, pourquoi cette Justice est un broyeur de vie, pourquoi tout y est noir ou blanc, pourquoi aucune attitude qui ne rentrerait pas dans l’une de ces deux cases est immédiatement suspecte et de toute façon irrecevable.
Il y a eu des trucs pornos chez moi, il y en avait chez lui, célibataire parfois, masturbatoire parfois :

« -Et vous n’êtes pas un obsédé ?
– Non, je ne crois pas, je regarde ces revues parfois, mais il n’y a rien de malsain.
– Mais vous ne nous en aviez quand-même pas parlé avant qu’on ne les trouve…
-Elles n’étaient pas cachées non plus, et puis vous, vous en parleriez dans ces circonstances ? »

C’est un classique, et encore, Cédric possède des lettres et de l’humour, il sait répondre, connaît le sens des mots, ce qui n’est pas le cas de l’immense majorité des personnes impliquées dans ce type de faits…

« – Vous m’avez dit qu’elle ne s’est pas débattue, mais en même temps qu’elle vous demandait d’arrêter…
– Elle ne le demandait pas vraiment. Elle me disait d’arrêter, que ce n’était pas bien, c’est vrai, mais…
– Elle vous demandait d’arrêter ou pas ?
– Oui, mais pas…
– Vous ne trouvez pas que vos réponses sont confuses, pour quelqu’un qui « ne cherchait qu’à  séduire », selon vous ?
– Non. Elle n’a pas refusé mes avances, elle me donnait l’impression de ne pas oser, d’être impressionnée…
– Et ça ne vous a pas stoppé ?
– Mais enfin non ! Moi j’avais envie d’elle, et je voyais qu’elle ne m’était pas hostile. J’ai continué mais je ne l’ai pas forcée, elle se laissait aller à  mes caresses, parfois, elle me rendait mes baisers. j’étais devant une femme qui hésite à  céder à  un homme, dans le domaine de la morale, de la pudeur…
– Vous trouvez que ce que vous lui avez fait est dans ce domaine pseudo-moral ?
– Non, bien sur, mais je veux dire que c’était un jeu de séduction, pas du tout quelqu’un qui résistait face à  un agresseur, jamais je n’ai été violent, jamais je ne l’aurais contrainte, ni Brigitte ni personne… »

Des pages comme ça, une garde à  vue de deux jours, trois années d’instruction, deux heures d’audience, et exactement ces mêmes dialogues, que je pourrais reproduire ici à  l’infini.
Avec en point d’orgue un autre rite, la question à  dix centimes que tous les avocats connaissent si bien, et bordel de merde, qu’est-ce que vous voulez qu’innocent, on y réponde :
 » Puisque la victime ment, selon vous, savez-vous pourquoi elle vous accuserait de viol ? »
Vous voulez faire le test, chez vous ? vous n’êtes coupables de rien : tentez de répondre à  ça…
Cédric a dit, lui :

 » je ne sais pas, j’y ai beaucoup pensé (depuis deux heures, depuis hier, depuis deux ans, avant l’audience) : je ne sais pas. Je crois que je lui ai fait du mal, je n’arrive pas à  croire qu’elle m’accuserait délibérément, pour me nuire ou je ne sais quoi… Je le crois, mais je n’ai jamais voulu lui en faire, je vous le jure, on s’est trompés tous les deux, pas que moi, j’ai trop demandé, elle n’a pas assez refusé, c’est une erreur dont elle souffre, mais moi aussi je souffre… »

Croyez-moi, tous les clients ne sont pas capables de dire quelque chose comme ça.
Et je vous en veux, Monsieur le Procureur, d’avoir dans vos réquisitions dit que « vous n’aviez pas apprécié que le prévenu se comporte en victime, un peu de pudeur… » sans un instant envisager qu’il se soit agit d’un innocent, un vrai, qui vous regardait d’en bas, et qui avait perdu son travail, la plupart de ses amis, s’était vu attraire en justice par son ex-femme pour que ses enfants ne lui soient plus confiés autrement que devant une personne surveillant les rencontres, avait du relire dans mon bureau les procès-verbaux des déclarations de sa mère, de son père, de ses anciens employeurs et de ses relations, entendus sur des faits de viol commis par lui, qui s’était vu jeter dans des geôles dégueulasses pour ensuite être soumis à  un contrôle judiciaire mensuel dégradant et inutile…
Victime ? S’il était innocent, plutôt, oui !
Et je crois en réalité qu’il y en avait deux, de victimes, dans la salle, un peu deux coupables aussi d’ailleurs; d’une énorme erreur, sans doute, mais de quel délit bon sang ?
Je vous en veux d’autant plus que vous reconnaissiez finalement, enfin, que quel que soit le sentiment que l’on avait sur cette triste affaire, on ne pouvait pas condamner Cédric, pas dans une salle d’audience de notre République, pas avec nos règles de droit – et que votre collègue, qui avait du donner son avis avant vous à  la fin de l’instruction, en était arrivé par écrit aux mêmes conclusions : impossible de condamner cet homme avec ces faits et ce dossier…
Des heures d’arguties, séduction/contrainte, bonheur/malheur, résistance/acceptation timorée ou gênée, bonne foi/mauvaise foi, conscience/inconscience…
Toutes les actions, puis toutes les paroles, de Cédric, passées au crible de la bipolarité exclusive : c’est bien ou c’est mal, c’est à  charge ou à  décharge, et rien d’autre, aucune nuance, aucune place à  des sentiments contradictoires, aucune véritable analyse de ce qu’est toujours la rencontre physique d’un homme et d’une femme, douceur, peur, envie, pudeur, aucun véritable examen de la psychologie du moment et des êtres, qui n’était incompatible avec rien, l’un trop sur de lui et trop direct, l’autre très peu sure d’elle même et trop peu expressive…
Le sanibroyeur judiciaire, l’aseptiseur de sentiments et d’actes, était en marche depuis l’année 2005.
Les avocats connaissent tellement ce phénomène, que l’on nomme autrement et quand on veut être propre la « Vérité Judiciaire », qu’ils en usent parfois, eux aussi :
« Madame le Président, regardez, j’ai deux mains comme mon client, et les policiers me disent dans ce procès-verbal et sans sourire que celui-ci aurait été « vu descendant le long de la gouttière en portant la chaîne hi-fi qui venait d’être dérobée », allons-donc, c’est totalement impossible, il ne pouvait matériellement pas se tenir à  cette gouttière, en descendant, tout en portant cette chaîne hi-fi encombrante, ce qui prouve que les choses ne se sont absolument pas passées ainsi… » plaidais-je parfois, oubliant que le procès-verbal ne disait pas si l’objet en question était gros ou petit, s’il l’avait sur le dos ou à  la main, si la gouttière était haute de deux ou de dix mètres…
C’est parfois vrai et parfois pas, mais ça porte sur des faits, bien ou mal racontés, et tant pis si c’est mal, ou tant mieux.
Mais je n’ai jamais, partie-civile ou prévenu, accepté de plaider une histoire détachée d’un dossier et comme si j’y avais moi-même assisté, en jurant que MA vérité, CETTE vérité, était LA vérité au seul motif que j’étais en train de la dire passionnément, excluant tout ce qui ne rentrait pas dedans au millimètre -noir ou blanc.
La vie est un camaieu complexe de gris, toute décision judiciaire d’une couleur tranchée est une erreur.
Encore cet exemple, qui m’a coûté une journée de reconstitution stérile ou tous, juge, greffier, gendarmes, prévenu et avocats, courrions tous comme des abrutis sous le regard hilare des passants : les policiers ont chronométré, cet assassin a tué à  seize heures, il faut vingt minutes en « course normale » pour arriver au domicile de son frère, son appel téléphonique prouve que le jour des faits il était seize heures quarante trois à  son arrivée, son frère ayant confirmé qu’il s’était rué sur le téléphone : unique question du magistrat…

« Alors Monsieur, qu’avez-vous fait pendant ces vingt-trois minutes d’écart ? »
« On s’en fout ! Il l’a tué, il le dit, il est simplet, la vie fait qu’il a peut-être marché plusieurs fois, qu’il a pu même faire demi tour pendant deux minutes pour d’obscures raisons, un bon milliard de choses logiques ou illogiques peuvent avoir causé ces quelques minutes d’écart, demande lui donc pourquoi il a tué, puis pourquoi il a couru, pour aller prévenir son frère et les flics, c’est ça le mystère, c’est ça son cœur insondable, c’est là  qu’est la clé de ce crime, peut-être..! » pensait l’avocat essoufflé.
 » C’est long, vingt-trois minutes, Monsieur, j’attends vos explications… »

Elles ne sont jamais venues, c’est dommage, cette vérité là  mourra sans doute avec ce pauvre gars…
Sanibroyeur Judiciaire de votre logique habituelle, de votre vie « normale », moulinette par laquelle il faut absolument que tous vos mots passe avant toute chose…

J’avais compris avant d’entendre la décision, les magistrats n’ont pas « mis en délibéré », c’est à  dire n’ont même pas souhaité prendre le temps de la réflexion, et pour les deux juges qui n’avaient pas lu le dossier avant l’audience, contrairement à  celui qui la présidait, de le lire à  tête reposée, non plus d’ailleurs que mon épais dossier de plaidoirie…
« Délibéré en fin d’audience », soit deux heures plus tard.
Coupable, deux années d’emprisonnement assorties d’un sursis avec mise à  l’épreuve d’une durée de deux ans, comportant notamment obligation de travailler, se soigner et rembourser la victime, condamné à  verser à  celle-ci la somme de six mille euros.
Le Parquet, comme moi, estimait qu’aucune preuve ni d’une contrainte, ni d’une intention, ne pouvait humainement être rapportée par l’examen du dossier.
A minima : j’estimais quant à  moi que ce dossier contenait quinze preuves d’innocence.
Mais même cette peine était placée, comme si souvent, sous le sceau éminemment distordu du regard judiciaire : quoi, coupable de viol et fier de l’être, menteur jusqu’aux ongles et jusqu’à  la fin, ayant voulu faire mal et voulu forcer, et du sursis ?
Il était peut-être espéré qu’il n’y aurait pas d’appel, il a été effectué le jour même.
Et au greffier qui les enregistre, et qui me lançait un jovial « Ça va Maître ? », que vouliez-vous que je réponde avec mes picotements dans les yeux ?
 » Broyé.  »

  1. Petite saillie vers l’un de mes lecteurs qui se reconnaîtra, ne m’en veux pas, il fallait quand-même un peu d’humour dans tout ça… []