- Maître Mô - https://maitremo.fr -

Quelques mots sur…

Ce titre était, exactement, celui d’un mail, reçu hier, d’un homme qui le signait “Anonyme Relatif”, et me l’avait adressé sous une adresse créée tout exprès,  anonyme elle aussi -vous allez comprendre pourquoi.

Je l’ai lu, et j’en ai été suffisamment édifié, et ému, pourquoi ne pas le dire, que j’ai immédiatement pensé, une fois digérés les points de vue qu’il y fait valoir, qu’il fallait que ce texte soit publié, ici.

Parce que malgré cet anonymat, je trouve que cet homme a fait montre d’un très grand courage en me l’adressant, à  plus d’un titre : il y parle de choses que l’on n’entend jamais, strictement jamais, il y prend la parole alors que l’on ne donne habituellement pas cette parole aux gens qui sont comme lui -oh, on en disserte, en tous sens, moi le premier, il me le rappelle d’ailleurs dans ce texte, mais entendre aussi directement ce que “ces gens-là ” peuvent vouloir exprimer est une toute autre chose… Et c’est aussi courageux parce qu’il n’est pas encore jugé.

Car cet homme est pédophile. Et il s’explique.

Le texte d’Anonyme Relatif nous renvoie je crois à  beaucoup de questions, tant sur la nature même de la pédophilie, que sur l’illégalité de certains actes, qu’enfin plus encore sur le traitement judiciaire qu’on “leur” réserve…

Il parle avec une sincérité rare, ce qui m’a décidé à  livrer ici ce témoignage, avec le fait que nous sommes tous des intellectuels, ou réputés tels, moi le premier, qui écrivons et raisonnons beaucoup, sur ce blog et ailleurs, sur ce qu’est ou n’est pas la pédophilie, sur les remèdes à  trouver ou les maux qu’elle cause…

Mais que lui la vit.

Ses mots ont une importance considérable pour quiconque, et je m’en vante souvent, se targue d’essayer de comprendre…

Soyons parfaitement clairs, si besoin en est : cet homme vit une forme de pédophilie, une forme parmi d’autres, très probablement, et qui dans son cas lui permet manifestement de conserver son discernement, d’une part.

D’autre part, il est totalement -c’est évident mais je me méfie, tant le sujet est difficile- exclu de valider, en quoi que ce soit, le moindre passage à  l’acte pédophile -ce n’est pas ce que fait l’auteur de ces mots, qui ne cherchait je crois en m’écrivant qu’à  me donner ses clés de compréhension à  lui…

Et qui pose, justement, son regard à  lui sur certains actes -ceux qu’il a commis, qui ici encore ne sont naturellement pas les mêmes que l’on reproche à  d’autres- sans fausse pudeur, et avec ce qui demeure à  mon sens l’une des question majeure en ce domaine : l’anormalité que nous, et la Justice, relevons évidemment dans les affaires de ce type, est-elle ressentie comme telle par les pédophiles eux-mêmes ? Une question plutôt importante, je crois, et vous verrez les réponses que lui y apporte.

Enfin, certaines de ses explications peuvent, sans doute, choquer -mais je crois qu’il n’y a pas l’ombre d’une provocation dans ce qu’il décrit : Anonyme  Relatif raconte, tout simplement, et pour une fois -et il y a énormément à  apprendre de ce que lui ressent, à  commencer par l’échec, je crois que le mot convient, que représente le traitement judiciaire de ce type de cas.

Avant de vous proposer de le lire, ce témoignage, je crois utile de retranscrire, en toute transparence, les extraits importants des quelques mails que nous avons échangés préalablement à  cette publication, immédiatement après ma réception du message d’origine : il s’y est dit à  nouveau beaucoup de choses importantes, en marge des premières explications (les passages coupés portent sur les indispensables modifications factuelles que nous avons effectuées dans le corps du texte, afin d’en rendre son auteur non identifiable).

MM : “Merci, beaucoup…

Votre texte me passionne, et me renvoie, avec une franchise pour laquelle je vous salue, à  mes ignorances, et je crois, à  pas mal de celles des autres…

J’ai souvent plaidé, et écrit, que “ces gens”, vous comprendrez cette expression, étaient en réalité des gens, assez “normaux” quoi que dits “déviants”, mais je ne peux évidemment pas l’exprimer aussi bien que vous, ni aussi simplement, ni aussi complètement…

[…] Accepteriez-vous que je publie votre texte, comme vous me l’avez adressé ? Je pense qu’il recadre un certain nombre de choses, et qu’il est, pour tout dire, rare.

Je pense aussi que votre témoignage est édifiant, et ce n’est pas péjoratif.

Si vous êtes d’accord, je dois vous avertir de deux faits que vous connaissez déjà  ( ! Je suis avocat…) : écrire, c’est se mettre à  poil, même sous couvert d’anonymat, et votre texte, que je trouve beau, provoquera certainement toutes sortes de réactions, il faut y être prêt.

Et par ailleurs, je supprimerai tout commentaire que j’estimerais “dérapant”, d’autres personnes, évidemment, mais aussi de vous-même. Notamment, vous osez aborder le cas de la fragile frontière entre la majorité légale, la majorité sexuelle et certaines relations, et vous avez raison de le faire -mais ce sera forcément heurtant, pour certains.

Là  encore, ne prenez pas mal ce que je dis, mais, pour parler vite, autant je défends, j’espère avec force, les pédophiles, autant je ne défends pas, ni ne peux admettre qu’elle le soit, la pédophilie -ce n’est pas ce que vous faites dans votre texte, mais c’est un sujet si délicat, si lourd, que le risque existe naturellement.

[…] Et, dans tous les cas, merci, infiniment, de votre envoi, qui m’émeut de bien des façons, et notamment parce que vous avez osé le poster. Soit dit en passant, j’ignore si la Justice, finalement, vous aidera -mais je trouve que votre degré de réflexion le fait déjà  beaucoup…”

AR : “Je vous remercie, d’abord, d’avoir lu mon texte.

Je ne peux vous laisser publier mon texte tel quel, puisque je n’ai pas été jugé, que plusieurs éléments mis bout à  bout permettraient au juge d’instruction et au procureur de la république de savoir de façon quasi-certaine qu’il s’agit de moi…

Je souhaite apporter un éclairage le plus sincère possible, et pas à  faire croire que je suis un individu parfait.

Mais devant le juge, vous comprendrez que j’aime autant qu’il ne soit pas en possession d’un texte de moi daté de 2009 dans lequel j’avoue ne pas savoir si je serais capable de me tenir à  carreau toute ma vie durant. Ça a beau être la vérité, toutes ne sont pas bonnes à  finir dans le bureau du Procureur et j’ai abandonné depuis longtemps l’espoir un peu naïf d’être jugé de façon parfaitement honnête et juste dès lors que j’étais parfaitement sincère…

[ J’avais interrogé Anonyme Relatif sur la réalité de son récit, ne voulant pas qu’un éventuel imposteur, même si je n’y crois pas une seconde, me trompe  sur ce sujet. ] Tout ce que je vous ai dit est totalement vrai.

Cela veut dire aussi que je ne m’exprime qu’en mon nom, d’ailleurs. Par exemple, à  titre personnel j’ai un respect immense pour les surveillants que j’ai rencontré pendant ma détention, et qui ont géré les choses avec brio malgré un contexte défavorable (surpopulation carcérale notable, avec jusqu’à  7 personnes pour 6 lits dans une cellule dont je soupçonne que les normes permettaient initialement de n’en accueillir que 3 en théorie). Mais peut-être d’autres personnes vous donneraient-elles un tout autre témoignage, je n’en sais rien. Cela se passe peut-être différemment dans d’autres prisons. Je ne m’exprime que pour moi et par rapport à  ce que je sais, même si je me permets diverses généralisation sur la pédophilie, pour avoir eu l’occasion de discuter avec beaucoup de gens “de mon espèce”.

Vous dites ne pas défendre la pédophilie, permettez-moi de chipoter : la pédophilie ne se “défend” pas, ni ne se critique. La pédophilie n’est pas l’acte, c’est l’orientation. Elle n’est pas bien ou mal : elle est, et aucun de nous ne l’avons choisie, mais nous apprenons à  cohabiter et, pour certains (pas pour tous), même à  s’y attacher quelque part. C’est comme une couleur de peau, ou une préférence pour telle ou telle couleur. Elle est là , on n’y peut rien, il n’y a aucun choix là -dedans, et du coup, aucun jugement de valeur ce me semble. Ce que vous refusez de défendre, finalement, c’est le passage à  l’acte pédophile et la consommation de pornographie infantile.

Je comprends bien là  la limite qu’un citoyen ne peut franchir. Par conviction et aussi par la loi, qui punit l’apologie des crimes et délits. J’ai conscience de flirter, moi-même, avec les limites, lorsque je réfléchis à  ces sujets là , parce qu’après tout je me sens quand même directement concerné, et qu’il est normal de se demander si tout ce qui m’est interdit, et si insupportablement inaccessible, l’est pour des raisons parfaitement valables, ou par dogmatisme.

Il est difficile de se plier à  la loi malgré soi, quand elle touche à  quelque chose d’aussi fort que l’attirance érotico-affective, mais c’est un peu moins difficile quand on le perçoit comme parfaitement légitime. Je ne sais que trop bien que déjà  ce que je vous ai dit dans le premier mail, et qui était soft, fort peu de monde est capable de l’entendre sans réaction épidermique d’indignation, sinon de haine. Ce n’est pas ce qui me fait peur.

Je tiens d’ailleurs à  vous dire que j’ai le plus grand respect, la plus haute estime pour votre capacité à  mettre autant d’énergie à  défendre la petite Jade qu’à  refuser la haine primaire et sadique de ceux qui voudraient voir les gens de mon espèce pendus par les couilles (passez-moi l’expression). Vous faites preuve d’une sagesse qui est loin d’aller d’elle même dans une société qui m’a désigné comme monstre suprême, et alors que vous avez déjà  pris en pleine face la souffrance que peut causer une agression sexuelle ou un viol1 […]”

MM : “Juste, je m’aperçois en vous relisant, après une après-midi de rendez-vous dont deux nouvelles affaires, le croirez-vous, sexuelles, que je suis un con : avant de vouloir à  tout prix publier votre beau témoignage, j’aurais dû vous dire que je me rendais compte de votre souffrance, et que je compatis, en comprenant bien tout ce que la justice peut y ajouter d’inutile, et d’accablant. Voilà , pardonnez-moi de ne vous avoir pas dit ceci avant ma première réponse. […]”

AR : “Permettez-moi de vous remercier pour votre mot de compassion. Mais rassurez-vous, je ne vous ai pas écrit, initialement, pour être plaint.

J’ai écrit dans l’espoir de faire avancer un peu le Schmilblik, parce qu’il n’y a pas forcément un camp des méchants et un camp des gentils.

Nous ne sommes pas que des hommes méchants (il existe aussi des sadiques parmi nous, mais en proportion, il ne doit pas y en avoir plus que de sadiques hétérosexuels qui battent leur femme ou violent des femmes), nous ne souhaitons pour la plupart faire de mal à  personne et surtout pas aux enfants, nous ne sommes pas des ennemis du reste de la société, que nous fréquentons et avec qui nous avons le plus souvent de bons rapports (nous avons un travail ou des études, des collègues, de la famille)…

J’imagine que vous savez déjà  tout cela, au moins instinctivement si ce n’est d’expérience après avoir eu quelques clients de la sorte. Il est vrai que nous avons souvent du mal avec l’autorité judiciaire et policière que nous jugeons parfois (souvent?) injuste, mais nous n’ignorons pas non-plus leur caractère indispensable, parce qu’il n’y a certes pas que des Bisounours, ni parmi les pédophiles, ni dans le reste de la population. ..”

Voilà , décision était prise ensuite de publier ce témoignage, retouché uniquement quant aux données factuelles.

Inutile je pense d’écrire2 que, plus que jamais pour ce texte, je compte sur l’exemplaire dignité des commentaires dont ce blog a jusqu’ici constamment pu s’enorgueillir.

Bonjour, Maître.

J’ai vu votre récente note sur l’affaire Francis Évrard, mais ce qui m’a, en fait, donné envie de vous écrire, est votre article de début d’année sur les pointeurs en prison, et les nombreux commentaires qui s’en sont suivis.

Je me permet de vous écrire bien que vous ne m’ayez pas sollicité, juste pour vous donner quelques informations, dont vous ferez ce que vous voulez. Je pense qu’elles pourraient vous être utiles pour cerner, certains de vos clients… Ou certains de vos adversaires, lorsque vous travaillez pour la partie civile.

Je suis un “pointeur”, ou plutôt j’étais. Pire, je suis un pédophile, un vrai. C’est à  dire que mon orientation sexuelle se tourne vers les enfants. En ce qui me concerne les garçons, peu ou pas pubères.

Je fut “pointeur” lorsque j’ai été placé en détention provisoire, pendant six mois, pour avoir échangé de la pornographie infantile sur internet. Oh je n’en suis pas spécialement fier. J’étais juste, au commencement, un môme de 17 ans un peu paumé, en proie à  une orientation sexuelle difficile à  gérer, et qui faisait ce qu’il pouvait pour canaliser ça dans une société où le tabou est absolu sur ces questions.

Arrêté peu après ma majorité, j’ai été donc traité comme un majeur. C’était il y a quelques temps déjà , mais je n’ai toujours pas été jugé, bien qu’il s’agisse de correctionnelle, aussi vous comprendrez que je garde l’anonymat (relatif toutefois et j’en ai bien conscience).

On m’a mis deux agressions sexuelles sur le dos, aussi, et je peux le comprendre, car après tout certains éléments découverts à  la suite de mon arrestation permettaient de supposer que… Je trouve juste qu’après que les deux victimes supposées aient affirmé qu’il ne s’était rien passé, à  plusieurs reprises, il serait peut-être temps d’admettre que je n’ai rien fait.

Or, donc, j’ai fait six mois. Je confirme un à  un tous les éléments que vous avez apporté à  vos lecteurs. Je ne suis pas sorti une seule fois en promenade. Je rasais les murs, lorsque j’allais en parloir par exemple. J’ai connu aussi la hiérarchie parmi les pointeurs : en tant que pédophile, j’étais la sous-merde parmi les sous-merdes. Et comme les pointeurs morflent déjà  beaucoup et en ont gros sur la patate, ils ont, plus que les autres condamnés peut-être, besoin d’un souffre-douleur.

Je veux confirmer aussi, que vous avez raison de tirer votre chapeau aux surveillants. Ils sont les seuls maîtres à  bord ou à  peu près. La seule chose qui sépare la prison de la torture pure et simple, c’est le comportement des surveillants. Ils ont donc une importance primordiale. Et je peux vous confirmer que oui, ils ont quasiment tous un comportement exemplaire, et font leur maximum pour éviter autant que faire se peut le règne de la violence la plus atroce, n’hésitant pas d’ailleurs à  prendre quelques libertés avec le règlement quand c’est pour le bien des détenus (bien que ce ne soit pas règlementaire, ils se font fort, par exemple, de mettre les jeunes les plus vulnérables avec les vieux sages, qu’ils connaissent assez pour savoir qu’ils ne joueront pas les redresseurs de tort).

Hormis cela, puisque c’est un domaine que vous semblez connaitre assez mal3, je me permet de vous apporter un éclairage sur ce qu’est être pédophile.

Il est partiellement inexact de dire qu’un pédophile est attiré par “les enfants” quel que soit le sexe. Il y a souvent une nette préférence pour un sexe ou pour l’autre, quand l’attirance n’est pas strictement cantonnée à  un sexe.

Je ne crois pas non-plus que la pédophilie soit une maladie, comme l’est une névrose. Je dirais qu’il s’agit d’une orientation sexuelle déviante. Certains sont hétérosexuels, d’autres homosexuels, je suis pédophile attiré par les garçons. Et, comme pour tout homme, il y a une forte composante affective dans notre orientation.

Cela veut dire que lorsqu’un de vos clients dira être “amoureux” de sa victime, ce ne sera pas pour amadouer le juge, mais l’expression de son sentiment le plus profond.

“Pourquoi agresser la personne que l’on aime”, me demanderez-vous peut-être. Il n’y a pas de réponse unique. Chez certains c’est la conviction honnête que le mineur (il ne s’agit pas toujours d’enfants de 5 ans mais parfois d’adolescents pas bien loin de la majorité sexuelle) était consentant, et qu’à  partir du moment où la chose s’est faite dans le désir mutuel il ne peut y avoir de traumatisme.

Chez d’autres c’est la frustration accumulée avec les années qui pousse à  déraper. Et il faut reconnaitre que notre vie n’est pas une sinécure : non-seulement nous sommes sensés “nous la mettre sur l’oreille” pour le restant de nos jours, mais nous n’avons pas même le droit de nous soulager devant un porno. Allez, juste une fois, demander à  la sortie d’un lycée combien de jeunes sont prêts à  renoncer à  toute vie sexuelle – pornos y compris – immédiatement et pour le restant de leurs jours… Fort peu, à  mon humble avis.

Pour d’autres, c’est une sorte de je m’en foutisme, du genre “advienne que pourra”, étant entendu que l’immense majorité des victimes de véritables pédophiles ne sont pas violentées, mais que le rapport a été obtenu “par séduction” comme disent les psys…

Je suis pédophile et le fait d’avoir été attrapé par la justice et astreint à  une thérapie, ne change rien à  ma condition. J’ai travaillé avec plusieurs psys et pas plus l’actuel que les précédents ne croit vraiment pouvoir me “guérir”, c’est à  dire faire de moi un homo ou un hétéro. Et je n’y crois pas non-plus.

Nous essayons, plutôt, de travailler sur la gestion de mes pulsions et sur mon intégration sociale avec des gens de mon âge, de sorte que je présente le moins de risque possible de dérapage.

Mais je ne vous cache pas non-plus que même si je me tiens à  carreau depuis plusieurs années maintenant, j’ai du mal à  m’imaginer rester parfaitement chaste pendant la soixantaine d’années qu’il me reste à  vivre.

D’autant que comme beaucoup de pédophiles, je ne suis pas non-plus à  100% convaincu que tous les interdits qui se posent à  moins se justifient intégralement. Oh, je ne dis pas que l’âge de consentement devrait disparaitre, comme cela fut parfois revendiqué dans les années 70. Mais les questions du consentement, de l’âge de “maturité”, de l’étrange différence de deux ans entre le moment où l’on peut partir en prison pour viol et le moment où l’on se voit accorder le droit de consentir, sont des questions que je me pose tous les jours, tout le temps même, sans jamais avoir de réponse certaine.

J’ai parfois, souvent même, le sentiment qu’un traitement injuste nous est réservé, que trop souvent on amalgame des actes illégaux mais à  peine immoraux avec ceux commis par des gens comme Evrard… Ais-je raison, ou suis-je en train de me chercher des excuses ? Je ne sais pas, j’y travaille, y compris avec mon psy. Reconnaissons seulement que certaines questions se posent.

En attendant, je cherche à  me reconstruire, après que mon arrestation ait détruit mes rêves, ma fierté, certains de mes rapports sociaux, ou encore des amitiés en tout bien tout honneur avec des enfants pour qui j’avais une immense affection et que je n’avais jamais touché.

Je continue à  penser que ces six mois de détentions provisoires n’étaient pas justes eu égard à  ce que j’avais réellement fait. Pas plus que certaines remarques dégradantes du substitut du procureur, qui a cru devoir employer le qualificatif de “futur violeur”, pas plus que le moment où il m’a traité de  “détraqué sexuel”  parce que, du haut de ma jeune majorité, j’admettais m’autoriser un rapport sexuel avec un mineur d’au moins 15 ans puisque c’était légal (3 ans de différence d’âge, ça ne me paraît pas le crime du siècle). Je continue à  penser que les longues années d’instruction liées au fantasme du “réseau pédophile” ne sont pas justes non-plus.

Mais à  qui le crier ? Personne ne souhaite autre chose que de me voir souffrir (c’est réussi), ou au minimum m’auto-flageller (c’est un échec : frappez un homme à  terre et l’énergie du désespoir le poussera à  se rebeller, quand bien même il se laissait faire au départ).

Je suis pourtant rien d’autre qu’un homme avec des sentiments, des bons et des mauvais côté, une vie, des amis, des passions, et aussi, c’est vrai, une orientation sexuelle, que je n’ai pas choisie, mais que je dois assumer au quotidien. Au quotidien.

Je ne suis qu’un homme qui cherche à  vivre sa vie à  peu près heureux en faisant le moins de mal possible aux gens autour de moi, adultes ou enfants.

Et je suis au regret d’avoir le sentiment que la justice ne fais rien pour m’y aider. Rien du tout.

Voilà …

C’est décidément un domaine où rien n’est simple, et moins encore monochrome, n’est-ce pas..?

Je ne sais pas vous, mais je suis moi sorti de cette lecture un peu sonné, et très dérangé -pas pour de mauvaises raisons, je crois.

Merci infiniment, Anonyme Relatif. En tout cas.

  1. Je pouvais supprimer ce paragraphe, qui fait naturellement souffrir ma modestie légendaire, mais allez savoir pourquoi, je l’ai laissé -ce n’est pas parce que le sujet est grave que je vais m’interdire un sourire. []
  2. Mais je le fais quand-même, car je suis avocat, c’est une tare que nous avons ! []
  3. Il a raison, et je manque d’humilité, parfois, notamment dans ce domaine -profitez-en, je ne l’avoue pas souvent… J’ai défendu des dizaines de personnes concernées par ça, et pourtant, auprès de combien d’entre elles ais-je pu réellement recueillir de véritables sentiments..? Et si je n’ai pas réussi, quel autre intervenant judiciaire l’aurait pu..? []