C'est un dépot…

Ce titre est constitué par la phrase traditionnelle par laquelle les avocats annoncent parfois au magistrat qu’ils ne plaideront pas mais déposent simplement leur dossier -ça ne devrait jamais, mais ça arrive, exactement comme ces excuses en forme de billet.

Je pensais, en effet, pouvoir cumuler. Or, c’était pur orgueil : je suis au regret de devoir constater que malgré mes immenses qualités, et mon extraordinaire capacité à  détester dormir longtemps, la sagesse populaire avait, une fois n’est pas coutume, raison : on ne peut pas tout faire… La preuve en une phrase, la phrase d’excuses la plus longue du monde, juste pour le fun, et pour refléter un peu mon état de confusion cervicale….Lire la suite“C'est un dépot…”

Suivant votre conscience…

Ce titre est tiré de l’article 304 du Code de Procédure Pénale, qui contient le serment que prête tout juré de Cour d’Assises, en France :

“Le président adresse aux jurés, debout et découverts, le discours suivant : “Vous jurez et promettez d’examiner avec l’attention la plus scrupuleuse les charges qui seront portées contre X…, de ne trahir ni les intérêts de l’accusé, ni ceux de la société qui l’accuse, ni ceux de la victime ; de ne communiquer avec personne jusqu’après votre déclaration ; de n’écouter ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l’affection ; de vous rappeler que l’accusé est présumé innocent et que le doute doit lui profiter ; de vous décider d’après les charges et les moyens de défense, suivant votre conscience et votre intime conviction, avec l’impartialité et la fermeté qui conviennent à  un homme probe et libre, et de conserver le secret des délibérations, même après la cessation de vos fonctions”.

Chacun des jurés, appelé individuellement par le président, répond en levant la main : “Je le jure”.”

C’est qu’en effet, je souhaite vous proposer de mesurer, un peu, les deux plus énormes difficultés posées par le droit pénal, bien au-delà  de toute les gloses procédurales, théoriques et réformistes : celle de juger, et son corollaire obligé, celle de défendre.

Parce qu’autant, selon moi, défendre n’implique pas de juger, et même doit craindre de le faire, autant juger en revanche doit nécessairement amener à  défendre, défendre toutes les solutions possibles, pour au final, en n’en retenant qu’une, correctement satisfaire à  cette lourde obligation : juger son semblable, et bien le juger.

Essayez, si vous l’osez, et sortez-en indemnes, si vous y parvenez…Lire la suite“Suivant votre conscience…”

Libertés en tous genres !

Je ne sais pas trop ce qui se passe, aujourd’hui, sans doute une conjonction d’intelligences, tout bêtement !

Mais profitons en rapidement, comme toute série ça ne dure jamais : voici donc un tour rapide et joyeux des bonnes nouvelles de ce matin, auxquelles il n’y a aucune raison de ne pas ajouter nos propres bonnes humeurs…Lire la suite“Libertés en tous genres !”

Mieux vaut parfois ne piper Mô…

[ Marie est magistrate1 et, étant dès lors particulièrement bien placée pour connaître les gouffres insondables de douleurs et de difficultés desquels l’avocat que je suis doit tenter tous les jours d’émerger, a tenu à  m’aider à  le faire en m’adressant le récit, très… Ému (! Vous allez comprendre…) de ses premières Assises…

Difficilement remis du fou rire qu’il a provoqué, j’ai souhaité, avec son accord, vous le livrer tel qu’elle me l’a écrit -accrochez-vous, j’ai beau avoir entendu quelques plaidoiries d’anthologie dans ma carrière, celle-là  les dépasse toutes…Lire la suite“Mieux vaut parfois ne piper Mô…”

  1. nul n’étant parfait on le sait []

Dors min p’tit Quinquin…

Je m’étais juré de ne pas dire ou écrire un mot sur “notre” scandale judiciaire national récurent, Outreau.

Parce que tout le monde a tout dit sur le sujet, la plupart du temps n’importe comment, ce qui était certain puisque plus de gens que ceux qui connaissent le dossier en ont parlé -comme toujours.

Et parce que tout ce qui touche à  cette triste affaire, comme d’ailleurs au “procès” de son principal acteur, le tout aussi fameux juge Burgaud, me flanque désormais des boutons -pour différentes raisons, que j’étais décidé à  garder pour moi afin de ne pas venir grossir le troupeau des seuls vrais déçus d’Outreau, dirait-on souvent : ceux qui n’y étaient pas…

Mais voilà  que l’actualité me rattrape, et qu’on nous dit qu’un supporter du PSG que l’ancien Président de la chambre de l’Instruction, en poste à  l’époque, témoignant au “procès” du juge Burgaud, m’aurait, à  l’instar de tous les habitants du Nord, traité en substance de dégénéré alcoolique et pédophile…

Ça m’énerve !!! Mais, je vais peut-être vous décevoir, pas pour les raisons qu’on croirait…Lire la suite“Dors min p’tit Quinquin…”

E Thémidos ménis !

(Ce titre, je l’indique pour les rares… Béotiens (justement !) qui me lisent, est en grec ancien, et signifie : “La colère de Thémis”. C’est aussi une petite allusion à  la toute première ligne de l’Illiade, qui annonce que l’on va chanter la colère d’Achille… Je trouvais ça opportun !)1

Oh, pas grand’ chose…

Il semblerait juste, pour faire très simple, que nous soyons à  deux doigts de l’implosion judiciaire tous azimuts !!
Lire la suite“E Thémidos ménis !”

  1. Je remercie mon géniteur, ancien professeur de grec ancien apparemment pas trop décati, pour l’instantanéité de cette traduction, ainsi que m’avoir éclairé sur Thémis, en réalité non pas déesse de la Justice, contrairement à  ce qui est communément admis, mais déesse de… La Loi, ce qui évidemment change tout !! []

Dépendez les pointeurs !

Une fois de plus, j’entends que le suicide en “milieu carcéral”, pour reprendre l’expression pudibonde employée par les gens qui en parlent, est soudain d’actualité, au point que, paraît-il, des Officiels en recherchent les causes…

Comme si c’était un problème nouveau, comme si, passant mon DEA1, il y a dix-sept ans, le titre de mon mémoire de l’époque n’avait pas déjà  été “Le suicide en prison”, comme si je n’avais pas déjà  pu constater, avec stupéfaction, que l’on s’y tuait exactement quatre fois plus, statistiquement, qu’en milieu libre…2

On apprend donc, puisque tout-à-coup l’on en reparle, comme très périodiquement, qu’onze personne sont mortes de cette façon en trois semaines, dont trois au même endroit, et attention : pas treize -France Info, ce matin, tenait à  répercuter cette précision liminaire apportée je crois par le Directeur de l’Administration Pénitentiaire, au motif qui ferait sourire dans un autre contexte que “deux d’entre eux ne sont pas “confirmés” indique-t-il”, et si quelqu’un sait ce que ça signifie il peut m’écrire.3

On apprend ensuite qu’une réflexion serait en cours pour comprendre les causes de ces suicides (dites, tout de go, j’en ai une, de cause : la prison c’est dur !), et, surtout, que cinq de ces onze suicidés étaient en détention pour infractions sexuelles.
On ne me chipotera pas l’approximation : la moitié, donc.
Ça alors, quelle nouvelle incroyable, comme on ne pouvait absolument pas s’en douter, quelle surprise, vraiment..!

Je suppose qu’on va réfléchir à  cet état de fait, bien-sur, et se réunir, et réfléchir encore, notamment à  la date de la prochaine réunion, histoire d’essayer de parvenir à  comprendre pour quoi diable ces bonshommes-là  se tuent en plus grande proportion que les autres en détention…

Je tenais donc, ab irato et ex abrupto, à  apporter par avance ma contribution à  ces travaux passionnants, et à  donner ici immédiatement ce qui, j’en suis convaincu, doit être la principale cause de cette horreur, qu’on laisse perdurer depuis des lustres dans l’indifférence la plus totale, et qui est même devenue un système pratiquement officiel en détention, et géré comme tel… Je vais vous parler des “pointeurs”.Lire la suite“Dépendez les pointeurs !”

  1. Ils appellent ça comment maintenant ? “Master Plus” ? []
  2. Le seul milieu aux statistiques comparables, à  l’époque, était… L’armée ! Et dans les mêmes conditions : on s’y tuait jeune, et surtout au début… []
  3. Je suppose qu’ils enquêtent quant à  une possibilité de meurtres, voir ci-dessous, ou de mort naturelle ou empoisonnement fortuit… []

Histoire noire III

III GARDE A VUE

Jean-Marc est, littéralement, vidé, liquéfié, anéanti.
Il y a quatre heures, il somnolait devant sa télé avec sa femme. Maintenant il se les gèle sur un banc en bois, dans une cellule, avec deux pochards et un jeune type qui vend de la drogue; il n’a plus ni lacets, ni ceinture, ni aucun objet d’aucune sorte, même pas sa montre, il n’a que son alliance. Il a faim, il a froid, il a mal. Et il a peur.
Lire la suite“Histoire noire III”

Tribute to mon Confrère Collard !

N’allez pas, mais alors pas un instant, vous méprendre : il est absolument hors de question qu’un avocat pénaliste de renommée nationale (moi) rende un quelconque hommage à  un autre avocat pénaliste, fut-il un peu connu lui aussi (Gilbert Collard).

Mais je me creusais justement sur la manière la plus rigolotte de faire à  mes aimés lecteurs un petit cadeau de Noël ou de Nouvelle Année un peu digne, un peu en rapport avec mon beau sapin métier…

Et là , je crois qu’on m’a fourni du lourd, du très lourd !Lire la suite“Tribute to mon Confrère Collard !”

Ad vocatus

Il y a exactement seize ans, je me tenais, compacté avec une trentaine d’autres élèves-avocats et leurs familles, dans la belle salle du Parlement de Flandres, à  Douai, debout dans une robe d’avocat flambant-neuve, offerte par ma grand-mère qui pleurait dans la salle (elle a toujours cru que je devenais procureur pour poursuivre les agresseurs de vieilles dames…), et je disais à  mon tour, ganté de blanc, “Je le jure !”, après lecture générale de notre magnifique serment : je devenais avocat.

En guise d’anniversaire, et pour continuer à  bien me souvenir de ma naïveté de l’époque, et de la fougue qui va avec, je voulais vous raconter ma première plaidoirie en correctionnelle, survenue quelques heures plus tard : je fais un beau métier, mais parfois pas sans mal…Lire la suite“Ad vocatus”

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