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Avocats : toujours là !

[Une fois n’est pas coutume : ce texte est plutôt à destination des avocats… Mais ça n’empêche personne de le lire, bien sûr – et, en cas de sympathie, d’adhérer ! Justiciables, et TOUS, ça nous fera du bien !! Pour les explications de fond, un jeune avocat inconnu mais relativement brillant les donne ici .]

 

Confrères,

Ce mot prend tout son sens ces jours-ci n’est-ce pas ? Nous avons un beau serment…

Mes Chers Confrères,

Je fais partie de nos vieux, désormais. Quand j’ai lu, il y a ce qui semble cent ans, que nos instances, Conseil National des Barreaux en tête, n’acceptaient pas l’article 15 du budget 2016 prévoyant de prélever (encore plus) les CARPA, ni qu’on présente la nouvelle répartition de nos déjà si piètres Unités de Valeur comme un formidable progrès, quand il s’agissait en réalité de diminuer encore, parfois radicalement, cette « indemnisation » des avocats plaidant pour les gens qui ne peuvent payer leur avocat, je l’avoue, j’ai ricané dans mon coin, j’ai même moqué les « motions » prises ça et là, dont 23 années de Barreau m’ont appris qu’elles ne font que déboiser nos forêts et remplir les corbeilles de la Chancellerie…

Je me suis dit, une fois encore, que nous, fameux « auxiliaires de Justice » (je n’aime pas ce terme, disons ce… diminutif), allions raquer, et puis c’est tout, qu' »on » plaçait nos « indemnités » exactement là où « on » plaçait l’estime de notre belle profession – et c’est un endroit que la correction m’interdit de nommer…

Mais que nous pourrions écrire et râler et faire grève un jour ou deux, rien n’y changerait – j’en suis à ma quatrième « révolte » autour de l’Aide Juridictionnelle, vous comprenez, j’ai vu les résultats magnifiques des 3 autres : toujours plus de missions et de travail, dans des conditions toujours moins acceptables… Mais que nous acceptons, bien forcés – nous avons un beau serment.

Pourtant je suis avocat, qui plus est pénaleux : qui mieux que nous sait qu’il ne faut jamais renoncer, que tout peut arriver, si l’on se donne ?

Car j’avais tort. Et que cette fois il se passe quelque chose.

Nous étions déjà en route, mais lundi dernier, à Lille, les avocats se réunissaient en Assemblée Générale Extraordinaire – et extraordinaire elle fut.

 

Il s’agissait de choisir des moyens d’action, parmi ceux des autres fois – je ricanais encore, pardon… Et soudain, quatre cent (!) avocats en colère dans une grande salle d’audience pleine à craquer se trouvaient debout à voter, une première je crois, le blocage, le lendemain, du Palais de Justice. A voter par unanime acclamation.

Comme l’écrivait sur Twitter un noble confrère, Dominique Piau : « Je n’aime pas les ordres, ça doit être pour ça que je suis avocat ! » – et avoir fait voter en douce l’article 15 deux soirs plus tôt… On n’avait pas aimé !!!

Le lendemain matin à l’aube, sous la pluie qui n’a pas duré, deux cent étaient là, d’autres viendraient les relayer toute la journée, et ce fut fait – pour dégager le Palais, on n’ouvrait guère de négociations, on ne tentait pas trop de négocier, quand bien même assez rapidement magistrats et greffiers pouvaient finalement entrer : on envoyait quelques fourgons de policiers « nettoyer » les entrées, vous le savez, de la façon que vous avez vue – disons ici « musclée ».

Je ne ricanais plus, même pas du fait de cette façon de faire, mais par pure fierté : ce serment demeurait beau, mais l’unité et la force de tous ces avocats qui le partagent était soudain visible, tout reprenait un sens ; je ne le savais pas mais ce n’était qu’un (vrai, cette fois) début.

 

Pendant que Madame Taubira trouvait tout ceci « désopilant », toujours tout à ses vœux de dialogue avec cette belle profession, partout les confrères indignés se levaient à leur tout, en soutien au Barreau de Lille et contre ces projets de spoliation indignes, et prenaient des décisions radicales, grèves totales, paralysie du système judiciaire par tous moyens légaux, manifestations en tous genres, messages, échanges, dans la presse, sur les réseaux, partout.

L’on continuait à envoyer parfois la troupe pour faire valser les robes, à Boulogne sur Mer et plus gravement à Toulouse (des gaz lacrymogènes contre des avocats… Ai-je besoin de commenter ?), ailleurs encore, pardon de n’avoir pas la place de vous citer tous – pendant que dans le même temps on recevait nos instances représentatives, qu’on promettait un amendement, qu’on redisait son attachement au respect de notre belle profession…

Et l’avocat « de base » (Madame le Ministre, ce mot n’est insultant que quand c’est vous qui l’employez) acceptant l’AJ que je suis, que nous sommes des milliers à être, sentait des frissons lui parcourir les avant-bras, sentait son cœur battre en voyant TOUS les confrères de France s’unir et se soutenir, en constatant que nous étions, vraiment, une fraternité, en voyant quelle force et quelle détermination, désespérée, nous pouvions avoir quand nous nous unissons..!

 

Partout, les actions continuent – d’autres vont être proposées par le CNB ce jour, les Ordres en ont partout voté, en voteront encore aujourd’hui, les Commissions se réunissent et travaillent jour et nuit (ce n’est pas une image), des actions inédites voient le jour, des confrères se mobilisent en pleine audience en masse pour dire et redire que nous n’épongerons plus, plus tous seuls, les fuites de notre beau navire judiciaire, qui prend eau de toute part…

J’écris ceci ce vendredi matin, alors que nous sommes fatigués, alors que des critiques parfois tendues nous sont adressées – pas des justiciables, de plus en plus nombreux à comprendre, à adhérer (je me souviens de ce vieil homme hier dont nous avons contribué à faire libérer la fille indigente au casier à rallonge et qui nous a dit : « Continuez ! Elle n’a jamais payé d’avocat ! » – on a souri, mais ça réchauffe.), mais bien plus de ceux, magistrats et greffiers, pas tous mais parfois, qui devraient au contraire – et il est encore temps – comprendre que cette fois n’est pas comme les autres, que cette fois nous serons entendus, que cette fois ce que tous réclament depuis si longtemps, une Justice ENFIN pourvue de moyens à sa hauteur, peut réellement être obtenu, surtout si tous l’exigent ensemble…

J’écris ceci alors que la tentation de baisser les bras levés depuis plusieurs jours peut venir – avocat ET êtres humains, c’est bon aussi à rappeler…

Ce mouvement ne peut pas, ne doit pas, ralentir, on ne cèdera pas, pas cette fois, pas avec cette formidable unité.

 

Alors j’ai eu envie de vous écrire, confrères, mes chers confrères, avec mes confrères lillois mobilisés, tous contentieux du quotidien confondus, pour vous proposer, au milieu de toutes nos actions, des larmes parfois et de ce soulèvement si grand, de ne pas nous reposer encore, de mener cette action jusqu’au bout – et de nous requinquer en laissant, tous, un petit mot ou une simple signature ici – les commentaires ci-dessous vous le permettront facilement, on viendra se relire de temps à autres, ça vaut je crois tout élixir de longue vie…

De vous écrire ici noir sur blanc ce que vous connaissez par cœur et que chacun d’entre nous porte sur sa robe ; que nous avons tous « juré, comme avocat, d’exercer nos fonctions avec

DIGNITÉ, CONSCIENCE, INDÉPENDANCE, PROBITÉ ET HUMANITÉ  » !

 

Et que, par ces actions, par cette résistance, tout sauf par plaisir, mais pour cause de force majeure nationale…

C’est exactement ce que nous faisons tous, plus que jamais, en ce moment !

Je suis fier d’être avocat.

Je suis fier d’être votre…Confrère.

Debout.

Ne nous asseyons plus tant que nos robes n’auront pas reconquis leur dû : le respect.

 

[Mô et ses confrères de la nuit]