Bon anniversaire, Monsieur.

Une magistrate que je ne connais pas autrement que par son petit nom Twitter, @JugeGrise, m'a fait l'honneur de m'adresser une Histoire Vraie1 qui l'a marquée, en m'offrant de la publier ici.

Comme vous allez pouvoir le voir, elle ne déroge pas, je crois, à l'esprit général des textes de ce blog.2

Cette histoire en reflète de nombreuses autres, similaires - c'est souvent cela, en réalité, la "délinquance sexuelle" ; évidemment pas toujours, mais souvent ; elle dit aussi à quel point les actes d'un homme et l'homme lui-même sont à considérer tous deux pour correctement juger - ou défendre. Elle rappelle que, pas moins que les avocats qui "font du pénal", les magistrats qui rendent cette justice-là sont constamment confrontés à l'humanité des personnes, au risque parfois d'y blesser la leur...

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  1. Dont évidemment comme toujours les références réelles, prénoms notamment, ont été modifiés []
  2. A un détail près : c'est une magistrate qui l'a écrit, c'est donc beaucoup plus court que mes textes d'avocat..! []

« Accusé, levez-vous ! »

[ Suite et fin de "La Cour !", par T0rv4ld. ]

Soir du premier jour.

En rentrant chez moi, je m’allonge, repense à cette journée et tente de me mettre à la place de l’accusé : pourquoi faire un tel geste ? Jusque-là, dans ses brèves tentatives pour essayer de s'expliquer, une expression revenait régulièrement : "Je voulais lui faire peur..." Avait-il l’impression de perdre le pouvoir sur sa compagne ? Quoi qu’il en soit, il me fait penser, toutes proportions gardées, à un enfant qui a fait une grosse bêtise et qui file se cacher dans sa chambre car il sait qu’il va se faire gronder. Le parallèle avec la fuite dans le champ de maïs est à ce titre saisissant… Je m'endors, difficilement.

Troisième demi-journée.

J’arrive au tribunal sur les coups de neuf  heures. Je note qu’à proximité de l’entrée stationne une camionnette de France 3 et que des journalistes ont fait le déplacement en plus grand nombre que la veille. Quelques caméras pointent le bout de leur nez, prêtes à interviewer les avocats des deux parties pour avoir leurs impressions. Elles ne seront toutefois pas admises dans la salle d’audience. Lire la suite

« La Cour ! »

[ Ce récit -parfois dur, attention, il raconte le procès d'un crime- a été écrit par T0rv4ld (pour les amateurs du gadget pompeusement intitulé "réseau social" qu'est Twitter, je blague, c'est génial quand-même, présentation rapide), illustre "inconnu" pas du tout juriste, qui a eu l'intelligente curiosité de pousser les portes d'une salle d'Assises, et la généreuse idée de me proposer de publier le résultat, issu des notes qu'il a prise pendant un procès de deux jours. Je l'en remercie vivement, pour trois motifs au bas Mô :

1/ Pour des tas d'impérieuses raisons, malgré des nuits très courtes, je ne parviens pas à terminer mes textes en ce moment, j'en avais par exemple un rigolo pour la deux-centième note de ce blog, il attendra un peu encore (et Histoire Noire aussi, je sais...) avec ma cinquantaine de brouillons...

2/ Il s'agira donc de la deux-centième note de ce blog, et, comme il doit énormément à ceux qui le lisent, ça ne tombe pas plus mal qu'elle soit d'un lecteur, finalement - et aussi qu'on m'offre ce cadeau alors que c'est l'anniversaire du blog, quatre ans ces jours-ci !

3/ Ce texte est particulièrement intéressant, je trouve, en ce qu'il édifie sur ce qu'est la justice criminelle réelle, lorsqu'on prend le temps de la regarder fonctionner (Allez-y !), même avec des yeux de béotien judiciaire : c'est de la plus belle juridiction de France dont il s'agit - même si, désormais, elle fonctionne sottement avec six jurés au lieu de neuf, s'étant trouvée amputée d'autant de têtes pensantes...

Si vous n'êtes pas un professionnel judiciaire, il vous donnera je crois envie d'aller voir par vous même ; et, si vous l'êtes, il vous permettra de vous rendre compte de ce qui peut marquer, ou pas, un "spectateur" - et Dieu sait, n'est-ce pas confrères, que ça peut être important... Et, dans tous les cas, il rappellera à tous que les Assises sont en très large partie ce qu'est leur Président...

Encore merci à l'auteur, au côté duquel je vous laisse maintenant prendre place dans la salle... Lire la suite

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Sur le fil…

[ Octave Hergebel, fidèle lecteur et commentateur occasionnel de ce blog rutilant, déplorant sans doute que votre serviteur n'arrive à  publier qu'à  un rythme d'escargot anémique, a fait le choix, plutôt que de m'en faire le reproche, de m'adresser un texte qu'il a écrit lui-même, petite histoire ordinaire1 exemplaire de ce qui, parfois, peut transformer un quidam en criminel -ou pas ...  C'est bien volontiers que je le publie, en le remerciant de ce récit, dont on sent bien qu'il aurait parfaitement pu appartenir à  la catégorie "Histoires vraies" ... Bon courage, en ce lundi ensoleillé, à  tous les martyrs de la Sainte Cause "Travail", telle du moins qu'on la vénère de nos jours, en y permettant que certains hommes puissent en broyer d'autres, que leur médiocrité ne leur aurait pas permis d'atteindre autrement. ]

"Bonjour !..."

Seul un murmure mécanique émis par mes collègues me répond. Ils n’ont même pas tourné leurs regards vers moi. Dans le grand bureau collectif, aménagé façon "open space", que nous partageons, je perçois viscéralement le choc du changement d’ambiance. Une chape de plomb semble s’être abattue sur la pièce, seul le bruit des claviers est perceptible, les regards sont rivés sur les écrans ou des piles de documents, les dos sont courbés, les visages fermés, les corps crispés ...

Ça y  est, "il" est de retour

Je me tourne vers ma gauche : là , dans l’emplacement stratégique du bureau, cet angle mort invisible du couloir, mais permettant d’observer chacun des autres occupants, se tient P., notre chef de service ... Lire la suite

  1. Racontée sans fioritures ni états d'âmes, moins de deux mille mots, à  quoi on verra définitivement que ça n'est pas de moi ! []

D’un « go fast » à  GO Sport

Je me tue à  le dire : non seulement les relations entre policiers et avocats peuvent être excellentes, et seront encore améliorées lorsque chacun connaîtra un peu mieux le métier de l'autre, c'est à  dire notamment lorsqu'on se côtoiera longuement en garde à  vue ; mais encore, chaque rencontre un peu approfondie est l'occasion de découvertes, voire d'échanges, aussi passionnants qu'ils ne sont prévus par aucun code !

C'est ce que vient de me prouver Kinou, Officier de Police Judiciaire quelque part en France, lequel a la gentillesse de venir parfois me lire1 et ce faisant, est devenu jaloux du fait que j'aime raconter certaines journées d'un avocat de base, et a souhaité du coup me, et nous, raconter à  son tour l'une des siennes : c'est l'objet du récit palpitant qu'il m'a fait le plaisir et l'honneur de m'adresser  et que je vous propose de lire ci-dessous, duquel je n'ai pas décroché une seconde cette nuit avant d'aussitôt lui proposer de le publier.

Au-delà  de l'histoire elle-même, qui se dévore d'une traite, vous allez voir qu'on y apprend beaucoup sur son métier -y compris ici encore sur différentes petites choses qui ne figurent elles non plus dans aucun code, hé hé2 ... D'autant que, comme toujours lorsque j'ai la chance d'héberger un invité, j'ai seulement inséré des petites notes, sans lesquelles je ne suis rien, dans le texte de Kinou, pour le surplus inchangé.

Je me permets juste un rappel, qui curieusement ne figure pas dans le texte d'origine3 : Samir demeure présumé innocent, dans toutes ses affaires -je sais bien que vous le saviez, je le dis juste pour rappel, comme ça -juste avant cette plongée dans l'univers policier, que je remercie vivement Kinou de nous offrir ! Lire la suite

  1. Probablement depuis un ordinateur appartenant au Ministère de l'Intérieur pas exactement prévu pour venir glander sur le blog d'un avocat, j'en suis tout scandalisé, c'est une honte, tout ça avec nos impôts ! []
  2. Et que je ne relèverai pas toutes, car j'ai le fameux sens de l'hospitalité des gens du Nord ! []
  3. Ah ben oui, cher Kinou, des petites boutades de ce genre,  vous allez en prendre quelques-unes : quelle idée aussi de publier chez un avocat ! []

Tais-toi quand tu poses ta question ?

Mesdames, Messieurs, j'ai l'honneur d'avoir l'honneur de publier, à  titre tout à  fait exceptionnel et en forme de scoop pas ordinaire, le texte que m'adresse mon excellent confrère Romain Boucq, avocat au Barreau de Lille, lequel, audacieux comme tous les avocats dudit Barreau, avait eu l'occasion de soulever l'une des premières Questions Prioritaires de Constitutionnalité, vous savez, la fameuse QPC, mais surtout, et de plus fort, comme on dit chez nous, a eu le privilège d'être partie à  la  toute première audience de la Cour de Cassation consacrée à  une telle question...

Autant vous dire que je l'ai harcelé pour qu'il accepte de m'en réserver l'exclusivité écrite (même si bien entendu la primeur de l'information avait auparavant été transmise en temps réel à  notre Bâtonnier adoré, qui suivait et pour cause l'affaire de très près...), me passant même de repas pour vous la livrer illico, c'est dire...1

Il s'agissait donc, je vous le rappelle, de la toute première occasion qu'avait la Cour de Cassation, la plus haute juridiction française, de statuer sur ce type de question (c'est à  dire à  son niveau de décider ou pas de la transmettre à  l'examen du Conseil Constitutionnel), issue d'un droit magnifique, désormais offert à  tout justiciable, de contester la conformité d'un texte avec la Constitution : rien que du haut de gamme, donc, et une audience dont par conséquent on pouvait énormément espérer, et tout particulièrement l'avocat qui l'avait générée...

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  1. Et son cadeau vous épargne, provisoirement, un -long- article de ma pomme qui revient sur les fameux propos raciaux de Monsieur Hortefeux, respirez... Je note que ce blog se juridicise (néologisme, je crois...) à  mort, je vais faire attention à  revenir rapidement au rire et aux larmes, mais après ! []

Papa, je te vois !

Je crois qu'un avocat digne de ce nom est, entre autres, un agrégateur de larmes : on lui raconte une histoire, bien souvent en pleurant, et il pleure, lui aussi, au moins à  l'intérieur ; mais de ces deux sources d'eau salée, il fait, par une alchimie qu'on dirait technique mais qui n'est souvent en fait que du mélange de chairs et d'âme, des mots : ceux qu'il met à  la disposition de son client, ceux qui disent sa foi, ceux dont il voudraient qu'ils soient parfaits, à  la fois le reflet exact de ce qu'on lui a dit, et les porteurs de la demande qui en découle, une demande que fondamentalement il croit juste.

A ceux qui pensent parfois que leur avocat ressemble à  l'Étranger, de Camus1, je demande souvent de se souvenir que notre métier est au contraire d'accepter de changer de peau, à  chaque nouvelle intervention, d'emprunter celle des gens concernés, d'essayer de ressentir ce qu'il ressente, et de la leur rendre, pour, avec la notre cette fois, essayer de traduire ces sentiments, de les adapter au droit, ou le droit à  eux, de faire en sorte que tout le monde s'en sorte le moins mal possible, avec le moins de larmes possible -ce qu'on se doit de leur prêter, au-delà  su savoir judiciaire, des mots, d'un plus ou moins grand talent de conviction, c'est, pour faire simple, notre humanité.

Ce qui ne se fait pas sans laisser de traces, c'est la grandeur et le danger du métier -et pas seulement au pénal, mais bien partout où on ne parlera, avant tout, que d'êtres humains... Lire la suite

  1. Que l'auteur résumait je crois par la phrase : "Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à  l'enterrement de sa mère risque d'être condamné à  mort." ... []

Pour le plaisir des yeux

Salah, commentateur émérite et adoré de ce blog, dont l'intelligence fait parfois défaut, mais c'est qu'il n'a pas encore commenté, m'adresse le texte qui suit, sorte d'OVNI flamboyant, dans un monde qui l'est moins.
Ça parle d'actrice, et quelle, ça parle de pognon, et ça parle d'affaires en cours : Salah aurait dû être avocat1 . Plaisir des yeux, donc -et si l'acheteur est parmi nous qu'il se dénonce maintenant, ou se taise à  jamais... Lire la suite

  1. Je soupçonne juste que c'eut été trop simple, pour lui... []

Quelques mots sur…

Ce titre était, exactement, celui d'un mail, reçu hier, d'un homme qui le signait "Anonyme Relatif", et me l'avait adressé sous une adresse créée tout exprès,  anonyme elle aussi -vous allez comprendre pourquoi.

Je l'ai lu, et j'en ai été suffisamment édifié, et ému, pourquoi ne pas le dire, que j'ai immédiatement pensé, une fois digérés les points de vue qu'il y fait valoir, qu'il fallait que ce texte soit publié, ici.

Parce que malgré cet anonymat, je trouve que cet homme a fait montre d'un très grand courage en me l'adressant, à  plus d'un titre : il y parle de choses que l'on n'entend jamais, strictement jamais, il y prend la parole alors que l'on ne donne habituellement pas cette parole aux gens qui sont comme lui -oh, on en disserte, en tous sens, moi le premier, il me le rappelle d'ailleurs dans ce texte, mais entendre aussi directement ce que "ces gens-là " peuvent vouloir exprimer est une toute autre chose... Et c'est aussi courageux parce qu'il n'est pas encore jugé.

Car cet homme est pédophile. Et il s'explique. Lire la suite