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La Fête des Innocents

Je ne sais pas trop ce qui s'est produit ces deux dernières semaines, par ailleurs passées sous de la pluie gelante, dans une luminosité d'hiver, et dans un ennui absolument apocalyptique, mais d'une part, je passe mon temps à  m'engueuler avec des proches, et d'autre part je n'ai eu à  connaître professionnellement que d'étrangetés majeures.

Ne perdant pas de vue le -vague- objet de ce blog, je ne vais pas me répandre sur la première part, juste un petit couplet défoulant, rassurez-vous; mais aussitôt après, je vais vous raconter quelques histoires dont j'ai eu à  connaître lors de ma journée des fous, ma Fête des Innocents à  moi 1,sorte d'apogée de ces mêmes deux semaines, ou bien d'autres m'ont été racontées -mais ce jour-là , consécutivement, et uniquement de la belle ouvrage judiciaro-judiciaire, vous l'allez voir...

Pour la première occurrence, excusez-moi cinq minutes de monologue idiot, mais j'ai besoin, réglons ça vite fait : voilà  longtemps que je sais qu'il existe des périodes comme celle-là , où il est dit qu'on s'engueule, on n'y peut pas grand chose. Et puis je vieillis, peut-être que ça me rend un peu con, ou simplement un peu plus abrupt, parfois, dans ma façon de m'exprimer. En tout cas, la véritable difficulté ne provient pas de ces engueulades elles-mêmes, elle est liée au fait que, de plus en plus, je m'en fous : j'espère que je vais guérir vite, sinon je sens bien que la mort est au bout... Ou en tout cas sa compagne adorée, la solitude... Peut-être, mais que voulez-vous que j'y fasse ?

Ah, et puis il y a autre chose, à  ce sujet : j'ai décidé qu'après avoir passé la première partie de ma vie à  m'excuser et à  être gentil avec tout le monde et à  m'élargir les épaules pour y accueillir les gens que j'aime bien, je ne m'excuserai désormais plus.

Notamment auprès des susceptibles : j'ai une sainte horreur de la susceptibilité, je ne la comprends pas, et c'est une déformation du raisonnement, et rien d'autre : Unetelle me connaît depuis longtemps et ne peut pas ignorer tout le bien que je pense d'elle et toute l'estime que je lui porte, et puis voilà  que je déconne trois minutes sur son métier, à  fond, certes, mais comme vingt autres fois, et cette fois là  ça ne passe pas, et il m'est reproché soudain de la mépriser : c'est faux et idiot, et j'en ai plein le cul, et donc de la merde. Je vais mourir bientôt, je n'ai plus de temps à  consacrer à  ces bêtises,  et sans ma grande gueule la même ne me trouverait aucun intérêt : qu'elle me prenne avec, même quand ça la heurte, ou bien qu'on s'ignore, et les vaches seront bien gardées2 . Surtout que je l'aime beaucoup, par ailleurs, merde alors.

De toute façon, elle, et les autres avec lesquels j'ai eu des mots ces derniers temps, auront très probablement piscine le jour de mon enterrement, et de mon côté je ne le prendrai pas mal, car je serai mort : dans ces conditions, veuillez tous cesser de dépenser de l'énergie à  me faire chier3 .

Voilà , c'est probablement très idiot à  lire, je vous en demande pardon4 ; mais ça fait un bien fou, donc souffrez que j'aie égoïstement profité un instant de l'endroit...

Ah, non, je ne peux pas terminer cet aparté sans traiter le conducteur de la voiture bleue de gros con, cette insulte, avec "connard", étant, tout bien pesé, l'une de mes préférées.

Figurez-vous qu'il y a quelques jours, j'arrive au cabinet assez tôt, ayant un dossier lourd à  préparer pour l'audience de neuf heures, et que voilà  que sur le parking privé que j'y loue fort cher5, dans la résidence donc qui héberge mes bureaux, un porc a eu l'audace de stationner sa bagnole de merde.

C'est là  que je me rends compte que je vieillis, parce qu'avant, disons entre vingt et trente ans, j'aurais forcément fait un truc rigolo et pas trop méchant6, genre emballer entièrement ladite voiture, même pas luxueuse en plus, dans du Chatterton bien collé, ou la repeindre en vert fluo, vitres incluses; entre trente et quarante ans, devenu un peu plus dur7 je me serais garé en travers en l'oubliant pour le reste de la journée, ou bien j'aurais soigneusement enduit le coté interne des poignées dudit véhicule d'excrément ou de morve; mais là  non, je n'ai plus le temps vous dis-je : je me suis garé dehors, et j'ai juste placé un mot sur son pare-brise pour lui dire tout le bien que je pensais de lui, en lui souhaitant une bonne journée et en le remerciant pour tout.

Bref, bien que ce mot fut signé, sinon pas d'intérêt, non seulement nous n'avons pas reçu la moindre visite ou le moindre coup de fil d'excuse, mais en plus il a laissé sa caisse sur mon parking toute la sainte journée, et n'est parti que dans la nuit, en se branlant allègrement de savoir s'il causait la moindre difficulté à  qui que ce soit, notamment aux gens qui viennent dans cet immeuble à  l'aube pour bosser.

Je sais, j'ai autre chose à  faire, et cette histoire est minable, et je suis le défenseur de plein de gens qui ont fait pire, et très attaché à  la gentillesse et à  l'espoir, ainsi qu'à  l'aide de son prochain, je sais bien...

Mais j'aurais dû lui exploser sa voiture à  coups de haches, à  ce gros con, il ne mérite pas de vivre, moi je trouve8 .

Ahhhh, que c'est bon.

Bien, ces minuscules réglages et rappels de courtoisie étant effectués, je souhaitais, surtout, vous raconter comment une seule et même journée de rendez-vous peut parfois vous apporter un lot d'histoires judiciaires ahurissantes, de celles qui, surtout cumulées ainsi, font qu'à  la fin de la journée vous secouez la tête dans tous les sens en vous demandant quelle était la part de vérité dans tout ça...

Je me suis demandé si je les attirais, mais non, même pas, je crois bien que la plupart de mes confrères, au moins ceux qui font du pénal, peuvent vous raconter exactement les mêmes, et très souvent : on n'est pas rendus.

Ce m'est aussi l'occasion de saluer le syndicat des officiers de police, dont j'espère tout de même qu'il demeure, cas de le dire, très minoritaire, qui écrit de si jolies choses à  propos des avocats9 : vous voyez, les gars, personnellement l'anti-fliquisme primaire me révulse tout autant que n'importe quelle autre généralité bornée du même genre, et je crois avoir habituellement une conscience aigüe de ce qu'est votre métier, et un très grand respect pour votre engagement -raison même pour laquelle je n'hésite jamais en revanche à  attaquer ceux d'entre vous qui déconnent, et qui vous font du tort à  tous, exactement comme les nôtres nous en font à  nous.

Mais là , dans les histoires qui suivent, essayez de me convaincre que les procédés utilisés, à  commencer par la garde à  vue, étaient légitimes, pour voir -et du coup, débattons-en aussi à  la lumière de ces faits-là , de vos pouvoirs, si vous le voulez bien...

Ah tiens, à  propos de pouvoirs exorbitants et de respect des droits de la défense, avant de vous en livrer la substantifique moelle,  de ces histoires, et vous verrez que c'est bien de moelle qu'il s'agit, je ne voudrais pas tenir cette petite chronique des violences ordinaires sans souhaiter la bienvenue au nouveau Procureur de la République de Lille, dont j'ai eu l'honneur d'entendre le discours d'Installation10 : bienvenue, donc.

Vous le verrez rapidement, au-delà  des lieux communs qu'on a pu vous servir je ne sais combien de fois déjà  sur la chaleur et l'hospitalité des gens du Nord, forme de racisme à  rebours, somme toute, tout aussi idiote que "parigots, têtes de veaux" ou les allusions au "verbe chantant" des gens du Sud, le Nord sait effectivement accueillir, mais tient aussi du froid polaire qui y règne en général, et ce n'est pas la tempête qui y sévit depuis plusieurs jours qui me contredira, un solide sens de la résistance, et une capacité de combat très dense, particulièrement chez ceux dont la profession est justement un peu le combat, j'ai nommé ces adorables gens de robe que sont les avocats...

Je ne dis absolument pas ça, évidemment, parce que j'ai cru entendre que le Plaider Coupable, maintes fois encensé sur ce blog, allait prendre de plus en plus de place, et qu'on traiterait à  cette sauce imparfaite, indigeste et saumâtre, de plus en plus d'affaires, pas du tout...

Non, je dis ça comme ça... Et puis, il paraît que le Barreau de Lille a la réputation d'être "dur"11, je trouve que depuis quelques temps c'est un peu usurpé : c'est donc l'occasion de nous piquer nous-même nos enrobés derrières12 ...

Ce respectueux aparté d'accueil étant effectué13, effarons-nous ensemble, amis lecteurs, en découvrant les quelques anomalies annoncées, qui évidemment sont toutes authentiques, vous me connaissez je ne mens jamais, même si je les modifie pour les rendre non-identifiables : les temps, décidément, sont durs...

Laurent, d'abord, vient me voir. Il était à  Douvres avec des copains, oui oui, en Angleterre, il y a un an, quand voilà  qu'on l'accuse soudain d'avoir agressé une jeune-fille (ce qui ne manque pas de sel, il est homosexuel), ce qu'il n'a jamais fait ni même eu l'idée de faire, et qu'on l'arrête et le flanque en garde-à -vue, ou son équivalent anglais j'ai la flemme de chercher...

Il ne comprend rien à  rien, on l'interroge et il ne dispose d'un interprète que pour les seuls interrogatoires, mais il ne parle pas un mot d'anglais et se voit soumettre, alors qu'il est seul, une tonne de papiers, dont certains doivent être signés avant sa remise en liberté, qui a effectivement lieu après ces formalités, le lendemain.

Trop content de monter sur le ferry, il oublie l'histoire et se jure bien d'aller prendre sa prochaine cuite à  la bière en Belgique, plutôt.

Et là , il vient en rendez-vous parce qu'il vient de recevoir un drôle de papier officiel, en anglais intégralement toujours, auquel il ne comprend toujours rien, mais qui lui fait peur.

J'ai un mauvais anglais, mais pas suffisamment pour ne pas parvenir à  lui traduire les trucs rigolos suivants, tout ce qu'il y a d'officiels effectivement : il est fiché là -bas pendant des dizaines d'années en tant que délinquant sexuel, doit se signaler à  son arrivée si l'idée saugrenue le prenait de remettre un pied sur le territoire de la Perfide Albion, a reconnu les faits paraît-il, et se voit signaliser aux autorités françaises, avec au passage d'autres interdictions que je n'ai pas toutes comprises -je pense par exemple qu'il ne peut plus désormais siéger à  la Chambre des Lords...

Il m'a juré avoir constamment nié, et n'avoir au demeurant rien fait; on ne lui a rien traduit concernant les écrits; et il n'a jamais été jugé, ni même poursuivi, il ne sait pas même sur quoi reposait la plainte, ni qui l'a déposée -étant rappelé pour les pauvres gens qui ont la malchance de ne pas habiter le Nord de la France que Douvres est une ville côtière d'Angleterre, l'équivalent -en beaucoup plus joli dans mon souvenir- de Calais de l'autre côté de la Manche, et qu'elle pullule littéralement de jeunes français, scolaires et non-scolaires : funny, isn't it ?

C'est un jeune-homme qui étudie le commerce international : mon conseil principal a été qu'il se réoriente14 ...

J'enchaîne, avec une réunion à  plusieurs confrères qui a lieu chez moi, puissant brainstorming, pour demeurer dans l'anglicisme, au cours duquel nous nous demandons s'il faut, et surtout à  vrai dire sous quelles formes, déposer une plainte à  l'encontre de policiers qui ont fait un truc assez rigolo, lui aussi, dans le ressort du Barreau de l'avocat qui me fait l'honneur de solliciter nos lumières, les miennes et celles de deux autres ténors du Barreau de Lille amis15 .

Et il nous raconte ça, on est entre passionnés, j'aime autant vous dire que nos lobes frontaux ont chauffés !

Un type sérieux, comprenez un truand d'envergure, est un jour arrêté pour un nème méfait du même genre, que comme souvent il nie totalement. Garde à  vue, bien musclée, pas d'aveux, peu de preuves matérielles, notamment pas d'ADN; mais un témoin éventuel, dont il va s'avérer effectivement qu'il reconnaîtra Biloute, "formellement" dit le procès-verbal, lors d'une classique parade d'identification : quatre policiers et lui, numérotés au hasard de 1 à  5, ainsi qu'en témoigne la photographie figurant au dossier, qui témoigne par ailleurs de ce que ladite parade a été bien faite, pour une fois, selon les règles de l'art : ils sont tous à  peu près de la même corpulence et de la même couleur de peau, et étaient tous à  peu près habillés de la même façon.

Bien sûr, cette identification devient THE élément : l'affaire est faite, on ouvre une instruction, présentation de notre homme ainsi fait aux pattes pour mise en examen, bon. Sauf que...

Sauf que l'homme est fiable et connaît bien son avocat, qui lui accorde de la crédibilité, et qu'il lui assure que la parade en question, il n'y a jamais participé, et qu'aucune n'a jamais été organisée !

Jusque là  évidemment, l'avocat a beau le croire par principe, ces affirmations lui font une belle jambe sous la robe, il a vu la photo, et le PV de reconnaissance... Mais enfin, il fait son travail, c'est à  dire écoute son client, mais aussi l'entend : il retourne quand-même voir le dossier, chercher la faille, re-regarder encore cette photographie de parade...

Et tout à  coup ses yeux s'écarquillent, il vérifie quinze fois, et il constate, totalement ahuri par ce que ça implique, que décidément, son client ne dit pas que des idioties...

Je ne vous passe les vérifications et expertises effectuées par la suite, parce qu'une plainte est bel et bien lancée, nous nous réunissions parce que cet avocat est non seulement plein d'humilité, mais aussi de talent, et qu'il voulait différents avis de forme et de fond, ça n'est jamais facile quant on fait du pénal de déposer plainte contre les principaux enquêteurs du ressort dans lequel on exerce -ça s'appelle "devenir tricard au commissariat", pour les truands qui me lisent...

Comment ? Ah, oui, qu'avait-il vu ? Oh, presque rien : sur la photo, évidemment prise dans les locaux de la police, et à  la lumière artificielle, les quatre ombres des quatre policiers allaient de gauche à  droite... C'est à  dire dans le sens contraire de celle de son client, qui elle, très distinctement, en arrière-plan, allait de droite à  gauche... C'est que photo-monteur, c'est un métier -l'expert désigné par la suite a parlé de "travail grossier" ...

Et le témoin, me direz-vous peut-être ? Et bien, aux dernières nouvelles, le juge d'instruction ne l'a toujours pas trouvé, et ce n'est pas faute de l'avoir recherché...

Biloute va bien. Il est sorti de prison. "Pour toutes les fois où je ne m'étais pas fait prendre", dit-il lui même en rigolant.

A peine remis de mes émotions, je reçois ensuite un couple de gens adorables, Monsieur et Madame Larbi16 .

Elle est blanche et née en France, lui est plus sombre de peau, et né en Algérie. Ils sont ce qu'on appelle des gens absolument normaux, intégrés, standards,  elle est fonctionnaire et lui ingénieur, je ne sais même pas comment dire à  quel point, ce jour là , où ils ont soudain l'idée totalement démente d'aller faire une petite ballade à  vélo dans leur ville, ils n'ont vraiment pas la plus minuscule raison d'avoir à  faire à  la police...

Seulement voilà  : Madame Larbi a pris de l'avance, et elle traverse une rue, l'inconsciente, sur un passage piétons, à  vélo, sans en descendre. Et elle le fait alors qu'un véhicule de patrouille arrive...

Un policier descend de son véhicule -de mon point de vue, c'est déjà  un effort énorme au regard des faits, mais passons- et lui signale l'infraction : Madame Larbi leur dit ce que nous aurions dis je pense, peut-être encore plus courtoisement, à  savoir que la prochaine fois elle fera attention, et qu'elle ne savait pas que c'était une infraction...

Et là  une faille spatio-temporelle s'ouvre soudain dans le continuum, ou un truc du même genre : l'un des policiers lui rétorque que "si elle le prend sur ce ton, ils la verbalisent", elle assure que "ah mais non pas du tout", son mari arrive, constate que son épouse se fait prendre à  partie de plus en plus sèchement, et a alors la plus mauvaise idée de leur vie17 : il tend sa carte de séjour, seul papier d'identité qu'il a sur lui, et dit "verbalisez-moi à  sa place et laissez-là  tranquille". A ce moment, prise de panique, elle a la deuxième plus mauvaise idée de leur vie, c'est vrai : elle remonte sur son vélo et elle pars.

Les policiers, ni une ni deux, démarrent en trombe, la rattrapent, lui coupant la route : ils descendent du véhicule et la somment d'y monter. Elle refuse. Ils mettent leurs gants et tentent de la menotter. Elle crie, et s'accroche à  son mari, qui leur demande de ne pas l'embarquer, "ça va être l'heure du goûter des enfants", il la retient. Deux policiers (ils sont trois en tout) se jettent sur lui, et le font s'écrouler sous eux. Au sol, il reçoit des coups de pied, des claques, il  se met à  saigner, cet idiot...

Là -dessus, deux autres policiers arrivent, en civil ceux-là , et prêtent main forte à  leurs collègues pour s'assurer de la personne de Monsieur Larbi, toujours au sol, menotté, et pratiquement inconscient. Le couple est embarqué.

Ils m'expliquent qu'arrivés au commissariat, ils se font largement humilier, sont fouillés à  corps et autres joyeusetés. Ils passent une vingtaine d'heures en garde à  vue, sans manger, sans boire, en saignant.

A la sortie, on leur rend leurs effets personnels, et... Deux contraventions à  payer, pour un refus de priorité totalement imaginaire.

Ils finiront pas réussir à  déposer plainte, ce qui leur a été initialement refusé, grâce il est vrai à  l'intervention d'un médecin de la Médecine Légale où ils feront constater leurs blessures le jour même (cinq jours d'Incapacité Temporaire de Travail chacun, et croyez-moi on ne les distribue pas comme ça...), et apprendrons plus tard que deux des policiers concernés, qui avaient pourtant l'air en pleine forme, ont déposé plainte, après la leur, pour "violences" et "rébellion", à  l'encontre de Monsieur Larbi, qui de toute sa vie s'est une fois ou deux rebellé contre un moustique, en tout et pour tout...

Ah, oui : ils sont rentrés à  pieds, ce jour-là  : leurs vélos avaient été laissés sur place, lors de leur arrestation, et ils ont été volés.

Ils sont suivis psychologiquement depuis, et pour la première fois de leur vie en arrêt-maladie -ça doit être pour ça qu'ils ne rachètent pas de vélos.

Et le même jour, voici qu'après quelques affaires plus "normales", si tant est qu'une seule le soit parfois, je reçois à  nouveau mon petit Mohamed, un gamin très sympa, tout jeune, sans casier, et qui va me permettre de finir le tour des stupéfactions du jour sur une note souriante, même si son affaire n'est pas encore jugée, et qu'elle ne le fait rire que moyennement, lui...

Il se trouve accusé d'avoir conduit son véhicule comme un fou avec des policiers aux fesses, alors que lui jure qu'ils l'ont pris pour un autre, qu'il conduisait bien ce jour là  le même type de voiture, tout aussi bleue, mais que ce n'est pas celle que les policiers ont vue et prise en chasse, et qu'il n'a rien compris à  son interpellation quelques minutes plus tard, ignorant tout de cette "course-poursuite" ...

Bon, j'ignore ce que ça va donner sur le fond : le dossier n'est, assez étrangement, constitué que d'un unique procès-verbal dit "de synthèse", non pas parce qu'il serait chimique, mais parce que c'est le résumé intégral détaillé minute par minute de ladite course-poursuite, vue évidemment par le rédacteur, soit l'un des policiers en question...

Or, figure dedans le fait que la voiture dangereuse a été perdue de vue un temps, après notamment avoir brûlé un feu rouge, premier point; et n'y figure pas, au contraire... Le numéro d'immatriculation dudit véhicule, et ça c'est une étrangeté de taille ! Surtout dans une ville où ce même type de véhicule est particulièrement en vogue...

Et qu'au dossier ne figure aucun témoignage : ni ceux des policiers eux-mêmes, ni ceux... Des trois passagers de Mohamed ce jour-là , dont bien sûr je possède désormais les attestations...

Bref, on verra bien, ce n'est pas pour ça que je vous en parle -encore que, si ce garçon dit vrai, et je n'ai aucune raison de ne pas le croire18, je vous déconseille de conduire la même voiture dans la même ville, mais passons...

Non, ce qui est rigolo, c'est qu'après son interpellation ce jour-là , il a bien sûr été amené au commissariat, et longuement entendu en ses dénégations... Mais qu'on a "oublié", mais alors totalement, de lui notifier qu'il était placé en garde à  vue, et qu'il n'a donc bénéficié d'aucun des droits y afférents, qui ne lui ont pas plus été indiqués.

Nous découvrons ce trou béant dans la procédure avant l'audience initiale, MiniMô2 et moi19, et établissons naturellement des conclusions de nullité.

Le Tribunal, dans son infinie sagesse, et il est vrai face pour le coup à  une particulière évidence, prononce effectivement la nullité... Mais uniquement de l'audition de Mohamed, considérant que les faits subsistent, évidemment, et renvoyant le parquet à  mieux se pourvoir, comme on dit...

Bon, j'avais espoir qu'on en resterait là  et que ledit parquet laisserait tomber, surtout au vu du dossier sur le fond...

Mais non, ma naïveté me perdra, j'ai à  faire à  un parquet opiniâtre, je dirais même à  un parquet massif, car j'aime rire : Mohamed faisait quelques jours plus tard l'objet d'une nouvelle interpellation, toujours pour la même histoire, et était à  nouveau entendu longuement, puis cité à  nouveau devant le Tribunal Correctionnel, devant lequel il comparaîtra bientôt.

Je le reçois donc pour préparer l'audience sur le fond, et au passage m'assurer une fois de plus qu'il nie toute participation à  ce rodéo, et j'avoue que je commets une faute, parce qu'il y a une question que je ne lui pose pas, parce que sa réponse allait de soi, pour moi, après l'annulation partielle de la première procédure...

C'est finalement lui qui me la pose, cette question, à  la fin de notre entretien : "Ce que je comprends pas, Maître, c'est que la première fois c'était nul, parce qu'ils ne m'ont pas mis en garde à  vue. Alors pourquoi cette fois c'est pas nul aussi ?" ...

Je le regarde, un sourcil levé, et je commence à  lui répondre : "Ben justement, Mohamed, parce que cette fois..." Et le doute me prend, alors je regarde la nouvelle copie du nouveau dossier que j'ai demandée après sa seconde audition -je n'avais lu que celle-ci, sans regarder la forme, avocat trop léger que je suis parfois...

Et je constate ce que vous avez déjà  compris : il a été ré-interpellé et ré-entendu... Sans le moindre placement en garde à  vue.

"Si, Mohamed, vous avez raison : c'est nul aussi", ais-je pu lui répondre finalement, avec un sourire penaud...

Allez, on y va, ou pour certains on y retourne : Jour des Fous ou pas, décidément... Y a du boulot !

  1. On savait rigoler au Moyen-à‚ge, au moins, on n'y parlait pas que de pognon comme maintenant, ma bonne dame... []
  2. Je n'ai strictement rien contre le métier de fermier, je le dis pour les fermiers susceptibles qui me liraient, on ne sait jamais... []
  3. Je m'adresse aux personnes concernées, hein, pas à  vous, n'allez pas croire que je me permettrais... []
  4. Chassez le naturel... []
  5. Ayant commis initialement l'idiotie de ne pas acheter de parkings avec les bureaux -non, je dis ça car je sais que mon banquier me lit, je ne voulais pas qu'il pense que je lui mentais, je suis bien propriétaire des locaux, il n'y a que les parkings que je loue... Vous vous en foutez totalement ? Oui, je sais bien, mais lui moins... []
  6. Notamment pour pouvoir le raconter ensuite à  mes vrais amis... []
  7. Je parle de l'âme, uniquement []
  8. Non, un avocat n'exagère jamais, pourquoi ? []
  9. Non je ne suis pas vexé, c'est un état que j'ignore; mais qu'est-ce que c'est con ! []
  10. Non, pas à  l'occasion de son emménagement dans un coron : l'"Installation" désigne l'audience solennelle lors de laquelle un Tribunal accueille un nouveau magistrat dans les formes et selon les usages -en un mot, c'est très chiant et elles se ressemblent toutes, à  l'exception cette année des "réquisitions" de Madame le Procureur adjoint, que je salue, dans lesquelles elle avait osé quelques pointes d'humour, mâtinées de petites revendications -je pense que sa carrière est foutue, et je la salue d'autant plus ! Si j'ai raison, devenez rapidement avocate, Madame : vous verrez, c'est beaucoup plus sympa de défendre les gens que de les accuser, même, dans les deux cas, à  tort ! []
  11. Je sais que ce début de phrase prête à  un nombre vertigineux de blagues salaces, je vous laisse le soin de les placer dans les commentaires ! []
  12. Même remarque ! []
  13. C'est décidément un article à  apartés, je sais bien, ça doit être la pluie qui me détend les neurones sur la corde à  linge où je les avais mis à  sécher... []
  14. Et je l'ai quand-même vivement incité à  contacter un avocat anglais, sait-on jamais, avec le hic qu'il n'a aucun revenus... []
  15. Oh, ça va, si on peut plus rigoler... Vous savez quelle adresse Ouaibe sort en premier, si on tape "immense avocat" sur Google, hein (C'est Marie qui me l'a dit pour me remonter le moral. Pourquoi a-t-elle effectué cette recherche, alors là  mystère...) ? []
  16. Et bien sûr que ce n'est pas leur véritable nom, et bien sûr que celui-ci est choisi totalement au hasard... []
  17. à  part évidemment celle de ressembler à  un algérien, si vous voulez mon avis... []
  18. Ce qui on le notera devrait suffire, en droit... []
  19. MiniMô2, ton bébé va bien, maintenant, je t'assure, et les longs congés fatiguent, à  la fin, si je te jure, et puis tu me manques, ta beauté, ta douceur, ta gentillesse, ton intelligence, tout ça ta fille ne peut pas encore s'en apercevoir, elle s'en fout, allez, je t'en supplie, fais-le pour moi : REVIENS !!!! []