168 heures chrono

En y réfléchissant bien, mon seul point commun avec Paco Rabanne et Sheila, c'est que j'aime bien raconter mes vies antérieures. Mais comme tout le monde ne peut pas avoir été tueur de pharaon ou courtisane, c'est le plus souvent de mon ancienne vie de substitut que je me retrouve à  parler.1

Et comme mon nouvel hôte m'a donné des devoirs à  faire2, je vais essayer, pour cette première fois, de vous donner une idée de ce que peut être une semaine de permanence au Parquet, dans un Tribunal plutôt moyen, pourvu d’un Parquet comptant cinq à  six magistrats. La permanence telle que je l’ai connue, en somme, qui se représente à  peu près chaque mois, pour une durée d’une semaine donc, jour, nuit et week-end compris, évidemment. Contrairement à  ce qui se pratique dans les Parquets plus importants, une telle permanence revêt souvent un caractère artisanal, puisqu’elle implique, notamment, d’assurer seul le suivi des enquêtes en cours dans tout le ressort du Tribunal, aussi bien décisionnellement que matériellement (c'est à  dire sans l'assistance d'un secrétariat de permanence, tenu par un ou plusieurs greffiers là  où un tel service existe). Elle suppose bien entendu une joignabilité maximale, qui vous fait notamment connaître la joie de répondre à  l’appel d’un enquêteur depuis votre douche ou une cabine d’essayage. Lire la suite

  1. Vous me direz que je pourrais aussi ne pas parler du tout, ou alors pas de moi, mais ce serait finalement mal me connaître []
  2. et même, en l'occurrence, à  refaire, misère []

La Fête des Innocents

Je ne sais pas trop ce qui s'est produit ces deux dernières semaines, par ailleurs passées sous de la pluie gelante, dans une luminosité d'hiver, et dans un ennui absolument apocalyptique, mais d'une part, je passe mon temps à  m'engueuler avec des proches, et d'autre part je n'ai eu à  connaître professionnellement que d'étrangetés majeures.

Ne perdant pas de vue le -vague- objet de ce blog, je ne vais pas me répandre sur la première part, juste un petit couplet défoulant, rassurez-vous; mais aussitôt après, je vais vous raconter quelques histoires dont j'ai eu à  connaître lors de ma journée des fous, ma Fête des Innocents à  moi 1,sorte d'apogée de ces mêmes deux semaines, ou bien d'autres m'ont été racontées -mais ce jour-là , consécutivement, et uniquement de la belle ouvrage judiciaro-judiciaire, vous l'allez voir... Lire la suite

  1. On savait rigoler au Moyen-à‚ge, au moins, on n'y parlait pas que de pognon comme maintenant, ma bonne dame... []

Petite fille…

Jade a maintenant sept ans. C'est une jolie petite fille, avec d'immenses yeux bleus. Elle vit cette année 2000 avec toute la joie des gamines de son âge, et ne regrette qu'une chose : ne pas voir son père plus souvent. Ses parents se sont séparés il y a deux ans, elle vit chez sa mère, qu'elle adore, mais son père, qu'elle revoit les week-ends et les vacances, lui manque. Mais ses parents lui ont bien expliqué, elle n'est pas malheureuse, elle a compris que c'était comme ça, et tout le reste va bien : son petit frère Ilan, quatorze mois d'écart avec elle, avec qui elle joue beaucoup, l'école, elle est bonne élève, sa maman, qu'elle adore, qui est aide-soignante, c'est pratique, c'est elle qui lui guérit ses bobos, Lydie, sa meilleure amie, fille des voisins, avec qui elle dort de temps en temps, son carnet intime, qu'elle remplit tous les soirs de mots simples et d'une écriture toute ronde...

Tout va bien, Jade est une petite fille pleine de beauté et de joie, comme tant d'autres.

C'est au milieu de cette même année que Paul, le nouveau copain de maman, vient habiter à  la maison. Lire la suite

1.6 %

Je suis un petit avocat pénaliste, et le hasard et mes choix, qui ont fait de cette catégorie de crimes et délits mon domaine de prédilection, dix-huit années d'interventions dans les dossiers de nature sexuelle, me donnent le droit, je pense, d'exprimer des avis sur le sujet -ça représente quelques centaines de dossiers, donc quelques bonnes centaines de victimes, et d'auteurs, et de coupables, et d'innocents -des tas de gens dont la vie, en tout cas, évidemment pour des raisons et à  des degrés très dissemblables, a été massacrée.

Le titre de cette réaction est le chiffre officiel, cité par le journal de 20 heures de France 2 tout à  l'heure, lequel mentionnait sa source comme issue des Statisitiques Justice 2005 -ne souriez pas, c'était sans doute le plus récent disponible- du taux de récidive en matière de criminalité sexuelle. Lire la suite

Présumé innocent

Ce blog, d'ores et déjà  peu nerveux en matière de rythme de publication, va carrément devenir amorphe pendant ce mois d'avril, je vais en être très loin, et manquer de temps plus encore que d'habitude...

C'est la défense d'un homme qui en sera la cause, un homme pris dans l'histoire que je veux vous raconter maintenant...

Le Rocher de Kanuméra

Sur ce rocher, situé face à  l'aîle des Pins, en Nouvelle Calédonie, on a retrouvé il y a plusieurs années le corps d'une jeune touriste japonaise, sans doute tuée à  coups de pierres, et qu'on avait tenté d'y brûler avant de l'abandonner là .

Deux hommes, deux frères, Ambroise-Didyme et Antoine, ont été accusés du crime, et renvoyés devant la Cour d'Assises de Nouméa, en 2006, laquelle  a décidé de l'acquittement  de l'un, en conformité d'ailleurs avec les réquisitions de l'avocat général, et reconnu le second coupable, en le condamnant à  la peine de 15 ans de réclusion criminelle.

Cette affaire va être à  nouveau jugée par la Cour d'Assises d'Appel de Nouméa les deux dernières semaines d'avril prochain, Antoine ayant interjeté appel, et le parquet ayant interjeté appel incident, y compris contre l'acquittement.

Voici les principaux éléments de ce qui ne peut qu'être appelé1 un mystère. Lire la suite

  1. Encore à  présent, après sept années d'investigations, et ça pose, immédiatement, un sacré problème en soi... []

J'ai peur, en fait, de me retrouver seul…

Je suis très, mais alors vraiment, très en colère, une véritable haine face à  un gâchis monumental, qui a failli coûter une vie, et va peut-être en coûter une autre...
Les malades mentaux et la justice n'ont, décidément, définitivement rien à  faire ensemble.
Un dossier, pour prouver que j'ai le droit de vous le dire; un homme, pour mesurer ce fait à  l'aune de ce qu'on est -d'autres hommes... Lire la suite

Suivant votre conscience…

Ce titre est tiré de l'article 304 du Code de Procédure Pénale, qui contient le serment que prête tout juré de Cour d'Assises, en France :

"Le président adresse aux jurés, debout et découverts, le discours suivant : "Vous jurez et promettez d'examiner avec l'attention la plus scrupuleuse les charges qui seront portées contre X..., de ne trahir ni les intérêts de l'accusé, ni ceux de la société qui l'accuse, ni ceux de la victime ; de ne communiquer avec personne jusqu'après votre déclaration ; de n'écouter ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l'affection ; de vous rappeler que l'accusé est présumé innocent et que le doute doit lui profiter ; de vous décider d'après les charges et les moyens de défense, suivant votre conscience et votre intime conviction, avec l'impartialité et la fermeté qui conviennent à  un homme probe et libre, et de conserver le secret des délibérations, même après la cessation de vos fonctions".

Chacun des jurés, appelé individuellement par le président, répond en levant la main : "Je le jure"."

C'est qu'en effet, je souhaite vous proposer de mesurer, un peu, les deux plus énormes difficultés posées par le droit pénal, bien au-delà  de toute les gloses procédurales, théoriques et réformistes : celle de juger, et son corollaire obligé, celle de défendre.

Parce qu'autant, selon moi, défendre n'implique pas de juger, et même doit craindre de le faire, autant juger en revanche doit nécessairement amener à  défendre, défendre toutes les solutions possibles, pour au final, en n'en retenant qu'une, correctement satisfaire à  cette lourde obligation : juger son semblable, et bien le juger.

Essayez, si vous l'osez, et sortez-en indemnes, si vous y parvenez... Lire la suite

Histoire noire III

III GARDE A VUE

Jean-Marc est, littéralement, vidé, liquéfié, anéanti.
Il y a quatre heures, il somnolait devant sa télé avec sa femme. Maintenant il se les gèle sur un banc en bois, dans une cellule, avec deux pochards et un jeune type qui vend de la drogue; il n'a plus ni lacets, ni ceinture, ni aucun objet d'aucune sorte, même pas sa montre, il n'a que son alliance. Il a faim, il a froid, il a mal. Et il a peur.
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Broyée ?

Sophie m'a écrit il y a quelques jours, sans fausse pudeur, en me livrant, presque brutalement, mais avec un humanisme incroyable, que je crois elle peut revendiquer, les difficultés énormes que l'on traverse en étant une "victime", et aussi toute la complexité et l'ambiguïté de ce "rôle", qu'elle aurait donné beaucoup je pense pour ne jamais avoir à  tenir...

Je ne la connais pas, mais elle m'écrivait à  cœur grand ouvert, et je lui ai demandé si elle m'autorisait à  publier ce qu'elle ressent de son histoire à  elle : c'est l'objet de ce texte, qu'elle a largement écrit.

Et si tous, avocats, magistrats, psychologues, on y en prend plein la gueule, si vous me passez l'expression qu'elle ne reniera pas... On en prend plein le cœur et plein le cerveau, aussi ! Lire la suite