Archives de la catégorie Histoires vraies
Jeudi 11 mars 2010 à 6:50 par Maître Mô
On peut tout se dire, maintenant que la relation client/avocat est rompue, n’est-ce pas ?
J’ignore exactement ce que vous me reprocheriez, ou ce que vous auriez dit trouver de bien chez moi, pendant ces deux longues années où vous avez été de douleurs en douleurs, de souffrances en souffrances, sans que, sans doute, parfois, je ne les mesure suffisamment -et je ne le saurai jamais, à présent que nous ne nous parlons officiellement plus, faute d’en avoir l’occasion, puisque je ne suis plus votre avocat…
En revanche, moi, j’ai besoin de me mettre en règle avec vous, je crois que c’est plus honnête, et que, finalement, ça pourrait même vous faire plaisir -vous n’aviez pas l’air de manquer d’humour, malgré tout… Lire la suite de "Monsieur Dupont"
Vendredi 12 février 2010 à 16:09 par Maître Mô
Hier, j’ai rêvé à une histoire rigolote, celle d’un garçon qui commettrait parfois des bêtises() , qui serait très mauvais dans son domaine, puisqu’il se ferait prendre régulièrement, mais qui, inexplicablement, aurait une chance incroyable, à chaque fois…
Précisément, j’ai dû rêver -je pense que c’était un rêve, parce qu’autant de chance, ça n’existe pas, en principe- que j’assistais, hier donc, toute l’après-midi et une bonne partie de la soirée, l’un de mes clients fétiches() ,et qu’il s’agissait de la deuxième fois où il risquait l’emprisonnement dans le même dossier, et la sixième fois en tout dans sa pourtant relativement courte vie -et dans mon rêve, je me disais que cette fois-ci, je pourrais toujours me rouler par terre devant ses juges, ou bien me planter une orchidée dans le rectum pour les faire rire, le résultat serait le même : cette fois, il dormirait en prison… Lire la suite de "Môktoub"
Mercredi 13 janvier 2010 à 7:33 par Maître Mô
IV INTERROGATOIRES
Il n’a aucune idée de l’heure qu’il est, il ne sait pas combien de temps a duré son interrogatoire, il ne sait plus combien de fois on lui a posé les mêmes questions, ou d’autres, ni sur combien de tons différents, il ne se souvient, là, maintenant, d’aucune de ses réponses, et n’essaye même pas de savoir si elles étaient convaincantes…
Il a les bras noués autour du corps, le menton collé à la poitrine, le regard sur le sol dégueulasse, et quand les larmes finissent par lui venir aux yeux, il murmure juste "quelle salope", et il ne sait même pas si c’est à l’adresse de Dalila ou à celle de la femme qui vient de le torturer ; il est vidé, et il comprend maintenant ce que l’avocat, des heures auparavant, essayait de lui dire : "Oh non, vraiment non, pauvre con, tu ne vas pas sortir d’ici comme ça…".
Il est accusé de viol. Il est accusé d’avoir violé Dalila, ce matin, dans sa classe. Et il vient d’essayer de s’en défendre pendant des plombes, en face de quelqu’un qui à l’évidence ne croit pas un mot de ses dénégations, qui est persuadée que cette histoire de dingue est vraie, et qui l’a constamment regardé comme un salopard de violeur de gamine. Et le lui a dit. Lire la suite de "Histoire Noire IV"
Lundi 7 décembre 2009 à 5:34 par Marie
En y réfléchissant bien, mon seul point commun avec Paco Rabanne et Sheila, c’est que j’aime bien raconter mes vies antérieures. Mais comme tout le monde ne peut pas avoir été tueur de pharaon ou courtisane, c’est le plus souvent de mon ancienne vie de substitut que je me retrouve à parler.()
Et comme mon nouvel hôte m’a donné des devoirs à faire() , je vais essayer, pour cette première fois, de vous donner une idée de ce que peut être une semaine de permanence au Parquet, dans un Tribunal plutôt moyen, pourvu d’un Parquet comptant cinq à six magistrats. La permanence telle que je l’ai connue, en somme, qui se représente à peu près chaque mois, pour une durée d’une semaine donc, jour, nuit et week-end compris, évidemment. Contrairement à ce qui se pratique dans les Parquets plus importants, une telle permanence revêt souvent un caractère “artisanal”, puisqu’elle implique, notamment, d’assurer seul le suivi des enquêtes en cours dans tout le ressort du Tribunal, aussi bien “décisionnellement” que matériellement (c’est à dire sans l’assistance d’un secrétariat de permanence, tenu par un ou plusieurs greffiers là où un tel service existe). Elle suppose bien entendu une joignabilité maximale, qui vous fait notamment connaître la joie de répondre à l’appel d’un enquêteur depuis votre douche ou une cabine d’essayage. Lire la suite de "168 heures chrono"
Lundi 30 novembre 2009 à 11:01 par Maître Mô
Je ne sais pas trop ce qui s’est produit ces deux dernières semaines, par ailleurs passées sous de la pluie gelante, dans une luminosité d’hiver, et dans un ennui absolument apocalyptique, mais d’une part, je passe mon temps à m’engueuler avec des proches, et d’autre part je n’ai eu à connaître professionnellement que d’étrangetés majeures.
Ne perdant pas de vue le -vague- objet de ce blog, je ne vais pas me répandre sur la première part, juste un petit couplet défoulant, rassurez-vous; mais aussitôt après, je vais vous raconter quelques histoires dont j’ai eu à connaître lors de ma journée des fous, ma Fête des Innocents à moi () ,sorte d’apogée de ces mêmes deux semaines, ou bien d’autres m’ont été racontées -mais ce jour-là, consécutivement, et uniquement de la belle ouvrage judiciaro-judiciaire, vous l’allez voir… Lire la suite de "La Fête des Innocents"
Mercredi 14 octobre 2009 à 7:29 par Maître Mô
Jade a maintenant sept ans. C’est une jolie petite fille, avec d’immenses yeux bleus. Elle vit cette année 2000 avec toute la joie des gamines de son âge, et ne regrette qu’une chose : ne pas voir son père plus souvent. Ses parents se sont séparés il y a deux ans, elle vit chez sa mère, qu’elle adore, mais son père, qu’elle revoit les week-ends et les vacances, lui manque. Mais ses parents lui ont bien expliqué, elle n’est pas malheureuse, elle a compris que c’était comme ça, et tout le reste va bien : son petit frère Ilan, quatorze mois d’écart avec elle, avec qui elle joue beaucoup, l’école, elle est bonne élève, sa maman, qu’elle adore, qui est aide-soignante, c’est pratique, c’est elle qui lui guérit ses bobos, Lydie, sa meilleure amie, fille des voisins, avec qui elle dort de temps en temps, son carnet intime, qu’elle remplit tous les soirs de mots simples et d’une écriture toute ronde…
Tout va bien, Jade est une petite fille pleine de beauté et de joie, comme tant d’autres.
C’est au milieu de cette même année que Paul, le nouveau copain de maman, vient habiter à la maison. Lire la suite de "Petite fille…"
Jeudi 1 octobre 2009 à 23:33 par Maître Mô
Je suis un petit avocat pénaliste, et le hasard et mes choix, qui ont fait de cette catégorie de crimes et délits mon domaine de prédilection, dix-huit années d’interventions dans les dossiers de nature sexuelle, me donnent le droit, je pense, d’exprimer des avis sur le sujet -ça représente quelques centaines de dossiers, donc quelques bonnes centaines de victimes, et d’auteurs, et de coupables, et d’innocents -des tas de gens dont la vie, en tout cas, évidemment pour des raisons et à des degrés très dissemblables, a été massacrée.
Le titre de cette réaction est le chiffre officiel, cité par le journal de 20 heures de France 2 tout à l’heure, lequel mentionnait sa source comme issue des Statisitiques Justice 2005 -ne souriez pas, c’était sans doute le plus récent disponible- du taux de récidive en matière de criminalité sexuelle. Lire la suite de "1.6 %"
Mardi 7 avril 2009 à 10:22 par Maître Mô
Ce blog, d’ores et déjà peu nerveux en matière de rythme de publication, va carrément devenir amorphe pendant ce mois d’avril , je vais en être très loin, et manquer de temps plus encore que d’habitude…
C’est la défense d’un homme qui en sera la cause, un homme pris dans l’histoire que je veux vous raconter maintenant…

Le Rocher de Kanuméra
Sur ce rocher, situé face à l’Île des Pins, en Nouvelle Calédonie, on a retrouvé il y a plusieurs années le corps d’une jeune touriste japonaise, sans doute tuée à coups de pierres, et qu’on avait tenté d’y brûler avant de l’abandonner là.
Deux hommes, deux frères, Ambroise-Didyme et Antoine, ont été accusés du crime, et renvoyés devant la Cour d’Assises de Nouméa, en 2006, laquelle a décidé de l’acquittement de l’un, en conformité d’ailleurs avec les réquisitions de l’avocat général, et reconnu le second coupable, en le condamnant à la peine de 15 ans de réclusion criminelle.
Cette affaire va être à nouveau jugée par la Cour d’Assises d’Appel de Nouméa les deux dernières semaines d’avril prochain, Antoine ayant interjeté appel, et le parquet ayant interjeté appel incident, y compris contre l’acquittement.
Voici les principaux éléments de ce qui ne peut qu’être appelé() un mystère. Lire la suite de "Présumé innocent"