Archives de la catégorie Histoires vraies

Cyber Grand-Messe en ut Mineurs…

Je ne comptais pas vous parler une fois de plus d’un homme, d’une histoire, dont j’ai à connaître parce que des infractions sexuelles supposées planent dessus (aux doux yeux du ministère public, bien sûr, comme ce qui sera listé plus bas…), mais voilà, un article publié par mon provisoirement ibérique confrère Eolas m’incite à le faire, tant ce à quoi il renvoie me met hors de moi – et tant les commentaires qu’il suscite, nombreux comme toujours, sont parfois totalement déraisonnables, comme à chaque fois que l’on parle des rapports qu’entretient la Loi, notre Mère à tous(1) , avec la sexualité en général, et la sexualité des mineurs en particulier.(2)

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  1. Donc obligatoirement incestueux, les rapports… ()
  2. Pour les jeunes, justement, de tous âges y compris moins de quinze ans, qui me lisent, ce titre est une "petite variation" un peu tordue sur celui d’une œuvre inachevée de Mozart, un type qui faisait de la musique dans le temps après avoir gagné la Starac’ de l’époque. Fermez les yeux et écoutez, c’est joli. ()

Les clés du Paradis…

Ils forment un petit couple de vrais gentils : ils sont mignons, timides, se donnent facilement la main pour s’encourager mutuellement, et sont ainsi faits qu’on a immédiatement envie de bien les aimer -peut-être aussi parce qu’on sait qu’ils n’ont connu  qu’une succession de drames et de galères dans la vie, même s’ils n’ont pas encore cinquante ans à eux deux.

Quand je l’ai rencontré lui, pour vous dire, deux années plus tôt, jeune ouvrier sans parents qui bossait depuis déjà cinq ans, c’est parce qu’il venait me demander d’être partie civile avec lui contre les abrutis qui un soir, dans la rue, alors qu’il sortait de l’usine, l’avaient roué de coups pour lui voler sa pauvre montre, une Swatch un peu neuve, le laissant à moitié mort sur le trottoir…
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Double Je (II)

L’audience n’est ouverte que depuis une poignée de minutes, et je jurerais que les choses sont déjà mal engagées pour Victor. Il "passe" mal, très mal. Le problème avec lui, c’est que quoi qu’il dise, il paraît mentir. Le président vient de lui demander de confirmer son état-civil, et aussi étrange que cela puisse paraître, Victor, le regard fuyant, qui se tortille dans le box en se rongeant les ongles, a l’air de mentir jusque sur sa date de naissance.

Le tirage au sort des jurés commence. Laura me laisse exercer le droit de récusation ; la constitution du jury est un peu moins importante pour elle que pour moi, sa cliente sera de toutes façons condamnée à l’issue de ce procès, nous le savons tous. Une première jurée potentielle est appelée, je la récuse, ainsi que deux autres, peut-être par habitude des affaires de mœurs, pour lesquelles j’essaye généralement de limiter le nombre de jurées, pour éviter autant que possible tout phénomène d’identification à la victime. L’Avocat général bondit et récuse trois hommes coup sur coup, mais le jury sera finalement à majorité masculine.

Serment prêté, les jurés écoutent avec la Cour le greffier lire l’ordonnance de mise en accusation. Le regard d’un juré, puis de deux, s’attarde pesamment sur Victor tandis que l’on décrit la découverte de la victime, ses blessures et sa mort. J’espère avoir choisi au mieux, il n’est de toutes façons plus temps d’y réfléchir. Lire la suite de "Double Je (II)"

Double Je (I)

Trois jours prévus au coeur de cette session d’Assises. Une durée correcte au vu des faits (vol avec violences ayant entraîné la mort de la victime sans intention de la donner, réclusion criminelle à perpétuité encourue) et de l’acquittement plaidé par l’un des accusés.

J’ai de la chance : mon Parquet Général considère que les "beaux" dossiers ne sont pas forcément son apanage, et ne nous envoie donc pas exclusivement aux Assises sur les affaires de viol. Cela fait déjà plusieurs mois que le substitut général chargé de l’audiencement m’a demandé si je souhaitais soutenir l’accusation dans le procès Cécilia J./Victor R., et que j’ai accepté, non sans enthousiasme d’ailleurs : j’ai suivi ce dossier depuis le tout début, depuis la découverte des faits, j’ai ouvert l’information judiciaire, requis le placement puis le maintien en détention provisoire des deux mis en examen, rédigé le réquisitoire définitif. Le substitut général a pris mon opinion sur ce dossier, s’est enquis de ce que je requerrais le cas échéant, et j’ai été désignée. Me voici Avocat général pour trois jours. Lire la suite de "Double Je (I)"

Passion

AUJOURD’HUI

- " POURQUOI ? Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu fais encore ça ?"

- "Oh, putain, tu ne vas pas recommencer ? T’en as pas marre ? Écoute, on fait ce qu’on a dit, tu récupères le reste de tes affaires, et tu pars, c’est fini et tu pars, d’accord ?"

Voilà. C’est comme ça qu’elle veut que ça se termine, c’est comme ça que ça va se terminer : deux ans d’amour fou, deux ans que je l’aime à en crever, j’ai tout fait pour elle, tout, je lui ai tout donné, toute ma vie d’avant je l’ai mise à ses pieds, et voilà comment elle me parle, maintenant, avec Didier qui doit déjà être en route pour revenir prendre ma place, encore une fois, putain…

Elle est en colère et elle est dégoûtée par moi, je le vois bien –elle est toujours aussi belle, d’ailleurs, même en colère, même en train de me gueuler dessus, appuyée au comptoir de la cuisine, au milieu des casseroles et des couteaux, même avec cette espèce de folie ou de haine dans les yeux…

Elle me disait encore avant-hier qu’elle m’aimait, juste après qu’on ait fait l’amour, alors que je venais de m’installer chez elle, avec elle, alors qu’on y était enfin, et cette fois pour de bon… Lire la suite de "Passion"

"La folie qui m’accompagne …"*

*("Champagne", de Jacques Higelin – chouette chanson, et en plein accord avec l’un des thèmes dominants de ce blog, en plus.)

"Bonjour Madame, je cherche le bureau du juge des tutelles, c’est ici ?

- Non, c’est au fond du couloir sur votre droite, sa salle d’attente est juste avant.

- D’accord, merci. Euh, je peux vous demander un service ? Il ne faudrait dire à personne que je suis venu ici. Vous comprenez, je suis agent secret pour le gouvernement, et je pourrais avoir des ennuis si ça se savait …"

Oh, rien d’anormal. Journée ordinaire au Tribunal d’instance : même pour moi, qui ne suis effectivement pas juge des tutelles, il est habituel de voir débarquer dans mon bureau les justiciables venus s’entretenir avec mes collègues. Et la présence de ce septuagénaire en particulier nous est devenue familière à tous : il ne vient pas seulement lorsqu’une convocation le concerne directement (il est placé sous tutelle depuis quelques années), mais accompagne également ses (nombreux, manifestement) amis placés sous mesure de protection à leurs entretiens. Ce qui lui a donné l’occasion de s’apercevoir que la machine à café du Tribunal était de qualité. Depuis, on croise fréquemment son imper mastic et son chapeau dans le local des distributeurs ou dans notre salle d’attente, lorsque l’Espion a envie de raconter ses aventures d’espion au service secret de la République aux justiciables (public captif), aux fonctionnaires  ou, lorsqu’il ne trouve personne d’autre, aux magistrats. En général, il suffit de lui accorder trois minutes d’attention, et l’Espion s’en retourne chez lui, "doux dingue" facile à contenter …

Travailler au Tribunal d’instance implique de toutes façons plus ou moins de banaliser les incursions de la maladie mentale dans mon milieu professionnel, puisque c’est ici que l’on gère la situation des personnes protégées. A titre plus personnel, croiser un tutélaire devant ma porte est enfin devenu un non-événement, alors que jusqu’ici, rencontrer une personne "dérangée" dans le cadre de mon travail me mettait plutôt mal à l’aise, bien que nombre d’entre eux soient aussi avenants que notre James Bond local. Lire la suite de ""La folie qui m’accompagne …"*"

Mandat de dépôt

J’ai tout récemment, par malchance, à nouveau assisté à une arrestation, "à la barre", comme on dit.

Et comme à chaque fois que c’est arrivé devant moi, la scène, irréaliste, m’a frappé par son extrême violence, même si elle s’est déroulée doucement, selon la mécanique bien huilée des mandats de dépôt décernés à l’audience : un homme était libre quelques secondes auparavant, et voilà qu’il est, qu’il n’est plus, maintenant, qu’un détenu.

En trois minutes, quoi qu’il ait fait pour qu’on lui inflige cette sanction, sa vie bascule et plonge, deux bracelets de métal reliés par une chaînette symbolisent soudain qu’il n’est plus libre, en lui maintenant désormais les mains dans le dos… Lire la suite de "Mandat de dépôt"

Dernière s-CEA-nce

(Le 38e appel du pied – dont personne ici n’ignore plus qu’il l’a grand – du Maître, qui a tendance à diriger lesdits appels virtuels vers mon arrière-train, me pousse à publier un texte ni émouvant, ni spécialement drôle, probablement aride et pourvu d’un titre moyen, qui n’aura pour mérite que de donner une idée à ses lecteurs de ce à quoi ils peuvent s’attendre s’ils se retrouvent poursuivis dans le cadre que je décris, ce qui peut arriver à tout le monde ou presque(1) . Il faudra néanmoins que j’apprenne un jour à résister aux pressions des avocats, quand même. C’est terrible de toujours céder ainsi.)

8 h 20 : je passe récupérer Eric au greffe correctionnel, et nous descendons ensemble en salle des délibérés après un crochet par le bureau du JAP, qui a rédigé quelques rapports concernant des personnes convoquées à mon audience dont il assure déjà le suivi. Dix minutes plus tard, un coup d’oeil en salle d’audience nous apprend que le Parquet est à son pupitre, que l’huissier semble en voie d’achever l’appel des présents, et que plusieurs avocats sont déjà en place. Dernière vérification mutuelle, nos rabats(2) sont réglementairement sortis, la sangle du parachute ne nous fait pas risquer le vol plané inaugural, nous pouvons lancer un coup de sonnette et entrer en scène.

La salle s’emplit immédiatement de robes noires, ce qui est un mauvais présage en termes de durée d’audience … Lire la suite de "Dernière s-CEA-nce"

  1. Surtout si l’on prend en considération le nombre de créatures assoiffées de champagne qui fréquentent ces lieux … ()
  2. = cravates blanches plissées ()

Monsieur Dupont

On peut tout se dire, maintenant que la relation client/avocat est rompue, n’est-ce pas ?

J’ignore exactement ce que vous me reprocheriez, ou ce que vous auriez dit trouver de bien chez moi, pendant ces deux longues années où vous avez été de douleurs en douleurs, de souffrances en souffrances, sans que, sans doute, parfois, je ne les mesure suffisamment -et je ne le saurai jamais, à présent que nous ne nous parlons officiellement plus, faute d’en avoir l’occasion, puisque je ne suis plus votre avocat…

En revanche, moi, j’ai besoin de me mettre en règle avec vous, je crois que c’est plus honnête, et que, finalement, ça pourrait même vous faire plaisir -vous n’aviez pas l’air de manquer d’humour, malgré tout… Lire la suite de "Monsieur Dupont"