On aurait vraiment mieux fait de ne rien dire !

Comme ce problème [SUITE ET FIN, PROMIS !] est devenu légèrement obsédant, depuis que d'éminents confrères Ouaibesques l'ont mieux expliqué que moi, pour, sous couvert de diverses louanges de pure forme1, venir ensuite me ratatiner le cervelet en en tirant des conclusions différentes des miennes, j'exorcise, et, dans le but avoué de me libérer l'esprit pour aller conclure quelques divorces passionnés, reviens ici, je vous le jure de la façon la plus simple possible, sur la gentille énormité que constitue, en tout cas, la modification légale du code pénal relative à  l'inceste.

Je sais que chacun aura compris qu'il y en a bien un, de problème (et même une demi-douzaine), et peut-être considérerez-vous que les circonvolutions juridiques autour d'icelui importent peu, au fond : c'est assez exact, mais, outre qu'il n'est pas anodin qu'un délit incestueux soit éventuellement réprimé d'une peine maximale divisée par deux (si j'ai raison), il ne sera pas dit que je me rendisse sans combattre, et les thèses en présence me collent une migraine qui mérite traitement, la non-compréhension d'un raisonnement me terrifiant littéralement, surtout quand c'est le mien -et j'y adhère toujours, mais de façon un peu plus claire désormais -enfin, je crois... Lire la suite

  1. qui ne sont pas sans rappeler celles du plaideur rendant  un hommage sucré aux réquisitions qu'il vient d'entendre, si rigoureuses, si remarquables, si précises, pour s'empresser dans un second temps de les détruire avec fougue et de n'en laisser que cendres... []

On nous dit rien… Et parfois, on fait bien !

J'ai commencé à  rédiger ce qui devait être une brève le 27 janvier dernier, c'est à  dire le lendemain matin de l'adoption de, devinez quoi, une nouvelle et même néme loi venant partiellement réformer notre droit pénal, en l'occurrence celle qu'on a cru devoir voter pour introduire1 l'inceste dans notre code pénal -le mot "inceste", j'entends, parce que, comme bien vous le pensez, le crime lui-même y était déjà  prévu et réprimé, aux termes d'un petit groupe de textes dont je vous cause dans quelques minutes -et vous allez voir que pour en causer, on va en causer...

A l'origine donc, je souhaitais juste au passage souligner à  la fois qu'on fait de plus en plus souvent ce genre de choses sans le dire à  aucun praticien, et qu'il est désormais littéralement impossible de travailler en temps réel avec la moindre des nécessaires sécurités juridiques, ce qui devient littéralement ingérable, par tout le monde -tiens, la fameuse Loi Pénitentiaire, là , vous savez, ce gros bazar dont on a parlé sans le faire un peu partout ? Et bien au passage, elle a totalement réformé non pas seulement l'application des peines et leurs modalités, ce qui n'aurait déjà  pas été mal, mais en plus les conditions mêmes du prononcé de ces peines par un Tribunal, y compris en comparution immédiate, et elle dit deux ou trois petites choses passionnantes, cette loi, comme par exemple que tout tribunal condamnant désormais à  de l'emprisonnement ferme inférieur à  DEUX ANS (tout de même) DOIT "aménager" cette peine -c'est à  dire doit expliquer comment le gars en question échappera au trou, rien que ça ! Lire la suite

  1. Ou plus exactement réintroduire, puisqu'il s'agit d'une notion qui y figurait historiquement je pense []

Ad vocatus

Il y a exactement seize ans, je me tenais, compacté avec une trentaine d'autres élèves-avocats et leurs familles, dans la belle salle du Parlement de Flandres, à  Douai, debout dans une robe d'avocat flambant-neuve, offerte par ma grand-mère qui pleurait dans la salle (elle a toujours cru que je devenais procureur pour poursuivre les agresseurs de vieilles dames...), et je disais à  mon tour, ganté de blanc, "Je le jure !", après lecture générale de notre magnifique serment : je devenais avocat.

En guise d'anniversaire, et pour continuer à  bien me souvenir de ma naïveté de l'époque, et de la fougue qui va avec, je voulais vous raconter ma première plaidoirie en correctionnelle, survenue quelques heures plus tard : je fais un beau métier, mais parfois pas sans mal... Lire la suite

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Au nom de mon serment : pardon !

J'ai hésité, ne voulant pas en en publiant le lien faire la moindre once de publicité à  cette chose, parfaitement atterrante et honteuse, qu'un confrère a cru devoir mettre en ligne, et que j'ai du visualiser et, plus encore, écouter, une deuxième fois avant d'y croire réellement...
Mais je ne vois pas comment rester silencieux, je porte la même robe que l'auteur de cette grossièreté... Lire la suite

Rédemption !

Pour inaugurer cette nouvelle catégorie des "boulettes" en tous genre, l'évidence commandait de vous livrer un exemple (mal) vécu de ce qui est toujours un grand moment, et arrive assez fréquemment quand-même, au point d'en être devenu une blague rituelle entre avocats : le client qui, ayant la parole en dernier comme chacun sait, la prend effectivement, contre votre avis (aie aie...), et ruine d'une phrase la totalité de ce que vous venez de plaider, pendant que vous grimacez au Tribunal une sorte de sourire torve en essuyant votre sueur...
Ça n'est malheureusement pas seulement une blague...
Ainsi frémis-je encore au souvenir de cette homme que je défendais aux Assises, et pour lequel je venais de commettre une longue plaidoirie exténuée, un homme qui ne parlait pas le français, accusé d'avoir voulu tuer sa femme, cinquante coups de couteau, pas morte, un miracle.
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Un petit moment de honte…

Superbe plaidoirie de Maître Mô l'autre jour en comparution immédiate, défendant un homme qui comparaissait pour la vingt-neuvième fois en sept ans :

" ... Et cet homme est tellement ravagé par sa drogue, tellement mal en point, qu'il ne m'a pas reconnu dans les geôles, et ne se souvient même pas que j'ai eu à  le défendre déjà  pour sa précédente affaire..!"

[s'apercevant, mais un peu tard, au sourire du Président, que l'on pouvait penser à  une autre interprétation, et tentant, mais un peu tard, de panser la griffe qu'il venait de se faire à  lui-même]

" ... Enfin, c'est vrai qu'on est pas obligé de se souvenir de mes brillantes interventions, mais quand même..."

C'est beau, l'éloquence !

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