A propos de Maître Mô

Ce blog permettra au brillant ( si ) avocat qui se cache ( à peine ) sous le pseudonyme de Maître Mô de dire absolument tout ce qu’il voudra, ce que notre Mère à tous la Loi permet en principe, Lire Un Mô Légal

« La Cour ! »

[ Ce récit -parfois dur, attention, il raconte le procès d'un crime- a été écrit par T0rv4ld (pour les amateurs du gadget pompeusement intitulé "réseau social" qu'est Twitter, je blague, c'est génial quand-même, présentation rapide), illustre "inconnu" pas du tout juriste, qui a eu l'intelligente curiosité de pousser les portes d'une salle d'Assises, et la généreuse idée de me proposer de publier le résultat, issu des notes qu'il a prise pendant un procès de deux jours. Je l'en remercie vivement, pour trois motifs au bas Mô :

1/ Pour des tas d'impérieuses raisons, malgré des nuits très courtes, je ne parviens pas à terminer mes textes en ce moment, j'en avais par exemple un rigolo pour la deux-centième note de ce blog, il attendra un peu encore (et Histoire Noire aussi, je sais...) avec ma cinquantaine de brouillons...

2/ Il s'agira donc de la deux-centième note de ce blog, et, comme il doit énormément à ceux qui le lisent, ça ne tombe pas plus mal qu'elle soit d'un lecteur, finalement - et aussi qu'on m'offre ce cadeau alors que c'est l'anniversaire du blog, quatre ans ces jours-ci !

3/ Ce texte est particulièrement intéressant, je trouve, en ce qu'il édifie sur ce qu'est la justice criminelle réelle, lorsqu'on prend le temps de la regarder fonctionner (Allez-y !), même avec des yeux de béotien judiciaire : c'est de la plus belle juridiction de France dont il s'agit - même si, désormais, elle fonctionne sottement avec six jurés au lieu de neuf, s'étant trouvée amputée d'autant de têtes pensantes...

Si vous n'êtes pas un professionnel judiciaire, il vous donnera je crois envie d'aller voir par vous même ; et, si vous l'êtes, il vous permettra de vous rendre compte de ce qui peut marquer, ou pas, un "spectateur" - et Dieu sait, n'est-ce pas confrères, que ça peut être important... Et, dans tous les cas, il rappellera à tous que les Assises sont en très large partie ce qu'est leur Président...

Encore merci à l'auteur, au côté duquel je vous laisse maintenant prendre place dans la salle... Lire la suite

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Ils disent tous ça…

Je serai bref, exceptionnellement, et tape ceci à la volée, sous le coup de la colère, principalement dirigée contre moi-même pour l'instant, plongé que je suis dans un dossier criminel qui n'est pas encore jugé, mais est en attente d'audiencement, ce qui signifie que l'instruction en est terminée : on m'a demandé il y a quelques jours seulement de prendre la défense de l'accusé, je n'étais malheureusement pas à ses côtés auparavant.

Cette affaire concerne des faits de viols, assez anciens, commis par ascendant sur mineure de quinze ans, et aurait pu en avoir les tristement banales caractéristiques "habituelles", même si je répugne à employer ce terme, ressemblant beaucoup à tant d'autres de ces authentiques ou supposés faits incestueux qui remplissent les cours d'assises... Lire la suite

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A moi, contes de Mô !

Hop, celle-là, elle est faite.1

Bien, nous y voilà : en ce fastueux jour du 17 novembre de l'An de Grâce 2011, un livre que j'ai écrit sort en librairies2 .Au Guet-apens, chroniques de la justice pénale ordinaire. Chronique judiciaire.

J'avais, la petite note ci-dessus en est l'indice, l'intention de marquer cet évènement, repris avec force par la plupart des médias internationaux ou français mais qui croient qu'ils sont lus dans d'autres pays, par un texte drolatique en Diable à ma façon, renouant d'ailleurs en cela avec d'anciennes habitudes autrefois en vigueur en ces lieux, et que ça faisait du bien de sourire n'importe comment de n'importe quoi, mais finalement, je n'y suis pas arrivé, pour deux raisons : le temps, qui me manque de plus en plus et s'écoule entre mes doigts de mains comme du sable fin le ferait entre mes doigts de pieds3 ; et le fait qu'au fond, même si mon intention première était de vous parler des quarante bonnes raisons de ne pas acheter ce livre, dans un de ces exercices d'auto-dérision dont j'ai le secret, l'auto-dérision étant à l'humour ce que l'invention de la couche jetable est au bébé moderne, un doit-avoir4 , force m'est en réalité de constater que ça ne me donne pas très envie de plaisanter. Lire la suite

  1. Aux jeunes : ce titre est un subtil pastiche du vers célèbre de l'illustre Pierre Corneille : "À moi, comte, deux mots", que nous traduirons en langage plus moderne par "Vas-y, ramènes-toi, bouffon"  lequel nous a également laissé le célébrissime "À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire" ("Trop facile, comment tu t'fais pas iech''), dans le même ouvrage, Le Cid (une sombre histoire de supporters de foot qui s'entretuent parce qu'ils ne sont jamais d'accord sur le score du match en cours, ils passent leur temps à demander "Qui mène, qui mène ?" Corneille y hurle sans cesse sa haine du football, et du sport en général.), de même, plus marquants encore pour un avocat, que [le gardé à vue] "Je deviendrais suspect à parler d'avantage", contra [l'enquêteur] "À raconter ses maux souvent on les soulage" (ça rime mais c'est un hasard, c'est dans deux trucs différents...), et le superbe "À les défendre mal je les aurais trahis". Pourquoi je vous dis ça comme un gros crâneur ? Juste pour vous expliquer mon titre, sinon il n'est pas rigolo, et parce que sur U-Tube, on ne trouve pas ces vers de Corneille, qui ne les a pas inclus dans son remix, et c'est dommage je trouve. []
  2. Toutes les fautes et tournures dézinguées sont de moi, et autant vous dire que c'est pas le jour à me chipoter. []
  3. Ben oui, hein, je suis auteur, maintenant, je me creuse avec des phrases stylées qui interpellent. Ici, par exemple, qu'on m'explique pourquoi on dit couramment "doigt de pied", et jamais "doigt de main" ? Eh oui, le sexisme, encore et toujours, évidemment... []
  4. Un auteur parisien aurait écrit "must have", mais j'habite quelque part dans ce que les parisiens nomment "la Province", et que les gens normaux appellent "une autre ville", et que les lillois appellent "Lille" []

Rien n’est jamais juste.

[Avertissement : ce récit peut être dur.]

Barbara "pousse" une avant-dernière fois, de toutes ses forces, elle est rouge brique, elle serre la main de Xavier à la lui broyer, elle l'entend vaguement qui lui parle, au milieu des encouragements des sages-femmes, "Allez ma Chérie, allez, elle est là, on voit sa tête, elle est là, bravo ma Chérie, c'est bien..."

Elle a eu mal, les contractions initiales ; puis ils ont posé la péridurale, assez vite et avec succès, et ça s'est calmé, jusqu'à il y a dix minutes, où elle a bien senti que cette fois-ci, on y était : elle allait mettre au monde leur petite fille ! Elle a respiré, poussé, bloqué, bien tout fait, comme les séances de préparation à l'accouchement lui avaient appris - elle s'était appliquée, studieuse et impatiente, parce cette grossesse, ils l'attendaient depuis combien ? Six ans ? Hors de question de se rater, ils avaient tout fait pour que tout se passe le mieux possible, Barbara, même si elle n'avait que trente-deux ans, avait bénéficié d'attentions médicales toutes particulières, tout irait bien : ils l'avaient tellement voulue, cette petite fille qui allait naître... Lire la suite

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Histoire Noire V

"S'en aller"... Non, vraiment, il n'allait pas en être question, ni cette nuit, ni demain, apparemment - on était d'ailleurs sans doute déjà demain, il n'avait plus de montre...

Jean-Marc avait fini par réussir à s'endormir, si on peut considérer que sombrer dans des rêves peuplés de cauchemars, en se sentant crasseux et profondément blessé, seul, sur une sorte de planche de bois épais scellée au mur, et en grelottant tant de fatigue nerveuse que de froid, puisse ressembler en quoi que ce soit à "s'endormir"...

Ils l'avaient réveillé, d'autres policiers que Christelle, au bout de deux ou trois heures de ce "repos", pour lui faire signer des papiers concernant le déroulement de sa garde à vue, apparemment - l'avocat, Maître Mussipont, lui avait bien dit de tout lire soigneusement avant de signer, mais il ne l'avait pas fait, trop abruti de fatigue et de peur ; et ce n'était que de la paperasse, avait indiqué l'un des flics, assez sympa - qui lui avait aussi dit qu'il avait "de la chance", il y avait relativement peu de monde, cette nuit-là, il avait une cellule pour lui tout seul. Bien de la chance, oui... Lire la suite

Au Guet-apens

[Avertissement : ce récit est très (trop) long, il comporte 17089 mots (!), j'en ai conscience, mais je n'ai pas su faire autrement, je ne voyais pas comment vous emmener avec moi là-bas en en supprimant des passages : tant pis (Au moins, je peux espérer qu'il vous "fera de l'usage", comme on dit dans le Nord..) ! J'ai pensé un temps le publier en plusieurs fois, mais j'aurais forcément dû le couper à des endroits qui auraient obligé le lecteur potentiel à attendre la suite, ce que j'ai supposé être désagréable -d'autant qu'il y a plusieurs suites... Bref, donc, le voilà, en un seul tenant. D'autre part, statistiquement et me connaissant, il y a sûrement des fautes, d'accord notamment : je vous prie par avance de bien vouloir m'en excuser... Enfin, il s'agit, plus que jamais, d'un récit subjectif, comme toujours (je ne trompe personne, c'est indiqué au fronton du blog) : certaines considérations sont le reflet de mon ressenti, pas forcément de l'objective réalité, dont je me demande d'ailleurs si, finalement, vieux et vaste débat, elle existe vraiment ...]

Ahmed entre dans le box des accusés, toujours aussi minuscule, particulièrement entre ses deux grands flics d'escorte, toujours aussi mal fagoté, comme s'il sortait d'un film des années 70, avec sa masse de cheveux crépus, son costume crème, pantalon pattes d'éléphant et veste cintrée à larges revers, chemise grise et large cravate à gros nœud, crème et grise évidemment.

Comme d'habitude, il a l'air de sourire - ça n'est ni l'endroit, ni le moment, mais de cela, je ne m'inquiète pas : la Cour et les jurés s'apercevront rapidement que c'est en fait une mimique, qui ne le quitte jamais, et qui ne signifie rien, même si parfois, comme maintenant, on aimerait la lui ôter.

Dans un instant, la greffière va lire l'arrêt qui a renvoyé Ahmed devant la Cour d'Assises, énumérant ce faisant les charges que la Chambre de l'Instruction a estimé suffisantes pour qu'il soit accusé d'avoir assassiné sa femme, avec la complicité de Roger.

Juste après, la Présidente, bien que la procédure française ne le prévoie pas, lui demandera seulement, avant que le procès, prévu sur trois jours, ne démarre effectivement, s'il reconnaît les faits ; elle sait, comme moi, qu'Ahmed répondra que non, qu'il est innocent - c'est ce qu'il affirme depuis son arrestation, trois ans plus tôt.
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