A propos de Maître Mô

Ce blog permettra au brillant ( si ) avocat qui se cache ( à peine ) sous le pseudonyme de Maître Mô de dire absolument tout ce qu’il voudra, ce que notre Mère à tous la Loi permet en principe, Lire Un Mô Légal

Sur le fil…

[ Octave Hergebel, fidèle lecteur et commentateur occasionnel de ce blog rutilant, déplorant sans doute que votre serviteur n'arrive à  publier qu'à  un rythme d'escargot anémique, a fait le choix, plutôt que de m'en faire le reproche, de m'adresser un texte qu'il a écrit lui-même, petite histoire ordinaire1 exemplaire de ce qui, parfois, peut transformer un quidam en criminel -ou pas ...  C'est bien volontiers que je le publie, en le remerciant de ce récit, dont on sent bien qu'il aurait parfaitement pu appartenir à  la catégorie "Histoires vraies" ... Bon courage, en ce lundi ensoleillé, à  tous les martyrs de la Sainte Cause "Travail", telle du moins qu'on la vénère de nos jours, en y permettant que certains hommes puissent en broyer d'autres, que leur médiocrité ne leur aurait pas permis d'atteindre autrement. ]

"Bonjour !..."

Seul un murmure mécanique émis par mes collègues me répond. Ils n’ont même pas tourné leurs regards vers moi. Dans le grand bureau collectif, aménagé façon "open space", que nous partageons, je perçois viscéralement le choc du changement d’ambiance. Une chape de plomb semble s’être abattue sur la pièce, seul le bruit des claviers est perceptible, les regards sont rivés sur les écrans ou des piles de documents, les dos sont courbés, les visages fermés, les corps crispés ...

Ça y  est, "il" est de retour

Je me tourne vers ma gauche : là , dans l’emplacement stratégique du bureau, cet angle mort invisible du couloir, mais permettant d’observer chacun des autres occupants, se tient P., notre chef de service ... Lire la suite

  1. Racontée sans fioritures ni états d'âmes, moins de deux mille mots, à  quoi on verra définitivement que ça n'est pas de moi ! []

Deux secondes…

[ Mot d'excuse : non, cette fois ce n'est pas une blague, c'est bien une nouvelle histoire ... Je ne suis pas tout à  fait mort -irradié, comme tout le monde, même si plus personne n'en parle déjà  plus, mais pas mort. C'est juste que je fatigue plus vite qu'avant, que j'ai recollé à  mon véritable travail -si, vous savez, avocat de gens- comme un forcené, ces derniers temps, et que mes deux adorables bambins prennent de la place non seulement dans nos vies, à  ma Belle et moi, mais encore dans mes nuits1, celles qu'avant je mettais à  profit pour "tenir" ce blog ... Bref, je n'abandonne pas, au contraire, même, j'ai une liste inépuisable de choses à  écrire, et j'enrage souvent de frustration de ne pas pouvoir le faire comme je le voudrais : mes plus sincères excuses, vraiment, à  ceux qui me font la gentillesse d'espérer mes petits écrits. Je vous dédie cette histoire-là , qui justement raconte en fait quelques secondes d'une vie ...]

Cette boîte de nuit a mauvaise réputation, même si Omar ne le sait pas : située en plein Vieux-Lille, à  deux pas du Palais, dans une espèce de cave sous un immeuble vétuste, il ne se passe pas une semaine sans qu'il ne s'y déroule une bagarre ou qu'un incident quelconque n'éclate devant, à  la sortie des poivrots qui y traînent encore à  la fermeture.

Mais Omar, trente-trois ans, comptable, marié, qui n'y a jamais mis les pieds et ne boit jamais, doit ce soir-là  retrouver un ami, pas vu depuis longtemps, qui travaille dans un restaurant voisin, arrivé du pays africain d'origine des deux hommes cette semaine : il a été convenu que s'il n'avait pas encore fini son service vers minuit ce vendredi soir, Omar l'attendrait au bar de la boîte d'à  côté.

C'est pour cela qu'il s'y trouve, dans la cave bondée, debout, accoudé au comptoir -sans savoir encore que cette attente ne va pas être de quelques minutes, mais va au contraire l'entraîner dans un périple judiciaire kafkaien de plus de six années ... Lire la suite

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  1. Comment ça, "Papaaaa ... Veux faire cacououou !" Mais enfin, il est cinq heures du matin, Mômette, c'est pas une heure ! Bon, pardon, j'y vais, elle beugle comme un stentor, et ça résonne sec dans le loft à  cette heure-ci, elle va réveiller Madame Mô, et ça, croyez-moi, faut pas ... Voilà , changée et recouchée, comme Petit Mô, venu aux nouvelles pour savoir s'il pouvait "avoir du saucichon" ! Te les ai terrorisés avant de les repieuter manu militari, moi, pas traîné ! Bon, n'empêche, ça n'aide pas à  la création intellectuelle, parler de caca et de saucisson à  cinq heures du mat' avec des Minuscules de deux ans et demi et bientôt-quatre-ans ... Enfin bref, où j'en étais ..? []

Denis

[ Avertissement : l'affaire que j'ai hésité à , puis voulu, vous raconter ici, a été la plus dure de ma carrière. Elle m'a obnubilé de nombreux mois, à  l'époque, et littéralement possédé pendant les dix-huit jours qu'a duré le procès, à  l'issue duquel j'avais perdu huit kilos... J'ai souffert, encore, près de trois semaines, pour parvenir à  l'écrire, et je suppose donc, non, je sais, qu'elle sera extrêmement dure à  lire, bien plus encore que l'histoire de Noël, pour laquelle on m'a parfois reproché de ne pas avoir prévenu mes lecteurs -ce que je fais donc cette fois : certains passages de ce texte peuvent choquer. ]

C'est le Bâtonnier en personne, ce qui est très rare, qui m'avait appelé pour me demander si j'accepterais, à  compter du jour même, d'être commis d'office au soutien des intérêts de Denis, dont la mise en examen était prévue dans quelques heures, et j'avais compris immédiatement pourquoi il prenait cette peine en entendant le nom de mon éventuel futur client : Denis, ainsi que toute la presse le racontait depuis deux jours, était suspecté de vingt-deux viols accompagnés ou suivis d'actes de torture et de barbarie, souvent commis sur des mineures, et dans des conditions d'une atrocité inimaginable...

J'avais même lu, la veille, un article dans lequel, vue la multiplicité et la sauvagerie de certains actes, les enquêteurs indiquaient avoir d'abord été persuadés qu'il ne pouvait s'agir d'un seul criminel, même totalement dément -avant de se rendre à  l'évidence, en recueillant, dans la douleur, les froids aveux de Denis, qui avait fini par raconter chaque scène, avec une glaciale précision chirurgicale, et sans la moindre émotion apparente : il avait tout fait. Seul.

Un fou... Un fou assoiffé de sexe et de sang, qui avait, en dix ans, jeté vingt-deux victimes en Enfer. Vingt-deux  terribles victimes qu'il allait falloir affronter, à  terme, ou parfois leurs familles : certaines de ses proies, certaines de ces malheureuses petites filles, n'avaient pas survécu à  leurs blessures...

J'acceptais, sans réfléchir, immédiatement -comme sans doute on saute d'une falaise sans savoir s'il y a assez de fond, en bas, dans l'eau. Sans savoir encore que le plus extraordinaire, et le plus terrifiant, ne tenait pas même dans les incroyables douleurs infligées, dans le nombre de ces anges massacrés, mais que l'indicible, le plus inhumain, se trouvait en réalité dans un regard, deux yeux aux pupilles fixes qui vous transperçaient en permanence, et dans des mots : ceux dont allait, pendant de longs mois, m'abreuver en permanence, au point qu'il m'arrive encore parfois aujourd'hui de les entendre, celui qui, dans un instant, serait devenu mon client... Lire la suite

Ce blog avait moins trois ans…

[ Allez : petit exercice de style, improvisé tôt ce matin et ça se voit, j'en demande d'avance pardon, pour fêter les trois ans du blog, que ni ma chère Marie, ni moi-même, n'avions vu venir -elle me l'a tout de même signalé hier soir, ayant, comme toutes les femmes, une perception du temps infiniment plus établie que la mienne...

J'avoue que je n'aurais rien fait du tout, étant crevé, si Mômette n'avait décidé de me réveiller en sursaut vers quatre heures en braillant à  vingt centimètres de mon oreille, après un parcours nocturne périlleux avec ses petites gambettes et dans le noir de son lit à  celui de ses parents : "PAPA, TU DORS PAS ? VEUX FAIRE CACOU !! IL EST OU MON DOUDOU ??" : quoi qu'il en soit de l'engueulade s'en étant suivie1, grâce lui soit rendue, puisque sans elle vous n'auriez pas le plaisir de lire ce chef d'œuvre...

Il va de soi que tout éventuel commentaire -mais franchement ça mérite pas, hein, c'est juste pour sourire et marquer le coup- devra être effectué en vers, pas de raison que je demeure le seul à  m'être fait chier !

Pour les jeunes avocats, donc illettrés, qui nous lisent, avidement je le sais : le poème d'origine est de feu Monsieur Victor Hugo, qui, non, n'est ni un joueur de foot, ni un candidat de la Nouvelle Star -mais il aurait pu, sûrement.

Et plus sérieusement : merci, lecteurs d'ici, avoir bien voulu parfois bien aimer ce qu'on y écrit ! On en a sous le coude, vous verrez !! ]

Ce blog avait moins trois ans ! Mô remplaçait le Maître,
Déjà  tous les clients passaient par la fenêtre,
Et de l'avocaillon, déjà , par maint endroit,
Le front du narrateur brisait le masque étroit. Lire la suite

  1. Puisqu'évidemment son putain de Doudou était dans son lit, et de cacou, en réalité, point... Je lui ai donc réexpliqué pour la centième fois, pédagogiquement hein, attention, que, le vendredi soir, papa boit souvent déraisonnablement, et que partant, c'est LA nuit de la semaine où il doit roupiller un peu... []

Aziz peut-il être libre ?

Ils ne se connaissent pas, mais vont se rencontrer ce jour-là  d'autant plus vite et facilement qu'ils ont le même âge, la trentaine, vivent tous les deux dans la précarité la plus extrême, sans travail ni domicile fixe, dormant dans la rue ou les foyers quand ça peut, et passant leur journée dehors, soit à  ne rien faire, seuls ou en compagnie de gens qui leur ressemblent, soit à  rechercher n'importe quoi qui puisse se convertir en nourriture, soit à  boire car ils ont ce point commun aussi qu'ils boivent, dès que possible, un peu pour le froid, un peu pour oublier, comme on dit, un peu juste pour boire.

Lui c'est Aziz, elle c'est Léa, ils ne s'étaient jamais vus, mais ce matin-là , au Parc Mitterrand1, c'est elle qui vient vers lui et l'aborde, a priori, leur version est commune pour cet épisode et tout le début de la journée, parce qu'Aziz dispose à  la fois d'une petite bouteille d'alcool, une des ces saloperies de mélanges déjà  faits qu'on vend dans les stations-service, tellement frelatée qu'en boire trop fait des trous dans l'estomac, mais peu importe ; et qu'il gesticule, tout seul comme un con, assis dans l'herbe pourtant mouillée du parc, en brandissant la dernière arnaque de la Française des Jeux, un ticket de Cash, qui vaut cinq euros à  l'achat mais comme chacun sait peut rapporter bien plus au grattage, en l'occurrence le miracle du jour pour Aziz, puisque cinquante euros : il est joyeux et déjà  un peu ivre, et dans les deux cas ça se voit et ça s'entend.

Et c'est comme ça que tout va basculer. Lire la suite

  1. A Lille, espèce de grande étendue paysagée moderne séparant les deux gares, Lille Flandres et Lille Europe, bordée d'un côté par les abords du Vieux Lille, et des trois autres par des tours de bureaux et bretelles d'accès au périph' ; de jour, c'est une sorte de plaine arpentée par des voyageurs pressés, qui évitent les groupes de jeunes qui y étudient, principalement la sexualité, et les groupes de SDF qui y picolent, le plus souvent avec des chiens en liberté ; de nuit, c'est un no man's land un peu inquiétant, avec encore les derniers groupes précités, et pas mal de prostituées venus du Vieux Lille par les anciens remparts pour y faire leurs passes, plus ou moins dans les buissons []

N’importe quoi du vendredi !

Il y avait bien longtemps que je ne m'étais pas amusé à  parcourir, via l'un des merveilleux outils statistiques dont nous disposons en cachette dans l'administration de ce blog, les intitulés des requêtes diverses tapées sur les moteurs de recherche qui ont amené les internautes chez moi (et du coup, à  balancer un petit article sans fond -je le dis dès le départ pour déranger le moins possible ceux qui voulaient pleurer un coup...)...

Et il faut reconnaître que je ne suis pas déçu ! Ce qui en revanche ne doit pas être le cas des quelques auteurs de celles que je vous ai réunies ci-dessous en petit florilège, toutes tentées sur la semaine écoulée, et qui n'ont pas, je pense, trouvé ici la réponse exacte à  leurs attentes surprenantes...

Bref, j'allais vous écrire que si l'immense popularité de nos joyeux écrits, à  Marie et moi, reposait sur ce genre de recherches, j'allais le fermer sans plus attendre et me remettre au tricot, quand soudain, rayon d'espoir et de lumière, voilà  que le Community Manager de Wikio France, car oui il y a des sites qui ont ça1, m'adresse un mail pour me proposer de publier en avant-première mondiale le classement du mois des blogs juridiques, comme la fois dernière, précitée, justement ! Et qu'est-ce que je n'y découvre-t-il pas2, après avoir accepté par pur orgueil ???3 Lire la suite

  1. mais eux n'ont pas Marie, mon Community Manager à  moi, qui possède entre mille autres l'avantage de pouvoir mettre en prison ceux qui ne nous lisent pas ! []
  2. Oui, la tournure est osée : et alors ? []
  3. Et hop, suspens insoutenable... []

Accident

[ Pour tenter de me faire pardonner des histoires dures que je raconte parfois ici, en voici une autre, pourtant très dure elle aussi, mais d'une tout autre nature, et sans doute plus facile à  lire1 ... Encore que. C'est en tout cas aussi ce que peut permettre la Justice des Hommes, parfois. ]

Je suis intervenu dans cette affaire alors que j'étais tout jeune collaborateur, au sein d'un cabinet pratiquant plutôt le droit des affaires, et qui avait notamment comme cliente une chaîne très connue de magasins, c'est à  ce titre que l'un des avocats associés qui étaient mes patrons avait eu à  en connaître, puis me l'avait confiée : j'étais très jeune et inexpérimenté, et peu armé pour affronter les émotions intenses qui, parfois, naissent dans une audience...

L'un des cadres supérieurs de la société, effectuant à  ce titre de nombreux déplacements à  l'étranger, était revenu en pleine nuit d'un voyage d'affaires dans un pays de l'Est, son avion atterrissant à  Bruxelles vers deux heures du matin : il lui restait ensuite une heure trente environ de voiture à  effectuer pour rejoindre son domicile à  Lille, où il travaillait également, et il avait réservé une grosse berline de location à  cette fin. Lire la suite

  1. Elle le sera également parce que ce texte est court, pour une fois... []

Noël

Ce type, c'est un vampire.

Oui, je suis tout jeune avocat, oui, des comme lui, je veux en défendre, le plus possible et toute ma vie, et oui, je suis plus que sensible, on peut même dire hypersensible, à  la misère du monde en général, et à  celle de mes clients en particulier. Mais enfin, il n'en reste pas moins que Noël, il ressemble à  un monstre, un comme auraient pu en enfanter Frankenstein et Nosferatu, s'il leur était venu la mauvaise idée de copuler.

Jeune, on est enclin à  attraper au vol les idées plutôt que d'attendre de se faire les siennes, et sa rencontre ne va pas m'inciter à  vieillir : il ressemble à  un monstre, et les faits qu'on lui reproche d'avoir commis sont justement assez monstrueux.

A trois, avec son épouse, Laurie, une sorte d'ectoplasme tuberculeux dont le QI, les jours de liesse, atteint péniblement les dix-douze, toute habillée, et leur unique ami, un débile profond, au sens médico-légal, Denis, qui a la triple particularité d'être muet, de mesurer un mètre cinquante-deux, et de fumer constamment1, ils ont, il y a environ deux mois, trouvé dans la rue encore plus pauvre, plus idiot, et surtout plus malheureux qu'eux, Gérald, rencontre de leur vie, pour son malheur. Lire la suite

  1. Quand je dis constamment, c'est constamment : je fume trois paquets par jour, mais j'ai de longues journées, avec des pauses entre chaque clope, mais lui non : la précédente est finie, grillée jusqu'au filtre, qu'il allume la suivante, le plus souvent plantée dans sa bouche à  côté du mégot, jamais vu ça ; je ne sais pas s'il continue en dormant, mais ça ne me surprendrait pas []

Cheres (!) amours passées…

Une adorable caissière de supérette, la belle Iléana (dont je vous démontrais il y a quelque temps le goût très sûr dès qu'il s'agit de désirer un homme -croyais-je ...), a eu une très étrange et très désagréable surprise en ouvrant son courrier, il y a quelques jours, et en y trouvant la lettre, assez étoffée, d'un huissier de justice, lui réclamant soudain la modique somme de dix-huit mille deux-cent quatre-vingt-treize euros et soixante-huit centimes, 18.293 €68, laquelle doit représenter dans le meilleur des cas à  peu près quinze mois de son salaire mirifique ...

Oh, je sais : les surendettements, ça existe malheureusement -à  vrai dire, je le sais professionnellement, mais pas que- et il n'y a là  rien que de très banal, en soi ...

Mais je voulais quand même vous exhiber le courrier en question, pour trois raisons particulièrement kafkaiennes qui, je trouve, méritaient sa publication (y compris sous un titre comportant le mot "amours" dont je continue à  trouver injuste qu'il se féminise au pluriel -ce qui est lourd de sens, on le verra encore ici). Lire la suite