E Thémidos Ménis, le retour !
Ainsi que vous ne l'ignorez pas, je ne suis pas une habituée des billets polémiques. D'abord parce que je suis nulle en politique. Ensuite parce que lorsqu'un sujet a déjà été cent fois disséqué et débattu par d'autres qui, eux, ne le sont pas1, j'estime généralement n'avoir vraiment pas grand-chose d'intéressant à ajouter au débat. Parce que j'éprouve en outre des scrupules à m'exprimer sur des sujets que je ne connais, en grande partie, que par le compte-rendu qui en est fait dans la presse. Enfin parce que je suis un peu en vrac en ce moment (notamment parce que j'ai huit audiences à présider en onze jours, misère ...), comme ce billet vous apparaîtra sans doute lui aussi.
Mais il y a quand même des moments où malgré tous les obstacles sus-énoncés, il faut que ça sorte.
Un homme bien connu des services judiciaires de Nantes est soupçonné d'avoir commis un meurtre manifestement atroce. Le Président de la République a immédiatement fait savoir qu'il recevrait la famille de la malheureuse victime, ainsi qu'il est désormais d'usage, avant de brandir publiquement l'avertissement suivant, lourd de menaces à l'encontre des services publics chargés du suivi du mis en cause :
"Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés, c'est la règle."
Car ainsi que chacun sait depuis quelques jours dans notre beau pays, l'individu mis en examen pour le meurtre de la jeune Laëtitia, ayant fini de purger diverses peines d'emprisonnement ferme, aurait néanmoins dû faire l'objet d'un suivi par le Service pénitentiaire d'insertion et de probation nantais, ayant été condamné à une ultime peine d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pour faits d'outrage à magistrat. Or ce suivi n'a pas pu s'exercer, ni même commencer d'être mis en place : le SPIP concerné, comprenant 17 conseillers d'insertion et de probation, se trouvait en sous-effectif, et avait dû se résoudre, avec l'aval de sa hiérarchie et des juges de l'application des peines (lesquels n'étaient eux-mêmes que trois, au lieu des quatre magistrats devant normalement exercer ces fonctions au sein du tribunal), à "mettre de côté" 800 mesures jugées non prioritaires, au nombre desquelles figurait celle qui intéressait notre mis en cause. Lire la suite
- Nuls en politique, veux-je dire. [↩]