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Nous sommes le vendredi 3 septembre 2010, date à  laquelle non seulement ma ville, Lille, se transforme provisoirement et pour trois jours en un monumental souk, rempli de camions dégueulant de marchandises en tous genres, de petits et de gros vendeurs, et de gens, de toutes catégories sociales et de tous coins de France et d'ailleurs, pour ce qui s'appelle la Braderie de Lille, énorme bordel organisé auquel on vient dans quatre buts exclusivement : boire, manger des moules, acheter, ou vendre ; mais encore, date à  laquelle la Justice de mon pays se transforme, provisoirement j'espère, pour au maximum le week-end, en un autre monumental souk, rempli de poids-lourds de la République vomissant également leurs marchandises en tous genres, de petites et de grosses énormités, et de commentateurs, venant des quatre coins de France, pour ce qui s'appelle un Grand N'importe-quoi Judiciaire, énorme bordel pas du tout organisé duquel on se mêle dans un unique but : faire savoir qu'on ne sait rien, et le clamer très fort.

Je veux parler du placement sous contrôle judiciaire d'un homme soupçonné d'être pour quelque chose dans un dossier de braquage qui a particulièrement mal tourné, et particulièrement fait parler de lui au plan médiatique, puisqu'une fusillade s'en est suivie, que l'un des auteurs y a trouvé la mort, et que des émeutes subséquentes ont eu lieu ensuite - et je ne veux pas vous parler des émeutes physiques, mais bien de l'émeute prétendument intellectuelle que cette décision déclenche aujourd'hui...

Les auteurs étaient deux, et c'est le complice supposé de la personne décédée qui vient d'être arrêté, mis en examen, puis remis en liberté, cette décision judiciaire, objet d'un d'appel, étant au moment même où je tape compulsivement ces quelques lignes, commentée avec indignation par n'importe qui, n'importe comment, et en violation de la loi.

Nous sommes le vendredi 3 septembre 2010, dans un état de droit qui possède des règles, autrement dénommées lois, codifiées selon la matière sur laquelle elles portent, par exemple la procédure pénale, laquelle encadre assez précisément les cas dans lesquels il est possible de placer une personne mise en examen en détention provisoire - et tous ces gens s'en moquent - et mériteraient vraiment des poursuites sur le fondement du texte précité : police, ministres, parquet, les gens, tous1 .

Il s'agit pourtant de règles que n'importe quel praticien du droit pénal connaît par cœur, non seulement parce qu'elle constituent l'un des fondamentaux de l'instruction judiciaire, mais encore parce que, pour certains de ces praticiens, je pense ici aux avocats, ces mêmes règles sont, d'habitude, si souvent torturées pour leur revenir en pleine tête que même avec beaucoup d'efforts, le plus nul d'entre eux ne pourrait les ignorer.

En droit positif français, donc, celui-là  même que certains des commentateurs outrés précités ont contribué à  faire voter, le parquet dispose d'un tas de modalités de poursuites des infractions commises, et notamment de la possibilité de saisir un juge d'instruction de ces faits.

Par dérogation à  ce principe général d'opportunité et de choix des poursuites, le code de procédure pénale prévoit qu'en matière d'affaire criminelle, par opposition à  de "simples" délits, la saisine du juge d'instruction est obligatoire - c'était au temps lointain où l'on considérait, du côté du Législateur, qu'un dossier criminel, donc grave par nature, compte tenu de ses enjeux, devait obligatoirement faire l'objet d'une enquête approfondie, et peut-être aussi d'un temps-mort, avant jugement.

Les faits qui nous occupent sont de nature criminelle, ne serait-ce que parce qu'un vol avec arme est un crime2 .

Ici, donc, une instruction était ouverte sur les faits de braquage dont s'agit, et on a arrêté une personne soupçonnée d'y avoir participé.

Après sa garde à  vue, on a estimé qu'il existait suffisamment de charges3 contre celle-ci, non pas pour la condamner, mais pour envisager de la mettre en examen, c'est à  dire la doter d'un statut pénal officiel dans la procédure, qui lui donne un certain nombre de droits, notamment accès au dossier et avocat, contrepartie du fait qu'elle est désormais officiellement soupçonnée par la Justice.

C'est dans ce cadre que cette même personne a été présentée devant le juge d'instruction, pour que celui-ci procède à  son interrogatoire de première comparution4 que cette mise en examen, après un débat avec la défense, lui soit officiellement notifiée, et que le juge envisage, pendant que l'enquête se poursuit, ce qu'on fait de l'impétrant : le libérer sans contraintes, le libérer avec contrôle judiciaire, l'assigner à  résidence sous surveillance électronique, ou l'incarcérer, c'est à  dire le placer en détention provisoire.

Je rappelle que cet homme n'est toujours que soupçonné à  ce stade, en aucun cas condamné, et a fortiori et encore moins déclaré coupable.

C'est la raison pour laquelle notre code de procédure pénale, qui n'a cessé d'évoluer en ce sens, prévoit que ces mesures, par ordre d'aggravation croissant de la privation de liberté qu'elles représentent, doivent être nécessaires, et même indispensables, la détention, notamment, devant demeurer exceptionnelle - pas parce que ça me plaît, pas parce que c'est logique, parce c'est la loi.

Pour l'aider à  faire son choix, le magistrat dispose des réquisitions du parquet, un texte qui expose les motifs pour lesquels le procureur souhaite une solution plutôt que l'autre ; et des observations orales de la défense, effectuées par l'avocat du même nom à  la fin de l'interrogatoire de première comparution.

Ici, le parquet, aux termes d'une motivation qu'on ignore, moi, certes, mais également tous les scandalisés du jour, demandait que l'homme soit placé en détention provisoire.

Cette motivation était obligatoirement tirée de l'un des critères légaux permettant de l'envisager : il n'en existe pas d'autres, et si aucun n'est présent, la détention n'est pas possible.

Si, enfin, comme ça a été le cas, le juge d'instruction est d'accord avec l'avis du parquet, et souhaite lui aussi l'incarcération, ce n'est pas lui qui décide : il doit alors obligatoirement saisir un magistrat spécialisé, et surtout autonome de la procédure, dans laquelle il n'interviendra pas autrement, ayant d'ailleurs grade de vice-président au moins, si je ne me trompe pas5, le Juge des Libertés et de la Détention, et le saisit par ordonnance motivée6 qui lui va décider : remise en liberté, avec ou sans contrôle judiciaire, ou incarcération, et ce après un nouveau débat au cours duquel il entendra le mis en examen, les arguments du parquet, et ceux de la défense.

Et si quelqu'un n'est pas d'accord avec sa décision, qui ne peut intervenir que sur le fondement des critères de l'article 144 précité, et aucun autre, à  savoir, je les répète malgré le lien parce qu'ils sont LE DROIT, et qu'eux seuls ont fait l'objet d'analyses et d'argumentations de la part des parties à  ce dossier, qui seules le connaissent, contrairement à  aucun des commentateurs qui s'excitent en ce moment même, et encore ces critères ne sont-ils valides que si un contrôle judiciaire et ses obligations ne permettent pas de les garantir, "conserver les preuves ou les indices matériels qui sont nécessaires à  la manifestation de la vérité ; empêcher une pression sur les témoins ou les victimes ainsi que sur leur famille ; empêcher une concertation frauduleuse entre la personne mise en examen et ses coauteurs ou complices ; protéger la personne mise en examen ; garantir le maintien de la personne mise en examen à  la disposition de la justice ; mettre fin à  l'infraction ou prévenir son renouvellement ; mettre fin au trouble exceptionnel et persistant à  l'ordre public provoqué par la gravité de l'infraction, les circonstances de sa commission ou l'importance du préjudice qu'elle a causé", ce quelqu'un pas d'accord peut faire appel de cette décision, et la Chambre de l'Instruction statuera, relativement rapidement, sur les mêmes critères d'ailleurs.

J'ignore tout du dossier, et ne sais si tel ou tel de ces critères pouvait ou pas se discuter - il semble bien que oui, et de toute façon nous n'en savons rien.

Parmi eux, le seul qui semble objectif et tangible ici était celui du trouble à  l'ordre public, critère amusant, mis à  toutes les sauces et d'ailleurs tellement qu'il a été depuis peu interdit pour une détention simplement délictuelle, qui tente d'indiquer qu'il y a des crimes qui troublent plus l'ordre public que d'autres, ce dont je ne suis pas persuadé quant à  moi7, et que le texte complète tout de même maintenant en disposant que ce trouble "ne peut résulter du seul retentissement médiatique de l'affaire" ...

Mais peu importe : ici, en tout cas, le JLD a estimé que ce critère n'emportait pas, en tout cas, nécessité de détention - car elle doit être nécessaire, oui.

Et qu'aucun autre ne le faisait.

Le parquet n'est toujours pas d'accord, et a fait appel, ce qui est cohérent, et son droit le plus strict, comme mon confrère de la défense aurait je suppose interjeté appel de la décision contraire.

Et c'est strictement tout ce qu'il y a à  en dire - et même, ce qu'il est permis d'en dire, en droit.

Bien jugé, mal jugé : qu'en savons-nous, qu'en savent-ils, et au nom de quoi se permet-on, en France, ce vendredi 3 septembre 2010, en France, et en l'état de notre droit pénal, de venir critiquer ouvertement une décision de justice, rendue après deux débats, des échanges d'arguments, sur un dossier volumineux dont on ne sait que ce que la presse en a dit, c'est à  dire rien, et heureusement, il est, pour l'instant encore, soumis au secret de l'instruction ?

De quel droit viole-t-on allègrement la présomption d'innocence, et les critères exclusifs de cet article 144, en prétendant que cet homme serait "un délinquant devant être mis hors d'état de nuire" ? Au nom de quoi se permet-on de venir réclamer l'application d'un "droit républicain" que ce faisant l'on bafoue totalement ? Comment ai-je pu entendre tout à  l'heure, de retour du sauvetage d'un innocent, une représentante du parquet expliquant que cette décision n'était pas acceptable "compte-tenu des charges" pesant sur la personne ??

OU EST DANS LE TEXTE CE CRITÈRE DE PRÉSOMPTION DE RESPONSABILITÉ, qui s'il existait viderait l'instruction de son sens - plus encore comme ici lorsque le mis en examen nie, et dispose de quelques éléments..?

La trahison de la loi, le souk judiciaire, et au final la Grande Braderie, c'est dans les déclarations scandaleuses et illégales de tous ordres qui ont été effectuées à  l'annonce de cette remise en liberté qu'il faut les rechercher, nulle part ailleurs.

L'incurie judiciaire, elle est, énorme, dans les déclarations de policiers qui n'ont ni à  être écœurés, ni à  ne pas l'être, par une décision judiciaire, et moins encore à  en accuser l'auteur ad hominem ; dans celles d'un ministre de l'Intérieur, approuvé par le Président de la République, bon sang, lequel a été avocat, ça me glace, venant faire d'un soupçonné un coupable...

Je suis furieux, à  l'aune sans doute du nombre de fois, rien que cette année, où je me suis en vain cassé la voix devant un JLD, sur les mêmes critères, et plus encore sur la même absence de critères, ne pas confondre détention provisoire et pré-peine, ne pas considérer que des soupçons impliquent une possibilité de sanction avant jugement...

Seulement derrière, moi je la ferme -et heureusement, n'est-ce pas, parce que moi, on me poursuivrait aussitôt je parie, je fais appel, et si je me plante encore, je recommence, et je me bats pour ce que je crois juste, dans le respect le plus absolu de ce qu'on reproche à  la personne que j'assiste d'avoir violé : la Loi.

Le sort que l'on fait actuellement de toutes parts, et a fortiori en "Haut-Lieu", expression qu'il va falloir abandonner, à  la Justice de France est de moins en moins supportable. Très sincèrement, je déteste être anti-quelque-chose primaire, ainsi qu'abonder là  où tout le monde le fait déjà , mais réellement, quelque chose de pourri guette gravement aujourd'hui cette justice que nous savons tous être si difficile, à  tous points de vue...

J'espère d'ailleurs que le magistrat concerné est solide, au fait, comme ça, au passage...

Je pars brader : marre de devoir manger des moules avec leurs coquilles, je m'en vais tester les vraies.

(PS : Merci à  Mussipont, DMB, Ancilevien74, Marie, Isa, Ours Insomniaque, Ranide, Oph... Et les autres, de m'avoir, euh... Gâché la fin de semaine !)

  1. Oui, je suis énervé, j'ai toujours dit que j'aurais été un chien si j'avais dû décider de poursuites, ce qu'à  Dieu ne plaise... []
  2. Je dis cela parce que je suppose que d'autres infractions sont également poursuivies dans le cadre de cette instruction, ne sachant rien du dossier, mais je pense notamment à  la "fusillade", criminelle également, bien sûr. []
  3. Vous noterez la formulation alambiquée, tant le principe est complexe à  libeller, en ce notamment qu'il s'oppose à  la présomption d'innocence. Qui, oui, malgré Eric Woerth et ce dossier, existe toujours, en France, à  ce jour. []
  4. En ce qui me concerne, je lui aurais proposé de faire une seule déclaration spontanée, "Je suis innocent",  puisqu'apparemment il nie, je ne sais pas ce qui a été choisi, et à  ce propos, si mon confrère qui l'assistait, et dont je trouve qu'on parle peu et qu'on ne le salue pas assez, lit ceci et souhaite s'exprimer, qu'il soit définitivement le bienvenu, tribune libre - sous pseudo et au conditionnel, évidemment, je sens d'instinct que lui est du genre à  respecter les textes, relatifs au secret professionnel et à  celui de l'instruction notamment ! []
  5. J'ai beau connaître la magistrature de l'intérieur, si je puis dire, je ne m'y ferai jamais, à  sa titulature, et là  je suis sur les nerfs, j'ai la flemme de vérifier - nous en tout cas, c'est simple, on est "avocat", et après on est "bon" ou "mauvais", c'est tout de même plus lisible ! []
  6. Ouais, j'avais bon, sur le grade ! []
  7. Ce qu'on sait, c'est qu'aucun crime ne trouble pas du tout l'ordre public, à  défaut de quoi il ne peut en être un... []

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  1. 11 réactions

    Maître Mo je vous adore, et si les jld et autres chambres de l'instruction avaient fait leur boulot dans le dossier d'Outreaux on aurait évité le désastre du même nom !!

    1. 3579 réactions

      Et vous ne pensez pas si bien dire : quelques éléments du dossier ici, avant d'aller boire un coup...

      On dirait bien que l'affaire n'est pas si simple que ça - j'adore le coup de l'expertise en odeurs, j'y ai été confronté deux fois, et, comment dire... C'est assez inexact, comme catégorie de science.

      Et le pire, c'est qu'on ne devrait même pas discuter des éléments de culpabilité/d'innocence, à  ce stade ! Mais c'est bien d'en parler en réplique, ça détend... :D

      1. 35 réactions

        Euh, c'est quoi ça une expertise en odeurs ?

        Sans rire, jamais entendu de ça.

        1. 3579 réactions

          En gros, des chiens dressés à  reconnaître l'odeur particulière de chacun - ça se base sur le postulat selon lequel l'odeur d'un homme est aussi unique que ses empreintes digitales, et sur les capacités olfactives hors normes des chiens. On fait renifler au chien un truc appartenant au suspect, et on promène le chien là  où ledit suspect a pu toucher des choses, sur la scène de crime : si le chien marque l'arrêt, on a bon.

          On faisait déjà  ça pour les stups', de même que les diabétiques lourds ont parfois recours à  un chien qui "sent" le sucre monté dans leur sang - mais dans les deux cas, le "produit" permet un entraînement sérieux du chien... Pour l'odeur d'un homme et dans le peu de temps de la garde à  vue, j'ai plus de doutes.

          Par ailleurs, je pense que l'homme change d'odeur en fonction des situations.

          ça ne peut pas être considéré comme une preuve, au pire un indice parmi d'autres, c'est encore balbutiant.

          1. 2 réactions

            Bonjour,

            Un petit ajout, étant scientifique de formation, je suis toujours intéressé par les techniques policières scientifiques.

            Divers reportages m'ont déjà  montré cette technique. Il faut que plusieurs chiens (3 si je ne me trompe) respirent une odeur provenant du lieu du "crime" (ici un élément de la voiture du braquage je pense) puis choisissent parmi 6 flacons celui contenant l'odeur du suspect (un peu comme l'identification visuelle où le suspect est mélangé à  d'autres), les 5 autres contenant des odeurs diverses (de policiers, passant dans la rue ou tout ce qui vous plaira).

            Chaque chien doit passer le test au moins deux fois, et les différents chiens le passent successivement et pas en même temps sans se croiser.

            Plusieurs identifications indépendantes limitent donc le risque d'erreur que pourrait donner un seul chien. Cela me parait plus une preuve qu'un seul indice balbutiant.

            Pour info, sans conclusion de culpabilité ou d'innocence.

            Luc

            1. 420 réactions

              Effectivement, ça fait tout de suite plus sérieux :) . Une nouvelle manière de voir si une personne est passée à  un endroit.

              Maintenant, je me demande quel est le taux de faux positifs (identification d'un homme absent de la zone) et de faux négatifs (non détection d'un homme présent dans la zone). ça doit bien exister dans la littérature scientifique, mais j'avoue n'en avoir jamais entendu parler avant aujourd'hui (comme quoi, ce blog est non seulement passionnant et très drôle, mais en plus très éducatif).
              Les maîtres des chiens ne risquent ils pas de biaiser les résultats involontairement par leur attitude corporelle (comme certaines personnes face aux "animaux savants". Les flacons sont ils anonymisés pour éviter ce genre de problèmes?

              Quelqu'un disposerait il des données permettant de satisfaire mon insatiable curiosité?

              1. 2 réactions

                Bonjour,

                Cher ours attendant l'hiver pour enfin dormir ( :D ), me trouvant "pas très bon" sur ce coup là , rédigeant uniquement en me basant sur ma mémoire, après recherche, j'ai trouvé plus d'explications :

                http://www.linternaute.com/science/magazine/dossier/police-scientifique-les-sciences-menent-l-enquete/des-enqueteurs-qui-ont-du-flair.shtml

                et en video :

                http://www.youtube.com/watch?v=3MwdzHavYXQ

                Le maître est donc absent pour éviter de fausser le test, et les flacons sont "anonymisés". En revanche, il semble que deux chiens seulement fassent deux tests avec à  chaque fois placement aléatoire du flacon incriminé. De plus, ce test est reconnu dans d'autres pays européens.

                Maintenant, pour préciser ma pensée, si j'étais juge, je pense que je prendrais ce test comme un témoignage humain, donc fiable mais avec toujours un léger risque d'erreur, alors qu'une empreinte ou un test ADN serait plutôt sans erreur.

                Feu mon père juriste disait, il me semble, "testis unus, testis nullus".

                Autre question, si l'odeur de base a été prise dans la voiture voire même sur une arme, cela prouve que le suspect a été dedans ou l'a touchée. Quand ? Le jour du braquage ou la veille ? A-t-il fait le braquage ou "juste" vendu les outils pour le faire ?

                Donc ce test montre que ce suspect ne serait pas totalement innocent. Complice ? Réel coupable ? A creuser. Quand à  savoir si cela mérite ou non un emprisonnement préventif, c'est un autre débat. Mon propos est bien uniquement sur la justesse de ce test dans l'absolu.

                Luc

                1. 420 réactions

                  A priori, compte tenu des études sur les témoignages humains, je dirais que c'est plus fiable qu'un témoignage humain classique (j'entends un témoin oculaire pris à  l'improviste et assistant à  une scène surprenante).
                  Par contre, effectivement, au delà  du risque d'erreur, ça montre juste que la personne était là .
                  On peut très bien être monté dans la voiture d'un ami ou d'une connaissance trois jours avant un crime/délit sans y être mêlé...
                  Merci pour cette réponse détaillée :)

                2. 35 réactions

                  Ach, la police scientifique a aussi son Paul le Poulpe :mrgreen:

                  Ce qui me chiffonne c'est comment on peut s'assurer que les échantillons de test sont suffisamment proches de l'odeur prélevée pour que "identification" olfactive par le cador est fiable et déterminante sur le plan probatoire.

                  Je ne veux pas faire mon St Thomas, m'enfin

                  Imaginons un tapissage, le témoin mettant en cause un homme violet. Si participent à  la parade d'identification un suspect violet, un type orange, un autre rouge et un autre vert, la valeur de l'identification si le témoin désigne le suspect violet est plus que contestable. Et il y a un contrôle possible.

                  Mais là  ?

                  On fait comment pour mesurer et contrôler la pertinence des échantillons de test ? Le procédé ne pourrait valoir preuve que si on admet (mais sans pouvoir l'objectiver de manière scientifique avec des instruments de mesure) que l'odeur d'un être humain est unique ou quasi-unique ; mais il doit y avoir des odeurs proches, comme il y a des physionomies, des silhouettes proches.

                  1. 420 réactions

                    Comme je l'ai dit, je ne suis pas expert de la méthode. Par contre, les capacités olfactives des chiens sont excellentes et je présume qu'avant d'être employée par les enquêteurs, cette méthode a été testée de manière sérieuse... :D

                    C'est pour cela que je m'inquiétais des faux positifs. M'enfin, j'espère (à  vrai dire, je suis quasi certain) que des études statistiquement solides ont été réalisées par des chercheurs dans des conditions variées, de manière à  déterminer le degré de fiabilité de la réponse...
                    Une chose est sûre, elle ne peut pas être de 100%, pour la bonne et simple raison que le chien est un être vivant, et qu'il peut donc se tromper :? .

                    Complément
                    Ah, tiens, non, je ne trouve aucune référence en français de type universitaire ou journalisme scientifique reconnu :x (cela dit, il semble que ce soit une technique hongroise). Les utilisateurs ont l'air satisfaits des résultats obtenus (encore une fois, le flair des chiens étant ce qu'il est, ça ne m'étonne pas, mais j'apprécierais une étude rigoureuse, chiffrée, sur de nombreuses cohortes de chiens et d'échantillons, ce qui règlerait le problème des éventuelles odeurs proches :? ), ça marche de manière empirique, le protocole a l'air très rigoureux :) ...
                    D'après les données que j'ai pu voir, je dirais à  valider scientifiquement (y compris le délai de conservation de 10 ans, la technique de captage des odeurs, tout ça).
                    En attendant, c'est un indice dont la valeur ne me semble pas objectivement déterminable, même si probablement bon. Mais "probablement" est totalement insuffisant en matière de sciences ^^.

                    Maintenant, si un expert pouvait me ridiculiser, ça me rassurerait, en fait.

    2. 2 réactions

      En effet !
      Mais qu'aurait-on entendu si le JLD avait refusé la détention provisoire à  l'époque !
      J'imagine les titres : "Le juge protège les pédophiles" , "La justice encourage la pédophilie", "Il y a pire qu'un criminel : un juge", etc.

      1. 289 réactions

        Comme aujourd'hui : le juge protège les braqueurs, etc...

  2. 1 réactions

    Décidément Maître Mô rien de plus plaisant que de vous lire, j'y retrouve tout ce qui éventuellement peut m'agacer au quotidien de mon job, mais votre commentaire sur les moules frites m'enchante !

  3. 3 réactions

    Bravo Maître !

    N'y a-t-il aucun moyen de poursuivre en justice ce ministre incompétent et les syndicats de police qui bafouent la présomption d'innocence ?

    Avez-vous remarqué ? Curieusement, quand on est un citoyen lambda, on ne trouve personne à  l'UMP pour défendre sa présomption d'innocence... Par contre, quand on s'appelle Eric Woerth, là  c'est différent...

    1. 420 réactions

      Hmmm c'est mal parti.
      "«Le ministre de l’Intérieur a dit ce qu’il convenait de dire en la matière», a-t-il ajouté sans autre détail." dixit Nicolas Sarkozy dans l'article que j'indique plus bas.

    2. 144 réactions

      D_Idaho, un magistrat qui ordonne le placement en détention provisoire d'un mis en cause ne viole pas, que je sache, la présomption d'innocence. Qu'un Ministre et que certains policiers s'interrogent sur l'opportunité de ne pas incarcérer tel ou tel mis en examen, suspecté de faits somme toute assez répréhensibles, cela ne caractérise pas non plus une violation de cette présomption. Je n'apprécie pas spécialement ni ce ministre ni ces syndicats mais ce n'est pas une raison pour les accuser de tout et n'importe quoi, et invoquer des représailles judiciaires.

      1. 144 réactions

        Pour plus de précisions sur ma position, voir mon commentaire en 12.

      2. 3579 réactions

        Deux angles : d'abord, violation de la présomption d'innocence, laquelle me semble archi-caractérisée lorsque Monsieur Hortefeux parle de "mettre les délinquants hors d'état de nuire" à  propos de cette affaire - dire de quelqu'un qu'il est un délinquant qui aurait dû être enfermé, je crois que c'est violer la présomption d'innocence dont il bénéficie. Essayez, pour voir, de parler de l'affaire d'injure raciale de Monsieur Hortefeux, pendante en appel actuellement, dans laquelle il est donc toujours présumé innocent, en disant par exemple que "les condamnations des délinquants de ce genre devraient être beaucoup plus lourdes", on va rire...

        Mais ensuite, comme je le rappelais dans le texte, "le fait de chercher à  jeter le discrédit, publiquement par actes, paroles, écrits ou images de toute nature, sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans des conditions de nature à  porter atteinte à  l'autorité de la justice ou à  son indépendance est puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende..." Si ce délit n'est pas caractérisé à  l'encontre de tous les commentateurs scandalisés, je ne sais pas quand il le sera...

        Et, fort de cette jurisprudence, j'ai justement environ vingt-cinq cris de colère à  pousser ici, actuellement, relativement à  des décisions que je considère scandaleuses et inacceptables qui ont maintenues mes clients au trou, donc si on autorise ça à  un ministre ou un policier, j'avertis que je vais me lâcher : tremblez, JLDs de Lille et Chambre de l'Instruction de Douai !

        1. 144 réactions

          Je pense que vous vous méprenez sur ma réaction, je ne défends aucunement les propos tenus, publiquement, par certains policiers, certains magistrats, un ministre en activité et le locataire de L'Elysée, j'essaye seulement de défendre le principe selon lequel il serait possible d'émettre un avis sur une décision judiciaire. J'ai eu l'impression, Maître, qu'au delà  de la dénonciation de propos certes critiquables, vous vous offusquiez du principe même de la liberté d'expression lorsque celle-ci touche la Justice. Je conviens naturellement qu'il y a des limites à  la critique. Mais celle-ci ne peut être totalement écartée. Il y a des affaires où la libre circulation d'"esprits critiques" aurait peut-être permis d'éviter quelques regrettables erreurs.

  4. 98 réactions

    Oui, voilà  le scandale, j'étais outrée aussi depuis ce matin cette ingérence de la politique, de la police, des médias qui ne permettent pas l'INDEPENDANCE de la justice, déjà  qu'elle a du mal.
    Cet article 144, je le hais "mettre fin au trouble public" de plus est, est validé par la CC. C'est assez motivé pour rejeter de casser la prolongation d'une cinquième année de détention provisoire.
    Merci Maître Mô, votre colère m'enchante :oops: J'ai l'impression quelquefois d'être une extra terrestre parmi les gens qui m'entourent.
    Bonne braderie qui me rappelle des souvenirs quelque peu avinés mais inoubliables. :P

    1. 144 réactions

      L'indépendance de la justice (parfaitement caractérisée par ce fait divers) n'empêche pas d'émettre un avis. Si ?

      1. 528 réactions

        Euh, vous appelez les déclarations de M. Ribeiro et Hortefeux des "avis" ? :x

        1. 3579 réactions

          Ben quoi ? "C'est une forfaiture", c'est pas un avis ? :D

          1. 859 réactions

            Non, juste un outrage ...

            1. 10 réactions

              Sur inter hier, les représentant de synergie parlaient de "trahison" (envers la France qui prends une majuscule je suppute) et de manquement à  l'honneur (de la justice, sisisi).

              1. 859 réactions

                Heureusement, donc, que Synergie est là  pour se poser en gardien de notre honneur. Je me demande ce que nous ferions sans eux. :?:

                1. 144 réactions

                  Parce que vous écoutez ce que raconte ce syndicat ?

                  1. 859 réactions

                    Écouter, non, il ne faut pas exagérer ...
                    Entendre, oui, ça arrive, on entend tellement de choses du matin au soir ... Par exemple, j'ai entendu ce matin F. Lefebvre confondre sereinement "lourdes charges" et "chef de mise en examen", et ça m'a fait rire. Si j'avais dû écouter attentivement l'ensemble de son intervention, en revanche, j'aurais probablement trouvé ça moins drôle ... :?:

      2. 98 réactions

        Et pourtant "La détention provisoire est la règle, la liberté l’exception.
        Mais vous serez surpris d’appendre qu’en 1876, avec les mêmes règles qu’au début du siècle,
        78% des inculpés ne restaient pas détenus plus de 15 jours. Pour être complet: 1 % seulement des inculpés passaient plus de 3 mois en détention provisoire.
        On ne peut donc que constater que c’est lorsque la liberté est devenue la règle que la détention provisoire a commencé à  battre des records de durée." (Dominique Le Bras, procureur général)
        et je crois que cela date de 2009

  5. 98 réactions

    pourquoi le 3 mars 2010 ?

    1. 3579 réactions

      Parce que j'ai tapé à  la volée, ab irato et sans me relire - mais je subodore que Marie a rectifié depuis (il n'y a qu'ici que j'adore me faire corriger par surprise par un juge...).

      1. 516 réactions

        D'où vient cette impression qu'on en a appris beaucoup sur la vie conjugale de Maître Mô ? :mrgreen:

  6. 859 réactions

    Grompf. Tu m'as piqué le sujet que j'espérais avoir le temps de développer ce soir ... mais comme je n'aurais probablement produit qu'on long grincement de dents, et que tu tires plus vite que moi de toutes façons (faut dire que j'ai un métier, moi), je m'aplatis devant ta prose, et applaudis des deux mains !

  7. 420 réactions

    A votre service.
    Tiens, je vais aggraver on cas en vous signalant que notre président s'est exprimé sur le sujet cf. cet article .
    Je vous laisse devenir tout rouge et tenter de calmer Marie.
    Bon courage.

    1. 859 réactions

      Gnnnngnnnnnngnnnniiiiiiiiiii !!!!!!!!!!!!!!!!!! :evil: :evil: :evil:

      1. 420 réactions

        Effectivement, il était préférable de laisser maître Mô rédiger le billet... :P
        Bon week end quand même.

        1. 3579 réactions

          J'adore : le ministre de l'Intérieur a commis un délit, il a bien fait. Et les policiers ont tellement ramé pour "arrêter ce délinquant", somptueux.

          Comme si, au-delà , un contrôle judiciaire, que j'imagine strict (allez, au pif : pointage hebdomadaire, justifier d'un travail, interdiction de sortir de sa ville, entre autres...), revenait à  purement et simplement lâcher quelqu'un dans la nature... Et donc, remettait en cause le travail de la police...

          Qui je le rappelle a interpellé plusieurs autres suspects avant, tous relâchés ! Et sans que personne à  ma connaissance n'ait encore péroré sur le fait que cet homme ait été en fuite, ou pas, avant son arrestation - rien ne me le prouve à  l'instant !!

  8. 14 réactions

    Cela fait du bien de vous lire !
    on se sent moins moules, moins nouilles !
    ce que vous nous mitonnez, n'aide peut-être pas à  mieux digérer mais évite quasi sûrement l'empoisonnement de l'esprit !
    cuisinez-les qu'ils disaient !

    1. 3579 réactions

      "moins moules, moins frites", sinon sacrilège ! :D

  9. 1 réactions

    Je suis content.
    Ce midi, j'écoutais la radio avec la mère de ma petite amie quand j'ai commencer à  m'énervé sur cette affaire (que je ne connaissais ni d'Adam ni d'Ève) parce que tout le monde faisais des commentaires.
    Je ne suis pas juriste, ma connaissance en droit se limitant à  la lecture de votre blog et de "le journal d'un avocat" mais je savais que ce qui était dit à  la radio était n'importe quoi.
    Je suis heureux de pouvoir lui envoyer votre article, en espérant qu'elle comprennent mieux.

    Merci beaucoup, bonne continuation.

  10. 859 réactions

    Ah, j'oubliais : tu as parfaitement raison quant au grade que la loi juge nécessaire pour être JLD, la qualité de vice-président supposant tout un tas de vertus que je ne possède probablement pas (expérience, pondération, recul, etc) ... mais, du point de vue "de l'intérieur" de la magistrature (dont je n'ignore pas que tu le connais), les nécessités pratiques ont fait qu'aujourd'hui, bien des JLD sont de simples sans-grade. Je l'ai même été, moi, c'est dire.

    1. 420 réactions

      :x
      "la loi juge nécessaire" n'est j'imagine qu'une recommandation et non un impératif?
      Loin de moi l'idée qu'il faut toujours suivre toutes les recommandations (étant moi même prof au sein de l'EducNat, j'ai pu constater que les qualités ne sont pas toujours corrélées avec le statut)...

      1. 859 réactions

        C'est à  peine plus subtil que ça : le JLD est (aux termes de la loi) un président ou vice-président. Voilà  pour le principe.
        Suit immédiatement l'exception : si vraiment personne n'est disponible, on saisit le magistrat du 2nd grade le plus ancien.
        Vient enfin la pratique : on fait comme on peut ... A titre d'exemple, j'ai déjà  vu un juge sortant tout juste de l'ENM se faire affecter à  un poste comprenant 80 % de tâches de JLD.

        1. 420 réactions

          Et ses décisions ne sont pas attaquables? Non que je veuille persécuter un novice dans cette situation, mais quand même, un chouilla d'expérience semble utile, non?

          Va falloir instaurer une commission purement consultative sur le problème :shock:

          Pourquoi, mais pourquoi les institutions déploient elles les personnels les moins expérimentés sur les postes les plus difficiles? :twisted:

          1. 3579 réactions

            Parce que, c'est si peu su que je me plais à  le redire souvent, il n'y a que 8000 magistrats en tout en France, et qu'il en faudrait deux à  trois fois plus pour avoir le choix !

            Dans certaines "petites" juridiction, le simple fait que le JLD ne puisse juger les affaires dont il a eu à  connaître comme JLD pose un énorme problème : il n'y a pas de troisième juge autre que lui !

            Au point que j'ai eu à  siéger, en tant qu'avocat présent le plus ancien dans la salle, et géographiquement le plus éloigné du tribunal, pour "faire le 3éme", dans une petite audience correctionnelle, en tant qu'assesseur ! (J'ai été sans pitié, les confrères étaient nuls !)

  11. 8 réactions

    Une bien belle prose. L'émotion n'a effectivement pas sa place ici, et seule la Loi compte à  ce stade.

    Mais comme nous sommes en démocratie, les médias et la rumeur sont arrivées alors que la vérité et la justice lacent encore leurs chaussures.

    1. 420 réactions

      Ne pas confondre démocratie et démagogie, et j'avoue ne pas bien voir ce que les médias viennent faire dans cette galère :?: .
      Certes, les articles soulignent souvent (mais pas tous) davantage le point de vue des ministres et autres accusateurs, mais le problème me semble plus venir des réactions policières et politiques.
      Un journaliste peut difficilement taire le fait qu'un ministre se déclare consterné, que Synergie émette son habituel avis nuancé :cry: ou que le Président de la République appuie son ministre et déclare difficile à  comprendre la libération du supposé "second braqueur".
      Par contre, certains pourraient éventuellement ne pas faire toutes ces déclarations pittoresques :P (bon, ça limite la crise de la presse).
      Enfin, je dis ça, je ne suis pas juriste hein...

      1. 8 réactions

        Ce que viennent faire démocratie et médiacratie ici ? Tant qu'on ne monte pas une affaire en graine, elle n'en est pas une. Si une politique sécuritaire fonctionne (et les chiffres semblent malheureusement le confirmer), on est libre de critiquer des affaires qui relèvent pourtant de la loi. Les "connaisseurs" comme maître mo peuvent s'en offusquer et ne plus en pouvoir d'entendre critiquer cette affaire, cela ne changera rien au fait que l'opinion publique est déjà  à  90% construite et que des "râleurs" compétents, qui savent de quoi ils parlent ne peuvent pas y changer grand chose.

        Est-ce que cela fait un peu plus de sens ?

        1. 420 réactions

          La rumeur et l'opinion publique me semblent juste précéder la démocratie, et même le "règne" des médias modernes, voilà  tout (je pense aux nombreuses rumeurs ayant entraîné des soulèvements plus ou moins spontanés au XVIIIème siècle).
          Sur l'opinion publique, je suis malheureusement bien forcé de vous rejoindre, mais reste persuadé qu'on peut la faire évoluer. Lentement, difficilement, mais évoluer quand même. Et ça aussi, c'est en grande partie lié à  la démocratie.

          Après les professionnels sont souvent d'exécrables pédagogues :cry: (à  commencer par ma profession bien aimée, ceci précisé pour éviter d'être lapidé à  coup de trognons de choux avariés par une euh non deux foules, constituées pour l'une de juges et pour l'autre d'avocats) mais ce n'est pas toujours le cas (la preuve ce blog).

          Cette remise en cause de nos expertises est douloureuse, mais inévitable et nous avons tous intérêt à  savoir expliquer, rendre accessible et expliciter les contraintes, règles, nécessités et autres devoirs de nos fonctions.

          J'ai peut-être été un peu sec :? (si oui, je m'en excuse), mais j'avoue refuser de renoncer à  faire comprendre les choses, et à  jeter la démocratie avec la démagogie :) .

          1. 8 réactions

            Un peu sec ? Que nenni, diraient nos amis belges !

            J'apprécie au contraire l'échange. Oui, il est possible de faire changer une opinion, heureusement d'ailleurs ! Mais là  où il est assez facile d'obtenir de l'attention en criant au scandale, il est beaucoup plus difficile (les sondages le prouvent) de faire valoir le bon sens. D'où le fameux dicton disant que la rumeur a déjà  fait le tour du monde alors que la vérité en est encore à  se chausser (A lie can run round the world before the truth has got its boots on, tiré de La vérité, excellent roman de Terry Pratchett sur le journalisme ;)

            Trève de citations, je n'ai rien contre les médias, juste beaucoup de verve contre l'utilisation qui en est faite, et qui a bien mal évolué depuis quelques années (ou alors je vieillis, et je deviens un vieux râleur. Les deux j'espère).

            1. 420 réactions

              Ouf.
              L'utilisation des médias évolue effectivement d'une manière regrettable, me semble-t-il depuis un certain temps (ou alors, je vieillis aussi, ce qui est possible, bien que difficilement imaginable...), y a-t-il un journaliste dans la salle pour nous éclairer sur le problème? :mrgreen: ).
              Pratchett nous confronte à  la réalité sans nous faire désespérer. J'apprécie sa tendresse pour la faune bigarrée et imparfaite qui hante ses livres :) sans parler de son humour :mrgreen: .
              Quant à  devenir râleur, c'est impossible, je suis né grommeleur teigneux et patenté :) .

              1. 3579 réactions

                Le fait est d'ailleurs, ici, que la presse me semble avoir pris du recul sur les différentes déclarations, relativement spontanément, ce qui par le passé n'a pas toujours été le cas...

                Il me semble que ces déclarations ont surtout été reprises par ce qu'elles avaient de choquant, plutôt que pour leur pseudo bien-fondé - c'est suffisamment rare pour être souligné, comme ça souligne le fait que le système des "vitupérations immédiates dès que ça ne plaît pas ou plutôt qu'on pense que ça ne plaira pas au bon peuple", très en vogue ces derniers temps, arrive peut-être enfin à  ses limites...

  12. 144 réactions

    "De quel droit viole-t-on allègrement la présomption d’innocence, et les critères exclusifs de cet article 144, en prétendant que cet homme serait "un délinquant devant être mis hors d’état de nuire" ?"
    Oui, la violation de la présomption d'innocence peut être invoquée lorsque certains se permettent de présenter le mis en cause avec ce genre de propos. Mais je ne suis pas d'accord avec vous lorsque vous insinuez que la décision du JLD ne doit souffrir d'aucune critique. Lyncher un homme, non, s'interroger sur la pertinence d'une remise en liberté (ou au contraire d'un placement en détention provisoire), je ne vois pas ce qui pourrait l'empêcher. L'article 434-25 du Code Pénal, je ne le pense pas. Émettre un avis critique sur l'activité des services judiciaires doit être possible, certes sans traîner au passage dans la boue le principal intéressé. Tout comme vous, je ne connais pas le dossier. Tout comme vous je regrette des propos parfois déplacés, y compris ceux prononcés en haut lieu. Mais je ne vois pas pourquoi des policiers ne pourraient pas se présenter comme "écœurés" alors que ce sentiment est très largement exprimé, chaque jour, dans les couloirs des Palais de Justice sans que personne ne s'en émeuve.

    1. 528 réactions

      Le problème est que les "avis" comme vous dîtes reposent sur du vide : qui connait réellement cette affaire? vous avez lu le dossier? Moi non, je ne me permets donc pas de donner un "avis" sur un dossier dont je ne connais pratiquement rien. Et normalement, sauf viloation manifeste du secret de l'instruction, M. Ribeiro ne connait pas plus le dossier que moi étant donné qu'il n'est pas, à  ma connaissance, en poste à  Grenoble.

      1. 144 réactions

        Le procureur qui a suivi la procédure s'est permis quelques remarques. Les policiers aussi. Je crois que si nous, nous ne connaissons en effet rien au dossier, eux en ont une petite idée.

        1. 528 réactions

          En fait les policiers en charge de l'affaire ne se sont pas exprimés (à  ma connaissance) mais il se murmure qu'eux mêmes n'étaient pas du tout convaincus de l'implication du suspect mais que la hiérarchie aurait poussé à  une arrestation rapide... wait and see...

          1. 144 réactions

            Vous avez raison, "wait and see", en espérant sincèrement que la décision du JLD soit la meilleure (c'est à  dire basée sur le droit et les éléments en sa possession, plutôt que "politique", ce qui arrive parfois) et que l'indignation des uns et des autres soit un rien excessive.

            1. 35 réactions

              C'est dur hein Madame Simone de défendre M. Ribeiro :P

              Moi non plus je ne connais pas le dossier. Mais je suis à  peu près sûr qu'il n'y avait pas côté charges un dossier béton et côté décharge le néant. Le JLD a apprécié les éléments du dossier. Cette appréciation peut bien sûr être contestée parce qu'aucun JLD n'est infaillible ; et c'est pour ça que la loi a prévu le droit d'appel du parquet. Je parierais même que le JLD savait, compte tenu des faits et dans le contexte grenoblois, que sa décision de placement sous CJ serait déférée à  la cour. Peut-être la cour d'appel infirmera-t-elle la décision du JLD et si cela arrive ce sera peut-être parce qu'elle méritait de l'être en effet. Mais peut-être pas.

              Grâce à  l'agit-prop de M. Ribeiro et de son syndicat (relayée et même encouragée par leur autorité de tutelle et même au-delà ), on aura toujours un doute sur ce dernier point. Et cet élément supplémentaire dans le dossier de la cour d'appel, moi je ne le considère pas comme légitime.

              Les prises à  partie des juges et de leurs décisions par des syndicats de policiers (relayés et encouragés par leur autorité de tutelle et même au-delà ) se reproduisent trop souvent, pour qu'il n'y ait pas derrière tout ça le dessein d'abaisser l'institution judiciaire. Et ça me met très mal à  l'aise. Même si les outrances de Synergie ne reflètent pas la position de tous les policiers - et je le crois - c'est lui qu'on entend ; parce que c'est un syndicat qui crie très fort... et que les autres ne sont pas audibles.

              La police n'est pas omnipotente et je ne crois pas qu'il puisse y avoir de paix publique sans justice. Alors ce travail de sape de l'institution judiciaire me consterne.

              1. 144 réactions

                Je ne suis pas certaine qu'il y ait un travail de sape de l'institution judiciaire, comme il n'existe sans doute pas de travail similaire de la justice vis à  vis de la Police. Certains policiers s'enflamment trop rapidement et oublient où s'arrête leur mission. De même, certains magistrats prennent des décisions que l'on pourrait qualifier de "politiques", avec toujours comme discours ultime de défense le respect du droit. Comme, je l'imagine, tout le monde ici, je ne connais rien à  ce dossier, présenté comme vide par l'avocat de notre "braqueur présumé" (à  se demander au passage ce qui peut justifier alors le contrôle judiciaire, voire même la mise en examen), mais la réaction très violente (trop violente) de certains policiers me laisse à  penser que pour eux il existe des indices graves et (très) concordants permettant de supposer que l'individu en question a bien participé au vol à  main armée et aux tirs sur les forces de l'ordre... ce que, pour répondre à  Kuk, les policiers n'aiment pas spécialement. Non, ils n'aiment pas particulièrement se faire tirer dessus (même si le tireur en question a deux mains gauches) et n'apprécient pas non plus que celui qu'ils considèrent comme un "tueur de flics" en puissance puisse rentrer tranquillement chez lui. Cependant, et selon moi, même si l'individu en question est bien l'auteur des faits, les policiers doivent réagir avec une certaine mesure, une réelle modération, sans jeter le discrédit sur le magistrat à  l'origine du mécontentement.

            2. 30 réactions

              Au delà  de cela, Simone, pouvez-nous nous expliquer le malaise de la police face à  cette remise en liberté sous contrôle judiciaire ?
              Par exemple, je ne comprends pas pourquoi certains policiers qui n'ont pas eu accès au dossier considèrent cette décision comme un désaveu. La police a fait son boulot, amener un suspect devant le juge. La société l'en remercie, car ce suspect, mis en examen, sera jugé. En quoi est-ce important pour la police que ce suspect reste en prison le temps de l'enquête, important au point de susciter l'écœurement de le voir sortir ? Il ne fera pas moins de prison s'il est jugé coupable.

    2. 3579 réactions

      Voir ci-dessus, en 3.2.2 : le texte incrimine les propos tenus publiquement - c'est toute la nuance (si vous saviez ce que je dis des juges qui ne prennent pas la décision que je voulais... Mais je le publie rarement !)

      1. 859 réactions

        Ou, plus exactement, tu termines rarement les brouillons que tu entames à  ce propos ! :P

  13. 2 réactions

    Dans tout cela ce qui fait le plus peur ce sont les commentaires sur le site du Figaro.

  14. 24 réactions

    Il est difficile de rester serein face à  de tels propos, et je comprends votre émotion. D'ailleurs, vous vous êtes laché sur les incises !

    Alors que faire ? D'un côté il y a ceux qui manipulent l'opinion, de l'autre l'opinion qui manque de sens critique (la même qui cloua au pilori un magistrat qui a demandé le placement en détention de supposés pédophiles, lorsqu'il se révéla qu'ils étaient innocents. Il faut reconnaitre qu'on est constant dans la médiocrité).

    Pour compliquer l'ensemble nous avons un Procureur pour qui le placement en détention est justifié en raison des "charges pesant sur le coupable la personne. Mais il est vrai que pour devenir magistrat il n'est pas nécessaire d'avoir fait la fac de droit ! (pas taper Marie, je vous adore :) )

    Donc, quoi qu'on fait ? On tente d'expliquer ? C'est ce que vous faites, mais c'est, je le crains, inefficace, car ne nous leurrons pas, vos lecteurs viennent ici pour s'instruire, connaître le monde judiciaire, et sont donc ouverts d'esprit et réfléchissent. Vous ne vous adressez pas à  ceux qui hurlent avec la meute.

    Non, l'idéal serait que quelqu'un, représentant de l'Etat, prenne la parole. Quelqu'un qui a suffisament d'écho pour que le message soit entendu par le plus grand nombre, afin que les principes qui régissent le placement en détention provisoire soient expliqués calmement. Ou au moins pour dire qu'en l'état il faut laisser les magistrats faire leur travail sereinement.

    Le mieux ce serait notre Président, puisqu'aux termes de l'article 64 de la Constitution : "Le Président de la République est garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire".

    Ha, tiens, non, ça va pas être possible : "http://www.lepoint.fr/la-liberation-d-un-suspect-rallume-le-conflit-police-justice-03-09-2010-1232191_19.phpaux policiers qui se sont donné tant de mal pour retrouver ce délinquant. C'est bien difficilement compréhensible qu'on le remette en liberté dans ces conditions".

    Bon, dans ce cas je propose de remplacer les JLD par des OPJ, et de déchoir de leur nationalité les juges qui relaxent des délinquants multirécidivistes au seul prétexte qu'ils seraient innocents. J'ai bon ?

    1. 420 réactions

      Mais euuuh!
      "L'opinion" ne s'éduque/ne s'informe pas. Par contre, vous pouvez expliquer autour de vous, ce qui crée un effet en tache d'huile.
      Bien sûr, les explications nuancées sont moins efficaces que les simplifications à  outrance jouant sur le registre de l'affectif.
      M'enfin, la "bataille de l'opinion" ne consiste pas forcément à  convaincre, mais parfois seulement à  semer un doute raisonnable.
      Si l'on considère que l'opinion suivra aveuglément les meneurs, alors on abandonne toute tentative de l'influencer, de faire toucher du doigt à  ses membres ses contradictions.
      On ne rencontre jamais l'opinion publique, jamais "les jeunes", jamais "les avocats"... On rencontre des individus, et chaque personne informée, qui s'est remise en question et qui cherche à  penser est une victoire.
      Non?
      Attention, je n'ai pas dit que ça serait suffisant, juste que si on abandonne l'opinion à  elle même, elle ne risque pas de s'améliorer.
      Quant à  s'en remettre à  un représentant de l'État, ou autre autorité légitime, cela me semble insuffisant (sans parler, comme vous le soulignez de la tendance actuelle). La société civile ne peut pas tout déléguer à  l'État.

      1. 8 réactions

        Amen. Enfin, so say we all.

        Ces tentatives de gouttes d'huile sont un peu usantes, mais aussi passionnantes; l'impression de ne pas se battre à  armes égales est quand même omniprésente. C'est la vie.

        1. 3579 réactions

          Sous toutes réserves, vous touchez là  où ça fait mal : que ce soit dans les prétoires, ici, où dans les quelques cercles plus officiels dans lesquels je tente aussi de faire évoluer les choses, ça ne s'adresse toujours qu'à  un public plutôt intellectuel, et plutôt en réflexion sur le monde judiciaire en général, et capable d'entendre...

          La seule solution serait que je devienne Garde des Sceaux, mais je manque de temps, et ça m'obligerait à  laisser à  Marie le soin de tenir le blog seule, y compris côté codes informatiques... :shock:

          Une autre repose sur l'ouverture du monde judiciaire aux caméras et au public - très peu savent par exemple que les audiences sont pour la plupart publiques, et qu'ils peuvent aller s'y faire leur propre opinion !

          Imaginons par exemple ici que le débat contradictoire devant le JLD ait été filmé, et retransmis sur une chaine comparable à  ce qu'est La Chaine Parlementaire pour les députés : je suis certain que l'opinion générale serait différente...

          1. 24 réactions

            J'ai pensé à  quelque chose : le problème n'est pas la qualité du public. Il m'arrive bien souvent d'entendre des énormités venant de personnes parfaitement intelligentes, mais dont l'opinion s'est faite à  coups d'emission TV. Voyez les dégâts que ça peut faire.

            Ce n'est peut-être même pas de trouver un public "capable d'entendre". Car bien qu'étant misanthrope, j'imagine qu'à  peu près tout le monde est doué de reflexion, dès l'instant où en donne les moyens.

            Alors voilà  : plutôt que d'espérer que le public face preuve d'une curiosité intellectuelle qui le pousserait jusqu'à  lire vos articles (ou ceux d'Eolas, ou de Jules par exemple), pourquoi ne pas aller au devant de l'opinion, en répondant à  tous les commentaires acerbes que nous pouvons lire dans la plupart des sites de journaux ? Certes pas tout le temps, mais en faisant par exemple une "opération coup de poing" sur une journée, ou sur un article dans un journal ?

            Je suis sans doute naïf, mais ça me semble plus simple que "Mô Garde des Sceaux" (et je ne crois ni ne souhaite la retransmission télévisée des débats : si on n'a pas accès au dossier, l'idée qu'on s'en fait est nécessairement biaisée).

            Sur ce, passez un bon WE. Et faites attention à  ne pas commettre de recel, tant il est vrai que l'élément intentionnel tend à  disparaitre !

          2. 144 réactions

            "Imaginons par exemple ici que le débat contradictoire devant le JLD ait été filmé, et retransmis sur une chaine comparable à  ce qu’est La Chaine Parlementaire pour les députés : je suis certain que l’opinion générale serait différente"
            En effet, nous aurions peut-être une opinion différente... et peut-être même vous, cher Maître.

  15. 436 réactions

    C'est tout de même incroyable ! à  chaque fois "ils" sur-réagissent et chaque fois se plantent ! et pourtant à  chaque fois "ils" recommencent ! ("ils" : nos dirigeants, NS en tête)
    Car ils se sont bel et bien plantés, là , une fois de plus, avec leur "indignation". Vous le montrez, maître, sans la moindre ambiguàté. Et cela va leur exploser à  la figure.
    Ils se laissent emporter par l'émotion, par leurs propres slogans sur l'insécurité, par leur besoin d'avoir des ennemis à  désigner, que sais-je ?..;. par leur conviction sans doute aussi que la loi, étant un outil à  leur disposition, ne doit pas être un frein à  leur action, etc... Ils se laissent emporter et disent et font n'importe quoi. Pauvre justice, pauvre France...
    Ne connaissent-ils donc pas le mot magique de Plick et Plock : "réfléchir avant d'agir" ?

    1. 420 réactions

      Ils se plantent? Tout dépend dans quel référentiel.
      D'un point de vue justice/droit/loi oui.
      D'un point de vue politique, nous le saurons en 2012. Communier avec l'émotion populaire, l'amplifier, lui permettre de mettre des mots sur sa perplexité ou son incompréhension peut être payant.
      Tenir compte du ressenti des policiers permet éventuellement de resserrer des liens qui, paraît il (je n'ai pas de données de premières mains) se relâchaient pour cause de politique du chiffre.
      Sembler être à  l'écoute est de toute façon très efficace à  court terme dans tous les domaines. A plus long terme, par contre... Tout dépend de l'alternative proposée (pas à  la présidentielle, tout simplement la réponse apportée, par les juges dans le cas précis).

      1. 436 réactions

        Il ne faut désespérer ni de l'électeur moyen ni du policier moyen. Ils ne sont dupes ni l'un ni l'autre de ces coups de menton et roulements de mécaniques faits pour les séduire.
        Que l'"offre" politique en face soit quelque peu déficiente, cela n'est certainement pas fait pour arranger les choses.

        1. 8 réactions

          Ah ben ça, pour être déficiente... enfin pas forcément tant que ça, mais quel bordel !

          Le pire est que les attaques visant à  discréditer le pouvoir en place (affaire Woerth, par exemple) discréditent également, je pense, les attaquants, qui du même coup continuent à  passer pour immobilistes. Et je me demande s'ils ne font que passer pour tel... en tout cas bien malin celui qui peut nous dire maintenant qui sera notre prochain président à  nous qu'on a :-)

          1. 516 réactions

            Je suis prête à  voter Mô ! :)

            1. 420 réactions

              Avec Marie premier ministre?
              Elle a déjà  un peu le profil de victime du Président ("l'affaire Tourte", obéir aux ordres malgré une certaine perplexité, se faire crier dessus...) qui semble convenir au poste :P .

        2. 420 réactions

          Je ne désespère pas du tout de l'électeur moyen ni du policier moyen (même si dans ce dernier cas, ma méconnaissance du sujet est grande). Par contre, passer les problèmes de l'actualité au travers des prismes de la morale et de la règle me semble acquis pour longtemps, avec tout ce qui s'ensuit en terme de talion et d'analyses contre productives.

          Un exemple simple, tiré de ma modeste pratique
          Un groupe d'élèves travaillait sur la place de la prévention et de la répression dans la lutte contre l'alcoolisme. Autant les moyens de prévention étaient finement analysés, et des propositions intéressantes proposées, autant le malheureux tombé dans l'alcool devenait un repoussoir tout juste bon à  finir en prison.
          En substance "boire c'est mal", on a "choisi" de boire et dans ce cas on DOIT être PUNI.
          Pas sanctionné pour prendre conscience de. Pas pris en charge pour sa toxicomanie et sa dépendance. Pas écouté, pas encadré, pas traité en individu. Non, au trou, et plus vite que ça, car l'alcoolique est un présumé tueur (dès qu'au volant... Et, non, je ne propose pas de laisser au volant des alcooliques lourds au mépris de la sécurité des autres, je dis juste que dans ce cas la sanction ne fait que protéger la société). Aucune prise en charge sociale, aucune écoute du dossier. Rien. Plus de permis, et de la prison. Point.
          Sans parler de la conclusion du topo "prévention et sanction sont indispensables et complémentaires pour éviter l'alcoolisme dans tous les cas". Belle dichotomie, bien fausse.

          Il a bien sûr suffit de deux exemples pour leur faire réaliser qu'elles s'étaient plantées... Mais l'approche est révélatrice, non?

          1. 84 réactions

            Mais, cher plantigrade, n'est-ce pas la belle mission de l'enseignant que d'ouvrir l'esprit de ces jeunes et de leur faire comprendre que foncer bille en tête sur la solution "primaire" est bien souvent réducteur et inefficace? :D

            Evidemment, quand on écoute certains de nos joyeux hommes politiques, on se dit qu'il y en a qui ont du rater qq cours... ou alors que la communication politique se réduit à  redescendre au niveau "djeun's qui veut en découdre", pour faire des voix?

            1. 420 réactions

              Hé oui, montrer que les solutions primaires et les raccourcis simplistes sont inefficaces, contre productifs et/ou absurdes fait partie du travail. C'est même la partie du travail que je préfère, que ce soit en terme de démarche scientifique (aaaah, démolir les études biaisées par des présupposés machistes et/ou racistes, laminer les "évidences", quelle joie) ou en terme d'analyse sociale (j'ai la chance très rare d'intervenir à  la charnière entre les deux domaines)...

              Parfois c'est très difficile. Je me suis surpris une fois à  dire un truc du genre :
              "parler de déterminisme génétique dans le cadre de comportements sociaux complexes est très réducteur et amène à  des aberrations. Quant à  parler de gène de l'alcoolisme ou du suicide, faut vraiment être un ignare incompétent".
              Deux jours après, je découvrais (avec du retard) certaine interview d'un grand penseur politique, et je découvrais que j'étais involontairement sorti de la neutralité politique à  laquelle j'étais tenu en classe...

              Pour ceux qui n'ont pas le temps de parcourir tout l'entretien, un bref extrait biologiquement nanar :
              "Il y a 1 200 ou 1 300â€jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupésâ€! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeursâ€: certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense."

              Rappelons que les travaux de Durkheim ont montré que la fréquence des suicides dépend surtout de ce facteur génétique qu'on appelle la saison...
              Depuis un autre facteur génétique appelé "rythme de travail" est intervenu.
              Quant au cancer... Des dizaines de gènes et de facteurs extérieurs impliqués, un rôle du psychisme énorme, des effets placebos à  gogo...
              Soupir.
              Bon, c'est un blog juridique, je m'arrête là  avant de pondre trois pages :cry: :cry: :cry:

              1. 84 réactions

                Mais tout touche au juridique! Car dès qu'on parle de déterminisme, on voit se profiler la possibilité d'une cause d'excuse ou d'une justification pénale... "C'est pas ma faute, Msieur/dame, je suis né comme ça !" voire, pour certains politiques, d'un fichage/flicage préventif, qui pose de vastes questions en matière de libertés individuelles.
                Sans parler de notions plus vastes comme l'eugénisme, la rétention de sûreté (à  quoi sert la sanction sur une personne que sa génétique va pousser à  récidiver?), etc...

                Et, entre une fragilité et un déterminisme, il existe un fossé... Que certaines personnes soient génétiquement prédisposées à  certaines choses (maladies, suicide, addictions), cela semble découler de certaines études.
                Par contre, ces prédispositions exigent des facteurs supplémentaires pour se concrétiser, et leur concrétisation même peut varier d'un individu à  l'autre: l'addiction au chocolat ou au travail est socialement mieux acceptée et sans doute globalement moins dommageable que celle à  la drogue ou à  l'alcool par exemple ;)

                1. 420 réactions

                  Oui certes, tout touche au juridique, mais je ne veux pas infliger un texte de trois pages mêlant biologie, sociologie, histoire, philosophie et conséquences juridiques sur cette page, ça serait un peu hors sujet...

                  Le débat sur l'inné et l'acquis est un très très gros morceau. En biologie, j'aurais tendance à  dire que la tendance à  tout expliquer par la génétique est très affaiblie (heureusement), que l'influence de l'environnement est énorme, à  toutes les échelles (cellulaire comme macroscopique) et à  tous les moments de la vie (développement embryonnaire, récupération après dégâts...).
                  C'est valable en embryologie et étude du développement embryonnaire, immunologie, neurologie...

                  Effectivement, l'innée est fort pratique pour se dédouaner (aaah ces tests de QI nanars qui "montrent" que les femmes/noirs/pauvres/marginaux... cochez la case voulue sont moins intelligents DONC qu'investir dans leur formation ne sert à  rien car il est "démontré" (beurk) "scientifiquement" (rebeurk) qu'ils ne sont pas formables (qui a dit biais au niveau des questions posées?)) voire justifier l'inacceptable.
                  Et le pire, c'est qu'ils prennent le relais de la crâniomètrie, de la physiognomonie et de toutes ces âneries qui nous font tant rire chez Jules Verne et qui "démontraient" déjà  l'évidente supériorité morale et intellectuelle du groupe social/culturel/"racial" de l'utilisateur de la technique. :cry: :cry: :cry: :twisted: :twisted: :twisted:

                  Quant à  l'acceptabilité sociale des addictions, c'est parfaitement exact, et en plus variable selon les sociétés.
                  Oups pardon, j'oubliais, les partisans de l'inné dominant considèrent évidemment qu'il y a un "génie" (de la race/nation/région/ethnie/tribu/famille) intangible et que rien ne change jamais sous le soleil en matière sociale, culturelle ou politique (à  part éventuellement un petit déclin de temps en temps :mrgreen: . C'est un joli thème, très tendance en société, et en plus, il permet de critiquer les métissages et autres échanges culturels (que je ne sacralise pas non plus d'ailleurs, hein...)).

                  Ah flûte, je crois que mes préférences philosophiques sont un peu transparentes là ... Demain, un texte rappelant que l'inné, ça existe quand même, pour brouiller les pistes :P .

  16. 516 réactions

    L'impression que ça me donne, c'est que dans l'esprit de pas mal de gens (attention, ce n'est que mon impression), ne pas mettre le prévenu en détention, ça revient à  abandonner les poursuites contre lui. Comme si l'enquête s'arrêtait, comme s'il n'y aurait pas de procès, comme si, dans le cas où des éléments à  charge plus costauds seraient trouvés, le type ne risquait pas d'y aller à  la fin, en prison. Si on fait un micro-trottoir, je suis sûre qu'une majorité de gens aura retenu tout simplement que boum, "un juge a encore relâché un criminel, mais à  quoi est-ce qu'on les paie, ma bonne dame".
    Et ça, c'est parce que la préventive est tellement entrée dans les mœurs que tout le monde (ou presque) trouve ça non seulement normal, mais indispensable.

    Je veux bien tenter de changer les mentalités, mais boudiou, y'a du boulot, les enfants.

    1. 8 réactions

      Je tweete, je tweete...

    2. 420 réactions

      A quand une présentation correcte de la réalité d'une part, et l'abandon du principe de "d'abord je protège mon c.. et ensuite si je peux, je réalise ma mission d'autre part?
      Et là , je ne parle pas seulement de justice, mais d'enseignement, de médecine... C'est bien beau, de ne pas être condamnable (pour libération de suspect/prisonnier ayant purgé sa peine, écoute d'élève en tête à  tête, voir histoire noir pour les risques, mais l'élève qui vous parlera de ses problèmes de drogue devant public, j'attends encore ), mais avoir fait ce qui devait être fait, même face à  des risques personnels me semble plus satisfaisant.

  17. 2 réactions

    Bonjour,

    Première fois que je commente ici (il faut dire que je ne connais ce blog que depuis peu), et je suis parfaitement d'accord avec ce qui est dit sur cet article (enfin, comme je ne suis pas un professionel du droit, j'imagine que mon avis vous importe assez peu ;) ).
    Pour aller plus loin dans ma réflexion, quelqu'un pourrait me dire ce que la CEDH pense de la détention provisoire ?
    Non, parce que vous, je ne sais pas, mais moi, dès qu'on emprisonne quelqu'un sans l'avoir jugé(*), ça me chagrine toujours un peu... L'arbitraire, tout ça...
    Je me rends bien compte que ça doit être nécessaire dans certains cas - la chose étant bien faite, ça me semble être les mêmes cas que ceux que prévoit la loi, quelle couïncidence ! mais bon, ça ressemble quand même fortement à  une détention arbitraire...

    (*) ça inclue évidemment la GAV !

    1. 188 réactions

      La Cour EDH dit ok si c'est pour des bonnes raisons et pas trop long (enfin il me semble).
      Pour le reste, c'est précisément pour que la détention ne soit pas arbitraire qu'il existe un Code de procédure pénale (si si, vous savez, ce gros truc rouge qui sert à  décorer les bibliothèques, mais guère plus, dans les ministères) qui pose des règles en matière de détention provisoire (motifs limitativement énumérés , présence de l'avocat - incroyable mais vrai -, débat, appel...)

  18. 19 réactions

    ça m'amuserait bien, dans quelques 22 mois, que le Parquet vienne se rappeler aux bons souvenirs de M. Sarkozy et poursuive l'auteur de ces propos bien peu compatibles avec sa charge. Dommage d'ailleurs que nos députés godillots soient incapables de considérer que l'article 68 de la constitution trouve à  s'appliquer, mais depuis que l'intelligence (au sens d'autonomie de la pensée) a cédé la place à  la servilité...

    1. 30 réactions

      Il me semble que les faits sont prescrits après trois mois. Il faudrait que le parquet déclenche la procédure avant. Et j'aimerais partager votre optimisme des 22 mois...

      1. 420 réactions

        Dans mes souvenirs, le Président ne peut être poursuivi de manière normale durant son mandat, mais le temps est "gelé" en matière de prescription jusqu'à  sa sortie de charge. En clair, le délai de prescription serait ici de 3 mois après la fin du (des) mandat(s) dudit Président.
        J'espère ne pas raconter d'ânerie :roll: mais je suis assez sûr de ce que je raconte.

      2. 30 réactions

        Ah oui, vous avez raison. En fait je croyais qu'il fallait déclencher l'action au moment où le délit était constaté, mais que l'action était suspendue le temps de l'immunité du président. Mais il n'en est rien. Apparemment, c'est l'article 67 de la constitution. Par contre l'action ne peut être engagée que 1 mois à  partir de la fin de son mandat, ce qui reporte d'autant la prescription.

  19. 2 réactions

    Merci pour ce billet ainsi que ses commentaires, si instructifs pour le non-juriste ignorant que je suis. Économiste de formation, ils m'ont fait penser, dans un autre domaine, à  cette citation de l'économiste américain Robert M. Solow, "Prix Nobel d'économie" 1987, dans un article de 1978 : "Why does public discussion of economic policy so often show the abysmal ignorance of the participants? Why do I so often want to cry at what public figures, the press, and television commentators say about economic affairs?" Je suppose que tout spécialiste dans son domaine ressent la même chose lorsque les politiques et la presse s'expriment sans savoir...

  20. 1 réactions

    Je dirai même que quel droit les représentants des pouvoirs législatifs et exécutifs se permettent de critiquer une décision de la sphère juridique et de bafouer ainsi la séparation des pouvoirs qui est un des fondements de notre république.

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