Les clés du Paradis…

Ils forment un petit couple de vrais gentils : ils sont mignons, timides, se donnent facilement la main pour s'encourager mutuellement, et sont ainsi faits qu'on a immédiatement envie de bien les aimer -peut-être aussi parce qu'on sait qu'ils n'ont connu  qu'une succession de drames et de galères dans la vie, même s'ils n'ont pas encore cinquante ans à  eux deux.

Quand je l'ai rencontré lui, pour vous dire, deux années plus tôt, jeune ouvrier sans parents qui bossait depuis déjà  cinq ans, c'est parce qu'il venait me demander d'être partie civile avec lui contre les abrutis qui un soir, dans la rue, alors qu'il sortait de l'usine, l'avaient roué de coups pour lui voler sa pauvre montre, une Swatch un peu neuve, le laissant à  moitié mort sur le trottoir...

Je l'avais rangé dans mon puits sans fond personnel, cette terrible catégorie des "Réprouvés de Dieu", vous savez, les gentils qui n'ont jamais de bol, ceux qui ne nuisent jamais à  personne, trop occupés qu'ils sont à  tenter de compenser le mal que la Vie, si chienne parfois, s'acharne, elle, à  leur faire subir sans cesse, quoi qu'ils fassent pour s'en protéger -et qui n'y arrivent jamais, comme s'il "était écrit" qu'ils sont nés pour se débattre dans de la vase trop molle pour en sortir Ceux dont personne ne se souvient et qu'on voit à  peine, et qui ne demandent que ça, qu'on ne se soucie pas d'eux.

Les derniers Vrais Courageux de notre monde, aussi, qui n'ont rien, et remercient quiconque ne veut pas encore leur prendre un peu plus -tant je pense, de plus en plus, que le véritable courage, c'est souvent simplement de résister, en parvenant à  continuer de se dire que ça pourrait être pire...

Bref, il avait obtenu, la procédure bouclée, des dommages et intérêts que le Fonds de Garantie avait couverts1, et si "à  toute chose malheur est bon", ce qu'en général je ne crois pas, cette petite manne, dans son cas, allait lui permettre de s'installer enfin dans un véritable logement, ailleurs que dans le cagibi insalubre qui lui servait jusque là  à  dormir.

Ce qui tombait bien : pendant la durée de vie du dossier chez moi, il avait rencontré quelqu'un, une copine, qu'il m'avait présentée lors de notre dernier rendez-vous, celui de la remise du chèque2 : une fille elle aussi très gentille, très douce, qui lui allait comme un tuteur à  une grande plante toute malingre tâchant de ne pas ployer sous le soleil qui elle aussi, comme par hasard, avait été solidement amochée par la vie autrefois, les malheureux savent bien que l'addition de bilans humains négatifs peut défier les lois mathématiques, et faire que l'on se redresse

Une de ces rencontres qui vous laisse, une fois les clients salués et que vous êtes sorti de leur vie, un sentiment de tendresse, un de ces dossiers où la dernière lettre de l'avocat leur souhaite bonne chance, en se réjouissant qu'enfin, ils aient l'air d'en avoir

C'était il y a un an, et voilà  que je vois mon petit couple reprendre rendez-vous, la semaine dernière, pour hier, me réjouissant de cette nouvelle rencontre, en espérant in petto qu'une saloperie quelconque ne leur est pas encore tombée dessus en sachant bien que si, évidemment, on vient rarement dans un cabinet d'avocat juste pour le plaisir.

Ils vont bien, ils me saluent, toujours aussi timides et respectueux, ils n'ont pas changé d'un pouce3, ils ont l'air content de me revoir, ce qui me fait plaisir, elle est enceinte, apprends-je, et je les félicite, et puis, d'une petite voix, et presque ennuyés de devoir dire du mal de quelqu'un, ils m'expliquent, finalement, la raison de leur présence.

Et j'ai beau savoir que "ça" existe, je me mets dans une rage folle parce que ça tombe sur eux, évidemment, eux qui sont les plus démunis de la Terre en face d'une telle situation, eux qui n'ont pas d'armes, et parce qu'un salopard profite tranquillement de cet état de fait depuis une année, en leur soutirant presque tout ce qu'ils gagnent désormais, et que "ça" ne devrait, vraiment, plus exister, jamais, pas à  notre époque, pas avec tous les contrôles, toutes les aides, pas avec les scandales successifs, les "marchands de sommeil", les lois sans cesse renforcées

Ils ont pris leur logement il y a un an, dans une ville périphérique de Lille, plutôt chic, disons verte, résidentielle et plutôt friquée dans l'ensemble ; un appartement, qui présentait à  peu près bien pour ce qu'ils en connaissaient à  l'époque, pour la modique somme de 500 €mensuels, donc tout sauf modique, mais ils avaient, on l'a vu, un peu de sous, c'était leur premier logement réellement "normal" et "à eux", et ils avaient à  l'époque tous deux un emploi.

Et puis, nous étions en été.

Mais après, il y a eu la pluie, puis l'hiver, et, malgré leurs demandes, toujours respectueuses, et jamais suivies d'effet

Oh, je vous en reparle dans un instant, de la litanie des scandales affectant ce "logement", mais, bien que j'exerce un métier dans lequel personne ne niera le poids des mots, il y a des fois, comme ça, où les images, du genre des cinq photographies que mes clients m'ont étalées sur le bureau, et qui m'ont mis en rage, parlent très bien toutes seules, et mieux que je ne pourrais jamais le faire, alors allons-y, et désolé si vous en êtes au petit-déjeuner : avec par ordre d'entrée en scène cauchemardesque et de gauche à  droite, le chauffage antédiluvien qui n'a jamais fonctionné, la chaudière hors d'usage, le répugnant bac à  douche, la cuvette des chiottes empuantie et hors service, et la fuite au compteur général d'eau (qui leur génère donc des factures uniquement afférentes à  l'eau perdue, aucune autre ne pouvant être consommée dans ces lieux où même un porc n'accepterait pas de vivre)4 :

XXIéme Siècle, Nord de la France...

Riant, non ?

Cinq cents euros par mois, religieusement réglés depuis un an même pas seulement à  une propriétaire, mais à  une agence intermédiaire, pourquoi se refuser ses éminents services, lorsqu'on possède un tel endroit, il ferait beau voir qu'on ait en plus à  le gérer soi-même, je suppose...

Avec, détail amusant numéro un, le fait que mon client a perdu son travail peu de temps après l'entrée dans les lieux, et n'a pu en retrouver, et qu'il est trop jeune pour bénéficier du RSA, tandis que sa compagne gagne six cents euros mensuels, et qu'il ne leur reste même pas cent euros par mois pour vivre, pour avoir le droit de dormir dans cet immondice !!

Et, détail amusant numéro deux, le fait que mes clients, tout timides, coincés et dépassés par les procédures qu'ils soient, ont tout de même tenté de monter un dossier CAF pour obtenir l'APL, c'est fou ce qu'on se débrouille plus vite lorsqu'on crève de faim et de froid, et que la CAF n'a pas pu la leur accorder, lisez la lettre ci-dessous, du fait que la demande porte sur un "logement indécent !"

Et la conséquence, c'est..?

Ainsi, ce galetas en voie de pourriture n'a jamais eu le moindre chauffage, que les nordistes se souviennent de cet hiver, ni non plus d'eau chaude, j'ai dix témoins de ce que mes clients se douchent et se lavent à  tour de rôle chez eux, un unique filet d'eau froide desservant tout l'appartement, ses fenêtres laissent toutes passer l'eau et l'air, l'une d'elles étant cassée, la chasse d'eau ne fonctionne pas ni ne l'a jamais fait -mes clients, sincèrement j'en tremble, défèquent dans du papier journal, tous les robinets fuient, y compris le général, toutes les évacuations sont bouchées, les murs sont détrempés et ne sèchent pas...

Mes clients étaient, également, surpris de leur note EDF, et ils ont récemment compris pourquoi : les parties communes de l'immeuble sont raccordées à  leur compteur : ils payent, en plus, la note d'une eau qui tombe au goutte à  goutte dans un seau, et la note d'une électricité qui alimente les lumières de tout l'immeuble

Lui présente désormais une allergie médicalement constatée, ils ont vécu l'essentiel de cette année dans le froid, la flotte, et les odeurs nauséabondes en provenance de la salle de bains, tout reste constamment humide y compris les vêtements

Et ils n'ont pas "rien fait" : ils ont écrit, plusieurs lettres, l'agence (de quoi ??) les renvoyant au propriétaire, lequel ne les renvoie à  rien, se contentant de ne rien répondre ; ils ont déposé une dizaine de demandes de logements sociaux, mais étaient un peu trop riches il y a quelques mois encore, et en tout cas pas prioritaires, même maintenant

Ils payent rubis sur l'ongle, et ne sont pas partis, et ont mis du temps à  venir me trouver, c'est vrai -mais ils sont ainsi, ils ne croient pas qu'on puisse réellement les aider, ils ne veulent nuire à  personne, ils ont pensé que bien sûr, la propriétaire allait enfin faire le nécessaire, que c'était un accident -et peut-être aussi qu'au fond d'eux-mêmes, ils ont doucement développé, année après année, ce "gène du Réprouvé" qui leur a fait croire que c'était leur destin, que tout le monde vit ça, qu'il ne faut pas se plaindre parce qu'on a déjà  un toit, malgré tout...

Et puis, pas de logement social, pas de RSA, pas de CAF, pas de chiottes, pas d'eau chaude, pas de droits, pas de vagues, pas de plainte, pas de réponses : je crois qu'ils avaient quelques raisons de penser que rien ne changerait, dans leur logique à  eux. Et qu'on peut difficilement leur en vouloir...

Vous savez ce qui les a finalement décidés à  venir chez l'avocat ? Les récentes chaleurs. Qui nous nous comblaient, mais qui, eux, leur ont rappelé que ça ne durerait pas, et qu'après août, il faudrait vite affronter un nouvel hiver, avec un petit à  venir : ça s'appelle, et ne croyez pas que j'exagère, de la peur.

Ce n'est pas du pénal, et lorsque je prends un dossier civil, en général, je le fais en étant plutôt apaisé Pas là .

Ce n'est pas du pénal, mais ça devrait. On y pensera même très fort...

Alors bien sûr, en tout cas, on saisit l'ARS et les services de la Ville en urgence, on va accélérer la demande d'aide juridictionnelle pour qu'un huissier puisse venir bien tout constater rapidement, on va aller demander au juge des référés de les autoriser à  consigner leurs loyers, je veux, non, j'exige, que cette vieille carne de propriétaire ne touche plus un centime de l'argent de ce couple, on va demander au juge du fond de la condamner à  enfin tout mettre en état, et à  verser tous les dommages et intérêts qu'on pourra lui faire cracher j'irais bien tenter d'obtenir l'autorisation de brûler ce truc moi-même, si faire se pouvait

Et au-delà , on va "activer les réseaux" qu'on peut, nous, avoir la chance d'avoir, comme on dit en politique, pour se dépêcher de leur obtenir un véritable logement -elle attend leur enfant, ça va aider, paraît-il...

Mais, bon sang, comment peut-on faire du profit de cette façon-là , et avec l'argent de ces gens-là , dans ces conditions-là , aujourd'hui, en France ?

Comment cette propriétaire, dont je vois sur le bail qu'elle habite une autre ville voisine de Lille, la plus riche, la plus cotée, maisons et appartements hors de prix avec souvent vue sur le golf, et peut-être dans l'avenue la plus luxueuse de ladite ville, comment peut-elle sereinement, le soir, éteindre son écran plat, ôter ses pantoufles, et se glisser dans ses draps frais, sans qu'aucune des images de son gourbi insalubre ne vienne la hanter, sans que les demandes de plus en plus pressantes qu'elle a reçu de ses jeunes locataires, par voie de recommandés hors de prix, truffés de fautes d'orthographe, mais aussi de formules de politesse et de suppliques naïves, ne l'empêchent de s'endormir..?

Comme je le leur ai dit, ce serait vraiment bien, une loi qui autoriserait, dans de telles circonstances d'abus manifeste, et même de dénégation totale de ce qu'est un être humain et du mot "décence", juste un échange, celui des domiciles respectifs, pour la même durée

Bon, je sais, vous connaissiez déjà  ce type de situation, malheureusement pas rare en France, et je suis certain qu'en cherchant bien, et peut-être même pas, les greffes des Tribunaux d'Instance de partout doivent en déborder, il y a pire et vous vous dites peut-être que j'ai l'air d'accoucher de ma propre naïveté, je sais5

Mais voyez-vous, je voulais notamment parler d'eux pour exsuder ma colère, mais pas seulement : aussi à  cause du fait que même cette escroquerie caractérisée, qui leur vaut notamment d'être malades je vous rappelle qu'elle est enceinte, et que dans mon Nord chéri l'été dure jusqu'au 20 août et est suivi de huit mois hivernaux- et, pardon mais il n'y a pas d'autres termes, de puer la merde en sortant de chez eux jusqu'à  la douche salvatrice d'un ami, oui, même ça, n'a pas -encore, mais je crois que personne n'y arrivera jamais- réussi à  entamer leur profonde gentillesse, et leur douceur.

Ils m'ont, par exemple, demandé en partant, et après que l'on eut ensemble téléphoné à  tout ce qu'on pouvait d'organismes divers et variés, et d'assistantes sociales, aussi, de bien vouloir les "excuser pour le dérangement"

Il y a des personnes qui ont tellement souffert qu'elles n'ont aucune, strictement aucune, méchanceté en elles.

Des Êtres Humains qui, s'ils sont une proie facile, inspirent aussi un drôle de respect, et font qu'on reçoit, une fois de plus, en pleine face, la dignité des gens frappés d'injustice... Ils seraient tout rouges, de lire mes grandes phrases, et c'est exactement ce qu'ils méritaient : un peu de chaleur.

  1. Son Incapacité Temporaire de Travail étant supérieure à  un mois, ce qui fait, encore une jolie institution de notre Justice, soit mentionné en passant, que dans ce cas, peu importe l'insolvabilité des auteurs des violences, le Fonds couvre, c'est-à -dire le paye par ses et nos impôts ; c'est aussi le cas en matière de violences sexuelles, quelle que soit cette fois la gravité des conséquences. Le type même de couverture, voir ici pour sa substance et ici pour les maniaques textuels, qui peut rendre fier de la Justice, et même, à  l'extrême rigueur, qui rend content de payer ses charges. []
  2. De moi à  lui, hein, pas l'inverse, n'allez pas croire, ça arrive aussi dans ce sens-là  ! []
  3. Et moi non plus, évidemment, hum []
  4. Prouesse technique dont je me félicite moi-même au passage, pas de raisons : je n'ai au bureau qu'un scanner noir et blanc, et ç'aurait été dommage... J'ai donc photographié ces photos avec mon IPhone, puis me suis envoyé le résultat par mail, et voilà , de jolies couleurs qui vous flanquent des frissons, j'aime cette technologie haut de gamme appliquée à  des bidouillages tordus []
  5. Et peut-être aussi que pour un "retour" de votre serviteur sur ce blog, c'est pas la joie, ben oui, mais le coup de sang post-rendez-vouesque se gère comme on le peut ! []

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  1. 419 réactions

    L'exemple vient d'en haut... Cette propriétaire n'a fait que suivre le chemin. Quand on voit dans quel état est la population et comment se comportent nos élus.... :arrow:

    1. 516 réactions

      Je pense sincèrement qu'elle ne se rend pas compte.
      Elle n'a probablement pas mis les pieds dans le logement depuis vingt ans, et doit penser que ses locataires sont juste des emmerdeurs qui en rajoutent des caisses pour obtenir sa pitié.

      En fin de compte, heureusement qu'ils n'ont pas obtenu d'aide au logement : ainsi, SuperMô est sur l'affaire, et les choses se termineront mieux pour eux.

  2. 1 réactions

    Il n'y a pas que cet appartement qui est pourri. La pénurie de logement en france ( oui, j'ai arrêté la majuscule sur le f depuis trois ou quatre ans maintenant..) entraine des situations où la logique de la location n'est plus respectée.
    Si on loue une voiture qui tire à  droite, fume et a le volant qui tremble, on en change immédiatement, et on peut, selon le cas, demander un remboursement, et pourquoi pas, des dommages et intérêts..
    Qui a laissé moisir la situation? Qui a laissé une partie de la population, de nantis, de propriétaires se gaver sur les loyers, même sur le compte des aides sociales ?
    Ce scandale des logements qui perdure depuis 20 ans ne fait que gonfler plus encore, et va mener à  une bulle économique terriblement dangereuse très vite. Il faudra faire un choix bientôt : couper l'herbe sous le pied des propriétaires et favoriser la construction pour équilibrer le marché et permettre de faire jouer une concurrence et donc une qualité dans les produits loués ou laisser faire...

  3. 1 réactions

    Je ne suis qu'une assistante sociale de passage, mais très vite ça m'évoque quelques trucs :

    - en terme d'ouverture de droits, s'ils n'ont pas un droit aux ASSEDIC supérieur au montant du RSA, ils ouvrent droit au RSA du fait de la grossesse de Mme (qui l'emporte du coup sur l'âge minimum, qui n'est nécessaire que pour les personnes ou couples dits isolés)
    - S'ils ont déposé des demandes de logements sociaux, ils ont nécessairement un "numéro unique départemental" qui leur permet l'accès au système de la demande de logement sur le contingent préfectoral (ou autre appellation type DRE selon les départements). Pour cela il faut contacter un travailleur social du conseil général (ou du CCAS, ou de certaines associations, là  encore selon les départements) qui fait l'évaluation et la transmet à  la préfecture
    - Enfin si leurs demandes de logements sociaux sont de plus d'un an, et au vu de leur situation, il faut absolument qu'ils déposent un dossier DALO, car au vu des critères, leur situation est effectivement urgente et prioritaire (cela peut donc se régler très très rapidement). D'autant que Mme est enceinte, et est donc reconnue comme personne vulnérable.

    Voilà , j'espère que sur certains éléments ça fera quand même avancer le schmilblick...

  4. 13 réactions

    @ Oph : Ayant manifestement moins confiance en la nature humaine que vous, je crains fort que la propriétaire ne soit parfaitement au courant de l'état du logement dont elle encaisse paisiblement le loyer, et qu'elle ne considère que tant que les loyers sont réglés, ce n'est pas un problème digne d'intérêt.

    @ Eolas : Le Mékeskidi que je suis a scrupuleusement regardé l'article 225-14 du code pénal (article qui a la courtoisie d'être facilement compréhensible), mais est-il appliqué, concrètement, dans ce genre de cas ?

    Et du coup, de façon plus générale, si Maitre Mô ne parvient pas à  obtenir l'autorisation de brûler lui-même ce taudis (auquel cas je serai ravi d'aller jusqu'à  Lille pour lui offrir mon briquet) j'aimerais savoir quelles sont les sanctions que la justice peut infliger pour ce genre de choses, en théorie mais surtout en pratique (je suppose que l'écart entre les deux n'est pas mince), à  la propriétaire et à  l'agence. Ca devrait saigner, nous dit Marie. Et je n'en espère pas moins. Mais en pratique, que risquent-ils ?

    Autre question : ce logement n'est peut-être pas le seul que cette propriétaire loue. Et peut-être pas le seul dans un tel état. Est-ce une information qui sera recherchée, et prise en compte le cas échéant par le tribunal ?

    1. 289 réactions

      Et ayant encore moins confiance que vous en la nature humaine, je crois que la propriétaire sait très bien dans quel état se trouve son appartement, et que malgré tout elle reste persuadée de faire un cadeau à  ces gamins en le leur louant. C'est toujours assez bon pour eux, et s'ils s'en vont, d'autres locataires seront bien contents de pouvoir se loger à  ce prix.

    2. 27 réactions

      Je me suis posé la même question que votre dernière, et comme ça, au doigt mouillé, je dirais que c'est du ressort du ministère public, si suffisamment d'éléments apparaissent lors de la procédure pour laisser supposer qu'il y ait là  un système à  l'œuvre.

      Je crois savoir d'ailleurs que même si une affaire de ce type se borne à  une saisine au civil, le Parquet peut déclencher une action au pénal s'il y voit matière. Je ne sais pas dans quelle mesure, cependant.

      Vu que je suis moi-même un mékeskidi, ce qui précède peut être un tissu d'ânerie.

  5. 29 réactions

    Cet article me fait frémir de colère. Cette propriétaire devra payer.
    La loi impose un certain nombre de choses, mais il faut pour cela que le logement soit déclaré "insalubre".
    Il faudra que le Préfet, seul habilité il me semble à  déclarer le logement insalubre, diligente une enquête de la DDASS.
    Une fois les conclusions validées et l'insalubrité déclarée, il y a deux possibilités.
    - Soit le logement est déclaré insalubre mais il semble possible d'y remédier. Dans ce cas le Préfet peut ordonner des travaux, aux frais du propriétaire. En cas de carence, le Maire ou le Préfet peuvent faire réaliser les travaux, toujours aux frais du propriétaire. si le propriétaire refuse ces travaux, il peut être condamné à  1 an de prison et 50 000 euros d'amende. Le propriétaire doit également trouver un logement temporaire pour les locataires.
    - Si le logement est déclaré insalubre irrémédiablement, le Préfet peut ordonner l'interdiction d'habiter, et peut aller jusqu'à  la démolition. Le logement n'est donc plus louable. Le propriétaire doit trouver un nouveau logement aux locataires et doit leur verser une indemnité de 3 mois du nouveau loyer. S'il refuse, s'il continue de louer son logement, il peut être condamné à  3 ans de prison et 100 000 euros d'amende.

    (source: service-public.fr)

    Plus globalement, c'est vrai que cet article montre l'une des multiples conséquences dramatiques de la crise sévère du logement que connaît notre pays. La construction est au point mort, et notamment celle de logements sociaux.
    Je suis un élu local, dans une ville où nous faisons le choix de construire beaucoup de ces logements sociaux. Cela devient de plus en plus difficile car l'Etat, autrefois financeur majeur, vient d'annuler quasiment tous ses crédits en la matière. Et l'Etat n'applique même pas la loi qui lui permettrait de forcer les communes qui n'en ont pas 20% à  les faire...
    Tout simplement révoltant.

  6. 10 réactions

    Mon ami,
    Je suis écœuré par cette histoire mais vraiment très fier d'avoir un ami comme toi. Je suis de tout cœur avec toi pour que ces gens soient aidés et que leur indigne logeuse soit punie.

  7. 1 réactions

    Juste pour info, je suis tombé en zappant la semaine dernière sur une émission de documentaire sur la TNT (impossible de retrouver le titre de l'émission malheureusement... ) qui suivait dans le 93 des policiers dont la mission était justement de faire la chasse aux "marchands de sommeil", n'existe-t-il pas ce genre de service dans l'agglomération lilloise?

  8. 2 réactions

    Vu les photos, on se demande pourquoi ils ont pris le logement!!

    1. 13 réactions

      Peut-être parce que c'est le seul appartement pour lequel, malgré leurs deux salaires, on les acceptait comme locataires sans caution parentale (dont j'imagine, compte tenu de ce que nous a dit l'hôte de ces lieux sur leur histoire , qu'elle ne figurait pas vraiment au programme)

      Peut-être aussi parce que l'agence immobilière leur a dit, lors de la visite, que "oui bien sûr il y a des travaux à  faire, mais maintenant que c'est loué, la propriétaire va s'en occuper". Et que, le mensonge n'étant pas dans leur nature, ils ont cru que c'était vrai.

    2. 45 réactions

      Peut-être aussi que c'était ca ou dormir sous les ponts et qu'innocents (pas judiciairement mais affectueusement) comme ils ont l'air d'être, ils se sont dit que ce n'était pas si grave.

      @jimouse(30) si les anciens locataires étaient partis depuis moins de 3 mois, l'agence n'est pas tenu de faire un état des lieux, l'état des lieux de sorties de locataires précédents fait fois (c'est du moins que que m'avait dit une agence quand j'ai loué mais l'appart était récent)

  9. 3 réactions

    pour mémoire DUDH
    Article 25

    1. Toute personne a droit à  un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à  la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
    2. La maternité et l'enfance ont droit à  une aide et à  une assistance spéciales. Tous les enfants, qu'ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.

  10. 6 réactions

    salut mon ami,

    Moi qui loue une maison à  deux co-locataires, je suis parvenu a passé une mauvaise nuit car le couvreur ne pouvait passé dans les 24 heures pour réparer une fuite dans la toiture. Autant te dire que ton histoire me laisse sur le cul!
    Au delà  de la propriétaire qui mériterait qu'on lui insére délicatement la chaudière hors d'usage dans le boyau rectal, je réclame dès à  présent la restauration de la peine de mort pour les abrutis de l'agence qui ont dû faire l'état des lieux lors de l'arrivée du couple.
    A la question "comment peut on faire de l'argent comme ça?" on associe souvent pour couvrir les pires saloperies "l'argent n'a pas d'odeur" là  pour le coup ça pue!
    Maître Mà¶ sache que je suis ton homme si tu as besoin d'aide pour l'application des peines.
    Je te souhaite une bonne soirée, je vais aller vomir plus loin en pensant à  ce couple qui n'en passera pas une bonne!

    1. 1 réactions

      :!:
      Je plaide avec Jimouse pour la chaudière .. ( quoique, on pourrai retirer le délicatement et rajouter du verre pilé que la sanction corresponde à  la faute.. )

      Milles mercis, Me Mo. j'ai les larmes aux yeux.

  11. 51 réactions

    Sans mauvais jeu de mots, j'en frissonne d'horreur et de dégoût.
    Je n'ai jamais rien vu de pire, sans doute seraient-ils mieux dans la rue !
    Je comprends votre rage, cher Maître. C'est révoltant. Invoquez la CEDH : soutirer de l'argent à  une personne pour de tels lieux constitue à  mon sens un traitement inhumain et dégradant. Vraiment. :evil:

    La loi du talion, ça pouvait avoir du bon : la propriétaire ET l'agence (honteux "professionnel" - qu'on lui retire sa carte ) devraient aussi être condamnés à  habiter 1 mois dans les lieux. !!

  12. 6 réactions

    @killerjeff : remarque non recevable mon cher ami car si ce point est peut être juste (ce que je ne sais pas) j'ai peine à  croire qu'en 3 mois maximum cette charmante demeure ait pu passer du nid douillet à  cette porcherie. je réitère donc ma demande d'écartèlement en place publique pour ces cons de l'agence. :twisted:

    1. 45 réactions

      Très cher, je n'ai pas dit que l'appart c'était dégradé en 3 mois (je pense que même avec une dizaine de cochon enragé ne peuvent pas faire ca en 3 mois), je disais juste que si les anciens locataires ont quittés (ou plutot fuit en courant) l'appart depuis moins de 3 mois, il ne serait pas obligé de faire un etat des lieux.

      Sinon avec la chaudière, vous pensez qu'il resterai une petite place pour le bac de douche :twisted:

  13. 6 réactions

    pour conclure sur le point killerjeff : l'état des lieux de sortie des locataires précédents a obligatoirement été fait s'il n'y en a pas eu à  l'entrée au regard de la thèse que vous évoquiez. l'agence ne peut pas ignorer la situation d'où mon agacement. :twisted:
    quant au bac de douche, en joignant nos efforts, je pense que c'est réalisable.
    je vous souhaite une bonne soirée.

  14. 6 réactions

    Mon ami Mô,

    je me demandais d'ailleurs si le meilleur moyen d'obliger cette bande d'abrutis à  améliorer le sort de notre couple ne serait pas de balancer le dossier à  la presse. ;)
    bien évidemment, cela ne doit aucunement mettre fin au harcèlement judiciaire que tu as fort probablement engagé.
    la bise à  la famille.

    1. 13 réactions

      je me demandais d’ailleurs si le meilleur moyen d’obliger cette bande d’abrutis à  améliorer le sort de notre couple ne serait pas de balancer le dossier à  la presse nous dit Jimouse.
      Je n'en suis pas certain, je pense que les traîner devant un tribunal et les massacrer méticuleusement (et j'ai pleine confiance en Me Mô pour cela, tant sur le fond que sur la forme) , tout en déclenchant les procédures administratives que certain(e)s ont évoquées, reste le meilleur moyen d'améliorer leur sort.

      Ceci étant dit, rien n'interdit de se faire plaisir...
      Ce serait bien le diable qu'aucun journaliste ne lise ce blog... Et si un d'eux souhaite avoir des précisions, il me semble que leur fournir les informations pertinentes pour la rédaction d'un article serait tout simplement faire preuve de courtoisie. :P

      1. 27 réactions

        L'idée est délectable, mais il me semble que cela constituerait de la part de Maître Mô une violation du secret professionnel.

  15. 1 réactions

    Pour ajouter aux suggestions de RD, il peut être utile de contacter la Direction Départementale de l'Equipement (DDE) qui possède en principe une cellule Agence Nationale de l'Amélioration de l'Habitat (ANAH), si je ne me trompe pas dans les sigles et appartenances diverses. En tout cas, l'ANAH peut être assez efficace dans les dossiers d'habitat locatif indigne : offre de subventions aux propriétaires contre rénovation urgente des lieux, pression sur les propriétaires et classement du logement en question.

  16. 1 réactions

    En montrant ces photos et en expliquant la situation, je connais pas mal de professionnels qui auraient fait une opération commando de remise en état. Un plombier, un maçon, un chauffagiste, quelques fées du logis et on aurait pu arriver à  quelque chose de vaguement acceptable. Malheureusement, ça aurait plutôt rendu service à  la propriétaire je suis sûr.

    Ca fait un peu penser à  l'émission "Tous ensemble" de TF1 mais même sans la télé, dans des cas pareils, je suis sûr que les gens se bougeraient.

  17. 2 réactions

    Maître Mô,

    Je crois vous l'avoir déjà  dit, mais cela me fais plaisir de le répéter : vous êtes l'honneur de votre profession.

    Je suis moi-même propriétaire d'un studio meublé jouxtant mon appartement, oh, petit, 20 m2, que je loue à  un jeune adulte. J'ai eu à  cœur de lui fournir une habitation convenable et confortable. Et j'en suis largement récompensé, il me rend passablement de services : surveille la maison et s'occupe de mon courrier lors de mes nombreuses absences, arrose les fleurs, porte les choses trop lourdes pour moi, etc. Quelquefois je me dis que, compte tenu des services qu'il me rend, je l'exploite en lui faisant payer 350 €de loyer. En contrepartie, je l'invite assez souvent à  partager notre repas (mon épouse est fine cuisinière).

    On obtient tellement de choses en étant correct avec les autres que je ne comprends absolument pas ce qui peut se passer dans la tête de certains propriétaires.

    1. 436 réactions

      Que savons-nous faire d'autre qu'imiter ?

      Quand on imite en bien, sourire pour sourire, on a raison. Quand on limite en mal, violence contre violence, on a tort...

  18. 3 réactions

    ils ne savent pas emmerder comme disait un des intervenants

    c'est ça qui est terrible lorsque l'on voit par ailleurs le nombre de gens qui EUX savent emmerder, mais pour le coup nous font vraiment c***

  19. 267 réactions

    Totor, avait écrit après sa "visite" des conditions de vie des ouvriers lillois " caves de Lille, on meurt sous vos plafonds de pierre ! ". C'était en ...1851. Que ce soit thénarderie assumée de la propriétaire ou indifférence au moins aussi coupable (Oph,ne croyez vous pas que les vieilles antiennes du style : " si notre bon maître savait, il ne laisserait point faire ceci " sont un peu usés ?) , il y a de toute façon à  la base la même ladrerie, la même "auri sacra fames" pour parler comme les pages roses du Petit Larousse et Sub Lege libertas ailleurs. Pour tout être humain savoir que vous (ce vous s'adresse aux gens de justice comme aux services sociaux) êtes là , que justice peut être rendue à  ces pauvres gens dans des délais raisonnables, espérons le, est un peu rassurant. La Justice n'est plus comme en 1851 la simple protection de la propriété privée et on peut espérer aussi que les restes du programme du Comité National de la Résistance permettront de les reloger avant une issue fatale.

    Mais, prenons si vous voulez le problème du côté de la "défense" la plus cynique : les photos que vous nous montrez permettent d'évaluer le montant des travaux à  quelques dizaines de milliers d'Euros. C'est à  dire le produit, déductions d'impôts diverses comprises, de plusieurs années de loyer surtout si les autres logements de l'immeuble sont dans le même état. Quand les discours économiques dominants, voire les seuls entendus, parlent de retour sur investissement à  deux chiffres, bien piètre gestionnaire serait celui qui ferait faire les travaux nécessaires.

    En outre, les risques que des polytraumatisés de la vie aillent faire valoir leurs droits sont bien faibles, handicapés qu'ils sont en général par tout ce qui est officiel, long et compliqué. Les chances de se retrouver devant une Marie affutant son Vendetta (Il remplace avantageusement le glaive sur une jolie île méditerranéenne) avec le sourire gourmand d'un berger s'apprêtant à  découper le lonzo en tranches fines sont donc nettement moins élevées que de se retrouver dans la même situation pour avoir volé... un pain dans un supermarché par exemple, pour continuer dans la veine Hugolienne. Enfin, considérant qu'un Denaisien marchand de sommeil n'a pris que 4 mois fermes et 3000€d'amende et qu'il a fallut 6 morts brûlés vifs, oui 6, et 3 ans de procédures pour qu'un autre malfaisant ait été condamné à  5 ans fermes l'an dernier à  Lille et (pauvre Cht'iistan, je sais, mais on doit pouvoir trouver ailleurs des cas similaires), ben, finalement, le jeu en vaut probablement la chandelle financièrement. :twisted:

    Que la la justice passe, tant mieux ! Et merci à  vous d'être là . Elle est et reste un des remparts contre la loi de la jungle. Que les plaintes d'il y a presque 160 ans restent d'actualité, c'est un grand crime dont devraient se souvenir tous ceux qui au nom de la modernité, de la liberté d'entreprendre et de celle du contrat négocié d'individu à  individu prétendument égaux tendent à  revenir à  des législations que n'aurait pas reniées les adversaires d'Hugo ; eux qui en des termes choisis réclamaient le droit à  mourir dans les caves...Mais ceci est une autre histoire.

  20. 1 réactions

    c'est navrant et tellement vrai; il faut se comprendre entre humains et sortir de nos atavismes si bien décrits par thornstein Veblen...mais pour le moment on continue, mais faut il s'en étonner dans une civilisation où au départ on imagine tout en quantité infini; c'est le père Noel et sa hotte et tout le monde peut tout avoir, (n'est ce pas Paris Match?) et donc pourquoi ne pas saigner les autres? En fait et sûrement peut être, on fera un effort efficace, lorsque la prise de conscience atteindra les humains en général du simple fait suivant: on a une planète et une seule et on n'en pourra pas changer et aussi, que tout ce qui fait notre confort est en quantité fini, ce qui a pour corollaire que chacun qui en prend beaucoup spolie quelqu'un d'autre quelque part sur cette planète.
    la vertu appartient pour toujours aux pauvres.
    Riche ou très riche c'est presque toujours à  l'analyse un manque de vertu, et ça c'est pas facile à  avaler, n'est ce pas?
    notre méritocratie républicaine vit ses dernières années, sapée pas les mêmes qui devraient la défendre, et qui sont nos frères, voir nous même parfois; on est frappé par le malheur à  notre porte...vous connaissez la suite!

    1. 3579 réactions

      Je suis assez d'accord avec vous, mais un point me frappe : je reste, toujours, scotché par le degré, le niveau, de l'indifférence ; à  chaque fois, je me dis que ce n'est pas possible, qu'un ressort humain va forcément fonctionner... Et non : certains les ont presque tous cassés, leurs ressorts...

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