Double Je (II)

L'audience n'est ouverte que depuis une poignée de minutes, et je jurerais que les choses sont déjà  mal engagées pour Victor. Il "passe" mal, très mal. Le problème avec lui, c'est que quoi qu'il dise, il paraît mentir. Le président vient de lui demander de confirmer son état-civil, et aussi étrange que cela puisse paraître, Victor, le regard fuyant, qui se tortille dans le box en se rongeant les ongles, a l'air de mentir jusque sur sa date de naissance.

Le tirage au sort des jurés commence. Laura me laisse exercer le droit de récusation ; la constitution du jury est un peu moins importante pour elle que pour moi, sa cliente sera de toutes façons condamnée à  l'issue de ce procès, nous le savons tous. Une première jurée potentielle est appelée, je la récuse, ainsi que deux autres, peut-être par habitude des affaires de mœurs, pour lesquelles j'essaye généralement de limiter le nombre de jurées, pour éviter autant que possible tout phénomène d'identification à  la victime. L'Avocat général bondit et récuse trois hommes coup sur coup, mais le jury sera finalement à  majorité masculine.

Serment prêté, les jurés écoutent avec la Cour le greffier lire l'ordonnance de mise en accusation. Le regard d'un juré, puis de deux, s'attarde pesamment sur Victor tandis que l'on décrit la découverte de la victime, ses blessures et sa mort. J'espère avoir choisi au mieux, il n'est de toutes façons plus temps d'y réfléchir.

Les témoins de personnalité se succèdent sur cette première matinée, assez rapidement, car ils sont peu nombreux. Ce sont essentiellement les membres de la famille de Victor, sa curatrice étant seule venue témoigner pour Cécilia. Tous décrivent un couple de marginaux, alcooliques, toxicomanes, incapables d'assurer l'éducation de leurs enfants, dont le placement a fait le désespoir de la mère de Victor. Aucun ne semble comprendre comment leur famille d'honnêtes travailleurs a pu produire pareil phénomène. Malgré tout, ils ont tenu à  venir le soutenir au cours de ce procès comme durant sa détention provisoire : il est leur fils, leur frère.

C'est ensuite au tour des experts de venir évoquer les divers rapports remis au juge d'instruction, médecin légiste, psychiatres, psychologue. Je questionne particulièrement les Drs ABIDAL et TREZEGUET, qui ont mené la contre-expertise psychiatrique de Victor et n'ont pas conclu à  l'altération de son discernement et du contrôle de ses actes, contrairement au Dr HENRY. Ils expliquent leurs divergences par le fait que la médecine est un art, pas une science exacte.

Cécilia est ensuite la première à  être interrogée au fond, et sans surprise, maintient les accusations qu'elle a portées à  l'encontre de Victor dès son placement en garde à  vue. Elle lui attribue l'initiative de l'agression, le choix de la victime, la planification de la violence à  exercer. Elle lui attribue l'essentiel des coups portés, les plus violents, et l'étranglement qui a laissé les marques si visibles sur les photos. A la demande du président, elle précise qu'elle sait bien que charger Victor ne diminuera ni ses torts, ni la condamnation à  venir, et rappelle qu'elle n'accuserait pas gratuitement le père de ses enfants, alors qu'elle préfèrerait que ses fils grandissent en voyant au moins un de leurs parents, consciente qu'elle est de devoir pour sa part rester incarcérée de longues années encore.

Dans mon dos, Victor tremble de rage. Il n'arrive pas à  comprendre pourquoi elle paraît systématiquement plus crédible que lui.

Son interrogatoire à  lui tourne court : il n'a jamais mis un pied dans cet appartement, n'a jamais violenté qui que ce soit, n'a jamais volé. "Vous n'êtes pas quelqu'un de violent ?" lui demande le président. "Non." "Comment expliquez-vous alors les multiples mains-courantes déposées par votre ex-compagne, les déclarations de vos propres parents, de vos amis, les hospitalisations de Cécilia ?..." Aucune réponse, évidemment. Quant aux aveux, il a été roué de coups par les policiers, il le répète. Les jurés prennent des notes, avec pour certains la moue sévère de celui auquel on est en train de mentir éhontément.

Je me rappelle ma première entrevue avec Victor. Laura était de permanence et avait donc été appelée par la PJ pour s'entretenir avec les deux gardés à  vue, mais soupçonnant des intérêts contraires, m'a demandé d'intervenir pour lui tandis qu'elle s'occuperait de Cécilia. Dans le réduit réservé aux entretiens des gardés à  vue avec leurs avocats, il m'a paru terrorisé, me répétant constamment qu'il n'avait rien fait, qu'elle voulait le faire tomber pour se venger. J'ai tenté de le calmer, je lui ai recommandé de ne rien dire dont il ne soit absolument sûr, ou de ne rien dire du tout s'il se sentait perdu. Lorsque par la suite, j'ai pris connaissance de la procédure lors de la première comparution de Victor devant le juge d'instruction, j'ai constaté qu'il avait fait exactement le contraire, en accusant d'abord un tiers, puis en avouant sa propre responsabilité. Difficile de savoir quand le croire, me suis-je dit.

Lorsqu'il entend Cécilia affirmer, au retour de la suspension suivante, qu'il lui a proposé 3000 euros si elle revient sur ses accusations, il explose. Le président demande aux policiers si les accusés ont pu s'entretenir sans qu'on les entende, le chef d'escorte répond qu'effectivement, Victor a murmuré quelques mots à  l'oreille de Cécilia en la croisant entre deux portes. Prié de révéler ce qu'il lui a dit, Victor ne répond pas. Deux gardes doivent désormais s'asseoir entre eux dans le box.

Le témoin suivant est l'un des deux directeurs d'enquête, celui qui s'est plus particulièrement occupé de la garde à  vue de Cécilia. Il rappelle que celle-ci est immédiatement passée aux aveux, en s'impliquant tout autant que son compagnon. Qu'elle paraissait soulagée de pouvoir tout dire. Qu'elle paraissait aussi trop bête (pardon, "limitée") pour tout inventer.

C'est son collègue qui m'intéresse davantage, bien sûr. Le commandant qui a suivi la garde à  vue de Victor, dont celui-ci me chuchote dès qu'il le voit s'avancer vers la barre que "c'est lui qui m'a donné les coups." Lorsqu'il a fini de retracer le déroulement de la garde à  vue, je demande à  haute voix à  Victor si cet homme est bien l'auteur des violences policières qu'il dénonce. Victor se dresse aussitôt dans le box comme un diable surgissant de sa boîte, le doigt tendu : "Ouais, enfoiré, c'est toi qui m'as tabassé, je te reconnais !" Bizarrement, cette déclaration sonne complètement faux, surjouée, je le vois dans le regard de la Cour et du Ministère public, sans même parler de ma consoeur de la partie civile, qui souffle comme une forge en levant les yeux au ciel. Le policier a beau jeu d'assurer ensuite, la main sur le coeur, vivante image de la vertu outragée, qu'il n'a jamais ne serait-ce qu'effleuré un gardé à  vue, que ce n'est "pas le genre de la maison", qu'il tient son dossier administratif à  disposition de la Cour si quelqu'un veut y chercher trace de comportements contraires au Code de déontologie. Je l'interroge avec persistance sur les conditions de cette garde à  vue, sans pouvoir non plus faire exagérément durer ce moment sous peine de passer pour acharné, et pour tout dire de mauvaise foi. Peine perdue, il ne lâche rien.

Le passage de Farid A. à  la barre des témoins parachèvera l'image de menteur pathologique dont je sais qu'elle colle déjà  à  Victor depuis le début de ce procès, en y ajoutant un aspect revanchard et calculateur qui cadre difficilement avec l'hypothèse de l'innocent accusé à  tort.

Je profite d'une suspension pour conseiller à  Victor d'en dire le moins possible dorénavant, jusqu'à  la clôture des débats. Il ne comprend pas trop, c'est son procès après tout, comment va-t-il convaincre les juges de son innocence s'il se tait ? Je lui demande de me faire confiance. Comment lui expliquer qu'il paraît s'enfoncer à  chaque mot ?

Je n'écoute que d'une oreille la plaidoirie de la partie civile, qui comme il est généralement d'usage épouse la thèse de l'accusation, et décrit avec un luxe de détails macabres l'interminable agonie de Johanna B., battue et laissée pour morte par les deux monstres dont la condamnation est attendue par toute une famille.

Les réquisitions sont ensuite conformes à  ce que j'en attendais, conformes au règlement1, évidemment. 25 ans pour les deux accusés, rien d'étonnant, sauf peut-être pour Laura, qui espérait un quantum requis moins élevé eu égard à  l'altération du discernement et du contrôle de ses actes relevé par le Dr HENRY chez Cécilia.

Laura prend la parole pour la défense de Cécilia, en "plaidant la personnalité", c'est à  dire en se plaçant dans l'optique de la peine que la Cour ne va pas manquer de prononcer. Femme battue, mère privée de ses enfants, toxicomane sous curatelle : qui pourrait rester insensible en entendant l'histoire de Cécilia, cette déchéance continue que dépeint justement ma consoeur, et qui n'avait que peu de chances de finir ailleurs qu'aux Assises ?

La personnalité de Victor ne mériterait pas moins d'intérêt de la part de ses juges, mais je ne peux pas adopter le même angle que Laura, puisque je veux obtenir son acquittement. Pas de "subsidiaire" en pénal : affirmer d'une part que Victor n'a pas commis les faits qu'on lui reproche, tout en expliquant d'autre part que l'éventuelle peine  que l'on pourrait "par extraordinaire" lui infliger devrait être adaptée à  sa personnalité constituerait un grave contresens.

L'examen des faits et des preuves présentées par le Parquet devra donc suffire à  disculper Victor.

Je me lève, balaye juges et jurés du regard, et leur rappelle en préambule que mon rôle n'est pas de défendre une thèse irréaliste dès lors qu'elle est celle de mon client, mais de m'assurer que celui-ci puisse bénéficier de l'ensemble des droits qui lui sont reconnus. Qu'ils ne doivent le condamner que s'il ne subsiste pas dans leur esprit le moindre doute concernant sa culpabilité. Qu'il appartient au Ministère public d'apporter la preuve irréfutable de cette culpabilité.

Or le Parquet n'avance en définitive que deux éléments probants dans ce dossier : les accusations de Cécilia et les aveux de Victor.

Les premières peuvent facilement être combattues : la personnalité de Cécilia comporte suffisamment d'éléments de nature à  rendre discutables ses affirmations. Elle avait au moment des faits des raisons d'agresser Johanna, elle avait déjà  été condamnée à  plusieurs reprises pour vols aggravés, contrairement à  Victor, et pouvait parfaitement passer à  l'acte sans avoir besoin d'y être poussée par qui que ce soit. Son absence d'intérêt à  impliquer Victor n'est pas un dogme : elle peut parfaitement avoir décidé de ne pas "tomber" seule, elle peut lui en vouloir (il est après tout établi qu'il l'a fréquemment battue), elle peut enfin vouloir "couvrir" son co-auteur par peur, par amour ou que sais-je. Il est d'ailleurs tout à  fait possible que Cécilia ait agressé Johanna B. sans être aidée de quiconque : son saignement sur le fauteuil peut s'expliquer d'autres manières que par un coup porté par un éventuel co-auteur, à  commencer par un mouvement de défense de la victime elle-même.

J'insiste sur le fait, essentiel, que l'ADN de Victor n'a nullement été retrouvé dans l'appartement de Johanna, non plus que ses empreintes digitales, alors que Cécilia a laissé profusion de traces exploitables tout en affirmant avoir été moins violente que son compagnon à  l'égard de la victime. Il est inimaginable que dans le cadre décrit (présence de plusieurs heures dans l'appartement, multiples actes de violence, fouille minutieuse du logement), Victor ait pu agir ainsi que Cécilia le décrit sans laisser une seule trace de son passage sur les lieux ou le corps de Johanna B..

Quant aux aveux de Victor, de même que l'ensemble des mensonges et approximations qui ont pu lui être reprochés au cours de l'instruction comme du procès, ils peuvent s'expliquer autrement que par la certitude de sa culpabilité.

Victor n'est ni un surhomme, ni même un citoyen modèle, juste un paumé dont le chemin a croisé celui d'une femme aussi marginale que lui. Leur vie ensemble a été chaotique, leurs responsabilités en la matière partagées. Difficile, dans ces conditions, de se présenter serein et inébranlable devant des policiers qui lui affirment détenir la preuve de sa culpabilité, et lui laissent entrevoir qu'il s'en sortira à  meilleur compte en se montrant coopératif.

Devant les policiers, puis le juge d'instruction, jusque devant la Cour d'assises, Victor n'a tout simplement jamais eu les moyens d'apporter à  chaque question la réponse nette et précise que l'institution judiciaire attend du justiciable standard, qui peut pourtant légitimement peiner à  la lui fournir : "oui, je me souviens très bien de ce que j'ai fait au cours de la soirée du 29 novembre, il y a six semaines : tout d'abord, de 19 h 15 à  19 h 30, j'ai ...". Tel un lapin pris dans les phares d'un camion, il a essayé de donner à  chaque question posée la réponse qui lui permettrait de s'en sortir du mieux possible. Même pas besoin d'user de violence à  son égard : la menace de la prison avait largement suffi, dès les premières heures de garde à  vue, à  le plonger dans l'état de panique dans lequel je l'ai trouvé lors de notre premier entretien. Alors il a d'abord accusé Farid, en ne voyant probablement pas plus loin que les quelques minutes pendant lesquelles il allait pouvoir respirer avant qu'on ne le coince. Puis il a fini par avouer, parce que c'était finalement plus facile, conforme à  ce qu'on attendait manifestement de lui, conforme d'ailleurs au point que chaque élément de ces aveux se trouvait déjà  en possession des enquêteurs grâce aux accusations de Cécilia (hormis cette fumeuse histoire de bouteille évoquée par le Ministère public, dont j'affirme qu'elle ne démontre rien), et parce qu'il devait espérer pouvoir revenir sans mal sur ses déclarations une fois sorti du cadre de la garde à  vue, devant un juge. Et il doit être relevé que dès qu'il en a eu la possibilité, Victor a rétracté ses aveux auprès du juge d'instruction, même s'il s'est contenté de se taire lors de sa première comparution devant lui, c'est vrai.

Même attitude lorsqu'il a dû décrire les actes violents qu'il a dit avoir subis : peut-on vraiment attendre aujourd'hui de Victor, avec les moyens intellectuels qui sont les siens, qu'il se rappelle exactement à  quelle heure et dans quel ordre il s'est vu administrer, oh, presque rien sans doute, une tape sur l'épaule ou sur l'oreille, une bousculade, accompagnée de cris auxquels il ne s'attendait pas, par exemple ? Evidemment, de tels gestes ne laissent pas de traces susceptibles d'être constatées par examen médical. Evidemment, la tentation était grande pour Victor de forcer le trait, de transformer ces gestes en coups. Evidemment, ça n'a pu que le faire passer pour un menteur invétéré aux yeux du juge d'instruction, du Parquet et même de la Cour.

Même attitude irréfléchie enfin lorsqu'il a tenté de donner au juge d'instruction divers alibis pour la soirée du 29 novembre, et lorsqu'il a été contredit par Rafael et Ahmed (dont le témoignage, au passage, n'est pas nécessairement plus crédible que le sien). A chaque fois, tenter de s'échapper, jusqu'au prochain piège ...

Alors non, ce n'est peut-être pas l'attitude rêvée de l'innocent modèle que Victor R. a adoptée, mais avait-il vraiment les moyens d'en choisir une autre ?

Il n'y a aucune preuve tangible dans ce dossier de la culpabilité de Victor. Une Cour d'assises ne peut pas emprisonner quelqu'un pour 25 ans, comme le réclame l'Avocat général, en s'appuyant sur un dossier vide, sur de simples présomptions.

Les débats sont maintenant clos, la liste des questions et l'avertissement (magnifique) aux jurés sont lus par le président, la Cour se retire pour délibérer.

Si j'ai réussi à  instiller le doute dans l'esprit de cinq juges ou jurés quant à  la culpabilité de Victor, il sera reconnu innocent.

Je sors dans la cour en compagnie de Victor (et de son escorte, bien sûr), je lui offre une cigarette, il est anxieux de savoir s'il s'est bien comporté (je le rassure vaguement), il me demande si tout s'est bien passé, si ça va aller. Je n'en sais rien, mais je lui dis que je l'espère. Il retourne ensuite attendre dans la salle des témoins, désormais vide, tandis que Laura et moi allons patienter dans les locaux de l'Ordre.

Deux heures passent, j'arpente la salle des pas perdus et vois soudain l'huissier se diriger précipitamment vers la salle des délibérés, l'Avocat général et le greffier arrivent presque aussitôt, tout le monde retourne dans la salle d'audience. "Délibéré court, c'est très bon ou très mauvais" murmure machinalement Laura.

L'audience reprend, le président rend le verdict. Je croise le regard de l'Avocat général. Je sais que nous nous retrouverons tous dans quelques mois.

[La parole est à  l'Accusation]

  1. Autre nom donné au réquisitoire définitif rédigé par le Parquet à  la fin d'une information judiciaire. []

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  1. 1242 réactions

    Ben ça, c'est du rapide ! :lol:

    1. 1242 réactions

      Et votre don d'ubiquité me laisse pantois. :x

      1. 859 réactions

        Je suis un bonze à  haut débit ! ;)

        1. 1242 réactions

          Plus sérieusement, c'est vous qui avez aussi écrit la deuxième partie ou quelque avocat vous a prêté la main ?

          N'y voyez point offense, mais je pense que vous comprendrez qu'on puisse se poser la question... :?:

          1. 859 réactions

            Non, c'est de moi toute seule. Enfin, j'avais bien sûr écouté attentivement la plaidoirie de l'avocat de Victor (j'adore ça, surtout quand elles sont très bonnes ou très nulles, et cet avocat était l'un des deux ou trois meilleurs pénalistes de mon Barreau de l'époque), et j'ai même eu l'occasion d'en discuter avec lui, quand tout ça a été derrière nous.
            J'avais bien songé demander à  mon Maître de contrôler cette seconde partie, mais me suis finalement dit que ce serait plus drôle de me faire dire publiquement que j'étais à  côté de la plaque, le cas échéant !

            1. 1242 réactions

              baba j'en suis ! :idea:

  2. 15 réactions

    J'ai un peu de mal à  imaginer comment vous pouvez faire pour donner à  vous seul ces deux points de vue; ou avez vous des co-auteurs ?
    Car je suppose qu'une même personne aura du mal à  avoir vécu les 2 rôles.

    Y aura t-il une troisième partie ? Une indication sur le jugement rendu ?

    Je ne me souviens pas avoir lu cette précision, mais, c'est une histoire réel, ou juste une histoire ressemblant à  ce qui se voit plus ou moins régulièrement dans votre juridiction, mais sans être une histoire précise ?

    1. 859 réactions

      L'histoire est basée sur des faits réels, que j'ai néanmoins modifiés sur tout ce qui n'était pas essentiel afin d'éviter aux véritables protagonistes d'être éventuellement atteints par le récit. Elle n'est heureusement pas représentative du quotidien des juridictions que j'ai fréquentées (c'est même le dossier le plus lourd que j'aie eu à  traiter au Parquet).
      Pas de co-auteurs, non.
      Et comme il n'y a pas matière à  développer un troisième billet, je livrerai sous peu le verdict définitif en commentaire, par pure curiosité envers l'opinion des lecteurs quant à  la culpabilité de Victor.

  3. 137 réactions

    Et voilà  déjà  la réponse à  ma question. Je ne suis pas déçue :D mais trouve effrayant que la vie de cet homme dépend du talent des avocats à  faire adopter au Jury l'une ou l'autre thèse.

    1. 859 réactions

      Sans preuves sur lesquelles s'appuyer, le talent n'est rien ou presque, je vous assure.

      1. 137 réactions

        J'ai relu consciencieusement les deux billets et je pense que Victor est coupable. Merci Marie pour ces billets passionnants. Et à  lundi pour le dénouement. :D

  4. 29 réactions

    Bravo pour cette double approche. C'est passionnant (comme d'habitude oserai-je dire), et j'ai vraiment eu l'impression d'y être.

    je suis très intéressé par votre publication du jugement et curieux de l'avis des jurés. j'ai bien sûr mon avis sur la question, et j'aimerais savoir s'il est conforme à  ce qui aura été décidé.

    Merci encore

    1. 859 réactions

      Donnez donc votre avis, et je vous dis tout !

      1. 29 réactions

        J'ai longuement hésité en relisant les deux articles.
        Je considère les deux comme étant coupables, mais avec une différence de traitement.
        Je donnerai la peine la plus lourde à  Cecilia (récit trop précis, trop parfait, et trop à  charge sur Victor). et une peine légèrement moins lourde, assortie d'une obligation de soin à  Victor, qui ne m'apparaît pas comme étant parfaitement "stable" si je puis utiliser un tel mot.
        pour ce qui est de la durée, je n'en sais rien.

        1. 859 réactions

          Comme quoi, le "ressenti" d'audience est essentiel aux Assises : lors du procès, c'est elle qui apparaissait bien plus faible et limitée que lui, qui semblait bien plus manipulateur. Cécilia donnait vraiment l'impression de quelqu'un qui "balançait" parce qu'elle n'avait pas les moyens de faire autrement.
          Il est possible que ma description ait failli sur ce point ...

          1. 289 réactions

            A la lecture, j'ai vraiment eu l'impression, non que Cécilia était faible, mais qu'elle se montrait faible. Alors que Victor, lui, me semblait paumé et "en colère". C'est difficile à  expliquer. Le coup de "il m'a promis 3000 Euros si...", à  l'oreille, en quelques secondes, et que personne n'a entendu, par exemple, je n'y arrive pas. Comme le "je ne veux pas priver les enfants de leur père, mais...". J'ai l'impression de lire des manipulations de toxicomane, alors que, en ce qui concerne Victor, je lis les mensonges maladroits d'une brute prise dans une nasse.

  5. 202 réactions

    Quand je te dis que tu ferais une excellente avocate....

    1. 859 réactions

      Quand je te dis que tu trouves tout génial, pour peu que ça vienne de moi ...
      Mais sur le fond, franchement, non.

  6. 51 réactions

    Superbe en effet de nous offrir cette double approche.
    Merci beaucoup, cette double vision , c'est passionnant (ok je copie Emmanuel, mais franchement que dire d'autre .. ?)

    j'ai cru que ce 2ème texte était l'œuvre de l'Avocat.
    Bravo, je suis bluffée. Je me suis plongée dans l'histoire, vous avez si bien rendu l'atmosphère (la double), je me serai cru dans la salle.

    Vous nous feriez une 3ème version avec l'approche du Président ? :D

    1. 859 réactions

      Je me suis posé la question de cette troisième partie, mais en réalité, j'aurais du mal, d'abord parce que cela impliquerait d'imaginer complètement le déroulement du délibéré, et surtout parce qu'un tel billet comporterait probablement de nombreuses redites par rapport aux deux précédents.
      Mais merci en tout cas du compliment ! :lol:

  7. 329 réactions

    Désolé Marie , je n’ai pas trouvé un autre qualificatif : C’est de la perversion terrible ! Du Sub leg Libertas au féminin. Car vous mettez en évidence la fragilité du lecteur en visant le Jury. Une construction diabolique qui met à  l’épreuve toute personne chargée de délivrer une justice juste et sereine. Une justice qui regarde les faits. Vous battez en brèche le confort dans la décision qui se fixe sur la personnalité de l’accusé. Je comprends mieux l’inquiétude de l’avocat général .

    1. 859 réactions

      Perverse et terrible ? Oui, c'est tout moi. Merci, Salah !

  8. 3 réactions

    Bonjour, et merci beaucoup pour ce site fort intéressant. J'ai trouvé cet article passionnant, comme à  l'habitude, mais je dois avouer qu'une chose en particulier m'a faite tiquer.
    Vous évoquez le principe de récusation des jurés, que je ne comprends pas bien (je ne connais du droit que les blogs que je lis depuis quelqes temps) ; sur quoi vous basez-vous pour récuser des jurés, et pourquoi le faites-vous? D'après ce que j'ai compris, cela se fait surtout "à  la gueule du client". Je peux me tromper, bien sûr, mais ce que vous avez précisé au début de cet article semble confirmer mon impression : lors d'une affaire de moeurs, vous limitez les jurés femmes pour éviter une identification à  la victime.
    Je souhaiterai tout d'abord savoir ce que vous appelez "affaire de moeurs" ; je pensais que l'on employait cette expression moralement désuète lors des crimes sexuels, et si j'ai bien suivi, ce n'est pas le cas ici.
    Par ailleurs, pardonnez-moi de porter un jugement sans véritablement connaître les détails de la procédure, mais je dois vous avouer que récuser des femmes en pensant qu'elles ne seront pas objectives est particulièrement insultant. Récusez-vous des hommes lors des crimes particulièrement violents dont les victimes sont masculines? Pourquoi une femme serait-elle aveuglée, ou au moins biaisée par son genre? Croyez-vous qu'elle ne soit pas capable de faire la part des choses et qu'elle ne pense qu'avec ses ovaires?

    Je le répète, ma réaction est probablement disproportionnée, et mon argumentation est affaiblie par mon inexpérience ; mais je vous explique ici comment votre article m'a fait réagir, et j'aimerais avoir des précisions sur votre réflexion.

    Je vous remercie beaucoup,
    Mathilde

    1. 859 réactions

      (Mô, je crois que quelqu'un ici a besoin d'éclaircissements sur la pratique d'un vrai avocat, alors quand tu auras deux minutes ...)
      Ahem, Mathilde, je suis (exceptionnellement) très flattée que vous m'ayez prise pour un avocat, car cela signifie que mon second billet a atteint son but auprès de vous. Je me dois néanmoins de vous détromper : je ne suis pas avocat, ne l'ai jamais été, ne le serai vraisemblablement jamais, et j'ai imaginé les pensées de mon "avatar" narrateur du présent billet d'après la vision extérieure que j'ai eu de cette pratique sur cette affaire-là . Si ça se trouve, je suis complètement à  côté de la plaque.
      Je ne peux donc vous informer que sur ma propre pratique de magistrat quant à  la récusation des jurés. En fait, la mienne était assez simple : j'essayais de faire en sorte que le jury soit autant que faire se pouvait un reflet de la société qu'il représentait. Mes récusations visaient donc à  équilibrer le jury aussi bien en genre qu'en classes d'âge et en catégories socio-professionnelles (un jury presque entièrement composé de retraités me paraissant aussi absurde qu'un jury quasi-exclusivement masculin). Quelque part, vous avez donc raison de supposer que le choix se fait "à  la tête du client", mais au moins en ce qui me concerne, ce n'était pas une réaction de rejet vis-à -vis de la personne même des récusés.
      J'ai en revanche souvent constaté que la défense, lorsqu'il s'agissait d'affaires de moeurs (c'est à  dire de crimes à  connotation sexuelle, ainsi que vous l'avez noté), avait tendance à  écarter autant de femmes que possible des jurys, je suppose dans le but d'éviter l'identification à  la victime dont j'ai parlé dans mon texte. Pour avoir fait, avant et après mon passage au Parquet, l'expérience de délibérés avec des jurys ainsi composés pour compter un maximum d'hommes, j'ai pu constater que, d'une part, ces jurés n'étaient pas particulièrement plus tendres avec les accusés de viol que leurs collègues féminines et, d'autre part, qu'ils pouvaient même être intrigués par une telle composition et se "braquer" contre ce type de choix ("M'aurait-on choisi parce qu'on me croit plus à  même de comprendre/d'excuser/de m'identifier à  un violeur ?! Mais pas du tout !").
      Plus généralement, les défenseurs, qui disposent de la liste des jurés comprenant leur profession, récusent globalement chaque juré dont on peut supposer qu'il aura un a priori favorable envers la victime : ainsi sur les affaires de vols avec armes verrez-vous récuser tout juré à  profession "guichetière" (employés de la Poste, de banque ...).

      1. 3 réactions

        Merci de votre réponse, et qui éclaire bien des choses! En effet, je me suis bien laissée avoir...
        J'ignorais aussi que les avocats avaient la profession des jurés, cela paraît déjà  plus clair.

        Merci en tous les cas, et vraiment bravo pour ce texte! On s'y croirait, c'est certain! :D

        1. 3579 réactions

          Nous disposons effectivement des noms et villes, professions et âges des jurés -ne pas oublier l'âge, important...

          J'ai tendance à  penser que les personnes très âgées sont à  la fois plus sévères et physiquement moins capables de -longue- écoute, donc récusées.

          Sinon, énormément "à  la gueule", vous avez tout à  fait raison : les personnes dont on peut penser qu'elles sont alcooliques, celles qui ressemblent à  des bull-dogues, celles qui ont les cheveux très ras et une trogne à  aller casser du supporter adverse dans un match, ceux qui ont l'air totalement idiot : récusés.

          Autant vous dire que même si ces critères sont réels, parce que nous ne disposons de pas grand chose, ils se prêtent évidemment à  toutes les erreurs du monde, et qu'elles surviennent souvent : j'ai ainsi, dans un dossier d'infanticide, "gardé" une jeune-femme que je trouvais souriante et l'air ouvert, et dont j'ai appris ensuite, via l'émission lors de laquelle le procès a été diffusé, qu'elle était en congé maternité...

          Et la Présidente de la Ligue des Droits de l'Homme d'un certain département m'en veut encore d'avoir trouvé sa "trogne" trop sévère -et y a pas qu'elle qui s'en veut...

          En fait, on examine d'abord, avec le client, la liste générale des jurés, sur le papier : on élimine d'office certaines personnes, sûrement ici aussi à  tort, mais bon : un nom à  consonance arabe dans un crime raciste, un policier, une personne dont le nom rappelle quelque chose au client, ou qui est de la ville du crime, surtout si c'est un village, etc...

          Après, dans la salle et lors du tirage au sort, c'est quelques secondes et uniquement de visu.

          Avec un certain nombre de critères supplémentaires, selon les cas. Le plus souvent, lieu commun numéro un, "garder" le plus possible les gens que l'on suppose capables de réfléchir le mieux, donc a priori plutôt intellectuels, surtout dans les dossiers dans lesquels on sait qu'on va essentiellement parler théorie et grands principes -notions abstraites et parfois complexes.

          Dans les crimes de mœurs, ma théorie est de "garder" non pas le moins de femmes possible, mais le plus au contraire, en éliminant le plus possible d'hommes.

          Je crois en effet, tout étant ÉVIDEMMENT très relatif, que dans un procès de viol, que l'on supposera "classique", c'est à  dire viol d'une femme par un homme, une femme sera un tout petit peu plus capable de recul, de distanciation. Un homme rentrera le soir paré de sa blanche armure, en affirmant à  sa compagne qu'elle peut dormir tranquille -je le sais, j'en suis un (Je ne sais pas trop ce que me ferait d'être violé, mais je sais ce qui attend le type qui violera ma femme, vous voyez ?). Une femme cherchera peut-être un peu plus à  comprendre, et acceptera peut-être un peu plus de théoriser.

          Oui, je suis en train de dire qu'elles sont plus intelligentes et moins stupidement gonflées d'orgueil que nous. Enfin, la plupart du temps.

          Enfin, je suis un homme. Quitte à  tenter de convaincre, autant essayer d'utiliser le charme avec tout le reste, ce qui m'est plus facile vis-à -vis des femmes -enfin, je suppose...

          Voilà , tout ceci n'engage que moi, mais ce sont mes critères.

          J'y ajoute qu'ils sont plus ou moins appliqués selon qu'on est en début ou en fin de session : à  la fin, les jurés se connaissent, sont parfois devenus amis, ont siégé ensemble déjà , et je fais plus attention à  ne pas séparer des personnes qui se sourient et ont l'air d'avoir envie d'être ensemble.

          Dernier point : la personne qui souffle ou maugrée en s'avançant sera immédiatement récusée, elle aussi : c'est très dur, être juré, alors il faut qu'elle donne au moins l'impression d'en avoir envie.

          1. 3 réactions

            Merci mille fois pour cette explication ; n'ayant jamais assisté à  un procès, je n'étais absolument pas au courant de cette pratique, je pensais que les jurés étaient uniquement tirés au sort.
            En tous les cas, c'est une tradition assez étrange, un peu choquante, même. Lorsque vous avez évoqué les jurés qui donnent l'impression de n'avoir pas envie d'être là , ou ceux qui semblent alcooliques / shootés / hooligans, je me suis dit qu'en effet, elle avait du empêcher des brutes épaisses de prononcer un jugement ; cependant, quand on y réfléchit bien, juger sur la profession + la gueule + l'attitude n'informe pas vraiment une décision. Certains alcooliques sont plus capables de jugement lucide et éclairé que certaines personnes provenant de milieux intellectuels (je parle en connaissance de cause, car j'étudie dans une école réputée pour sa formation intellectuelle - disons que je ne fréquente pas Alain tous les jours... :?: ).

            Je me dis, d'après votre réponse, qu'avoir plus d'informations sur les jurés vous permettrait d'exercer ce droit de façon plus éclairée, mais en même temps, je ne sais pas tellement quel genre d'information pourrait vous permettre cela : l'éducation et la formation, éventuellement? un questionnaire de Proust ( :) )?!

            Après tout, laisser complètement au hasard le soin de décider des jurés n'est pas nécessairement plus injuste que de les piocher à  la gueule du client... cela paraît plus injuste lorsque ce choix à  l'aveugle (à  la borgne, disons) est effectué par une main humaine. Je suppose qu'en principe, cette pratique est celle qui permet d'éviter le mieux un jugement effectué sur des critères primaires (émotion, violence), mais comme elle consiste à  évaluer la mentalité / l'intelligence d'un autre être humain, elle ne peut être que partiellement efficace.
            Et puis, il faut penser à  celui qui choisit : les critères que vous avez donnés semblent justifiés par le bon sens et l'expérience, mais il n'est pas certain qu'ils soient partagés par tous les avocats. Je pense que l'on pourrait discuter votre analyse des réactions face à  un viol, par exemple : je ne me permettrais pas de la récuser, mais ayant entendu trop de fois l'argument "elle l'a bien cherché, avec sa mini-jupe / manie de sortir de le soir / son comportement aguicheur etc...", (provenant d'hommes comme de femmes, d'ailleurs), je ne suis pas sûre que baser son choix sur le genre soit toujours fructueux. Les réactions des gens restent motivées par des critères surprenants, et les préjugés se trouvent partout.
            Si on pense par exemple aux cas de déni de grossesse, je ne pense pas que cette décision puisse être basée sur le genre ; les gens étant très peu au courant des découvertes médicales et psychiatriques sur ce phénomène (ou refusant de les croire, en se basant sur une soi-disant sagesse populaire ou une expérience personnelle ("J'ai eu cinq enfants, je vous jure que ça se voit!"), les deux genres sont également cons sur ce point.
            Dans ces cas-là , par exemple, tentez-vous de garder des professions susceptibles d'être plus éclairées (ici, des médecins)?

            Tout cela pour dire finalement pas grand'chose, à  part que c'est une pratique étrange, qui me semble être la plus à  même d'éviter les jugements hâtifs, mais qu'elle reste basée sur des critères humains, donc incertains.
            En gros, vraiment bon courage à  vous, j'imagine que c'est une décision vraiment difficile pour vous (si ça se trouve, la jeune femme en congé maternité a été plus clémente que les autres).

            1. 289 réactions

              ... sans compter qu'on peut être à  la fois intellectuel ET alcoolique (ou toxicomane, d'ailleurs)...
              ... ou intellectuel et très con...
              ... ou intellectuel, alcoolique et très con ...

              Pas facile, de récuser !

              1. 7 réactions

                Et parfois même beau, beau et con à  la fois ! (même si ce n'est qu'une heure, rien qu'une heure durant)

                1. 289 réactions

                  Suffit que ce soit la bonne, d'heure...

          2. 859 réactions

            C'est une manie, chez les avocats lillois, d'essayer de charmer les juré(e)s ?... :D

  9. 1 réactions

    Captivant !!!

    Léger malaise : Si vous endossez avec autant de conviction (ou en tout cas, de talent) les habits de l'accusation et de la défense, est-ce à  dire que, une fois ôtée votre robe, vous pensez que les deux thèses se valent tout aussi bien ? Autrement dit, et c'est la question que je me pose toujours à  propos du parquet, votre réquisitoire était-il le reflet de votre intime conviction, ou simplement le résultat de votre charge, celle de défendre les intérêts de la société ? Tout cela est-il un jeu de dupes ?

    Ma question est sans doute naïve... Mais comme je n'oserais pas poser la question à  un magistrat dans la vraie vie, je suis contente de pouvoir la poser ici !

    1. 859 réactions

      C'est une question tout à  fait intéressante, et j'y réponds par la négative : si j'avais eu un doute sur la culpabilité de Victor, j'aurais requis un non-lieu à  son encontre à  la fin de l'instruction. J'aurais aussi si le doute m'était venu plus tard, par honnêteté intellectuelle, signalé au Parquet général que je requerrais son acquittement si on me désignait pour le procès. Et enfin, si les débats eux-mêmes m'avaient fait douter, j'aurais trouvé un moment pour aller m'entretenir avec le PG et indiquer que je pencherais pour l'acquittement.
      Les deux thèses ne se valent pas à  mes yeux, non. Ici, je peux m'adonner à  un jeu de rôles. Si c'était le cas dans la vraie vie, je crois que j'aurais choisi un autre métier.

      1. 3579 réactions

        Et moi, dans la vraie vie, je crois que j'aurais demandé à  l'accusé l'autorisation de ne pas plaider l'acquittement, ou à  défaut qu'il aurait changé d'avocat...

        1. 1 réactions

          Faire un truc pareil, ce n'est pas condamner l'accusé avant même son procès?

          1. 859 réactions

            Plutôt le contraire : si l'accusé tient à  plaider l'acquittement, autant qu'il trouve un avocat convaincu pour le faire, plutôt que quelqu'un qui plaidera forcément moins bien une cause à  laquelle il ne croit pas.
            Euh, attendez, à  moins que votre question n'ait été "Débarquer Maître Mô pour un avocat forcément moins bon, n'est-ce pas se condamner d'avance ?" ...

  10. 146 réactions

    Bravo Marie !

    Vous allez nous livrer le jugement, très bien, même si je crois que tous les lecteurs du blog l'imagine déjà . En ce qui me concerne, je pense que Victor n'a rien fait même s'il savait ce qui se passait. Cécilia était-elle seule ou pas ? Le voisin n'a entendu qu'un "sortez de chez moi connasse".

    Et vous ? Votre opinion personnelle sur cette histoire ? Vous en avez forcément une. Ou vous contenterez-vous de nous écrire qu'aucune preuve matérielle n'ayant été apportée pour attester de la culpabilité de Victor, il doit être acquitté ? Mais dans ce cas Cécilia ne doit pas être jugée car regarder mourir une femme enceinte plusieurs jours après l'avoir agressée témoigne non pas d'un discernement partiel, comme l'indique un des experts, mais totalement altéré.

    1. 859 réactions

      Chere Inconnue, j'ai bien évidemment mon opinion sur cette affaire, puisque j'ai requis la condamnation de Victor et Cécilia lors de leur procès.
      Je ne pense pas que Cécilia ait pu commettre seule l'agression, car même si elle pouvait présumer que Johanna serait affaiblie du fait de son état de santé, elle ne pouvait être certaine de réussir à  la maîtriser sans aide. Sur la phrase entendue par le voisin, vous me rappelez que j'ai négligé, en tentant de rendre l'exposé des faits aussi concis que possible, de faire ressortir un détail bien expliqué par Cécilia au juge d'instruction : elle a en effet précisé qu'étant au courant, comme tous les habitants de la rue ou presque, de la méfiance naturelle de la victime choisie (pas très sociable, qui par surcroît avait été agressée dans son immeuble deux ou trois ans auparavant et n'ouvrait ainsi sa porte qu'après examen du visiteur à  travers le judas), Victor et elle avaient décidé qu'il attendrait en se dissimulant sur le palier tandis que Cécilia frapperait à  la porte, afin de laisser croire à  Johanna, qui la connaissait de vue, qu'elle était seule à  lui rendre visite. Le stratagème a parfaitement fonctionné, je pense. Je ne trouve donc pas illogique que seul le terme de "connasse" soit venu à  l'esprit de la victime lorsqu'elle a vu Cécilia repousser la porte et entrer de force, avant même probablement de s'apercevoir de la présence de Victor arrivant sur les talons de sa compagne.
      Le défaut de preuves matérielles de la présence de Victor sur les lieux n'est pas davantage un argument absolu pour l'innocenter : aussi curieux que cela puisse paraître, il arrive qu'un crime particulièrement violent ne laisse pas forcément de traces. Je me souviens par exemple d'un viol suivi de meurtre commis par un homme de niveau intellectuel extrêmement bas, sans préméditation (donc sans avoir pris aucune précaution en vue de ne pas laisser de matériel génétique sur la scène de crime) et dans des conditions "physiques" très mouvementées, le tout en quelques minutes à  peine. Aucune trace exploitable n'a pourtant pu être relevée sur les lieux ni sur le corps.
      Quant à  prononcer l'irresponsabilité totale de Cécilia sur le seul fondement du caractère atroce des faits commis, c'est techniquement possible, bien sûr, mais je ne l'ai jamais vu faire par aucune Cour d'assises, surtout sans expertise psychiatrique en ce sens.

      1. 146 réactions

        Merci Marie pour ces précisions et votre opinion. Je ne pensais pas que Cécilia puisse être seule. Mais ça aurait pu être n'importe quel drogué/dealer qu'elle fréquente.

        Avec tous les éléments que vous avez apportés dans vos commentaires, peut-être que finalement Victor aura une peine moins lourde que Cécilia vu que vous avez pris soin de rappeler qu'à  aucun moment Cécilia n'a fait quoi que ce soit pour que Johanna soit secourue quand il en était encore temps.

        1. 859 réactions

          Mais justement, Cécilia ne fréquentait quasiment personne en-dehors de Victor, de sa famille (ils habitaient tous plus ou moins dans le même immeuble) et de Louisa, l'ex-belle-soeur de Victor ! C'est lui qui rencontrait les dealers, Cécilia n'ayant pratiquement pas le droit de sortir de chez eux sauf pour faire quelques courses alimentaires au supermarché du coin, endroit où elle croisait Johanna.
          Cette absence de contacts avec l'extérieur a d'ailleurs été un élément fondamental dans la construction de ma conviction personnelle : je n'arrivais pas à  imaginer cette femme soumise, qui pouvait à  l'occasion récolter une gifle simplement pour n'avoir pas prévenu Victor qu'elle avait voulu aller prendre un café chez Louisa, échafaudant un plan qui impliquait qu'elle sorte à  22 heures en compagnie d'un tiers pour une durée indéterminée ...

          1. 146 réactions

            Ah ben voilà  ! Faut vous tirer les vers du nez ! :D

            Bon là  c'est sûr y a peu de probabilités que ce soit quelqu'un d'autre que Victor.

            1. 859 réactions

              Vous avez raison, je n'ai probablement pas assez développé cet aspect (pourtant particulièrement apparent lors de l'audience, au moment de l'examen des personnalités, lorsque sa seule curatrice s'est présentée pour témoigner pour Cécilia, tandis que toute la famille et les amis de Victor étaient là ).
              Mais j'ai dû pas mal sabrer dans ma première partie, qui était forcément destinée à  être hypertrophiée par rapport à  la seconde, pour ne pas trop déséquilibrer les deux.

  11. 45 réactions

    Histoire de faire original, bravo pour cette double vision :P

    J'aurai une petite question, êtes vous en contacte avec l'avocat à  laquelle vous vous substituez pour avoir son avis sur votre texte ?

    Le summum de ce genre de texte serai d'avoir les points de vue écrit par :
    - le juge
    - le procureur
    - un juré
    - l'avocat
    - l'accusé (mais il faudrait qu'il soit honnête)

    Je pense que ca ferai 5 histoires totalement différentes aussi bien sur le fond (ressenti) que sur le style.

    1. 859 réactions

      Merci Killerjeff.
      J'avais pensé ajouter encore la vision du président et celle de Victor lui-même (je pensais à  l'époque pouvoir tout faire tenir en un seul billet, d'ailleurs), mais comme je l'ai mentionné plus haut, j'ai craint de trop nombreuses redites.
      Sinon non, je n'ai pas contacté l'avocat concerné, pour la bonne raison que mon époux mis à  part, aucun de mes proches et aucune de mes relations professionnelles ne sait que j'écris ici, malgré les considérables efforts de Mô pour me dénoncer à  un maximum de gens. ;)

      1. 3579 réactions

        Lesquels ne font que commencer, surtout si je vais plaider chez Marie un jour !!! :mrgreen: :P

        1. 859 réactions

          Je suis tranquille, c'est pas pour demain ! :D

        2. 202 réactions

          on va s'organiser ça...

        3. 10 réactions

          Compte tenu des relations plutôt étroites qui semblent exister entre vous, Marie ne devrait-elle pas se déclarer incompétente pour cette affaire et demander à  ce qu'elle soit inscrite au rôle d'une autre chambre, ou qu'un autre président soit nommé pour l'occasion ?

          1. 3579 réactions

            Vaste débat, Delio, qui mériterait un billet que je croyais avoir déjà  écrit (je ne le retrouve pas), et en méritera donc un, mais pour faire simple : le monde judiciaire est minuscule, et au fil du temps, des amitiés s'y noue, y compris contre nature, entendez de juges avec des avocats, et vice-versa (je mets ici de côté les liens encore plus fort, genre amour).

            Il n'est donc pas si rare, en particulier dans son propre ressort, de se retrouver à  plaider devant un ami juge ou procureur, et à  requérir ou juger devant un ami avocat, ce encore plus dans les "petites" juridictions, où tout le monde se connait.

            Doit-on refuser de le faire ? Je ne le pense pas, et ce serait de toute façon ingérable. On doit juste, alors, se surveiller encore mieux que d'habitude, et faire la part des choses entre le boulot et ladite amitié -les avocats connaissent ça par cœur, passant leur temps à  s'étriper entre copains à  l'audience, puis à  se saouler ensemble après !

            C'est le jeu, et on en connait tous les règles : se connaître ne peut pas empiéter sur "les affaires", on le sait et basta. Je vais même vous dire que c'est un excellent critère de tri de ses amis "de la partie adverse" : si ça dérape en privé, genre l'ami qui vous parle d'une affaire en cours, ou bien en public, genre l'ami qui se sert de ce qu'il connait de vous en privé pour faire son métier, il cesse de suite d'être un ami, et dégage même alors avec les honneurs dus à  son rang.

            D'ailleurs, cette question revient souvent, mais bien moins que celle consistant à  demander la même chose pour des personnes qui se détestent -et pourtant, croyez-moi, ça se pose aussi souvent, voir plus ! Et c'est bien plus dur à  gérer...

            On est tous au service de la Cause Justice, en audience seul cela compte, le reste ensuite et en dehors. L'estime mutuelle ne peut que passer par là ...

            Devant Marie, j'aurais en plus d'autant moins de mal à  plaider qu'on ne s'est jamais vus, ni dans la vraie vie ni au travail : la situation nous amuserait sûrement, et il ne serait même pas impossible que nous y fassions des allusions privées, mais ça ne nous empêcherait pas de faire nos métiers en conscience, ça nous y contraindrait même peut-être un peu plus encore que d'habitude, justement pour qu'aucun soupçon de rien ne puisse survenir.

            Voilà , je manque de place pour développer, mais en substance, il n'y a pas d'amitié qui tienne face à  un justiciable.

            1. 188 réactions

              Pour le billet déjà  publié par Mô à  ce sujet, je crois que c'est par là .

              1. 859 réactions

                Sans compter un brouillon qui traîne dans un coin, sur le même sujet, mais élargi et rigolo ! :P

  12. 1440 réactions

    Bravo Marie pour ce tour de force, j'ai moi aussi cru que notre maître à  tous s'était emmêlé les pinceaux et avait publié un article sous ton nom ! Seule l'absence de multiples virgules, annotations, parenthèses et la rapidité du texte m'ont convaincu du contraire ! :)

    1. 859 réactions

      Pourtant, j'aime bien ça aussi, les virgules et parenthèses ... mais là , le texte ne s'y prêtait pas.
      Pour le reste, waouh, je suis flattée !

  13. 7 réactions

    Je me lance faiblement... :?
    20 ans prononcés contre Victor et l'avocat de la défense qui interjette appel.
    Même si j'aimerais que ce soit le contraire.

  14. 5 réactions

    Superbe , excellent , je me suis retrouvé, en lisant ce texte, comme quand je siege au TPE (où quelque fois les affaires sont difficiles). je rejoinds Marie le talent ne peut suppléer le manque de preuve (et ce pour l'avocat et pour le procureur).

    Et juste pour repondre Killerjeff, lorsqu'on juge c'est le même sentiment qui se degage de ce texte mais elargie à  l'ensemble des protagonistes. On cherche à  savoir, à  comprendre , à  jauger, on s'attarde un maximun sur les faits , les preuves , les témoignages, les victimes , un mot, une expression , une moue avec une acuité toute particulière.

    J'avoue que cela n'est pas facile et peut être encore plus au TPE avec certaines affaires

  15. 3579 réactions

    Marie, si je puis me permettre, avec toute l'humilité que la qualité de ton exercice m'impose, tu aurais pu ajouter, au bas de chacun des deux articles, pour l'avenir notamment, un petit lien vers l'autre article, en bas à  droite, genre "L'avocat de la défense/ L'avocat général", tu vois ?

    Voilà , je te rends les clés, à  la semaine prochaine, ou celle d'après... :lol:

    1. 859 réactions

      Euh ... attends, comment on fait ça ?

      1. 2 réactions

        Marie, voici comment mettre un lien vers une autre page :

        Letextequejeveux"

        Exemples concrets :

        - L’avocat général -
        L’avocat général

        - L’avocat de la défense -
        L’avocat de la défense

        Il est possible de ne pas mettre target="_blank", cela sert à  ouvrir le lien dans une page différente du navigateur (et ne pas remplacer la page sur laquelle on est par l'autre...

  16. 1 réactions

    Marie, merci beaucoup de nous avoir fait partagé cette histoire ! (j'avoue avoir été tellement captivé a imaginer la scène que j'en ai manqué mon arrêt de métro!)

    Avoir les deux points de vues était aussi particulièrement intéressant, et se placer dans la peau d'un membre du jury devient alors assez difficile (c'est facile derrière l'odinateur, mais probablement moins lorsque l'on se dit que l'on a la vie d'un homme entre les mains). Pour ma part, je pencherai tout de même pour la culpabilité (après avoir, je l'avoue, longuemen hésité : je suis convaincu de la culpabilité, mais cette conviction repose plus sur un faisceau d'éléments que sur des preuves réelles).

    Quoi qu'il en soit, merci encore de nous faire découvrir la justice de l'intérieur! :D

  17. 721 réactions

    Bel exercice de style Marie ! Pour quelqu'un qui s'est dit enlisée, cela a plutôt avancer à  bonne vitesse...

    Difficile d'être jurée dans cette affaire je pense ! D'un côté, l'enquête a permis de réunir de nombreux indices concordants permettant de supposer que Victor se trouvait en compagnie de Cécilia sur les lieux, et a participé aux faits. Ses nombreuses contradictions ou son mutisme ne font qu'accréditer cette thèse. C'est bien connu, lorsqu'une personne ment, c'est forcément qu'elle a quelque chose à  cacher et qu'elle ne se sent pas tranquille. Alors certes, il est semble t-il un peu limité, mais cela ne peut pas tout expliquer. Quant à  cette volonté de vengeance qui serait menée par sa compagne, cela semble léger... Il a tout l'air d'un coupable en puissance, même si jusque-là  présumé innocent.

    D'un autre côté, il est vrai qu'aucun élément de preuve matériel ne le fixe sur le lieu des faits à  l'instant T, même pas l'ADN partiel découvert, qui prouve juste qu'un individu de sexe masculin était là , pas forcément Victor. Le doute, dit-on, doit profiter à  l'accusé. Mais quand on a un faisceau d'indices, de déclarations tournés dans la même direction, et un accusé qui au final n'apporte rien de sérieux pour les contrecarrer, la balance penche tout de même plus d'un côté, celle de l'accusation. C'est en tout cas ma conviction.

    Pour le verdict, je dirais qu'ils ont tous les deux été reconnus coupables et ont été condamnés à  une peine comprise entre 15 et 20 ans de réclusion criminelle. Vrai, pas vrai, je n'en sais rien. Je ne suis pas habituée à  ce genre d'exercices, tout au moins lors des procès d'assises auxquels je n'ai jamais eu l'occasion d'assister, ni d'y prêter mon concours. Un jour viendra, certainement.

    Et merci Marie pour ce récit. Tant qu'à  la fin de votre réquisitoire, vous ne vous êtes pas mise à  ressembler à  "La Tortue", tout va bien !

    1. 859 réactions

      C'est comme ça, qu'est-ce que j'y peux ... ;)

      1. 721 réactions

        Faudrait savoir ce que tu* veux....

        * Désolée, il ne s'agit pas d'impolitesse ou de familiarité mais je ne peux pas dénaturer les propos... :lol:

  18. 7 réactions

    Tout d'abord, bravo pour le billet, captivant et superbement écrit.
    Je précise déjà  que je suis seulement en train de passer le bac, inscrit à  la fac de droit pour l'année prochaine, et donc que je n'ai absolument aucune expérience du droit et de la justice, mise à  part ce blog que je dévore dès que possible.
    Mon avis, présomptueux au possible, est que Victor est coupable (dans les faits) de ce dont il est accusé, au regard de la description que vous faites du procès. Toutefois je ne jurerais pas que les jurés en aient décidé ainsi.
    Sinon, encore bravo et merci pour ce blog, pour ces articles, et mes félicitations pour le talent dont vous faites preuve à  la fois dans la prose et dans votre exercice de la justice.

    1. 859 réactions

      Merci !
      Votre vote est enregistré, et je pense communiquer le véritable verdict, disons, lundi.
      Bon courage pour le bac et pour la suite, les ennuis ne font que commencer, jeune padawan ... :lol:

  19. 289 réactions

    Verdict ?
    Innocent.
    J'ai du mal, vraiment du mal, à  concevoir qu'un homme aussi - pardon - peu intelligent, et déphasé, que Victor, ait réussi à  rester aussi longtemps dans cet appartement, en commettant des actes aussi violents, sans laisser de traces de son passage.

    1. 859 réactions

      Aussi bizarre que cela puisse paraître, Lambertine, je vous assure que ça arrive : aussi bien une action ultra-violente, non préméditée par un auteur bas de plafond et physiquement engagée qui ne laisse aucune trace, qu'une autre commise de façon très réfléchie par quelqu'un d'intelligent qui prend des précautions (surtout s'il regarde les Experts) pour effacer ses traces mais en laisse passer certaines ...

      1. 1 réactions

        Il y a toujours des traces. La question est plus de savoir si elles sont en quantités suffisantes pour être détectées et analysées.
        Et la formation, l'expérience et le temps à  disposition des techniciens de scène de crime ont aussi une influence...

        1. 859 réactions

          J'aurais dû dire "qui ne laisse aucune trace exploitable", c'est vrai.
          Mais j'ai bien en tête un cas d'ultra-violence soudaine (viol et meurtre, j'en parlais ailleurs) qui a laissé démunis des techniciens de scène de crime irréprochables.

  20. 1 réactions

    Juste ... Waou ..
    Superbe billet, vraiment.
    Le fait que vous puissiez écrire sur une dualité de positions est tout simplement génial !

    Du haut de ma chtite licence de droit récemment acquise, je pense que Victor aura entre 18 et 20 ans, et Cecilia entre 12 et 14 ..
    Mais bon, j'accorde peu de crédit a mes estimations, je sais que je suis plutôt sévère, et en plus je suis publiciste donc bon ... :P

    En tout cas, merci pour ce blog vraiment top, c'est toujours un plaisir de vous lire !

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