Dernière s-CEA-nce

(Le 38e appel du pied - dont personne ici n'ignore plus qu'il l'a grand - du Maître, qui a tendance à  diriger lesdits appels virtuels vers mon arrière-train, me pousse à  publier un texte ni émouvant, ni spécialement drôle, probablement aride et pourvu d'un titre moyen, qui n'aura pour mérite que de donner une idée à  ses lecteurs de ce à  quoi ils peuvent s'attendre s'ils se retrouvent poursuivis dans le cadre que je décris, ce qui peut arriver à  tout le monde ou presque1 . Il faudra néanmoins que j'apprenne un jour à  résister aux pressions des avocats, quand même. C'est terrible de toujours céder ainsi.)

8 h 20 : je passe récupérer Eric au greffe correctionnel, et nous descendons ensemble en salle des délibérés après un crochet par le bureau du JAP, qui a rédigé quelques rapports concernant des personnes convoquées à  mon audience dont il assure déjà  le suivi. Dix minutes plus tard, un coup d'oeil en salle d'audience nous apprend que le Parquet est à  son pupitre, que l'huissier semble en voie d'achever l'appel des présents, et que plusieurs avocats sont déjà  en place. Dernière vérification mutuelle, nos rabats2 sont réglementairement sortis, la sangle du parachute ne nous fait pas risquer le vol plané inaugural, nous pouvons lancer un coup de sonnette et entrer en scène.

La salle s'emplit immédiatement de robes noires, ce qui est un mauvais présage en termes de durée d'audience ...

"L'audience du Tribunal correctionnel est ouverte, vous pouvez vous asseoir" (bien penser à  ne pas trop hurler cette phrase, même si ce n'est pas évident quand c'est le matin et qu'on fait un essai de placement de voix, Tî m'ayant obligeamment avertie qu'il était inutile qu'on entende mes ouvertures d'audience depuis les locaux de l'Ordre).

L'huissier m'apporte le premier dossier, et c'est parti. Vingt-sept dossiers sont inscrits au rôle ce matin, les deux tiers concernant des conduites de véhicules en état alcoolique (CEA), le reste se répartissant entre conduites sans permis, ou malgré suspension de celui-ci, défauts d'assurance, conduites sous l'influence de stupéfiants, blessures involontaires et infractions à  la législation sur les transports. Les dossiers des prévenus assistés d'avocats passeront en priorité, comme il est d'usage.

Le premier prévenu en est à  sa troisième CEA. Je vérifie son identité, lis la prévention, résume les circonstances du contrôle et ses déclarations, pour finir par le rappel de son casier judiciaire. Je lui demande ensuite de s'expliquer sur les faits qui lui sont reprochés. Et en suis pour mes frais : il reconnaît avoir bu (cinq "apéritifs anisés en doses maison"), conduit ensuite, se rappelle bien son interpellation, ne trouve rien à  redire concernant sa garde à  vue, mais le pourquoi du comment, que dalle.

"Monsieur, vous êtes déjà  passé deux fois devant le Tribunal pour la même infraction, vous avez été condamné contradictoirement à  deux mois de prison avec sursis, puis à  des jours-amende, votre permis a été annulé la dernière fois, et tout ça ne vous a pas fait réfléchir ?- Ben si ...

- Mais pas au point de ne pas vous retrouver une troisième fois devant le Tribunal ?

- Ben non ...

- Eu égard à  votre casier judiciaire, vous êtes aujourd'hui inaccessible au sursis. Savez-vous ce qui va vous arriver si je prononce à  votre encontre ne serait-ce qu'un jour d'emprisonnement ? Vous vous souvenez de ce qu'on vous a dit lors de votre premier passage devant le Tribunal sur la révocation de votre peine avec sursis ?

- ..."

Personne ne souhaitant poser de questions, le substitut se lève, et s'adresse, ainsi qu'il est de coutume, à  l'ensemble des prévenus. Malgré les difficultés posées par un nez patatoïde et une voix inhabituellement nasillarde (tiens, c'est l'hiver, le rhume sévit), il informe les personnes présentes des principales peines encourues, de l'annulation automatique du permis de conduire pour les récidivistes, du nombre d'accidents de la route dus chaque année aux conducteurs pris de boisson, avant d'en venir au cas particulier de ce premier prévenu. Sans surprise, il requiert à  l'encontre de celui-ci une peine d'emprisonnement relativement importante, intégralement assortie d'un sursis avec mise à  l'épreuve, ainsi qu'une peine d'amende. L'avocat du prévenu axe sa plaidoirie sur l'inutilité d'un éventuel emprisonnement ferme (non requis, mais il est manifestement méfiant) ainsi que sur la nécessité de limiter la durée de la période pendant laquelle son client se verra interdire de repasser les épreuves du permis, dont il a professionnellement besoin.

Dans la mesure où je rends la majorité de mes décisions "sur le siège", c'est-à -dire dans la foulée de l'examen du dossier à  l'audience et sans suspendre celle-ci3, le prévenu n° 1, après que je lui ai redonné la parole, se voit immédiatement condamner à  une peine d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à  l'épreuve (avec explications sur la signification de cette mesure, pour laquelle une convocation devant le SPIP lui est immédiatement remise) et une peine d'amende "sur le montant de laquelle vous pourrez bénéficier d'une réduction légale de 20 % si vous vous en acquittez dans un délai de trente jours"4 conformes aux réquisitions du Parquet. Je constate également l'annulation de plein droit de son permis de conduire, et lui interdis d'en repasser les épreuves durant trois mois.

Dossier suivant, celui d'une jeune femme, également récidiviste de la CEA, qui a pour sa part commis les faits que je dois juger pendant son délai de mise à  l'épreuve. S'y ajoute par surcroît aujourd'hui un délit de port d'arme de 6e catégorie (arme blanche). Après avoir évoqué les faits puis son casier judiciaire, je donne lecture des rapports du SPIP5 et du JAP la concernant, et recevrai ultérieurement pour celà  une lettre incendiaire de la mère de la prévenue, qui estime que cette lecture a porté atteinte à  mon secret professionnel et à  l'honneur de sa fille. Cette dernière me parle quant à  elle d'un alcoolisme de fond, dont elle ne parvient pas à  se débarrasser malgré les soins suivis dans le cadre de sa mise à  l'épreuve. Laurent, le parquetier aujourd'hui nasalement contrarié, requiert la même peine que celle à  laquelle elle avait déjà  été condamnée la première fois. Je prononce une peine d'emprisonnement avec mise à  l'épreuve dont le quantum et la durée s'élèvent au double des réquisitions, ce qui ne plaît pas à  l'avocate de la défense (et je la comprends, mais la peine requise m'a réellement paru très insuffisante).

Le troisième prévenu est encore une femme, assez âgée, dont je n'arriverai à  tirer que quelques mots intelligibles, car elle sanglote depuis le moment où j'ai appelé son nom et repartira de même. Elle parvient à  m'expliquer qu'elle n'arrive pas à  se contenir parce qu'elle trouve bien plus honteux de commettre une CEA pour une femme que pour un homme. Pas de récidive dans son cas, ni d'alcoolisme chronique d'après elle, mais un taux d'alcool ahurissant : 4 g dans le sang, sachant que le seuil du coma éthylique se situe aux alentours de 3 g pour la plupart d'entre nous6 . Rien d'étonnant donc à  ce qu'on l'ait retrouvée dans un fossé le jour des faits ... Qu'a-t-elle bien pu ingurgiter pour tutoyer un plafond pareil ? Elle ne s'en rappelle plus, a peut-être le souvenir d'une bouteille de vodka vide, mais c'est flou ... Emprisonnement avec sursis simple, "que vous n'effectuerez donc pas si vous n'êtes pas de nouveau condamnée, dans un délai de cinq ans, à  une nouvelle peine d'emprisonnement"7, amende et suspension de permis de même durée que la suspension administrative décidée par le Préfet pour elle.

On continue.

"J'avais fêté un anniversaire chez des amis, et j'avais bu un apéro et cinq ou six verres de vin, plus une coupe de champagne à  la fin, je pensais que c'était bon et que j'étais en état de conduire ...

- Qu'est-ce que c'est, pour vous conduire ? Juste s'asseoir dans le siège et mettre le contact ?

- Non, je sais bien, les réflexes et tout, mais je me disais que quand on n'abuse pas, ça va encore ..."

Les dossiers s'enchaînent, pas trop rapidement aujourd'hui. Pour le moment, ils sont encore tous plaidés. L'un d'entre eux nous occupe 1 h 15 durant, qui concerne un ouvrier agricole poursuivi pour blessures involontaires sur un couple de motards, qui se sont encastrés dans son attelage tracté. Il faudra étudier les photos des lieux, les témoignages des automobilistes ayant assisté à  la scène, essayer d'évaluer la vitesse de chacun suivant notamment leurs heures et lieux de départ ... La condamnation du conducteur du tracteur est requise. Je mets la décision en délibéré à  un mois (et ce sera une relaxe, eu égard en particulier au point d'impact de la moto sur l'attelage, et à  la vitesse à  laquelle elle semblait circuler, qui provoquera un appel du Parquet).

Au beau milieu des explications d'un prévenu, qui après avoir bu une quinzaine de "shots" de tequila en boîte, se pensait net et en état de reprendre le volant après avoir pris la précaution de dormir deux heures, je sursaute subitement. Pas à  cause de lui, mais de moi : à  force de relire depuis des heures les mêmes préventions et les même articles de loi sur le même ton, qui semblent devenir au fil de la matinée autant de formules incantatoires, j'ai l'impression d'avoir négligé de lire à  ce jeune homme ceux qui le concernent. Je passe discrètement un petit mot à  Eric, qui m'assure que j'ai normalement lu le contenu de la convocation. Ouf. Je peux donc en revenir immédiatement au prévenu, et lui demander s'il réalise la chance qu'il a de comparaître devant moi, pour une "simple" CEA, et non devant trois de mes collègues pour homicide involontaire, sans même parler de l'éventualité de son propre décès entre la boîte et son domicile. Non sans franchise, il me répond qu'il sait bien qu'il a eu de la chance ce soir-là , qu'il y a beaucoup réfléchi depuis, et le réalisera sans doute encore mieux à  la sortie du Tribunal, mais que là , à  la minute même, il ne se sent pas si chanceux que ça, car il ne ressent pas du tout cette comparution comme une expérience agréable ... Je le rassure, ce n'est pas le but de la séance.

Original : l'avocate d'un prévenu poursuivi pour CEA et feu rouge grillé m'indique que son client "ne conteste nullement la CEA, mais n'a pas le sentiment d'avoir grillé un feu rouge, et d'ailleurs, de là  où ils se trouvaient, les policiers ne pouvaient pas apercevoir la couleur du feu. Vous devrez donc le relaxer pour la contravention de non-respect du feu rouge." Sauf que, d'une part, le procès-verbal est particulièrement précis quant aux circonstances de la fameuse grillade de feu rouge, que je passe d'autre part chaque jour devant ce feu, qui est parfaitement visible de là  où les policiers se trouvaient, et qu'enfin, le "non-sentiment d'avoir grillé ce feu" a peut-être été aidé par les 2 g d'alcool mesurés chez l'intéressé ce soir-là . Condamnation pour les deux infractions donc. Je vois bien que l'avocate ronchonne.

"En sortant de la soirée, j'ai pensé que j'étais peut-être limite, mais peut-être pas, alors j'ai tenté le coup ...

- La prochaine fois, si vous voulez en être sûr, vous pourriez éventuellement acheter des éthylotests en pharmacie avant d'aller à  votre soirée, ça vous donnerait une idée de vos capacités à  prendre la route ensuite ?

- Oh, mais il paraît que ça n'est pas fiable du tout, ces trucs !

- Manifestement, votre estimation pifométrique non plus ...

- Tiens, c'est vrai ! Vous avez raison !"

L'affaire suivante, si elle est simple (une CEA en récidive commise par un homme qui rentrait de l'école avec son enfant non attaché sur le siège passager), mériterait une plaidoirie, non pas d'Assises, n'exagérons rien8, mais enfin, qui consiste en autre chose que "Oui ben mon client est alcoolique mais c'est bien normal parce que sa première femme a tué leur enfant commun avant de se suicider et sa deuxième femme est morte il y a quelques mois d'une maladie rare le laissant seul avec leur fils du coup là  il déprime donc il boit enfin vous apprécierez surtout sur la nécessité d'annuler son permis", dévidée d'une petite voix monocorde et à  toute vitesse par une avocate habituellement plutôt spécialisée en matière d'expulsions. J'indique à  l'intéressé que je n'ai aucun pouvoir d'appréciation sur l'annulation de son permis, vu son état de récidive, en essayant de lui cacher ma frustration vis-à -vis de sa défense.

La matinée se poursuit, avec un dossier qui nous arrive sur opposition à  une ordonnance pénale9 prononcée pour défaut d'assurance et plusieurs contraventions de 4e et 5e classes. J'en profite pour renseigner le prévenu sur les conséquences financières d'un accident corporel de la circulation routière commis avec un véhicule non assuré (en gros, passer sa vie active à  rembourser le Fonds de garantie qui aura indemnisé la victime avant de se retourner contre lui). Le Parquet requiert la confirmation de l'ordonnance pénale, l'avocat plaide ... et mentionne en passant que "M. le Procureur aura en tout cas pris son temps pour décider de poursuivre mon client, puisque les faits datent de février 2008 et les réquisitions du Parquet d'avril 2009 !". Ce qui me fait bondir sur le dossier, et le compulser frénétiquement, en pestant pour l'avoir mal préparé. L'avocat s'arrête donc de plaider, en indiquant sèchement préférer attendre d'avoir ma pleine attention avant de poursuivre. Je lui réponds que non seulement il l'aura sous peu, mais que je vais même lui donner matière à  plaider sur la prescription de l'action publique concernant les contraventions poursuivies, dès que le Parquet m'aura donné son avis sur la question. Les parties en présence s'accordent dans les minutes qui suivent sur cette prescription, que je constaterai donc, avant de condamner le prévenu pour le délit.

Tiens, un prévenu assisté d'un avocat qui essaye de dissimuler un sourire qui va d'une oreille à  l'autre ? Ah oui, je sais pourquoi. Son client a été interpellé, véhicule stoppé au beau milieu d'un rond-point, car pris d'une envie pressante, il avait décidé de l'assouvir exactement là , sans rouler un mètre de plus. Après quoi, les multiples verres d'alcool ingérés dans l'heure précédente aidant, il n'avait pu retrouver les clés de sa voiture. Les gendarmes arrivés fortuitement sur les lieux l'avaient donc aidé dans sa quête "et d'ailleurs c'est eux qui les ont retrouvées, mes clés, pile là  où j'avais fait pipi. En plein milieu en fait ... J'ai trouvé ça très sympa de leur part d'ailleurs ! Bon, après, ils m'ont quand même fait souffler ..." Gendarme, c'est un dur métier, on ne le rappellera jamais assez.

A 12 h 45, escale technique de dix minutes, afin de permettre au greffier d'aller fumer une clope, au substitut d'aller se mettre des gouttes dans le nez, et à  moi de boire un verre d'eau, car depuis plus de quatre heures que je parle sans interruption ou presque, ma bouche commence à  être pâteuse.

Nous reprenons avec un dossier d'infractions à  la législation sur les transports, contentieux technique s'il en est. Tellement qu'en préparant le dossier, je me suis dit que la relaxe pour "obscurité caractérisée de la réglementation européenne en cause" était plaidable. Le prévenu, gérant d'une société de transports poursuivi pour diverses infractions ésotériques tournant autour du poids du véhicule de transport et de celui des voitures prises en charge, plaide effectivement sa propre relaxe, mais en me démontrant que les articles de loi repris dans sa convocation ne lui sont guère applicables, puisqu'il n'effectuait pas au moment des faits de transport à  but lucratif et que le poids total de l'attelage était inférieur au poids fixé par les règlements. Son avocat reprendra évidemment ses arguments, me précisant au passage n'avoir pas réussi à  retrouver les règlements applicables sur Legifrance, et soulevant de plus l'absence de procès-verbal de pesée par les enquêteurs ayant procédé à  l'interpellation. Je mets ma décision en délibéré à  une semaine, à  l'issue de laquelle j'aurai réussi à  retrouver, via divers sites d'institutions communautaires, les cinq textes réglementaires applicables (prévoyant chacun des exceptions au précédent, et renvoyant au suivant pour le régime de ces exceptions, sinon ce n'est pas drôle), pour finalement donner raison au transporteur pour l'ensemble des motifs soulevés.

Tiens, une nullité ! Pas un mauvais avocat, bien sûr, mais une nullité de procédure soulevée par le conseil d'un prévenu, qui conteste la régularité du contrôle effectué selon lui par des APJ10 non supervisés par un OPJ11. Il soulève également au fond l'absence de caractérisation des faits de conduite en état d'ivresse manifeste et de refus de se soumettre aux vérifications tenant à  l'état alcoolique pour lesquels son client a été poursuivi : l'intéressé n'a refusé de se soumettre qu'à  l'éthylotest (le "ballon"), et non à  l'épreuve de l'éthylomètre. La procédure ne mentionnerait par ailleurs qu'un seul signe d'ivresse manifeste (une odeur de vin persistante), au demeurant non mentionné dans la convocation qui a saisi le Tribunal, alors que la Cour de cassation en exige plusieurs pour caractériser cet état. Décision en délibéré à  la fin de l'audience, aux termes de laquelle je rejetterai la nullité soulevée (il y avait bien un OPJ présent sur les lieux) mais relaxerai au fond, les arguments présentés étant pertinents.

Dix-septième et dernier dossier plaidé à  14 h 15. Fait inquiétant, il reste une vingtaine de personnes dans la salle ... Essayant d'en faire abstraction, nous attaquons l'examen de la procédure concernant Monsieur L., qui comparaît pour la quatrième fois en quelques années pour CEA en récidive. Il a été interpellé endormi au volant d'un véhicule professionnel, arrêté au beau milieu d'une départementale, deux bouteilles de whisky vides dans le vide-poches. Il est assez émouvant, Monsieur L., et raconte si bien son histoire qu'il laisse peu de place à  la plaidoirie de son avocat : il y a sept ans, son fils de 30 mois est mort dans ses bras pour avoir échappé quelques minutes à  sa surveillance et sauté pendant ce laps de temps du toit d'un appentis, atterrissant la tête la première sur un tas de pierres et de ferraille rouillée. Depuis, Monsieur L. est un salarié modèle de l'entreprise qui l'emploie ... onze mois de l'année du moins, car avec la régularité d'une horloge, il replonge dans l'alcool chaque mois de juin, autour de l'anniversaire de la mort du garçon, et se fait quasi immanquablement contrôler, poursuivre, et condamner. Son dernier passage devant le Tribunal correctionnel s'est soldé par un mandat de dépôt à  la barre, pratique que j'ai en horreur12, de même que Laurent, en temps normal. Ce dernier prend d'ailleurs la parole pour expliquer qu'un quantum élevé d'emprisonnement ferme assorti d'un mandat de dépôt immédiat pourrait se justifier, mais qu'il préfère requérir une peine évidemment plus longue que la dernière fois, tout en restant "aménageable", et susceptible ainsi d'être effectuée sous le régime de la semi-liberté ou du placement sous surveillance électronique. L'avocate adhère, sans surprise, à  ces réquisitions relativement clémentes, et Monsieur L. repart libre avec sa convocation devant le JAP aux fins d'aménagement de peine. Non sans que je me dise que si, au mois de juin prochain, Monsieur L. se retrouve poursuivi pour homicide involontaire commis en état alcoolique, je vais avoir du mal à  dormir pendant longtemps ... Je jette un regard à  mon parquetier, qui observe le condamné quitter la salle d'un oeil qui me semble humide, et pas seulement à  cause du rhume.

Les avocats ayant déserté la salle d'audience, restent les personnes comparaissant sans assistance. Le piège serait maintenant d'accélérer la cadence (même s'il faut bien avouer que déjà , on est soulagé de gagner le temps de plaidoirie sur les dix derniers dossiers) en oubliant que ces prévenus sont justement ceux avec lesquels il faut être le plus clair possible, histoire qu'ils ne repartent pas chez eux sans rien avoir compris au jugement de leur propre affaire.

Un homme poursuivi pour CEA en récidive s'approche. Un puissant relent d'alcool me parvient, qui me rappelle une discussion avec un ami avocat, durant laquelle celui-ci m'avait dit n'avoir commis qu'une seule fois l'erreur de demander à  son client de s'abstenir de boire avant l'audience, ce qui avait eu pour effet de le faire venir à  la barre en arborant tous les symptômes du manque ... Le prévenu qui m'occupe tremble de tous ses membres, mais soutient qu'il ne boit JAMAIS d'alcool, qu'il avait simplement avalé quelques cuillères de sirop pour la toux au moment du contrôle, et qu'avec ses médicaments pour l'hypertension, celà  expliquait l'alcoolémie élevée mesurée par l'éthylomètre. Devant mon incrédulité, il s'avance à  un mètre de mon bureau, pour brandir sa main en me montrant qu'elle ne tremble pas ... sauf évidemment si l'on prend en compte les bonds de 30 cm qu'elle effectue dans les airs sous mon nez (lequel est mis à  plus rude épreuve encore). Revenant aux éléments de personnalité contenus dans le dossier, je lui demande s'il se rappelle de sa première condamnation prononcée contradictoirement, deux ans auparavant, pour des faits identiques (six mois d'emprisonnement avec sursis, une amende, quatre mois de suspension du permis). Il répond qu'on lui a enlevé son permis pendant plusieurs mois et qu'il a dû payer une somme dont il ne se rappelle plus exactement le montant. J'insiste, en évoquant une peine de prison, un délai de cinq ans pendant lequel il faudrait se tenir à  carreau ... non ? Il me regarde avec des yeux ronds, et rétorque que s'il avait eu de la prison, il s'en souviendrait, quand même ! Sursis avec mise à  l'épreuve comprenant obligation de soins, annulation de plein droit de son permis ... Il sort de la salle en criant qu'il va faire appel. Ca arrive parfois.

Les deux dossiers suivants concernent encore une fois un récidiviste, mais pas n'importe lequel : à  six jours d'intervalle, Monsieur B. a commis ses dixième et onzième CEA, si j'en crois son casier. Typiquement le genre de dossier susceptible de faire péter une durite au parquetier de permanence, puis d'audience, et de donner lieu à  une procédure bien plus expéditive que la paire de COPJ13 qui amène Monsieur B. devant moi aujourd'hui. Je ne peux m'empêcher d'échanger un regard avec Laurent ("Vous faites passer des gens en comparution immédiate pour moins que ça, quand même ?"), qui hausse légèrement une épaule ("Parfois, ça peut passer entre les mailles du filet à  la perm ..."). Quant au principal intéressé, il m'explique immédiatement que "tout ça, c'est la faute des gendarmes ! Ils se planquent derrière des buissons dès que je sors de chez moi et paf ! Ils m'arrêtent à  tous les coups ! Vous trouvez ça normal qu'ils me contrôlent tout le temps ?

- Vu les taux relevés dans l'air que vous expirez à  chaque fois, je dirais qu'ils ont raison de vous contrôler, Monsieur ...

- Mais c'est pas juste, ils ont repéré ma voiturette, alors c'est facile !

- Et ce qui vous semble anormal, c'est que les gendarmes vous soupçonnent - légitimement - de conduire alcoolisé, pas le fait que vous preniez le volant après avoir bu ?

- J'étais parfaitement en état de conduire, d'ailleurs ils le savent bien, ça fait au moins cinq ans que je n'ai pas eu d'accident.

- Et vous pensez mériter une médaille pour n'avoir pas encore réussi à  tuer quelqu'un, à  commencer par vous-même ?..."

Monsieur B., qui a épuisé à  peu près tout l'arsenal dont nous disposons en matière de peines, est évidemment inaccessible au sursis et a déjà  écopé de deux sursis avec mise à  l'épreuve au cours des trois dernières années, sera condamné, conformément aux réquisitions, à  une lourde peine d'emprisonnement ferme. Sans mandat de dépôt à  la barre toutefois.

"Je suis dépressif, je n'y peux rien, je ne peux pas m'empêcher de boire ...

- Monsieur, ce que le Ministère public vous reproche, ce n'est pas de boire, c'est de conduire en ayant bu.

- Oui, mais souvent, quand je déprime, je bois, et après ça me détend d'aller faire un tour en voiture ..."

Le dernier dossier arrive enfin, celui d'un jeune homme qui a été contrôlé alors qu'il venait déposer plainte pour vol à  la gendarmerie, effectuant à  cette fin un magnifique créneau sur le parking d'icelle ... non sans emboutir un véhicule de dotation, de plein fouet. Avec 2,8 g dans le sang, ceci expliquant probablement celà .

16 h 40, la dernière décision est rendue. Il reste pourtant une dizaine de personnes dans la salle, qui viennent se présenter : ils sont moniteurs d'auto-école débutants, et leurs employeurs les ont envoyés passer ici une partie de la journée pour parfaire leur formation (plutôt une bonne idée en soi, je trouve). Ils ont quelques questions à  nous poser ... qui se résument à  une seule, en fait : "Le Procureur a dit tout à  l'heure que les récidivistes encouraient quatre ans de prison, mais vous n'avez prononcé aucune peine supérieure à  quinze mois fermes, on trouve que c'est pas beaucoup. Pour quelle raison avez-vous la main si légère ?..."

Laurent leur parle dimension sociale des décisions de justice, personnalisation et nécessité des peines, réinsertion des condamnés ...

J'arrive tout juste pour ma part à  décoller ma langue de mon palais14 pour leur demander s'ils ont déjà  visité une prison, et s'ils imaginent ce que ça peut représenter d'y passer ne serait-ce qu'une journée, sans même parler de centaines de jours ...

"L'audience est levée."

  1. Surtout si l'on prend en considération le nombre de créatures assoiffées de champagne qui fréquentent ces lieux ... []
  2. = cravates blanches plissées []
  3. Je sais, les avocats n'aiment pas ça, mais je prends malgré tout le temps nécessaire pour examiner les pièces fournies et réfléchir, quitte à  créer de longues minutes de silence ; et puis je ne vois pas l'intérêt d'obliger des gens qui n'ont en général posé qu'une demi-journée de congés à  attendre plusieurs heures durant la décision les concernant. []
  4. Il s'agit là  de l'une des informations que l'on doit porter à  la connaissance de chaque condamné, qui transforment à  mon avis le prononcé de la peine en une sorte de masse verbale à  la limite de l'intelligibilité, celle-ci revêtant en prime un petit aspect "marchand de tapis", mais bon, on est bien obligé ... []
  5. Service pénitentiaire d'insertion et de probation. []
  6. Enfin, d'entre vous, parce qu'en ce qui me concerne, je suppose que ce serait plus près de 0,5 g ... []
  7. cf note 4 []
  8. Et surtout, ne donnons d'idées à  personne ... []
  9. Procédure simplifiée aboutissant à  un jugement sans audience, sauf opposition du condamné. []
  10. Agents de police judiciaire []
  11. Officier de police judiciaire []
  12. Consistant à  ordonner l'incarcération immédiate du condamné arrivé libre au Tribunal. []
  13. Convocation par OPJ. []
  14. Mine de rien, huit heures d'audience en continu, ça dessèche. []

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  1. 1 réactions

    Très instructif ! Merci

    1. 859 réactions

      Mais je vous en prie !

  2. 28 réactions

    Aaah la joie des audiences routières :) Si elles n'existaient pas il faudrait les inventer!

    Pour ce qui est du délibéré sur le siège, je ne vous rejoins pas, en revanche: le justiciable a souvent l'impression que son affaire est expédiée, que le juge ne prend pas le temps de la décision... en tout cas c'est ce que j'ai pu constater en discutant parfois avec eux. Est-ce qu'il ne vaut pas mieux partir en délibéré souvent plutôt que de rendre directement la décision?

    Bon, j'ai compris, je sors... :?

    1. 859 réactions

      Non, c'est une pratique qui se défend, et que nombre d'entre nous ont adoptée. Ce n'est pas mon truc, c'est tout !

      1. 28 réactions

        Je comprends...
        Mais vous devez être dans un département de poivrots pour que l'audience CEA dure aussi longtemps

        1. 859 réactions

          Je n'en ai pas spécialement l'impression (enfin j'espère), ces audiences durant généralement plutôt 5 h 30 - 6 h pour 25 à  30 dossiers en moyenne, ce qui reste raisonnable. L'audience en question a surtout été rallongée par la présence au rôle de deux ou trois affaires assez lentes à  instruire, par le nombre des plaidoiries, et par le fait que deux prévenus seulement manquaient à  l'appel.

  3. 11 réactions

    en fait, ce qu'il manque c'est l'assistante sociale

    du coup je me demande si ces gens sont typiques des cea ou si l'on retrouve des cas similaires dans d'autres situations... mais ça donne vraiment l'impression qu'une partie d'entre eux vivent soit dans un autre monde soit enfermés dans leur peine/leur vie et je doute que les solutions de la justice n'y changent quoi que ce soit

  4. 23 réactions

    Je me pose tout de même quelques questions :

    1/ comment on peut récidiver en sachant qu'on risque de perdre un permis dont on a besoin professionnellement ?

    2/ pourquoi le fait d'avoir besoin d'une voiture pour son travail devrait être considéré comme une "circonstance atténuante" (je pense aux plaidoiries évoquées) alors qu'il me semble qu'il serait plus pertinent de considérer que ça aggrave le cas ?

    3/ si les peines d'emprisonnement ne suffisent pas à  décourager ces personnes de conduire en état d'ivresse, s'il n'y aurait pas d'autres systèmes à  inventer. Prenons par exemple celui qui a perdu son fils, il me semble que s'il passait sa mauvaise période dans une institution adaptée, ce serait mieux pour tous. Et c'est valable pour un certain nombre des cas décrits. On peut penser qu'un suivi psycho-médical (je ne parle pas de désintoxication) obligatoire et contrôlé permettrait à  mon avis de limiter les récidives. Et donc, au bout du compte ce type d'actions reviendrait moins cher à  l'ensemble de la société que le système actuel.

    4/ est-ce qu'on ne donne pas un peu facilement le permis de conduire à  des personnes qui n'ont pas les capacités de réfléchir aux conséquences de leurs actes (en fait ça j'en suis sûre) ?

    1. 239 réactions

      Quelques réponses - très personnelles - mais fondées sur mon expérience de vie :

      1) Parce que l'alcoolisme est une maladie, pas un choix...
      2) Parce qu'il s'agit d'une punition et la même punition, par exemple 3 mois de suspension, n'a pas le même impact pour une mère de famille au foyer, en ville, et un représentant de commerce. Il me semble que ces éléments de contextes sont à  prendre en compte.
      3) Votre question est gentille, part d'un bon sentiment, mais totalement risible pour un alcoolique. Et puis l'argument économique ne vaut pas. 15 millions d'alcooliques en France rapportent une fortune à  l'état.
      4) On leur donne aussi un bulletin de vote, ce qui me semble infiniment plus dangereux...

      1. 23 réactions

        1/ Je sais bien que l'alcoolisme est une maladie, mais bon cela n'oblige pas les gens à  conduire en état d'ivresse. Il y a des alcooliques qui arrivent à  contrôler leur addiction, suffisamment pour ne pas être des assassin en puissance.

        2/ Tant pis pour le représentant de commerce, s'il n'a pas compris ce qu'il risquait personnellement et le risque qu'il fait courir aux autres, cela prouve amplement qu'il n'a pas à  conduire. Qu'il change de métier, où qu'il se suicide proprement au lieu de chercher la mort sur les routes et de faire des dégâts.

        3/ Vous trouvez sans doute mes propositions risibles parce que vous n'avez pas lu l'ensemble du texte, ni ce que j'ai écrit. Si une personne se tourne vers l'alcool, comme le père du bébé mort à  30 mois une fois de temps en temps, un suivi adapté et obligatoire à  ce moment là  est plus efficace qu'un retrait de permis, ou celui qui déprime, boit pour sentier mieux et ensuite conduit. Celui-là  s'il savait s'occuper autrement (c'est possible même à  la campagne...) serait moins dangereux. Mais bon.

        1. 239 réactions

          1) vous dites une contre-vérité : l'alcoolisme est une maladie pas une addiction qu'on contrôle. Vous parlez de quelque chose à  laquelle vous êtes extérieure, et, je suis désolé, je sens votre bonne foi et bonne volonté, mais le contenu de ce que vous dites est surréaliste quand on se place depuis la position de l'alcoolique.
          2) Votre propos est dépourvu d'humanité, je le laisse en débat entre vous et votre confesseur.
          3) Un homme qui boit une fois par an n'est pas un alcoolique, soyons sérieux, vous mélangez tout ! Un homme qui boit pour une raison est un ivrogne, pas un alcoolique. L'alcoolique boit, c'est tout, même s'il se donne de mauvaises raisons, celle-ci n'ont aucun rapport avec la maladie. Encore une fois, j'ai été alcoolique pendant trente ans, ayant commencé à  14 ans... Je sais un peu de quoi je parle.

          Votre propos à a la même pertinence que si vous disiez à  un dépressif : "Ils ont qu'à  se prendre en main, les dépressifs, il y a tellement de choses intéressantes à  faire...".

    2. 329 réactions

      Ysabeau,« Pourquoi le fait d’avoir besoin d’une voiture pour son travail devrait être considéré comme une "circonstance atténuante" (je pense aux plaidoiries évoquées) alors qu’il me semble qu’il serait plus pertinent de considérer que ça aggrave le cas ? »

      Je pencherais plutôt pour la thèse que « le fait d’avoir besoin d’une voiture pour son travail » fasse partie de la personnalisation de la peine qui tient compte de l’état social de l’individu contrevenant .Ceci n’ôte rien et ne remet pas en question le fait qu’une infraction lors d’une conduite en état d’ébriété fasse que l’ébriété demeure une circonstance aggravante.

      1. 859 réactions

        Thèse que je partage entièrement, Salah !

    3. 267 réactions

      Ma pauvre enfant

      Votre univers personnel est-il celui des bisounours, gentil et toujours "rationnel" ? Les conséquences de vos actes vous apparaissent-elles toujours clairement ? Et puis à  part les masochistes, les délinquants récidivistes quels qu'ils soient se contrefichent de ce qu'ils risquent puisque par définition au moment de commettre leur méfait il est évident pour eux qu'ils ne vont pas se faire prendre.
      Enfin en matière de délits routiers, si vous écoutez un peu le corps social, vous vous rendrez compte que la prise de conscience et la législation répressive sont trop récentes pour que les condamnations à  de la prison ferme même modérées et expliquées apparaissent pour beaucoup comme des "injustices". Tenez, petit exemple désespérant, il y a 15 jours après un vernissage où je m'étais singularisé par mon addiction au jus d'orange, le premier magistrat d'une commune, doté si je ne m'abuse d'un certains nombre de pouvoir de police mais visiblement torché, est venu m'inviter à  sa bacchanale en m'expliquant où étaient ce soir là  les contrôles de police et que donc je pouvais me laisser aller...

      Quant-à  suicider proprement les représentants de commerce alcooliques :twisted: ...Euuuuuh êtes-vous consciente de ce vous écrivez ? :roll: Faut-il y voir un effet de la malédiction attachée à  ce fort joli prénom depuis qu'il fut attribué sarcastiquement à  une reine il y a fort longtemps ?

    4. 859 réactions

      Philou vous a répondu, assez justement à  mon avis, sur le cas des délinquants alcooliques, et donc malades, Ysabeau. Sans rien enlever à  son propos, je vous assure par ailleurs que les délits routiers constituent à  mon avis une catégorie d'infractions susceptibles d'être commises par à  peu près n'importe qui, alcooliques ou pas, esprits élevés ou pas, y compris en récidive. Parce que même lorsqu'on ne souffre pas d'une addiction à  l'alcool, on peut imaginer, par deux fois ou plus, que l'on n'a pas tant bu que ça, que l'on n'a pas beaucoup de route à  faire, que la chance vous sourira et éloignera les gendarmes de votre itinéraire, que ce serait bien le diable si, après s'être fait choper il y a quelques mois, on retombait à  nouveau sur un point de contrôle ...
      En quelques années de magistrature, j'ai vu passer à  ces audiences toutes les tranches d'âge (de 18 à  plus de 80 ans), toutes les catégories socio-professionnelles (de l'étudiant au directeur d'hôpital, en passant par le pompier ou le policier), et toutes les situations sociales (des malades, dépressifs ou autres, ou des gens comme vous et moi, sans problème particulier).

      Pour revenir aux "autres systèmes à  inventer" dont vous parliez, je voudrais compléter la petite histoire de Monsieur L. : juste après la commission des faits que j'ai eu à  juger, soit bien avant son passage au Tribunal, il a volontairement effectué une cure de six semaines, sans permission de sortie, au terme de laquelle le personnel soignant a estimé qu'il avait de bonnes chances de ne pas replonger, tout en maintenant bien sûr un suivi régulier en extérieur. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, il s'agissait de la troisième cure de ce type à  laquelle il s'astreignait. Par ailleurs, les faits qui lui étaient reprochés lors de mon audience avaient été commis au cours du délai de mise à  l'épreuve fixé par le précédent jugement, qui impliquait pourtant lui aussi une obligation de soins (y compris psychiatriques en cas de nécessité).
      J'espère que cette comparution devant le Tribunal aura été la dernière pour lui. J'attends le mois de juin ...

      1. 1242 réactions

        Ceci étant dit Marie, étant titulaire du précieux diplôme rose depuis, hum, 26 longues années, je n'ai JAMAIS "soufflé dans le ballon", pour reprendre l'expression populaire. :x

        Aurais-je une bonne tête de vainqueur ? Ou une chance phénoménale ? (auquel cas il serait plus que temps que je m'adonne à  une autre addiction : le jeu d'argent à  grattage ou tirage)

        1. 859 réactions

          La chance, je pense : continuez de gratter !
          En ce qui me concerne, je n'ai soufflé qu'une seule fois dans l'éthylomètre, mais c'était lors d'une inspection de locaux de garde à  vue, ça ne vaut donc pas ...
          Je devrais peut-être gratter aussi ? :idea:

          1. 1242 réactions

            Ce qui confirme ce que je subodorais via les compte-rendus d'audience de mon canard local. C'est le comportement "suspect" de certains automobilistes qui induit leur contrôle éthylique.

            Il suffirait donc de conduire normalement lorsqu'on est bourré torché ivre pour échapper à  tout contrôle.

            Rassurez-vous néanmoins, j'ai arrêté de boire depuis que j'ai fait la connaissance de Mô.

            Je n'arrivais plus à  suivre. :lol:

  5. 239 réactions

    J'ai tout lu ! Si, jusqu'au bout... Ces histoires d'alcool me fascinent, c'est normal, me direz-vous pour un alcoolique repenti...

    Il y a deux France, dans la lutte contre l'alcoolisme. La campagne et la ville. En ville, pas de contrôles. Je serais curieux de savoir le nombre de contrôle effectués par habitant à  Paris et dans mon bled... Et puis, si on a un coup dans le nez, on a l'embarras du choix pour les moyens de transports de remplacement.

    A la campagne, déjà , on s'emmerde, alors picoler, c'est l'activité qui accompagne les rares activités existantes. Ensuite, tout le monde sait qui picole. Donc les gendarmes aussi. Ils arrêtent de manière sélective (plus moi qui suis réputé ne jamais boire une goutte d'alcool, mais ça fait partie d'une stratégie d'humiliation : "Tout le monde sait que les alcoolos, ils replongent toujours..."). Ensuite, il y a plein d'alcoolos célibataires (cause et effet...). Et à  la campagne, on ne peut simplement pas vivre si on a pas une voiture. Les transports en commun ont disparu, et quand on a acheté une baguette, une douzaine d'œufs et un journal, chez moi on a fait 17 bornes et ça grimpe. Alors le vélo... Donc on reconduit. La chasse au flics commence. Par chez nous, il y a les Nationales, les Départementales et les "Routes à  Trois grammes", ces parcours compliqués où il n'y a jamais de mauvaises rencontres. Bon, bien sûr, en tant qu'alcoolo, on peut toujours se calquer sur le calendrier officiel : le dimanche soir, l'hiver, de 18 à  19, on peut rouler bourré : il faut bien que les chasseurs rentrent chez eux, donc les gendarmes évitent les contrôles. Pareils, les jours de match de foot, de banquet de ceci et cela... Finalement, il y a pas mal de créneaux. Et puis, si vous êtes élu, notable, responsable d'association, (...) vous aurez surtout droit à  un petit salut en passant... La gendarmerie n'est pas là  pour porter un coup de grâce aux villages qui meurent...

    1. 859 réactions

      Votre observation me paraît très juste, et c'est un paramètre que nous avons tous à  l'esprit, je pense, lorsque arrive le moment de prononcer la suspension de permis fatidique ...
      Sans compter que le délinquant n'est pas nécessairement seul à  subir cette peine : lorsqu'un prévenu vous démontre qu'il s'occupe seul de son épouse handicapée, ou plus simplement que pour conserver son emploi, il doit solliciter quotidiennement ses collègues pour venir le chercher et le ramener dans le coin paumé où il vit, vous mesurez pleinement les conséquences de votre décision sur la vie de toutes les personnes concernées, je vous l'assure. Même s'il est évident qu'il appartenait à  l'intéressé d'y penser avant ...

      1. 3579 réactions

        Oui : dans le même registre, je n'ai jamais compris qu'on ait, finalement, supprimé le fameux "permis blanc", qui permettait de préserver les emplois...

        1. 859 réactions

          Ah, c'est vrai que tu as connu ça, toi ... J'imagine qu'à  l'époque, ça a dû être un petit séisme dans le monde des audiences CEA.

      2. 239 réactions

        Dans mon coin, il y a deux ans, un chauffeur routier a fait la fête avec des copains. Au retour, ils ont décidé que c'était lui qui avait le moins bu, donc il a conduit. Contrôle évidemment (sinon y'aurait pas d'histoire...). Les flics lui font long comme le bras sur ce qui l'attend au Tribunal... Il n'a jamais été jugé. Il est rentré chez lui et s'est pendu...

  6. 1 réactions

    Tres instructif effectivement ! J'ai tout lu aussi, j'adore !

  7. 1242 réactions

    Il faudra étudier les photos des lieux, les témoignages des automobilistes ayant assisté à  la scène, essayer d’évaluer la vitesse de chacun suivant notamment leurs heures et lieux de départ : excès de vitesse d'un tracteur ?? :D

    Les gendarmes arrivés fortuitement sur les lieux l’avaient donc aidé dans sa quête et d’ailleurs c’est eux qui les ont retrouvées, mes clés, pile là  où j’avais fait pipi. En plein milieu en fait J’ai trouvé ça très sympa de leur part d’ailleurs ! Bon, après, ils m’ont quand même fait souffler Gendarme, c’est un dur métier, on ne le rappellera jamais assez. Tinotino appréciera.

    A 12 h 45, escale technique de dix minutes, afin de permettre au greffier d’aller fumer une clope, au substitut d’aller se mettre des gouttes dans le nez, et à  moi de boire un verre d’eau, car depuis plus de quatre heures que je parle sans interruption ou presque, ma bouche commence à  être pâteuse. Euh, vous mangez quand ? :x

    Le dernier dossier arrive enfin, celui d’un jeune homme qui a été contrôlé alors qu’il venait déposer plainte pour vol à  la gendarmerie, effectuant à  cette fin un magnifique créneau sur le parking d’icelle non sans emboutir un véhicule de dotation, de plein fouet. Avec 2,8 g dans le sang, ceci expliquant probablement celà . Et il pensait que les pandores ne s'en rendraient pas compte ? :D

    Sinon et plus sérieusement "Laurent leur parle dimension sociale des décisions de justice, personnalisation et nécessité des peines, réinsertion des condamnés "

    Merci à  vous Marie et à  Laurent...

    1. 267 réactions

      Si j'en crois notre vénéré Président ce soir aux infos : celui qui insulte un fonctionnaire finira par le trucider et mérite illico 30 ans fermes et définitifs :!: . Je vous le demande ici mon fils conduire en état d'ivresse ne constitue-t-il pas une insulte à  la vive intelligence des forces de l'ordre car les prévenus pensent évidemment qu'ils vont échapper à  la justice ? :evil:
      Je propose donc, dans un but louable de simplifier les débats et d'éviter des audiences interminables à  une pauvre magistrate obligée de se prendre des bains d'Épice avant ses marathons judiciaires pour savoir au préalable ce qu'elle va rendre comme jugement le lendemain (c'est plus facile comme cela de délibérer sur les lys et de faire sa maligne) de condamner illico les CEA à  30 ans et comme cela on n'en parlera plus.
      Et en plus cela permettra de donner du boulot aux pauvres CIP en manques de clients dans leurs geôles désertes. ;-)

      1. 1242 réactions

        On peur faire encore plus rapide, comme reprendre l'idée d'un certain ministre de l'intérieur avant 2007 qui avait proposé un test de dépistage de la délinquance à  l'âge de 3 ans.

        Et zou, perpette.

    2. 859 réactions

      Alors, pour vous répondre dans l'ordre :
      - Eh oui ! Les motards plaignants ont déclaré que le tracteur en question arrivait à  tout berzingue d'une voie non prioritaire, sans marquer le stop à  l'intersection où l'accident s'est produit, et qu'ils l'avaient vu de loin maintenir cette allure sur sa voie initiale. Ca faisait partie du tas de choses un peu compliquées à  évaluer ce jour-là  ...
      - Vous dirai-je que j'ai précisément pensé à  elle en l'écrivant ?
      - Normalement, ces audiences se terminent vers 14 h, et nous déjeunons à  ce moment-là . Celle-ci était assez exceptionnelle par sa longueur, et nous avons dû patienter jusqu'au moment de prendre un goûter vers 17 h. On garde toujours à  portée de main des barres ou des sachets de cochonneries, histoire d'éviter de tomber publiquement d'inanition, mais ces trucs-là  donnent soif, ce qui n'arrange pas nos affaires ... Quant à  faire une vraie pause-repas à  mi-audience, nous n'y avons même pas pensé, histoire de ne pas trop plomber le timing (sans compter que la somnolence post-prandiale se gère plus ou moins bien).
      - Je ne suis pas sûre qu'il ait "pensé" à  grand-chose, à  ce moment précis ...
      - Laurent est effectivement un excellent parquetier. On dirait presque moi à  son âge ...

      1. 516 réactions

        Pas moyen d'avoir une petite bouteille d'eau sur le bord du bureau ? :?:

        1. 859 réactions

          Personne ne nous l'interdirait, mais visuellement, ce n'est pas terrible ...

          1. 6 réactions

            Une aiguière de cristal et un verre assorti ?

  8. 11 réactions

    ysabeau, toutes vos questions se basent sur un raisonnement rationnel
    vous n'avez jamais fait de trucs cons ?
    vous n'avez jamais conduit alors que vous n'étiez pas en état de ?
    Je parle pas forcément de l'alcool, j'ai manqué d'avoir un accident très grave sur la fatigue
    ëtre crevé, bourré, shooté n'empêche pas de penser qu'on est en état de conduire, au moins pour les quelques kilomètres qui nous séparent de notre but

    les personnes qui conduisent professionnellement et donc beaucoup sont d'autant plus susceptibles de se dire qu'elles maitrisent, que leur limite à  elle n'est pas à  0.5g mais plus haut
    j'en connais un qui m'a régulièrement passé le volant non pas parce qu'il pensait ne pas être en état de conduire mais parce qu'il savait qu'il avait dépassé la limite légale (et les chemins des bois chez nous en hiver sont couverts de neige :D )

    1. 516 réactions

      "Je parle pas forcément de l’alcool, j’ai manqué d’avoir un accident très grave sur la fatigue"

      Pareil. Je me suis endormie au volant sur une autoroute déserte, heureusement mon passager, lui, ne dormait pas.
      Cette nuit-là , j'ai compris mes limites, et je n'ai plus jamais joué avec ma vie de cette façon. Mais j'ai la chance de ne presque jamais avoir besoin de prendre le volant, c'est l'avantage.

  9. 16 réactions

    C'est très triste tout ça et parfaitement désespérant. Alors qu'en peu d'années, grâce à  une répression féroce mais légitime au vu de la diminution du nombre de morts sur les routes, les conducteurs roulent moins vite sur nos belles routes de France, j'ai l'impression que très peu de choses changent concernant l'alcool au volant. Et pourtant les campagnes de pub. de la sécurité routière dans ce domaine ont commencé bien avant celles pour le respect des limitations de vitesse.
    Il faudrait sortir des stats (il y en a pour tout et pour rien) pour savoir exactement quelle est la proportion d'infractions commises après absorption d'alcool. Entre les infractions routières, les petits vols, les violences, conjugales ou pas, et j'en passe, je dirais que le ratio serait assez important. Alors à  contre-courant de ceux qui pronent la légalisation de l'usage du cannabis, je trouverais plus courageux et plus conforme à  la santé publique de la part du législateur de revenir à  la prohibition de l'alcool. Même si cette option ne me plait pas du tout.

  10. 2 réactions

    Merci, j'aime bien l'hypocrisie criantes des accusés de CEA... :) .

    Pleins d'exemples à  ressortir pour expliquer les conséquences judiciaires de la CEA, merci encore.

  11. 84 réactions

    Je découvre... qu'une audience est dédiée aux CEA (Je suis une "Mékeskidi" de base !!!)

    Un grand merci de ces lignes très instructives et humainement enrichissantes.

    1. 859 réactions

      Je ne connais aucune juridiction qui n'ait pas instauré une telle audience spécialisée. Ca se passe donc forcément (aussi) près de chez vous !

      1. 84 réactions

        Un grand merci de la part d'Eugénie Mékeskidi de base !

        Une question (naïve ?) : pour quelles raisons avoir instauré une audience dédiée CEA ? Merci de votre réponse.

        1. 859 réactions

          Parce que c'est un contentieux de masse, qui suppose l'application d'une poignée de dispositions légales seulement. L'audience est donc plus facile à  préparer pour les magistrats, plus pratique à  gérer pour les avocats (affaire qui ne prendra pas des heures à  être examinée, et dont le passage arrivera plus rapidement que dans le cadre d'autres audiences comprenant des affaires plus plaidées, plus complexes ...).
          Enfin, je suppose que c'est pour ça.

          1. 84 réactions

            Un grand merci, Marie, de vos explications ! Et de votre patience !
            J'irai dormir moins bête, ce soir ! ;) ;)

            Une expression me gêne : "contentieux de masse"...

            1. 859 réactions

              A ne pas confondre avec "contentieux traité par-dessus la jambe" ! Cela  signifie simplement qu'il représente un certain volume annuel de procédures, auxquelles on peut décider d'appliquer des règles d'orientation propres.
              Pour le reste, prego !

              1. 84 réactions

                Grazie mille !

  12. 436 réactions

    Tableau très instructif ! Excellent !
    (Je n'ai pas compris le coup de la prescription : s'il y avait prescription, comment avez-vous pu condamner ?, mais je dois mal comprendre ici le sens du mot prescription)
    Vous montrez beaucoup d'indulgence dans vos décisions, surtout en matière d'emprisonnement, et vous avez raison, et on est effondré d'entendre après chaque fait divers dramatique nos dirigeants annoncer qu'ils vont rendre la loi plus sévère, ça n'a pas raté pas plus tard qu'aujourd'hui après la mort du policier abattu à  Dammarie-le-Lys, comme si cela pouvait avoir un effet magique sur le comportements des uns et des autres... et cela nous ramène à  la question de la prison qui ne devrait pas être le châtiment qu'elle est, par défaut, devenue.

    1. 3579 réactions

      Prescription des contraventions (un an) uniquement, pas du délit (3).

      Les CEA sont édifiantes, effectivement, de la non-exemplarité absolue de la sévérité de la loi dans une matière où, plus ou moins, chacun sait parfaitement ce qu'il encourt en prenant le volant alcoolisé... Et le tente pourtant avec constance, ces audiences ne désemplissant pas (et leurs alternatives, plaider coupable, ordonnances pénales, etc... Non plus !), l'impétrant prenant presque toujours le risque, et les récidives étant légion...

      Je pense que c'est lié : d'une part, au fait que l'alcoolisme chronique est une maladie, et on ne raisonne pas un malade à  coups de coups ; d'autre part, aux multiples légendes entourant la prise d'alcool (si on est gros on peut boire plus, j'ai mangé beaucoup ça éponge, j'ai bu de l'eau pendant deux heures...) ; au fait qu'à  deux heures du mat', quand on est à  cinquante bornes de chez soi et qu'on doit être au travail dans sept heures, on pense n'avoir pas le choix ; et, enfin et surtout, aux effets de l'alcool eux-mêmes, suprême perversion du truc : quand on a bu, on se sent euphorique, invincible, plus fort -donc on peut conduire, certain, il n'arrivera rien.

      Tous éléments sur lesquels l'exemplarité de la peine n'a pas d'influence.

      A noter qu'il s'agit d'une infraction majoritairement réservée aux pauvres : les riches ont la possibilité d'appeler un taxi, ou une solution de substitution quelconque (à  Lille, une société vient vous chercher en mobylette pliante : le type arrive, met son engin dans votre coffre, et vous ramène dans votre voiture : génial, vous n'avez pas à  aller la récupérer le lendemain)...

      1. 859 réactions

        A mon humble avis, la véritable infraction "spéciale pauvres", c'est plutôt le défaut d'assurance.
        Quant à  montrer beaucoup d'indulgence ... je ne sais pas, c'est possible. J'ai néanmoins eu l'occasion, il y a quelque temps, de discuter avec un juge relevant de la même Cour d'appel que moi et pratiquant le même contentieux pénal, qui ayant eu affaire à  des justiciables déjà  jugés chez moi (y compris par moi), trouvait que "Waouh, chez vous, c'est la guillotine ! Vous avez vu les peines de prison que vous collez ?!".
        Je crois que la vraie indulgence réside à  mes yeux dans la politique de mon Parquet, à  laquelle j'adhère totalement, qui veut que la durée de la suspension judiciaire des permis ne dépasse qu'à  titre exceptionnel celle de la suspension administrative. Dans un département comprenant de larges zones rurales, c'est souvent LA question qui est au centre des débats.

        1. 239 réactions

          Je vis dans un pays où la question de l'assurance automobile ne se pose pas : si on vous arrête (et ça arrive très souvent !), si vous n'avez pas d'assurance, le véhicule est confisqué définitivement. ça calme...

        2. 436 réactions

          Votre réponse me fait prendre conscience que mentionner l'indulgence d'un juge peut sonner comme un reproche. Un juge est censé n'être ni indulgent ni sévère : il juge aussi équitablement que possible, au regard de la loi et des circonstances. Il n'empêche, quand la loi est mal fichue, et une loi qui peut aussi facilement condamner à  de lourdes peines de prison pour conduite en état alcooloque est mal fichue, il faut bien lui trouver quelques correctifs. En écrivant cela comme en écrivant mon précédent commentaire j'ai en tête cette discussion entamée avec Maître Mô sur bien-fondé de la prison comme punition. Elle trouve là  une bonne illustration : il est hautement louable de chercher à  limiter les morts sur les routes, l'alcool est responsable de beaucoup de ces morts, mais il faut bien que nous soyons collectivement en proie à  une terrible stérilité intellectuelle pour continuer à  penser que l'emprisonnement (l'emprisonnement préventif des responsables potentiels d'accidents) puisse être une solution.

      2. 239 réactions

        Oui, infraction réservée aux pauvres et... aux ploucs qui habitent la campagne.

        Il y a une réalité objective, par ailleurs. Un enfant débouche, en ville, caché par son bus scolaire, traverse en courant et passe sous votre voiture. Complètement mort. On vous fait une prise de sang. Si c'est négatif, vous êtes un pauvre citoyen traumatisé et on va vous confier à  une cellule psychologique. Si c'est très légèrement positif, vous êtes un assassin. On ne mesure pas l'impact de l'alcool dans les circonstances de l'accident, on décrète, a priori, que l'alcool est la cause excluant toutes les autres.

        Quant à  moi, je suis un salaud. Je fais partie des gens qui, même s'ils ne boivent pas, préviennent les autres quant il y a un contrôle en cours. Complicité d'assassinat ?

        1. 859 réactions

          Depuis que je me suis retrouvée à  faire des appels de phare à  une estafette de gendarmerie, je ne dis plus rien à  ce sujet ... :?

          1. 1242 réactions

            :eek: Vous vouliez prévenir les gendarmes qu'ils risquaient de se faire contrôler ? :x

            1. 859 réactions

              Tss tss tss. Je voulais prévenir les autres usagers de la route que la configuration des lieux qu'ils allaient être amenés à  traverser justifiait qu'un point de contrôle vitesse y ait été implanté, et les inciter de ce fait à  bien respecter les limitations de vitesse, nuance.
              Au demeurant, ils m'ont fait un petit signe amical de la main en me croisant, je ne crois donc pas qu'ils m'en aient voulu ... :?:

      3. 516 réactions

        Si je peux me permettre, au moins lors des fêtes, j'ai remarqué ces dernières années une certaine prise de conscience, au moins au sein de mon entourage : le mètre-étalon de mon pifomètre, c'est le mariage.
        Par rapport à  ce que je voyais encore il y a dix ans, les invités des noces semblent avoir une tendance marquée, d'une part à  boire beaucoup moins à  table, et d'autre part à  décider plus facilement de dormir à  proximité de la salle de réception (on ne rentre plus chez soi à  quatre heures du mat' si on habite à  80 bornes).

        Je ne sais pas dans quelle mesure c'est parce qu'ils tiennent à  la vie ou parce qu'ils veulent éviter les contrôles, cela dit.

        1. 859 réactions

          Même observation de ma part, qui fais souvent partie des solutions de retour à  domicile mais ne dispose pas du permis transports en commun, non plus ...

    2. 146 réactions

      D'autant plus qu'à  Dammarie Les Lys, il s'agit d'un terroriste. Les Etarras sont des terroristes et les espagnols sont consternés de lire dans la presse qu'on traite cette mort comme un simple accrochage entre voyou et police. A côté de ça, Tarnac a fait les gros titres pendant des mois, tout ça pourquoi ?

      Et pourtant comme vous le soulignez, le gouvernement, qui plus est en période électorale où le discours sécuritaire est mis en avant, va s'en servir pour généraliser à  tout type d'individus s'en prenant aux forces de l'ordre.

  13. 267 réactions

    Passionnant, une petite question cependant

    Dans ce genre d'audiences où plusieurs dizaines de dossiers très proches les uns des autres vous passent entre les mains en un temps réduit, comment évitez vous la lassitude et la routine dans les jugements. Avez vous par exemple testé à  l'aveugle l'égalité du fil de votre glaive entre le glandu qui passe à  la 7e heure d'audience et le chanceux du matin ?

    1. 859 réactions

      Je ne sais pas si l'on est plus chanceux le matin, quand tout le monde est encore frais, et les crocs parquetiers bien aiguisés ... :?:
      Nous faisons occasionnellement, sur deux ou trois audiences, nos propres statistiques, histoire de vérifier si notre jurisprudence locale est à  peu près cohérente ou pas. Nous n'avons jamais constaté de distorsion majeure au sein d'une audience, ni même d'un juge à  l'autre ...

      Vous savez ce qui constitue, à  mon avis, la plus grande difficulté de ces audiences ? La nécessité de rester neutre aux yeux des justiciables, de ne pas leur donner le sentiment qu'ils sont d'ores et déjà  considérés comme coupables, et que leur juge n'est finalement qu'un Procureur-bis. Très délicat, ça, eu égard au rôle de direction des débats affecté au juge combiné à  la nature des dossiers CEA.

  14. 2 réactions

    Marie, une petite question svp: quel est l age moyen des personnes impliquees en CEA? Plus 40-50 ans ou 20-30 ans? Cette question car je m'interroge sur l'effet des grandes campagnes de sensibilisation au CEA commencees il y a 10-12 ans (quand je passaia mon permis). A part de rares exceptions, j'habite a la campagne et plus personne de mon age ne prend le volant apres 2 verres...
    Merci

    1. 859 réactions

      Je ne pourrais pas affirmer que la majorité des prévenus se situe dans la tranche d'âge 40-50 ans. Même si c'est plus rare, on trouve assez régulièrement des même pas trentenaires prévenus, y compris en récidive, soit en raison d'un alcoolisme déjà  bien installé, soit parce qu'ils sont fêtards et suffisamment imprudents pour supposer qu'ils ne tomberont pas deux ou trois fois dans les mailles du filet.
      J'aurais donc tendance à  donner une fourchette 25-55 ans, pour répondre à  votre question.

  15. 11 réactions

    Bonjour Marie,

    Vous n'avez pas abordé les cas de stupéfiants.
    Vous avez d'ailleurs écrit "sous l’influence de stupéfiants".

    Or sauf erreur de ma part, contrairement à  l'alcool, où les textes stipulent qu'une personne est ou pas sous l'emprise, avec une notion de taux, il n'en est rien des stupéfiants. Il suffit d'être positif.

    Or être positif, avec certains des stupéfiants les plus consommés, n'est en rien en rapport avec le fait d'être sous influence, en état de conduire ou pas.

    Certes, il serait difficile au législateur d'appliquer un taux à  un produit est illicite :P Toutefois, devant les différences radicales que l'on peut observer entre vos pairs dans la pratique, je vous pose la question.

    Quelle est votre approche ?

    Pour donner un exemple, si le prévenu vous dit avoir consommé du cannabis un Samedi, et être encore positif le Mardi lorsqu'il s'est fait contrôler, arguant comme preuve le taux de "Cooh" (prouvant une consommation passée), et le taux du métabolite "psycho-actif" (celui qui fait de l'effet) nul.

    Il est évident que ses capacités de conduire n'étaient en rien altérées, mais il n'en demeure pas moins en infraction.

    1. 859 réactions

      Bonjour Miaou,
      Je n'ai effectivement pas développé cette infraction (un seul cas à  l'audience concernée, si mes souvenirs sont bons), dont vous exposez bien, à  mon avis, la problématique.
      Elle se présente relativement rarement à  moi, peut-être parce que la majorité des cas doivent passer en CRPC dans la juridiction où j'exerce. Je n'ai eu à  juger qu'une poignée de cas en 18 mois, et ai la chance que les analyses qui fondaient les poursuites aient été réalisées par des laboratoires développant des conclusions qui laissaient bien apparaître les taux distincts, et fournissaient une estimation de l'horaire de consommation de la substance, ainsi qu'une distinction présence dans l'organisme / influence. Je suppose que le Parquet s'est abstenu de poursuivre dans les cas où une simple présence était relevée.
      Mais j'avoue que si j'avais à  juger un dossier dans le cadre duquel on évoquerait une telle hypothèse, et une consommation remontant à  plusieurs jours, je vois difficilement comment je pourrais condamner. Ce qui permettrait au Ministère public de faire appel de ma décision, et à  la Cour dont je relève de m'éclairer.

      1. 11 réactions

        Grand merci pour cette mise à  jour éclairée.

        Mon référentiel était visiblement obsolète de quelques années sur ce point précis, (ou de juridiction ? J'espère que non) et c'est un plaisir de voir l'évolution des pratiques en ce sens sur une si courte période.

        Les magistrats ne cesseront de m'étonner (au sens positif) dans de nombreux domaines.

        Sauf, avec humour, dans l'informatique, mais heureusement des armées de Zythom œuvrent silencieusement affutant le fil pédagogique de leurs lames d'expertises.

  16. 3579 réactions

    Marie, merci d'avoir accepté d'écrire sur ce blog.

    ça me permet d'y lire des textes que je ne connais pas...

    ça redresse largement la moyenne globale des fautes d'orthographes qui s'y commettent...

    ça prend, vraiment bien je trouve, le contre-pied de ce que je voulais faire : montrer en pleine transparence les arcanes du monde judiciaire, dans mon cas du point de vue avocat, dans le tien, de celui du magistrat.

    ça me relaie au moment précis où je me dis que zut et crotte, toujours pas le temps d'y écrire...

    Tes textes, par opposition aux miens, sont toujours remarquablement construits, et limpides à  lire : que du bonheur...

    D'autant qu'ils respirent l'intelligence, l'humour et l'humanité (dont je redis ma certitude que l'une ne va pas sans l'autre), et rendent ainsi grâce tant à  la magistrature qu'à  la difficulté de juger (et des circonstances dans lesquelles vous êtes contraints de le faire : combien de dossiers en tout ce jour-là  ?).

    Bref, je suis heureux et fier que tu sois venue un jour commenter ici, puis tous les jours, puis plusieurs fois par heure, puis ais finalement accepté de passer de l'autre côté : MERCI !

    Voilà , profites-en bien, c'était mon moment de faiblesse et de ravissement de quatre heures cinquante huit ! :lol:

    Je retiens bien sûr également que si un jour je plaide devant toi (ce qui avec la complicité de Tî devrait bien pouvoir s'organiser par surprise pour rigoler un peu, un de ces quatre...), juge unique, je suis autorisé par avance à  sortir une plaidoirie d'assises (au moins une heure) ! :mrgreen:

    1. 202 réactions

      On doit pouvoir organiser cela sans trop de difficulté...

      1. 3579 réactions

        :P Tu sais quoi ? On va vraiment le faire ! (En échange, je te filerai une CO équivalente à  Lille : t'es content, hein ?)

        Ou alors, remarque, je peux venir faire une petite CEA chez vous, ça serait encore plus rigolo -et apparemment ça ne cogne pas trop... :mrgreen:

        1. 859 réactions

          Hum, ça dépend de tes antécédents, ça ... :?:

    2. 84 réactions

      "Qui aime bien, taquine bien !" ;) ;) ;)

      Pour Maître Mô : ais : Source Wikipédia
      L'ais est un mot ancien qui désigne une planche de bois (d'où l'expression renfermé entre quatre ais signfiant être dans une bière).
      Les Ais étaient un peuple amérindien vivant le long de la côte Atlantique de la Floride qui a totalement disparu au xviiie siècle.
      En boucherie, l'ais est un établi ou une table pour couper ou dépecer la viande.
      En imprimerie, l'ais est la planche de bois sur laquelle on place les feuilles de papier à  mesure qu'on les trempe ou sur laquelle on dessine les formes pour préparer la distribution des caractères dans les casses.
      En reliure, les ais sont les planchettes de bois utilisées par le relieur et peuvent aussi désigner les plats d'un in-folio.
      En métallurgie, l'ais était un outil du fondeur en sable.
      Au jeu de paume, le coup d'ais est celui que la balle donne de volée dans un ais maçonné dans le mur du côté du service.

      Pour Marie et Maître Mô, conjugaison du verbe "avoir" au subjonctif présent :

      que j'aie
      que tu aies
      qu'il ait
      que nous ayons
      que vous ayez
      qu'ils aient

      En toute amitié. :D :D :D

      1. 3579 réactions

        C'est petit, mais mérité...

        Ce genre de faute est mon drame, et ça fait quarante-trois ans que ça dure, je crains que ça ne soit foutu...

        Merci, chère Eugénie ( :twisted: ), vous me rappelez une chanson militaire très jolie : "Eugénie, les larmes aux yeux"... :D

        Si vous commentez à  nouveau ici, soignez bien votre frappe, évidemment, héhé... :lol:

        1. 84 réactions

          Petit ???? NON !!! Affectueux !!! ;) ;) ;) "Qui aime bien, taquine bien !"

          Ne pas confondre "Plaisanterie"... et ses synonymes et "Raillerie".... et ses synonymes !

          "On peut rire de tout mais pas avec tout le monde" Pierre Desproges.

          Un immense merci de m'avoir permis de découvrir cette magnifique chanson de Marcel Mouloudji !!! Je viens de la télécharger... LÉGALEMENT, je le précise !!!

          Une confidenceJ’ai croisé Marcel Mouloudji, sur un marché en plein air, 3 jours avant sa mort
          Pour quelle raison, alors qu’il cherchait mon regard (ce qui traduit une demande de reconnaissance bien naturelle et légitime de la part de chacun d’entre nous !!!), j’ai baissé les yeux
          Je l’ai toujours regretté

          En toute sympathie ! :D :D :D

          P.S. "J'ai fait gaffe" aux erreurs...s'il y en a... "Shame on me !"

      2. 859 réactions

        Ben quoi ? Aurais-je fauté ? :eek:

        1. 1242 réactions

          Non, c'est Mô.

          Bref, je suis heureux et fier que tu sois venue un jour commenter ici, puis tous les jours, puis plusieurs fois par heure, puis ais finalement accepté de passer de l’autre côté : MERCI !

          1. 859 réactions

            Certes, mais comme le rappel de conjugaison m'était également adressé ... Ca me rassure, en tout cas !

    3. 859 réactions

      Merci à  toi, patron ! :lol:
      Même si je te trouve un peu sobre dans le compliment (le "plusieurs fois par heure" sentant tout de même sa petite vacherie), mais enfin, il faut bien en garder pour la prochaine fois ...

      Sinon, sur le nombre de dossiers, ta lecture très matinale t'a probablement fait négliger que je l'avais mentionné au début du post :P : 27 ce jour-là , ce qui n'a rien d'excessif par rapport à  d'autres juridictions, ou d'ailleurs à  certaines de mes propres audiences. Mais va demander à  17 avocats de plaider utile ...

      Et à  ce propos, quant à  me dégainer une plaidoirie d'une heure, moi, je veux bien, mais je te rappelle
      - qu'étant avocat extérieur, tu passerais en premier, et devrais donc craindre que tes confrères locaux ne décident d'aller crever les pneus de ta voiture design pour tuer le temps ;
      - que ladite plaidoirie serait soumise, en vertu d'engagements que tu as eu l'imprudence de prendre ici et là  (et je saurais te le prouver, ma mémoire étant plutôt bonne en la matière), à  un cahier des charges d'ores et déjà  assez lourd, puisque comprenant l'obligation de placer la blague de la mouche et de chanter du Collard ...
      Mais quand tu veux, bien sûr, avec plaisir !

      1. 3579 réactions

        Ben c'est pour ça, tout ça prend du temps...

        Surtout que je dois y ajouter des conclusions d'annulation de garde à  vue, 3 QPC portant sur le permis à  points, la peine automatique d'annulation et, bien sûr, la garde à  vue -sans parler de très longs développements sur la personnalité, et les circonstances précises qui ont amené mon client à  boire puis conduire...

        Mais tu as raison : en tant qu'avocat extérieur, je préviendrai le Tribunal de mon arrivée tardive, ce jour là , en le remerciant par avance de bien vouloir évoquer mon affaire en fin d'audience...

        Bon, faudra que tu me communiques le mail de Tî, sinon, j'ai des trucs à  voir avec lui...

        1. 516 réactions

          Sans oublier, bien entendu, de prévenir à  l'avance les habitués de ce blog afin qu'ils puissent assister à  la performance. :mrgreen:

          1. 859 réactions

            Voire réaliser des croquis d'audience, si ça vous dit ! ;)

        2. 859 réactions

          Annulation de GAV, pff pff pff, pour l'intérêt que ça présente en la matière ...

          Mais pendant que tu y seras, demande donc à  Tî de solliciter la jolie greffière dont nous avons déjà  parlé afin qu'elle tienne exceptionnellement cette audience, je suis sûre que ça te ferait plaisir de rencontrer ton fan-club local !

          1. 3579 réactions

            Ah oui, tiens : bonjour, madame la greffière très jolie qui travaillez au même endroit que Marie et dont elle m'a indiqué que vous étiez très jolie et aimiez bien ce blog !

            Comme Marie m'a dit aussi que vous ne commentiez pas, je vous salue au passage, vous remercie de votre bon goût, et ne manquerai pas de venir vous importuner si je plaide là -bas, tant pis pour vous ! :P

            1. 859 réactions

              Je précise quand même qu'elle est mariée à  un très joli (et plutôt costaud) mari de greffière très jolie, obsédé !

              1. 516 réactions

                Depuis quand est-ce que ça empêche de profiter au moins du plaisir des yeux ? :P

                1. 859 réactions

                  Le terme "importuner" utilisé par l'intéressé ne correspondrait donc qu'à  un simple regard ?... :?:

                  1. 516 réactions

                    C'est que ça fait son effet, j'en suis sûre, un regard appuyé de Maître Mô ! :D

  17. 1440 réactions

    Question bête : tu n'es pas complètement ankylosée à  la fin de la journée ? Parce que passer 8h assise avec juste une pause verre d'eau au milieu, ça doit pas être facile quand même !

    A part ça, permet moi de te faire remarquer très humblement que tu es une sadique ! :) Imagine l'état d'angoisse de la personne jugée, alors que tu restes devant elle pendant quelques minutes, silencieuses, levant de temps à  autre les yeux de son dossier pour la jauger, attendant que tu énonces ta décision ... Je ne suis pas sur qu'au final, une suspension d'audience, même de 10 minutes, n'allègerait pas la pression et l'angoisse qui pèsent sur eux !

    Et encore une petite question ... L'avocat qui préfère avoir ta pleine et entière attention, c'est le Mô local ? ;) (je laisse le soin à  ta mémoire éléphantesque de nous retrouver dans quel article notre Maître Vénéré nous expliquait qu'il aimait bien, aussi, avoir l'attention du juge lorsqu'il plaidait :lol: )

    1. 859 réactions

      Ankylosée ? Oui (le Parquet, lui au moins, peut se dégourdir régulièrement les jambes), et avec en prime l'impression qu'on a greffé une langue de veau à  la place de la mienne.

      Pas convaincue sur le sadisme en revanche : je passe plutôt les minutes en question à  relire des pièces ou mes notes (si je leur faisais la tête de gorgone en les regardant fixement pendant trois minutes, là  oui, ce serait sadique !).
      Et tu sais quoi ? Je trouve ça mieux (pour mon mode de fonctionnement du moins) de prendre chaque décision ou presque alors que les débats sont encore frais dans ma tête, plutôt que six heures après, au milieu d'une vingtaine d'autres. En fait, j'ai l'impression d'y consacrer individuellement davantage de temps, paradoxalement (même si, encore une fois, je ne critique nullement les collègues qui rendent les décisions après suspension - chacun son truc, voilà  tout).

      Sinon, pour le Mô local, on est plutôt copains en dehors du Palais, en fait, même si son ego, comme d'autres, ne supporte pas qu'on ait l'air de faire autre chose pendant qu'il plaide (alors qu'en réalité, on suit, justement !).

      1. 3579 réactions

        Je redis ce que je disais à  l'époque : on ne PEUT pas lire un truc et en écouter un autre en même temps, c'est une impossibilité technique, ça fait appel au même endroit de ce truc étrange que possèdent tous les avocats et certains magistrats : le cerveau !

        1. 859 réactions

          Mais si, on peut. Pour la même raison que tu évoquais alors : nous sommes des mutants !
          Et puis je suis plutôt pas mauvaise en sténo, en plus.

          1. 1 réactions

            Les femmes oui
            Les hommes non

        2. 6 réactions

          Excusez-moi Maître de séant,
          Je viens prendre la défense de Marie (je ne sais pas si je dois dire dire Madame la Présidente ou autre) mais la qualité de son billet m'oblige à  prendre sa défense (je regrette au combien de n'avoir pu laisser un commentaire à  votre dernier billet tellement les larmes encombraient mon esprit) mais on peut parfaitement faire plusieurs choses en même temps.
          Du temps où je pouvais enseigner, il m'arrivait fréquemment de faire 2 ou 3 choses en même temps (c'est vrai qu'il paraît que c'est un privilège des femmes et des hommes ambidextres dont je suis). Donc, j'imagine parfaitement Marie lire ses notes ou consulter son dossier et suivre en même temps les plaidoiries d'un avocat ou les explications d'un prévenu. C'est vrai que cela paraît difficle mais c'est matériellement possible.
          Au plaisir de vous lire encore tous les deux ...

          1. 1242 réactions

            L'humour étant ici proportionnel à  l'émotion sincère procurée par certains des écrits du Maître de céans, je me permets humblement de poser la question de faire la connaissance du postérieur dont Mô serait le Maître. :P

            Sans rancune, ProdBipo ? :D

            1. 3579 réactions

              Tu dis ça parce que tu ne m'as jamais vu nu : de séant, point !

              Ce serait une bonne question au bac philo : "Est-on toujours le maître de son séant ?" :D

          2. 3579 réactions

            Vous l'avez dit : les personnes ambidextres ont cette capacité, je le sais, j'ai connu un grand-père qui pouvait écrire deux textes différents des deux mains en même temps (qui a eu un fils qui pouvait écrire des deux mains mais alternativement, qui a eu votre serviteur qui se contente d'être gaucher, comme eux mais seulement) ! Mais justement, c'est un privilège qui leur est réservé, et est rare : essayez, "monodextres" ordinaires, vous m'en direz des nouvelles !

            1. 516 réactions

              Il y a pire : on peut aussi être ambisenestre. :P

      2. 1440 réactions

        Si j'osais (mais c'est bien connu, je n'ose jamais ! :P ), je dirais que c'est un défaut très masculin ...On a horreur que vous ne nous prêtiez pas attention, quoi qu'on fasse :mrgreen:

        Pour le temps de silence, c'est vrai que je t'imaginais très bien toisant le pauvre malheureux, le crayon au bord des lèvres, pendant que ta victime se liquéfiait littéralement dans ses chaussettes (ce qui pourrait être un moyen de récupérer de l'alcool de contrebande dans certain cas, non ? :) )

        1. 516 réactions

          "je dirais que c’est un défaut très masculin On a horreur que vous ne nous prêtiez pas attention, quoi qu’on fasse"

          ça confirme que je suis un mec. :mrgreen:

  18. 47 réactions

    Très bien écrit et passionnant, merci !

    Avec une voiture, nos faiblesses ont vite fait de devenir un danger pour les autres et pour soi. Mais d'un autre côté comme l'a bien souligné Philou s'en passer est généralement impossible. Étranges outils que ceux sur lesquels sont construits nos modes de vie...

  19. 6 réactions

    Mille mercis pour votre effort de rédaction.
    Je ne suis pas certain que vous vous rendiez compte de la grande valeur de votre billet et de vos réponses aux commentaires pour ceux qui ne sont pas de votre monde. Je parle au moins pour moi et pour mon entourage (cadres supérieurs d'entreprises privées), puisque la justice est un monde en soi que nous rencontrons ponctuellement ou superficiellement.
    Par conséquent, un tel billet nous pousse à  discuter entre nous, creuser nos connaissances sur certains points (légifrance a tout changé en rendant cela possible durant la lecture), à  découvrir des aspects dont nous n'avions même pas idée et à  comprendre ce qui se passe dans la tête de sphinx des magistrats auxquels nous sommes parfois confrontés.

    1. 859 réactions

      Il vaut mieux effectivement ne fréquenter que virtuellement le monde de la justice ...
      Sinon, c'est drôle que vous parliez de sphinx, c'était justement mon surnom à  l'ENM. :lol:

  20. 2 réactions

    Effectuant mon service au sein de la gendarmerie, j'ai vécu un cas similaire au dernier de votre audience:
    une petite dame qui venait demander vers 13h une assistance technique pour les feux stops de sa voiture qui ne s'allumaient pas. Serviables, les pandores et les appelés sortent sur le parking de la gendarmerie pour se voir démontrer par madame qu'effectivement, lorsque l'on appuie sur l'accélérateur, les feux stops ne s'allument pas.
    Elle a eu le droit de souffler, d'être contrôlée positive à  1,5 g au titre de l'apéro de la veille..., et d'être raccompagnée par un appelé conduisant sa voiture à  son domicile après audition.
    Fallait pas confondre gendarmerie avec garagiste

    1. 3579 réactions

      ça ne vaudra jamais, il y a quelques jours, ce ressortissant belge, condamné à  mort par contumace en Belgique il y a des années (peine commuée en perpétuité depuis), et en cavale depuis en France, sous une autre identité, qui est venu emboutir son véhicule dans la cour de la Gendarmerie (ou police) Nationale, ivre...

      Le genre d'histoire qui finit par convaincre que l'alcool est réellement mauvais pour la santé... :D

      1. 859 réactions

        Par TE convaincre ?... :x

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