Histoire Noire IV

IV INTERROGATOIRES

Il n'a aucune idée de l'heure qu'il est, il ne sait pas combien de temps a duré son interrogatoire, il ne sait plus combien de fois on lui a posé les mêmes questions, ou d'autres, ni sur combien de tons différents, il ne se souvient, là , maintenant, d'aucune de ses réponses, et n'essaye même pas de savoir si elles étaient convaincantes...

Il a les bras noués autour du corps, le menton collé à  la poitrine, le regard sur le sol dégueulasse, et quand les larmes finissent par lui venir aux yeux, il murmure juste "quelle salope", et il ne sait même pas si c'est à  l'adresse de Dalila ou à  celle de la femme qui vient de le torturer ; il est vidé, et il comprend maintenant ce que l'avocat, des heures auparavant, essayait de lui dire : "Oh non, vraiment non, pauvre con, tu ne vas pas sortir d'ici comme ça...".

Il est accusé de viol. Il est accusé d'avoir violé Dalila, ce matin, dans sa classe. Et il vient d'essayer de s'en défendre pendant des plombes, en face de quelqu'un qui à  l'évidence ne croit pas un mot de ses dénégations, qui est persuadée que cette histoire de dingue est vraie, et qui l'a constamment regardé comme un salopard de violeur de gamine. Et le lui a dit.

Il a envie de vomir. Il n'y a strictement rien à  faire d'autre pour l'instant que d'attendre, elle le lui a dit, on le laissait réfléchir, quelques heures, et on reprendrait tout ça tôt le matin... Alors il essaye de réfléchir, puisqu'ils veulent, mais putain, à  quoi ? Calme toi, Jean-Marc, du calme, ça ne sert à  rien. Réfléchis, que t'a dit cette femme, exactement, qu'est-ce qu'elle a contre toi -à  part, bordel, qu'elle croit Dalila comme sa propre fille..?

___________

"- Je croyais que vous ne saviez pas de quoi vous étiez accusé, et que vous n'aviez jamais fait de mal ?

- Mais... Il y a eu un incident ce matin avec elle, mais jamais... Enfin, vous parlez de viol, ça n'était absolument pas ça, pas du tout, elle...

- Elle, elle vous accuse de l'avoir violée ? Vous comprenez bien, c'est le motif de votre placement en garde à  vue ?

- C'est impossible, elle n'est pas... Elle n'a pas pu vous dire ça, elle n'est pas folle !

- Pourquoi dites-vous qu'elle n'a pas pu me le dire et qu'elle n'est pas folle ?

- Parce que je la connais, c'est l'une de mes élèves... Parce que c'est faux, archi-faux, je n'ai jamais violé personne, ni elle ni personne, jamais !

- Je vois que vous avez une écorchure à  la main, que vous est-il arrivé ?

- Quoi ? Ah, ça ? Euh, je ne sais... Ah, si, en mettant du bois à  côté de la cheminée, l'autre jour...

- Quand ?

- Euh, je ne sais plus... Hier ?

- L'autre jour ou bien hier, Monsieur Caron ?

- Mais... Hier, je crois, franchement je ne sais plus.

- Quelle est la composition de votre famille ?

- J'ai deux enfants, David et Louise, que j'ai eu avec mon épouse, que vous avez vue tout à  l'heure, Manu, enfin, Emmanuelle, on vit tous ensemble, rien de...

- Elle m'a paru très jeune, votre épouse, par rapport à  vous, non ?

- Oui, c'est vrai, elle est plus jeune que moi de douze ans. C'est une ancienne élève, j'étais son prof quand elle était en Première.

- Vous aviez des relations amoureuses avec une élève de Première ?

- Non, je n'ai pas dit ça : elle est tombée amoureuse de moi à  l'époque, mais je ne l'ai su que bien plus tard, elle était étudiante quand nous -enfin, quand on s'est rencontrés vraiment...

- Sexuellement, comment cela se passe avec Madame CARON ?

- Quoi ? Je... Que vous dire ? Je suppose, correctement, nous faisons l'amour normalement, 3 fois par semaine je dirais.

- Avez-vous des fantasmes, pratiquez vous des actes particuliers, des jeux de violence ?

- Non ! Qu'est-ce que... Non, pas du tout, ça ne me plairait pas, ni à  elle, ce n'est pas du tout notre truc -et je ne suis pas DU TOUT violent, jamais !

- L'avez-vous déjà  trompée ?

- Non, jamais.

- Vous préférez une femme vierge ou une femme expérimentée ?

- Je ne préfère rien du tout, je préfère ma femme.

- Vous avez eu beaucoup de femmes dans votre vie ?

- Oui, avant Manu, bien sûr, quelques unes, mais...

- Quel âge exact avait Manu quand vous êtes sortis ensemble ?

- Je ne sais plus, une vingtaine d'années...

- Vous vous sentez attiré par les femmes plus jeunes ? C'est une motivation par rapport à  votre métier ?

- Mais ça ne va plus, non ? Je suis prof parce que j'ai toujours voulu être prof, j'aime ça, j'aime enseigner, ça n'a rien à  voir, ça n'a JAMAIS rien eu à  voir avec une "attirance" à  la con, je ne vous permet pas de...

- (Mentionnons que nous rappelons à  Monsieur Caron que nous enquétons sur des faits de viol, et qu'il doit demeurer courtois.) Calmez-vous, Monsieur Caron, vous n'avez rien à  me permettre ou pas, je ne suis pas une de vos élèves, je vous pose seulement des questions. Avez-vous selon vous une attitude différente avec les filles et les garçons, en classe ?

- Absolument pas.

- On leur posera la question, vous savez... Bon, que pouvez-vous me dire concernant la relation que vous avez eue avec Dalila ?

- Aucune. Normale. Comme avec les autres élèves. J'ai toujours tout fait normalement pour Dalila, c'est tout ce que je peux vous dire.

- Dites-moi si vous avez bien compris pourquoi vous êtes en garde à  vue ?

- Vous m'avez dit qu'elle m'accuse de viol, et moi je vous dis que c'est totalement faux, il ne s'est  absolument jamais rien passé, seulement un incident totalement bénin ce matin, point barre. Et ce n'est pas normal que je sois ici puisque je n'ai rien fait

- Qu'est ce qu'un viol pour vous ? De quoi est-ce qu'elle vous accuse ?

- Ah ça ! Je n'en ai pas la moindre idée... Un viol, c'est lorsque quelqu'un abuse d'une autre personne, lui impose une relation sexuelle contre son consentement, la violente... Je ne lui ai absolument rien fait, je n'ai jamais eu la moindre attirance sexuelle pour elle, ni aucun élève, je n'ai rien fait.

- Vous dites que vous n'avez rien fait, mais vous parlez d'un incident, ce matin ?

- Oui, et c'est tout. J'ai vu qu'elle avait l'air de mal encaisser une très mauvaise note sur une copie, et mes observations écrites. Je l'ai retenue, à  la fin du cours, pour en parler avec elle, je voulais la rassurer, lui dire que je pense qu'elle doit persévérer, atténuer mes remarques écrites, qui étaient un peu dures, et c'est tout. J'ai posé la main sur son épaule pour la rassurer, en lui parlant, et j'ai bien vu qu'il y avait quelque chose d'anormal, elle a fait un bond, et elle est partie en courant, comme ça, sans rien dire... Voilà , c'est tout, absolument rien d'autre. J'en ai parlé à  d'autres profs, juste après, et à  ma femme, en rentrant, vous pouvez les interroger...

- Nous le ferons, soyez-en certain. Dalila ne raconte pas du tout les choses comme ça. Elle a quel âge, au fait ?

- Je ne sais pas précisément, 14, 15, 16 ans ?

- Vous dites que vous l'avez "retenue" ? Comment ?

- Ah, oui... Non, je voulais simplement dire que je lui ai demandé de rester à  la fin, quand les élèves sortaient, c'est tout. Aucune contrainte. Enfin, normale, seulement, un prof qui demande à  une élève de rester, quoi...

- Et ça vous arrive souvent, de "retenir" une élève après le cours ?

- Non, rarement. Quand il le faut, quand je souhaite leur parler en privé, quand je détecte un problème particulier, ou que j'essaye d'aider individuellement...

- Il y avait donc un problème particulier chez Dalila ?

- Non, pas dans le sens... Mais là , sur cette correction de copie, oui. Dalila a des choses à  dire, sur le fond, mais c'est une catastrophe en termes d'expression écrite. Je vous l'ai dit, je voulais la rassurer et lui dire de continuer à  travailler, l'aider...

- Et, pour l'aider, vous dites que vous la touchez ?

- Mais non ! Je n'ai pas dit du tout "je l'ai touchée", j'ai dis que j'avais fait un geste rassurant, un peu paternaliste, si vous voulez, en lui parlant, en l'encourageant, j'ai juste tapoté son épaule avec ma main, pour lui dire "ça va aller", et c'est tout, rigoureusement tout, je le jure !

- Vous avez souvent des "gestes paternalistes" avec vos élèves filles, restées seules avec vous ?

- (Mention : Monsieur Caron ne répond rien, il soupire et secoue la tête.)

- La question vous dérange, apparemment ?

- Mais pas du tout : elle me révolte ! C'était un geste totalement anodin, d'empathie, sans la moindre connotation, et comme j'en ai déjà  sûrement eu avec d'autres, élèves comme autres personnes, oui, comme vous-même vous avez déjà  dû en avoir plein, bon sang...

- Donc, pour vous, il ne s'est strictement rien passé d'autre ?

- Non, je vous l'ai dit, rien.

- Avait-elle une quelconque marque apparente, ce matin là , sur le visage ?

- Comment ? Euh, non, rien de particulier, je ne vois pas...

- Il se trouve que Dalila a été prise en charge par des policiers immédiatement après vous avoir quitté, effectivement en courant, d'ailleurs, alors qu'elle courait dans la rue. Et qu'ils ont constaté, comme moi, et comme la Médecine Légale, que Dalila portait une trace de coup toute récente sur le visage. Qu'en pensez-vous, et pensez-vous qu'elle se la soit faite toute seule ?

- Mais je n'en sais... Ah, si, elle est tombée quand elle a bondi, je vous l'ai dit, elle a dû se cogner.

- Vous ne m'avez jamais parlé d'une chute ou d'un coup ?

- Mais si, je vous l'ai dit.

- (Relisons à  Monsieur Caron ses déclarations ci-dessus) Non. Vous m'avez dit "elle a fait un bond et elle est partie en courant", c'est tout. Pourquoi n'avoir pas mentionné spontanément ce coup ?

- Je... Je n'y ai pas pensé, je n'ai pas apporté cette précision, mais c'est tout, je ne voulais pas cacher quoi que ce soit. Et ce n'est pas un coup, c'est une chute, c'est sa réaction très brusque qui l'a provoquée, c'est même ce qui m'a fait dire qu'il devait y avoir un problème chez elle...

- Mais vous ne me l'avez pas dit spontanément. Ensuite, vous indiquez à  la fois que c'est pour vous un incident minime, normal, et pour autant que vous en parlez à  d'autres enseignants, puis à  votre femme. Nous vérifierons, mais si c'est exact, pourquoi en parlez-vous, puisqu'il ne s'est rien passé selon vous ?

- Je vous l'ai expliqué : sa réaction affolée, totalement disproportionnée, sa chute, justement, son départ précipité : n'ayant rien fait de mal, au contraire, je n'ai pas compris, et je voulais savoir si d'autres avaient déjà  remarqué  des problèmes chez elle...

- Comment votre femme aurait-elle pu en voir ? Elle la connait ?

- Non, pas elle, mes collègues... Ma femme, je lui en ai parlé parce que je m'en voulais, d'avoir été trop dur dans mes annotations, d'avoir manifestement blessé cette élève... Le pire, c'est que je l'aimais bien, Dalila, je...

- Pourquoi ? Vous ne l'aimez plus ?

- Vous plaisantez ? Vous voyez où je suis, là  ? Elle m'accuse de viol, et c'est un mensonge : non, là , je ne l'aime pas trop.

- Donc, c'est une menteuse ?

- Je n'avais rien remarqué à  ce sujet, mais comme moi je vous dis la vérité, oui, bien sûr qu'elle ment !

- Donc, quand elle raconte, quelques minutes après avoir quitté votre classe, spontanément, parce que son attitude affolée et sa blessure attirent l'attention de policiers dans la rue, qu'elle vient d'être violée par son prof, qui l'a retenue dans sa classe, seule, et a tenté de l'abuser, et est parvenu à  ses fins, en la violentant, et qu'elle s'est enfuie, elle dit n'importe quoi, elle ment ? (Donnons lecture au gardé à  vue des déclarations de la jeune Dalila) ?

- Je suis atterré... Oui, elle ment, c'est un tissu de mensonge, ça ne s'est absolument pas passé comme ça, ça ne s'est pas passé du tout...

- Elle l'a pourtant raconté, et m'a laissé prévenir ses parents, auprès desquels elle n'a rien démenti, et qu'elle a quatorze ans ?

- Si elle ment, je suppose qu'elle ment à  tout le monde.

- Dalila a été examinée par un expert-psychologue, qui l'a trouvée crédible : qu'en pensez-vous ?

- Qu'il s'est trompé ! Elle est peut-être crédible, son histoire est peut-être crédible, mais moi je ne la trouve pas crédible du tout, je vous affirme que c'est une invention pure ! De la folie...

- Le même expert n'a pas trouvé trace de pathologie mentale chez elle. En revanche, il retrouve un grand nombre de symptômes post-traumatiques, très habituels chez les victimes de viols : vous pensez qu'à  quatorze ans, elle a été capable de tromper l'expert et les tests qu'il lui a fait passer ?

- JE N'EN SAIS RIEN ! Je m'en fous ! C'est un cauchemar, c'est pas possible... Non, je suppose qu'elle ne serait pas capable de tromper un expert, mais si c'est ça, alors elle a peut-être subi quelque chose réellement, je n'en sais rien, mais pas par moi, je ne lui ai rien fait. Peut-être que mes critiques ou mon geste ont fait ressortir ça en elle, mais ce n'est pas moi.

- Vous accusez un autre adulte, son père ?

- Je n'accuse personne, je cherche à  comprendre...

- Justement, moi aussi : si elle vous accuse à  tort, en sachant qu'elle peut vous faire envoyer en prison, que ce sont de graves accusations, et qu'elle n'est pas folle, expliquez-moi ce qui lui prend, et pourquoi ? Elle vous détesterait ?

- Je n'en sais rien, c'est vrai que c'est démentiel, je ne sais pas. Peut-être qu'elle m'en voulait terriblement pour sa copie...

- Elle vous accuse de viol pour une mauvaise note, c'est bien ça ?

- (Mentionnons que Monsieur Caron ne répond pas et garde la tête baissée.) Que c'est-il passé avec Dalila pour qu'elle veuille vous envoyer en prison, Monsieur Caron ?

- Rien. Je ne sais pas. C'était une gentille fille, ça se sentait, du moins je croyais. Je ne sais pas.

- A la suite de l'incident, qui selon vous révélait des "problèmes", pourquoi ne pas avoir alerté les services sociaux, au moins ceux de votre établissement, ou seulement même sa direction ?

- Je comptais le faire dès lundi, je l'ai dit à  mon épouse. Là , c'était vendredi, elle était partie chez elle, et de plus je n'étais pas sûr... Je voulais demander l'avis de ma femme, justement,  avant, ne pas créer d'ennuis s'il n'y avait rien d'autre qu'une réaction d'humeur disproportionnée...

- Vous la trouvez jolie, Dalila ?

- Je ne... Oui, je suppose, enfin oui, c'est une jolie jeune fille.

- Vous avez été attiré par elle ?

- Non.

- C'est arrivé combien de fois que Dalila, ou une autre, reste seule avec vous après le cours ?

- Elle, jamais, à  part ce matin. D'autres, quelques fois. Des garçons comme des filles, d'ailleurs.

- Vous aimez les garçons aussi ?

- Vous déformez toutes mes réponses : je n'aime pas les filles, ou les garçons : j'aime mon métier, et j'essaye de bien le faire et de les aider. Enfin, j'essayais. Je comprends que j'aurais dû filmer ces entretiens en privé, mais je n'y ai pas pensé, vous voyez...

- On a saisi les vêtements de Dalila, qui n'ont pas été lavés, et des prélèvements vaginaux ont été effectués : nous n'avons pas de film, mais nous aurons des traces ADN. Persistez-vous à  nier les faits, en sachant que des examens ADN vont être effectués ?

- Bien sûr que oui : on ne trouvera pas mon ADN, nulle part, Bon Dieu ! SI : pardon, sur son épaule, on pourrait en trouver, mais rien d'autre, je vous le garantis.

- Les parents de Dalila m'ont dit qu'ils étaient surpris qu'elle ait des notes si mauvaises en français, alors qu'ailleurs Dalila s'en sort bien ?

- Je ne vois pas le rapport. J'ai toujours noté Dalila comme les autres, je vous l'ai dit elle a de gros soucis d'expression écrite -pas orale, apparemment...

- Vous trouvez ces accusations risibles ?

- Non, c'est pas le mot. Je suis abasourdi, je n'y comprends rien. Je n'ai aucune envie de rire.

- Elle non plus, elle ne riait pas, tout à  l'heure, Monsieur Caron. Décrivez-moi la façon dont Dalila est tombée, et comment une jeune femme qui sursaute, puis chute, peut se faire un hématome au front, selon vous ?..."

___________

Plusieurs heures.

Sur ce ton, en permanence.

Et ça ne fait que commencer, elle le lui a dit. Il va être réentendu, plusieurs fois, ce qui désormais le terrifie. Jusqu'à  ce qu'elle "sache la vérité", a-t-elle ajouté...

Elle n'a pas caché non plus qu'il ne fallait pas qu'il espère une fin de garde à  vue rapide : elle allait vérifier le plus de choses possible, et irait au bout -il la croyait. Elle allait entendre son épouse, ses collègues, ils iraient ensemble perquisitionner chez lui, on interrogerait des élèves...

Jean-Marc croyait ne rien avoir à  craindre, mais il constatait, stupéfait, qu'en réalité il avait peur de ces auditions, et peur d'à  peu près n'importe quel élément qui sortirait maintenant : il voyait bien à  quel point un mot pouvait être torturé pour l'accabler, combien les circonstances pouvaient apparemment valider cette... Horreur.

La policière avait quoi ? Les déclarations -ahurissantes- de Dalila, une expertise psychologique, un contexte, celui de son attitude à  elle, une blessure -il s'en voulait terriblement de ne pas en avoir parlé le premier, de ça...

Il n'arrivait pas à  réfléchir à  ces éléments, et d'ailleurs, réfléchir à  quoi, que pouvait-il faire pour les contrer, à  part dire, encore et encore, qu'il ne comprenait pas...

David, Louise, Manu...

Il avait un espoir : l'ADN. Il n'y en aurait pas, évidemment. Seulement, la policière lui avait bien dit que les résultats n'arriveraient pas tout de suite, en prenant soin de ne pas lui donner de délai...

Il avait bien compris que sa garde à  vue serait prolongée, et ça l'emplissait de frayeur, il ne pouvait plus maîtriser ça; le seul point positif est qu'il avait aussi compris qu'il reverrait "son" avocat, du coup, et c'était bien la seule bonne nouvelle dans tout ce marasme, un rayon de jour dans le noir...

David, Louise, Manu...

Une question le frappa soudain : on allait dire à  Manu, et à  ses collègues, et aux élèves, qu'il était là  pour le viol de Dalila, qu'il était suspect de ce putain de viol, de ces faits dégueulasses, ou pas ? Il ne voyait pas comment on interrogerait tout le monde sans en parler, oui, forcément -il mesura soudain que même quand il serait mis hors de cause, sa vie serait nécessairement modifiée, il mesura qu'il devrait se justifier partout -au bahut, déjà , rien que là ...

Il réalisa aussi que des histoires de profs pédophiles, il y en avait eu à  la pelle, dans l'actualité, et que ce contexte jouait aussi contre lui...

Toutes ces pensées, bien d'autres encore, s'entrechoquaient dans sa tête vidée, vidangée, il perdait parfois sa cohérence, il ne parvenait plus à  être objectif, il se prenait à  espérer que Dalila serait soudain prise de remords et viendrait tout dire -il émit une forme de prière, pour ça. Il avait maintenant le sentiment d'être là , emprisonné, depuis des jours, et de répondre depuis des jours à  toutes ces questions hostiles et impudiques... Il se demandait quelle heure il était, il savait juste qu'on était en pleine nuit, et comment s'en sortait Manu, si elle avait peur pour lui, ce qu'elle racontait à  leurs gosses, à  sa petite Louise...

Il n'était plus du tout certain de sortir rapidement de là . Et il était certain de ne pas en sortir indemne.

Il ne savait pas ce qui allait lui arriver, et il redoutait viscéralement tout, maintenant : il voulait, par dessus tout, s'en aller. Rentrer chez lui, et aller faire un million de bisous à  Louise, l'écouter rire...

Le visage tout rond et les grands yeux de Louise vinrent lui voiler les yeux, et il se mit à  pleurer.

[Lire le début ou l' épisode précédent] [Lire la suite]

203 réactions

dont les 20 dernières sont :
Maître Mô | Antoine | Titinou02 | Maître Mô | Mélie | White Corbel | Meraziel | Niels BOHR | Niels BOHR | Nico | Maître Mô | Maître Mô | Nico | dan | Oph | Maître Mô | Flojoapt | VnF | Pauletta_ | Brisbanoise |

  1. 47 réactions

    Merci cher Maître pour cette suite tant attendue.

    Force est de reconnaitre que le sujet est d'une actualité brûlante, et qu'il est facile de ressentir de l'empathie pour votre héros... :(

  2. 1 réactions

    Bonjour,
    Pas vraiment de commentaires sur la morale de cette très sombre histoire, juste une remarque : je ne comprend pas pourquoi l'enquête est si sévère dès le début, attendu qu'il n'y a pas de risques à  attendre les résultats de l'ADN (si ils ont été faits).
    On pourrait imaginer un monde plus cool où l'accusé consentirait à  rester en GAV (une GAV correcte, avec la seule contrainte d'être retenu et un peu isolé), juste le temps que les faits soient établisDe plus, il apparaît que l'accusé comprend que Dalila a quelque chose à  dire, et qu'elle a du mal à  le dire (mais j'imagine peut-être).
    Donc, qu'est-ce qui motive une telle pression ? l'envie de l'enquêteuse d'être la première a avoir les aveux ?
    En tout cas, merci pour ce blog

  3. 1 réactions

    et sinon les annulations de procedure pour absence d avocat lors des interrogatoires ? cela se passe comment a Lille ? Des requetes en cours a la CEDH?

  4. 4 réactions

    qu'il est méchant le policier , oh le vilain ! heureusement que le gentil avocat est là  !

    1. 329 réactions

      A part ça que pensez vous sérieusement de cette histoire ?

      1. 4 réactions

        je pense qui Mô nous a encore régalé d'un excellent billet, moins beau que "petite fille", mais rédigé avec beaucoup de talent. Je ne suis pas original en disant cela, Maitre Mô a du talent, mais il me fait bouillir quand il parle de mon métier au quotidien.
        je ne sais plus dans quel billet Mô disait que les avocats respectaient le métier de l'OPJ mais pas l'inverse.
        Sur cela, je pense l'inverse, j'ai un infini respect pour l' avocat, d'autant plus pour le maître des lieux.J'envie sa possibilité de râler, sa position d'électron libre de la procédure pénale.

        Je trouve ce billet à  charge, je ne comprends pas cette vision de l'OPJ voulant l'aveu judiciaire à  tout prix.
        Pour ce PV d'audition, il ne me surprend pas, certain collègue, ont du mal à  trouver l'équilibre entre nécessite de l'enquête, et le statut de présomption d'innocence, c'est pourquoi:
        Je suis pour l'avocat pendant la GAV, mais qu'on arrête de nous prendre pour les méchants de la procédure pénale ! Nous sommes tout sauf des « monstres-dévorants » la pauvre victime d'erreur judiciaire.

        Mea-culpa pour mon commentaire précédent qu'il n'avait aucun intérêt. (celui-ci non plus :arrow: )

        1. 329 réactions

          Je vous remercie Javert pour votre commentaire et de vous être laissé prendre par le jeu de la traduction du sentiment .
          Je vous le dis en toute sincérité ! Qu’est ce qu’on aurait raté si on s’était arrêté à  votre unique intervention alors que votre point de vue est précieux d’autant que vous occupez la fonction d’OPJ .

          Si Maître Mô vous fait bouillir quand il parle de votre métier ,que pourraient donc dire ses confrères quand il parle d'eux ou les procureurs dont il ne rate pas une occasion pour leur exprimer la joie et l’impatience de les retrouver au tribunal , sans parler des autres professions : banquiers ,femmes et hommes politiques qu’il adore sans modération et autres...

          Vous voulez une confidence, s’il vous fait bouillir ,il ne faut pas le montrer ,il faut rester discret. Simplement parce que ça lui ferait plaisir. C’est un pénaliste !

          Maître Mô avait décrit dans d’autres billets les conditions d’interpellation de Jean Marc . Nous, commentateurs ,l’avons tancé pendant au moins un an pour qu’il nous livre la suite .

          Cette suite livrée ne manque pas de réalisme . Si c’était un interrogatoire d’une déontologie parfaite et exemplaire ,il aurait été profitable pour les écoles de police . Il aurait été de la pertinence des trains qui arrivent à  l’heure et qui ne suscitent ni inquiétudes ni émois. Encore que les trains arrivent aux quais publiquement sans intimité ,contrairement aux GAV, car aucun conducteur de locomotive ne téléphone avant son arrivée à  la gare en réclamant une entrée ,la plus discrètion possible.

          Dire que le personnage de la policière a peu de chance d’attirer la sympathie du lecteur est un euphémisme. Elle n’est pas une représentante de la police , ni mandatée à  cet effet ,de même Jean Marc n’est pas un représentant des enseignants. Elle est une représentation d’une personne humaine qui travaille dans la police qui a des points forts et des points de faiblesse . Elle est à  l'image d’un être humain et elle serait mécontente qu'on l'assimile à  un robot.

          Les histoires où tout le monde est beau ,tout le monde est gentil ont peu de chance de nous faire découvrir les ratages et les dysfonctionnements.

          Des dysfonctionnements dans les conditions de la GAV ça existe , non pas par le fait que des fonctionnaires aient décidé de mal faire leur travail mais uniquement du fait que leur principal employeur l’Etat n’a pas réagi dans le domaine qui lui est réservé par les Institutions qui ont la charge d'y réfléchir tout en faisant remonter les doléances des intervenants sur le terrain ,à  la base de la pyramide . Ceci afin d'endiguer tout dysfonctionnement avant qu'il ne se se produise.

          L’Etat est le principal responsable des carences de ses serviteurs. Il leur doit une formation adéquate et il doit mettre à  leur dispositions les garanties nécessaires pour qu’ils exercent leur métier dans les meilleures conditions et que celles-ci ne soient pas attentatoires à  la présomption d’innocence et qu’elles soient respectueuses du principe du contradictoire avec des moyens durant la procédure à  armes égales .

          Si Histoire Noire avait des personnages modèles en action ,peints à  la manière du « Réalisme socialiste » comme à  l’époque du cinéma soviétique ,avec des « héros positifs » à  l’écran , sans rayure ni bavure ,à  la manière de l’ouvrier Stakhanov où toute autre forme de représentation critique était bannie par la propagande, 1 ) l’histoire n’aurait eu aucun intérêt et 2) Maître Mô aurait certainement eu droit aux félicitations du Ministre de l'intérieur .

        2. 3579 réactions

          Comme il y a parfois réellement des avocats véreux ( :? ), il y a aussi, parfois, des enquêteurs "monstres dévorants", comme c'est le cas ici, comme ça l'est dans quelques autres histoires, et pour une raison très simple, la même dans les deux cas : vous en avez le pouvoir.

          Vous "détenez" un homme, et l'honnêteté et la loi commandent que ça se passe d'une façon raisonnable -mais ça n'est évidemment pas toujours le cas, parce que les policiers sont des hommes, et femmes, donc pouvant être parés de toutes les vertus humaines... Ou de tous les défauts. Tout en ayant ce pouvoir.

          Comme l'avocat doit redouter, et même être terrifié, à  l'idée de ne plus faire que s'écouter, au détriment de ses clients, ou de se faire trop confiance, ou de mal travailler, ou de l'usure, on doit être terrifié, à  mon avis, par le syndrome de Saint Just -et je suis certain que vous l'avez déjà  rencontré, il frappe quelques policiers et quelques juges aussi certainement que la nullité crasse peut frapper certains confrères, c'est un fait.

          Celui qui fait penser à  l'impétrant qu'il est du bon côté, investi d'une mission, et que tous les moyens seront bons pour coincer le salopard...

          C'est déraisonnable, et c'est comme ça que les dérapages surviennent, entre la baffe dans la gueule du vendeur de stups qui dit n'importe quoi et l'innocent qui se débat et qu'on refuse de croire.

          Avec cette histoire, je règle un certain nombre de comptes, des années après : il était normal que cette enquêtrice-là  en fasse les frais la première (pour qu'elle se reconnaisse bien, et me reconnaisse itou, je suis celui avec lequel elle a failli en venir aux mains, une fois, même si finalement on a bu un pot après...), puisque je suis un ordre chronologique, mais vous verrez que le juge d'instruction ne sera pas en reste, et même... L'avocat, non plus, vous verrez.

          Je l'ai déjà  dit, j'ai les meilleurs rapports avec tous les flics que je connais, et effectivement je respecte profondément ce métier, pour la double raison qu'il est je pense un des plus difficiles, sincèrement, et que... J'en ai besoin, comme tout le monde. Je déteste l'anti-fliquisme primaire.

          Mais c'est là  encore pour vous comme pour nous : on devrait apprendre à  faire le ménage chez nous, avant de parler de notre métier en ayant du mal à  en entendre les tares.

          La pratique quotidienne de la délinquance sexuelle est absolument usante, à  tous points de vues, on y brasse de la douleur et des souffrances et des tabous massacrés à  longueur de journées, je ne vous apprends rien, qu'on soit policier, juge ou avocat. Mais c'est aussi un domaine, justement, dans lequel on ne peut pas être médiocre, ou Saint Just, encore moins qu'ailleurs. Et dans lequel ça arrive pourtant tout le temps.

    2. 3579 réactions

      Oui, hein ?

      C'est dingue ce qu'ils peuvent être méchants, des fois -en même temps, c'est pas un métier facile. Pour preuve le véritable pv, largement édulcoré ici.

      Lieux communs rigolos mis à  part, vous aurez remarqué que, justement, l'avocat, effectivement gentil, n'est pas là ...

  5. 1 réactions

    Ce qui m'a toujours fait sourire, c'est effectivement le côté très édulcoré des PV qui résultent des interrogatoires (enfin, j'ai connu un juge d'instruction qui était l'exception : le PV reflétait pratiquement mot pour mot l'interrogatoire, ce qui était très "rafraîchissant"). Déjà , les suspects commencent rarement leurs phrases par "pour vous répondre"...;-)

    En l'occurrence, la seule tactique à  utiliser dans une histoire pareille, avec une enquêtrice d'aussi mauvaise foi, consisterait à  garder un silence obtu ou à  répondre en ayant tourné 7 fois (au moins !) la langue dans sa bouche. Etrange à  part ça, d'habitude, une mauvaise foi pareille est l'apanage du conseil de la partie adverse...enfin...;-) Et d'attendre les résultats de l'ADN et peut-être aussi suggérer l'examen gynécologique...Ce serait amusant que la gamine, au final, soit toujours vierge !

  6. 51 réactions

    Bonjour,

    Juste un petit mot pour vous signaler que Quotidien de PJ, que j'asticote sans cesse avec le bien fondé de la présence de l'avocat dès la première milliseconde de la garde à  vue et à  qui j'ai parlé d'Histoire Noire, a publié un billet de réponse.

    Ce billet se base sur le début de l'histoire, car il n'a pas encore lu tous les cinq volets de cette saga. J'espère que d'autres billets suivront. Ca se passe ici : http://quotidiendepj.unblog.fr/2010/01/20/toujours-et-encore-la-garde-a-vue/

    1. 69 réactions

      Je suis allée voir et cela m'a mise mal à  l'aise.

      Je ne met pas en doute les qualités professionnelles de ce blogueur.

      Je tiens aussi compte du fait qu'il n'a pas lu toutes les parties d'histoire noire.

      Mais franchement on sent bien le culte du coupable coûte que coûte. Jamais dans la manière dont il décrit les choses il ne réussit à  se dire : et si j'avais un innocent face à  moi ? Ou au moins : je reste neutre et j'entends à  charge et à  décharge pour me rapprocher de la vérité.

      Il présente les choses comme s'il était bien ennuyé que le gardé à  vue ne lui facilite pas la tâche en avouant tout qu'il puisse aller dormir et prendre un repas chaud quand ce vilain présumé coupable y a droit lui.

      Comme quoi il est très difficile de faire aborder cette question par des policiers qui sont dans certaines habitudes autrement que par le regard qu'ils ont pris de par ces habitudes ....

      On comprend aussi à  quel point l'avocat les dérange et les vives réactions de leurs représentants s'ils sont nombreux à  faire pareil.

      Il ne fait pas bon d'être coupable, et encore moins d'être innocent !

      1. 51 réactions

        Lorsque j'ai découvert ce blog, j'ai moi même été dérangé. Et je suis toujours dérangé par ce rejet de l'avocat, par exemple, c'est la raison pour laquelle j'ai si souvent des arguments avec son auteur.

        Mais derrière ce côté dérangeant, il y a autre chose. Je pense que l'auteur essaie de bien faire son travail, qu'il croit en ce qu'il fait, mais surtout qu'il est confronté à  des situations qu'il m'est difficile d'imaginer, et qui peuvent certainement influer sur sa façon de penser. Cela ne me fait pas admettre cette façon de penser, mais cela me donne envie d'en discuter avec lui. Comment dire : il a le mérite de lire, de répondre, et de donner ses arguments. Qu'on les partage ou pas, il y a un réel échange, et ça, c'est tout à  son honneur.

        Comme je le lui ai dit, j'ai maintenant hâte de lire son retour sur ce volet spécifique d'histoire Noire.

        1. 69 réactions

          Déjà  j'avoue (cela lui fera plaisir) ne pas connaitre son blog autrement que par cet article.

          Je n'ai pas voulu mettre en cause son professionnalisme, ce que je précise dès le début. Ce qui me dérange c'est sa manière d'aborder 'un coupable', de nous présenter les choses avec ses certitudes sans possibilité de laisser une chance à  un innocent, et même face à  un coupable on devrait pouvoir appréhender différemment il me semble. Peut être est il blindé, peut être aurions nous la même réaction à  sa place à  force de faire ce métier, mais ce n'est pas sain, pas juste pour qui que ce soit.

          Par ailleurs je crois que pour se lancer dans un blog il faut un minimum accepter l'échange, la contradiction, les interrogatoires - euh je voulais dire les interrogations - du lecteur. J'irai voir plus profondément ce site pour mieux le comprendre et essaierai de faire part de mes questionnements quand je pourrai les formuler d'une manière plus posée et constructive, car je garde pour le moment un arrière gout amer de cette première lecture.

          Merci de nous l'avoir fait découvrir ! Si le bonhomme est comme vous le dites ce sera sans nul doute enrichissant de confronter les points de vue - même s'il y a des désaccords ...

          1. 51 réactions

            C'est chouette que vous soyez venue commenter Nadia. Vos questions sont excellentes et font vraiment avancer les choses, du moins de mon point de vue. Quant à  cet idéalisme que vous décrivez, je ne lui trouve rien à  opposer !

            Avez vous vu que Quotidien vous a répondu par tout un billet, après avoir lu les autres volets d'Histoire Noire ? De mon côté, je ne laisserai pas de commentaire tout de suite : j'ai d'abord besoin de structurer mes idées, même si intuitivement j'ai idée de ce que je veux répondre.

            Ce qui serait intéressant aussi, ce serait que Quotidien vienne commenter ici, et que, pourquoi pas, Mô commente là  bas.
            Me, j'ignore si vous avez lu ces deux billets dont Nadia et moi parlons ?

          2. 23 réactions

            A mon tour de venir faire un petit tour dans le domaine de Maître Mô.
            Je fais me permettre une petit distorsion, puisque vous faites état de la réponse que j'ai pu faire à  notre hôte sur mon blog, et je tiens à  y apporter quelques précisions.
            Oui, et 1000 fois OUI, ce qui arrive à  notre instituteur est catastrophique, et tellement lourd de conséquences pour lui. Dans son présent, et dans son avenir.
            Cet article est rédigé ainsi, et il serait anormal que de dire que "c'est normal".
            Maintenant, il faut juste être conscient d'une chose: il est facile de débattre à  posteriori, en connaissant toutes les réponses d'une histoire, et de mettre au pilori toute l'institution policière. Donc, je dis "attention". Mettez-vous à  la place du policier qui n'a qu'un seul récit, celui d'une victime, effondrée, bouleversée, qui dit s'être faite violer.
            Il est une réalité que de dire, même si ce n'est pas "politiquement correcte", qu'il y a de "fausses victimes", qui s'inventent des histoires. Ca arrive. Et pour des dizaines de raisons différentes (un mari trompé qui demande des explications, par exemple). C'est choquant, mais ca arrive. Et là , je fais de la prévention pour les réponses qui vont suivre, toutes les victimes ne sont pas des menteuses. Bien au contraire. Il y a de vraies victimes, et il y en a encore beaucoup plus qui restent dans le silence. Ca aussi, c'est grave, et c'est une réalité.
            Mais que faudrait-il faire? Rien? Juste poser des questions, et attendre sagement des réponses. Tout en sachant, et c'est une réalité, que une grande partie de notre quotidien, avec un mis en cause, est fait de mensonges. Plus l'affaire est grave, et plus il a tendance à  mentir; réflexe d'auto-défense, dirons-nous. Donc, on ne peut se contenter de réponses simples. Il faut également reconnaitre que nous sommes dans une matière un peu "tabou", le sexe; et qu'il est désagréable de parler de sa sexualité devant un inconnu. C'est vrai, et compréhensible. Mais, mettez-vous un peu du coté de la victime. Imaginez qu'elle dise vrai. Imaginez qu'il n'y a, dans l'affaire, aucun élément matériel. Croyez-vous qu'elle se contentera d'une audition d'une douzaine de questions, où celui qui est mis en cause aura répondu "je n'ai rien fait"? Comment allez-vous lui dire que l'homme qu'elle désigne est dehors "parce qu'il a dit que ce n'est pas lui". Et je puis vous dire que cela arrive tous les jours. Imaginez leur visage; c'est un second traumatisme, pour elles. Non seulement elles sont victimes, mais en plus, on donne l'impression de ne pas les croire, puisque l'auteur est dehors. Et vous aurez beau leur expliquer qu'il est dehors parce qu'il n'y a pas d'éléments. Elles vous diront juste qu'elle regrettent d'avoir déposer plainte, parce qu'on ne les a pas cru; et, au final, pour elles, la police et la justice n'auront rien fait pour elles.
            Juste un mot, encore, pour dire que, par ma réponse, je ne parle certainement pas au nom de tout le monde, et, à  l'inverse, je ne cautionne pas non plus tout ce qui a pu être fait dans cette affaire, puisque je n'en connais pas les tenants et aboutissants, tout juste ce qui nous est relaté par l'avocat d'une des deux parties.
            Donc, pour résumer, pensez, parfois, aussi, à  la victime. Et mon point de vue, c'est celui-là . Dans mon quotidien, je travaille pour les victimes. Pour pour, absolument enfermer quelqu'un.
            Et, contrairement à  ce que vous pouvez penser, le doute, je l'ai constamment. Mais ce n'est pas pour autant que je le laisse paraitre à  la personne que j'ai en face. En ce qui me concerne, la remise en question est une réalité constante de l'enquête.

            1. 51 réactions

              Merci Christophe, et sincèrement, d'avoir fait tout ce chemin !

              Il y a beaucoup d'informations, dans vos billets comme dans ce commentaire, si bien que je ne peux y répondre maintenant et de manière raisonnée. Je préfère d'abord digérer cette information et organiser mes idées.

              Par contre, s'il y a bien une chose que je peux vous dire, c'est que le doute que vous mentionnez se lit dans vos billets. Et c'est peut-être l'une des choses qui me fait vous lire régulièrement. Quel intérêt y aurait-il à  lire une personne pétrie de certitudes, sans aucune place pour le doute ?

              La seule chose sur laquelle nous n'avons aucun doute, l'un comme l'autre, est la présence de l'avocat (vous : non, moi : oui). Je sais, ce n'est pas de ce doute dont vous parliez ici :D

              A bientôt

            2. 13 réactions

              N'y a t-il pas de solutions alternatives entre la simple remise en liberté de l'accusé et son placement en détention ? Une injonction de garder ses distances ou le placement de la "présumée victime" dans un milieu protégé ? Je regarde peut être trop de séries télévisuelles...

  7. 12 réactions

    Le Canard enchaîné de cette semaine n'est guère rassurant : "Mais procéder à  une mise à  l'ombre momentanée est tellement pratique. 'C'estduconfortpourtoutlemonde</em>,<em>policiersetmagistrats', reconnaît un procureur." Il n'y a guère que les prévenus qui aient de quoi se plaindre. Des histoires comme celle de Jean-Marc, il y en aura encore.
    Merci, Maître, pour ce témoignage édifiant. J'attends la suite. Enfin, façon de parler...

  8. 6 réactions

    A quand la suite Maitre?

  9. 37 réactions

    J'ai l'occasion de rencontrer de temps à  autre un jeune homme (un homme encore jeune, devrais-je dire, ce n'est plus un gamin), qui est entré dans la police par une porte modeste mais honorable, et qui, grâce à  son travail et à  ses compétences, est devenu officier de police judiciaire (je ne puis vous dire son grade exact).
    Que puis-je juger de son travail? Rien. Je sais pourtant que, malgré les années, les comptes sont loin d'être réglés avec un père maladroit et parfois un peu autoritaire, pour ne pas dire plus, avec une famille où on pratique plus volontiers le BAC+3 ou 4 que le modeste CAP, avec un monde qui ne lui a certainement pas offert la carrière(?) ou les perspectives(?) dont il aurait pu rêver...
    Et j'ai toujours été épouvanté par la manière dont cet homme pouvait évoquer ses relations avec les "interpelés", les "prévenus", les "arrêtés", je ne sais quel terme employer. Strict rapport de force, brutalité (dans les relations) parfaitement assumée, mise en œuvre de tous les moyens (même légaux, comme on dit) pour obtenir des résultats, tout cela fondé sur le fameux proverbe qui fait de tout innocent un coupable potentiel, à  savoir "bat ta femme tous les jours, si tu ne sais pas pourquoi, elle, elle le sait".

    Et j'ai tremblé à  l'idée qu'un jour, sur le bord d'une route, au détour d'une place, à  la sortie d'un magasin, ou même chez moi, il pourrait être celui qui viendrait me demander de le suivre pour régler "une affaire me concernant".

    Ce policier qui mène l'enquête, cette jeune femme qui pose des questions que seul son statut lui permet d'oser, ces policiers qui rigolent à  l'occasion de la fouille approfondie - si j'ose dire - d'un pauvre type qui n'y peut mais, que sait-on de leur équilibre psychologique, et des comptes qu'ils ont à  régler avec l'autorité, avec les institutions, avec l"école, avec les profs...

    Pas facile de trouver ceux à  qui il faut confier tant de responsabilités, tant de pouvoir, à  commencer par le pouvoir d'humilier.

    PS On peut lire le Voyage au pays des Ze-Ka de Julius Margolin, un témoignage qui ouvre, une fois de plus, la porte sur tout ce que l'homme peut avoir de pire, mais aussi sur l'incroyable capacité que donnent l'intelligence et la culture pour résister à  la violence et à  la bêtise. C'est peut-être pour cela que l'intelligence et la culture sont si souvent combattues.

    Bonne journée à  tous.

  10. 231 réactions

    Puis-je Môdestement demander au Maître des lieux s'il aura l'occasion prochainement de livrer la suite de cette histoire que je viens de découvrir d'une traite, et s'il envisage de nous suspendre ainsi à  notre clavier en attente de la suite (puis de la prochaine - façon Harry Potter en plus glauque) pendant de longues années, autrement dit si la fin approche ou si nous n'en sommes qu'au début?

  11. 1 réactions

    Hm.. Je pense que la suite sera plus que bienvenue, et acceuillie en chansons..

    Plus serieusement, je me permet de vous poser quelques questions( je viens de decouvrir l'Histoire Noire, et meme si j'ai parcouru les commentaires, je dois avouer que je n'ai pas tout lu :? )
    En tombant de sa chaise, comment Dallila a t elle pu se blesser au front ?
    Comment avez vous appris pour l'histoire entre Dalila et son oncle?
    Que se passe t il ensuite ??? ( Quel manque cruel de bonnes manieres :P )

    Enfin, mes excuses pour cette absence d'accents, qwerty oblige :)

    Merci

  12. 1 réactions

    La suiiiite ???

  13. 4 réactions

    La suite aussi siouplait :D

  14. 1 réactions

    Bonjour,

    Etudiant en Master 2 de droit, je me délecte régulièrement de votre blog (ainsi que de celui de maître Eolas, rendons à  César ce qui est à  César, c'est grâce à  lui que je l'ai découvert) et de vos articles dont parfois la longueur ferait pâlir Marcel Proust, sans jamais oser commenter vos dires, pauvre bizut que je suis. Toutefois, cette affaire m'a fait particulièrement réagir car elle est en tout point semblable à  ce qui est arrivé à  un prof de français de mon ancien lycée il y a de cela quelques années (ayant perdu le contact, je ne sais pas à  quel stade elle en est). Tellement semblable que mon prof de français, génial au demeurant, s'était lui aussi marié avec une de ses anciennes élèves et était friand de remarques de ce style sur les copies... D'où mon trouble. Pourtant, je n'habite pas Lille. Du coup, de deux choses l'une, soit c'est une couïncidence qui personnellement me fait froid dans le dos, soit... il est arrivé que vous (ou Me Mussipont) vous soyez aventuré un peu au sud-est de votre barreau actuel. Afin de m'aider à  dissiper ce doute affreux, je ne vous demanderai pas de révéler l'identité de Jean-Marc, évidemment, mais je vous serais reconnaissant de bien vouloir répondre (même par mail, si cela ne vous importune pas) à  cette simple question : le lycée où travaillait Jean-Marc était-il public ou privé ? Merci d'avance
    P.S. : même si c'est une couïncidence, c'est flippant

    1. 3579 réactions

      Je fais plus simple : ce n'est pas la même histoire, je vous l'assure -et désolé pour la couïncidence, mais c'en est bien une. J'écrirai la fin cet été, et vous verrez...

      1. 516 réactions

        Le monde entier en est donc témoin : Maître Mô affirme qu'il écrira la suite cet été. :lol:

        1. 137 réactions

          Cette promesse faisait partie des bonnes résolutions de 2011 : :D

          Bon, c’est juré (bonnes résolutions de 2011 ou pas) : suite et fin d’Histoire Noire d’ici aux vacances d’été 2011 ! Allez hop, on y croit !
          Commentaire du 3 jan 2011 à  10:31 [

          Wait and see :lol:

          1. 3579 réactions

            Comment voulez-vous que j'y arrive si on m'interrompt sans cesse ! ;)

            1. 3 réactions

              Savoir que Maître Mô est précisément en train de passer ses vacances à écrire cette suite et que moi je reste oisif à lire les 20 pages de ce blog, je trouve ça injuste...
              En tout cas, je suis instit et je peux vous dire que les petites tapes réconfortantes sur l'épaule... c'est fini.

  15. 2 réactions

    J'ai hâte de connaitre la suite !!
    C'est pas possible de suivre les publications ? Genre une newsletter sur nos boites mail ? J'aurais bien aimé être notifié lorsque la fin sera publiée ^^

    1. 3579 réactions

      Vous pouvez, en page d'accueil, en haut à  droite, vous abonner aux flux, ou bien, justement, par mail -voilà , je mets des tas de gadgets pratiques en place, et personne ne les voit ! :lol:

      1. 2 réactions

        Hehe au temps pour moi. Voilà , c'est fait !
        En tout cas félicitations pour vos articles, ils sont très agréables à  lire (et d'autant plus que j'ai un petit bagage juridique déjà , même si c'est pas du pénal).

  16. 13 réactions

    Effrayant: je viens de farfouiller partout avant de comprendre que la suite n'est toujours pas publiée...

    On est dans le film "Minority Report": le vrai coupable est caché derrière le faux coupable. Car il y a bel et bien un coupable car il y a bel et bien une victime car le crime a bel et bien été commis...

    Et la ressemblance frappante avec ce film est que tout est à  l'intérieur de la psyché: celle collective des trois "pré-cognitifs" dans le film et celle individuelle de la "post-traumatisée" Dalila dans cette histoire vraie.

    L'expert(e) psy' ne s'est pas trompé(e); l'OPJ sait que Dalila a été violée: sa violence verbale à  l'égard de ce brave prof' est tout à  fait compréhensible...Juste pas le bon coupable.

    La situation de ce brave prof', d'ailleurs, est à  peu près désespérée: la cristallisation de la souffrance dans cette vérité (cette vérité est le discours de Dalila, éloigné de la réalité du traumatisme au petit choïa près de l'identité de l'homme qui a violé) qui condamne ce brave prof' sera très difficile à  faire fondre pour qu'elle cristallise en une nouvelle vérité qui sera identique à  la première au choïa près de l'identité de l'homme car pour la psyché, l'identité de l'homme responsable du traumatisme peut devenir insignifiante par rapport à  l'identification de l'Homme comme violeur.

    "h" est un choïa de "H".

    Il faudra, pour liquéfier la vérité initiale un(e) psy' exceptionnelle et du temps: pourquoi le Juge d'Instruction perdrait-il(elle) son temps avec cela puisqu'il y a eu viol, victime et qu'il y a accusé?

    Ce brave prof', il est innocent individuellement mais il est, homme, collectivement coupable du crime de viol de l'Homme...

    J'espère qu'il aura fini par croiser (avocat, Juge d'Instruction, Président de Cour d'Assises, jury d'Assises) quelqu'un(e) qui aura vu le film "Minority report" et qui sera assez fort(e) pour imposer le coût et le temps de liquéfier l'ancienne vérité et cristalliser la nouvelle vérité juste un choïa plus proche de la réalité, sinon...

    [A suivre]

  17. 13 réactions

    Bon.

    Puisqu'on sait que Dalila a été violée par son oncle, c'est que cette vérité est sortie. Et si elle est sortie, le brave prof' a été innocenté. En d'autres termes, Maître Mô nous raconte une histoire déjà  finie.

    La question est: quand? Ou, plus précisément, quand des circonstances ont-elles permises à  la psyché de Dalila de liquéfier la première vérité éloignée de la réalité au choïa près du nom du violeur et de la date et du lieu du viol en cette seconde vérité très proche de la réalité: "C'est mon oncle qui m'a violé chez lui à  cette époque et ce n'est pas mon prof' de français dans sa classe: mon prof' de français est innocent". Parce que la réalité traumatisante, c'est le viol.

    Ces circonstances doivent avoir été émotionnellement très fortes, immensément fortes, pour forcer la psyché de Dalila.

    Je ne vois aucune autre circonstance plus forte que le moment du procès aux Assises, lorsque la psyché de Dalila a perçue la souffrance du brave prof' en résonance avec sa propre souffrance. Cela pouvait être lors d'une confrontation, lors de l'Instruction, mais le respect de la souffrance évidente de la victime évidente d'un viol n'aura sans doute pas permis de laisser monter l'émotion entre ces deux victimes que sont alors Dalila et le brave prof'.

    Je fais l'hypothèse que c'est pendant le procès aux Assises que c'est sorti, quand les deux victimes ont pu se reconnaitre comme telles: Dalila, à  la vie bousillée et à  reconstruire, reconnue par le brave prof' comme victime d'un viol et le brave prof', à  la vie bousillée et à  reconstruire, reconnu victime d'une erreur judiciaire par Dalila .

    C'est à  ce moment-là  que le brave prof' a été innocenté... Mais, après sans doute plusieurs années de prison en préventive. Donc innocenté mais détruit, ou, plutôt, chronologiquement, détruit puis innocenté...

    A-t-il pu jouir de son innocence?

    [A suivre]

  18. 1 réactions

    La mise en page de votre blog semble buguer sous firefox 4 avec la dernière version d'ubuntu.
    Et désolé pour le clic désobligeant, c'est involontaire.

    Bon style par ailleurs, j'attends la suite pour avoir un avis complet.

  19. 5 réactions

    Maître, maîîître! (souvenirs d'école, bien plus innocents ceux-là)
    Par pitié, ne nous faites pas tant languir! C'est peu de dire que nous n'y tenons plus...

    Au plaisir de lire, encore et à nouveau, vos "Histoires vraies" comme celles de Marie.

    1. 3579 réactions

      C'est gentil, Mélie ; la suite est en cours, j'espère vraiment l'épisode V dans les jours à venir : tenez bon, je ne le fais pas exprès, juré ! :lol:

      1. 2 réactions

        Maître, le temps passe et la suite et fin se font attendre ! sera-t-elle notre cadeau de Noël ? entre parenthèse j'ai commandé votre livre au Père Noël, j'espère qu'il me l'enverra (lol)

  20. 1 réactions

    Bonsoir,

    Un bref commentaire creux pour vous signaler que vous avez omis d'inclure le lien de la 5e partie dans le lien "suite" à la fin de l'histoire. Ce qui m'a laissé penser, à tort je m'en suis rendu compte, que l'histoire s'en tenait là pour l'instant.

    Cordialement,

    Antoine

    1. 3579 réactions

      Omission réparée, Antoine, merci !

Trackbacks/Pingbacks:

Recommandations

Fin des commentaires, et Humbles recommandations - Mô-de d'emploi

  • Les commentaires sont "imbriqués", ce qui ne signifie pas qu'ils s'accouplent, mais que l'on peut y répondre directement, la réponse s'affichant alors non plus ici, mais sous le commentaire concerné ci-dessus...
  • Les articles de ce blog, contrairement aux décisions de justice, peuvent être commentés en tous sens, en vous remerciant simplement par avance de bien vouloir faire des phrases et non pas des sms...
  • La barre d'outils ci-dessous vous permet quelques petites mises en forme, et même de vous corriger durant quelques minutes après envoi.
  • Si vous n'avez pas encore votre représentation personnalisée sur le Web, vous pouvez l'enregistrer trés facilement sur Gravatar , selon une procédure, évidemment gratuite, trés rapide et simple : c'est plus joli d'avoir à côté de vos MÔ´s l'avatar que vous vous serez choisi vous-même, plutôt que l'austère et symbolique avocat noir qui s'affichera à  défaut...
  • Merci de n'insérer que deux liens au maximum dans le texte de votre commentaire et deux mots maximum pour votre pesudo : il serait, au-delà, irrémédiablement et automatiquement détruit en tant que spam...
  • Enfin, n'oubliez pas de cocher la case qui certifie que vous êtes humain.
  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    *

    Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

    Markup Controls Gras Italique Souligné Barré
    Insérer un lien Insérer une citation entre les guillemets Insérer une info-bulle entre les guillemets Insérerez entre les guillemets l'expression littérale de votre acronyme Insérer un code
    Emoticons Smile Grin Sad Surprised Shocked Confused Cool Mad Razz Neutral Wink Lol Red Face Cry Evil Twisted Roll Exclaim Question Idea Arrow Mr Green

    Notifiez-moi les commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.