« Qu’est-ce que je fais ? »

Je sors d'un difficile cas de conscience, une fois de plus. Un de ceux qui font qu'on adore ou qu'on déteste être avocat, et qu'on se demandera très longtemps, en tout cas, si on a bien ou mal fait, ce jour-là , et même, parfois, si on a servi, ou au contraire trahi, les intérêts de son client...

Un petit rappel préalable de procédure s'impose, de façon que vous compreniez bien quelles étaient mes interrogations, quels en étaient les enjeux, et je vais y procéder en français, et non pas en "juriste", de sorte que ce soit compréhensible même par les nombreux enfants qui me lisent -pour les adultes, c'est ici et là , notamment.

Lorsqu'une plainte dénonçant des crimes imputés à  un homme est déposée, et que l'homme a été subséquemment placé en garde à  vue pour être interrogé, le parquet, que les enquêteurs informent, a trois choix, à  l'issue de la garde à  vue : le faire libérer et ne pas donner suite, le faire libérer et faire ouvrir une instruction, et l'homme sera convoqué plus tard pour être mis en examen; ou le faire immédiatement présenter au juge d'instruction pour mise en examen tout aussi immédiate1, ce qui est très souvent le cas, vue la gravité des faits supposés -c'est ce qui va nous occuper dans un instant...

"Mis en examen", ça signifie seulement qu'il vous est désormais reprochés officiellement les faits poursuivis, pendant que l'instruction va se poursuivre, et que vous avez donc un certain nombre de droits, notamment avocat et accès au dossier.

Ça permet aussi, en revanche, de décider que désormais, vous allez être placé en détention provisoire, ou sous contrôle judiciaire -on n'a rien pour rien.

Autant vous dire que ce n'est pas une décision légère, et qu'elle n'est pas prise comme telle, ça se passe à  l'occasion de ce qu'on appelle "la première comparution", obligatoire dans ce cas de figure.

Il s'agit de votre première présentation devant le juge d'instruction qui va instruire votre dossier, qui se déroule en quatre temps : le juge vous dit pourquoi votre mise en examen est envisagée, puis vous entend ou pas sur ces faits, puis vous met ou pas en examen pour tout ou partie d'entre eux, puis saisit ou pas le Juge des Libertés et de la Détention pour vous envoyer ou pas au trou.

Encore deux mots d'explications sur les "ou pas" ci-dessus mentionnés, courage on a bientôt tout torché ou à  peu près : il vous entend "ou pas", parce que la loi vous donne le choix ce jour-là  de vous taire, de faire des déclarations unilatérales, ou bien d'accepter d'être interrogé; il vous met "ou pas" en examen parce que vos explications ont pu le convaincre de ne pas le faire; et il saisit "ou pas" le JLD parce qu'il peut, seul, décider de toute autre solution que la détention provisoire : il ne le saisit que si lui souhaite cette détention, que seul le JLD peut décider2 .

Bref, en espérant que vous suivez à  peu près, cette journée là  est fondamentale, au sens propre comme au figuré, pour notre homme, qui peut s'y exprimer sur le fond en étant, pour la première fois, assisté d'un avocat3, et peut s'y voir privé de liberté pour des mois, souvent même des années, en vertu du vieil adage juridique "provisoire, mon cul" ...

Voilà  donc le contexte dans lequel l'avocat intervient en première comparution -si vous avez des questions n'hésitez pas, je ne vous répondrai probablement pas mais je verrai ceux qui ont tout lu.

Bref, je vais bientôt redevenir sérieux, parce que, donc, je reçois, ce riant matin-là 4 un appel du greffe du juge d'instruction de permanence de Lille : un homme, que je ne connais pas, m'a désigné pour l'assister lors de son interrogatoire de première comparution ce même jour5, dans un dossier d'inceste.

Notre homme, Marcel, sort de garde à  vue, il est neuf heures du matin, il y était depuis quarante huit heures apprendrais-je rapidement, et n'est pas de première fraicheur, évidemment, n'étant ni lavé ni rasé, et ayant été interrogé par les policiers à  quatre reprises sans avoir entre temps réussi à  dormir, premier point.

J'abandonne mes travaux, prend ma robe, du papier et mon Mont-Blanc fétiche, et me rends immédiatement au Palais, où la procédure a déjà  été amenée au magistrat par les policiers, en même temps que Marcel, qui poireaute dans les geôles de la République, qui devrait en avoir honte mais c'est une autre histoire.

Je passe le voir, me présente, me fais expliquer comment il me connait6, et lui explique que je préfère voir d'abord le dossier et le juge, puis redescendre ensuite discuter de tout ça; l'homme est en pleurs, la routine, je lui assure que je fais vite et que je reviens.

Je file chez le magistrat, qui me remet un double du dossier, lui-même étant en train de découvrir la procédure originale, et qui m'apprend ce qui est une bonne nouvelle dans l'immédiat : le parquet ne requiert pas de détention, mais un placement sous contrôle judiciaire strict.

C'est une double bonne nouvelle, pour le client d'abord, évidemment, et pour moi ensuite, en termes d'horaires, ensuite, l'absence de débat devant le JLD raccourcissant singulièrement mon temps d'intervention, et me laissant espérer que je parviendrais quand-même à  planter quelques clous tout à  l'heure... Bonne nouvelle de courte durée : le magistrat m'indique qu'il n'est pas certain du tout de suivre les réquisitions, et qu'il saisira peut-être quand-même le JLD, vus les faits et "le regard que votre Marcel porte sur les faits"7, comme il en a effectivement le droit...

Je grommelle un truc comme "bon d'accord merci", car il m'arrive d'être idiot, et je lis la procédure; une première fois rapidement pour vérifier les éventuelles nullités de procédure, et là  je n'en découvre aucune; et une seconde à  fond.

Marcel fait l'objet d'une plainte de sa femme, dont il est en cours de divorce, qui indique avoir recueilli les confidences de leur fille de treize ans, selon lesquelles il la viole quotidiennement depuis qu'elle a, comme ses deux frères jumeaux, préféré rester avec lui, un an auparavant, à  leur séparation.

L'enfant est entendue, et confirme, avec tous les détails lourds que vous pourrez imaginer. Il est par ailleurs établi au dossier qu'elle a été déflorée dans des délais et avec des "traces" compatibles avec ses dires, et qu'elle va assez mal -c'est son attitude qui a amené la mère à  s'interroger lors des droits de visite.

Les jumeaux n'y croient pas, mais confirment que le père dort avec sa fille, et qu'il l'adore et la couvre de cadeaux.

L'assistante sociale qui suit la famille avait noté un "climat incestueux", qu'elle n'avait cependant pas jugé devoir signaler.

Marcel est entendu, avec les pressions que l'on imaginera, non moins de trois fois d'ailleurs, et nie formellement, concédant adorer sa fille mais rien de mal, avoir en règle générale "la main leste" mais pas avec elle, et ne comprendre ni ces accusations, sauf complot de la mère, ni le mal-être de sa fille...

Mal-être qu'un psychologue confirme, en soulignant par ailleurs la crédibilité de l'enfant.

Je vais écrire quelque chose de choquant, mais de compréhensible pour tous les praticiens de cette matière : la routine... La triste routine de ces pauvres dossiers pourtant dramatiques, desquels des constantes universelles, notamment dans les "explications", si l'on peut appeler ça comme ça, des suspects, se retrouvent à  chaque fois, -et dans lesquels les souffrances respectives sont patentes, souvent, mais souvent rejetées par l'un(e) sur l'autre, quelle que soit la vérité...

Et aussi, faut-il le souligner, des dossiers où d'évidents cumuls d'indices existent -mais pas l'once d'une véritable preuve. Et qui pourtant, après lecture, puent la culpabilité de l'auteur supposé, même s'il faut apprendre à  se méfier de cette odeur parfois trompeuse. Bon.

Je redescends dans les geôles rencontrer, réellement cette fois, et tout le temps qu'il faudra, Marcel, qui évidemment, et quoi qu'il ait fait ou pas, se chie dessus de trouille -et le juge m'a confirmé qu'après lecture du dossier, il saisirait effectivement le JLD, estimant que la place de Marcel est en détention provisoire, principalement à  cause du risque des pressions qu'il pourrait souhaiter exercer sur sa fille s'il était libéré, dans le but évident qu'elle revienne sur ses accusations...

Mon devoir d'avocat, à  ce stade, est à  la fois simple et compliqué : il me faut expliquer à  Marcel, qui n'y comprend rien, est crevé, bouleversé, et  a peur, tout ce que je viens de vous expliquer à  vous en quelques lignes, mais qui lui le concerne directement, et trouver un langage simple pour le faire, il est peu éduqué, pour tout dire peu évolué, même, assez fruste; c'est le côté -relativement- simple, même si, comme énormément de personnes, Marcel a du mal à  comprendre que ce jour ne marque que le début d'une longue instruction, qu'on ne l'y juge pas, mais que sans le juger, on va peut-être quand-même l'embastiller, ce qui me dira-t-il lui a d'ailleurs été garanti pas les policiers, "puisqu'il s'obstine à  nier" ...

Mais, surtout, il me faut, ensuite, lui assurer qu'il va, dans les heures qui suivent, faire les "bons" choix -et ça, ce n'est pas seulement compliqué, c'est terriblement difficile, parce que les bons choix... Je ne les connais pas, en tout cas pas certainement; et que, bien sûr, c'est à  lui qu'ils vont s'appliquer, pas à  moi.

Parce que ce jour-là , comme à  chaque fois, vous l'avez compris, notre intervention se situe à  deux stades, dont les urgences sont différentes, mais pas la gravité : détention ou pas, et positionnement de défense sur le fond.

Et qu'évidemment, quoi qu'on en dise théoriquement (la détention provisoire repose sur des critères objectifs, en principe, et externes au fond de l'affaire), les deux sont très étroitement et intimement liés.

Et que, au bout d'une heure d'entretien, et après m'être assuré qu'il a bien compris tout ce qui se joue, et la façon dont les choses vont se dérouler,  que donc il fallait choisir de parler ou pas, et si oui sous quelle forme, mais également pour quoi dire, et que le juge envisage de demander sa détention, notamment parce qu'il nie et risque donc de vouloir influencer sa gamine, Marcel me pose la question que plein d'autres autres suspects se sont posée avant lui, celle qui, maintenant, renferme mes devoirs, mais aussi les limites de mon métier d'avocat, celle à  laquelle je n'ai forcément pas de réponse tranchée et univoque, simplement parce que je suis à  ses côtés, mais non pas à  sa place :

"Qu'est ce que je fais, Maître ?"

Certains, beaucoup, le savent, et n'ont aucune intention de confier à  l'avocat le soin de le leur dire. Mais souvent aussi, si. Et putain, je ne peux être sûr de rien, pour une décision qui au final ne peut lui appartenir qu'à  lui, et à  lui seul.

Parce que sa question, c'est parler ou pas, mais c'est surtout : pour quoi dire -et ce qu'il dira, s'il prend la parole, c'est à  la fois la base de sa future défense, et l'un des éléments pouvant entraîner son incarcération ou pas, dans quelques heures...

Selon moi, garder le silence ce jour-là  est assez délicat, souvent, sauf cas "plié d'avance" (un homme arrêté pile en train de manger un cadavre va très probablement être incarcéré, pas trop la peine de faire autre chose que de se taire, pour l'instant...), ou dossier très complexe et lourd, disons plus d'un tome bien pesé, qu'il est illusoire de prétendre déjà  maîtriser : ça a beau être un droit, c'est souvent ressenti comme un refus d'obstacle, une attitude forcément un peu à  charge...

A l'inverse, accepter de répondre aux questions, l'homme étant crevé et l'enjeu colossal, doit, toujours selon moi, être strictement réservé à  un unique cas de figure : l'innocent, celui qui n'a rien à  cacher, et n'a peur d'aucune question, même épuisé, même en ne connaissant pas bien un dossier que l'avocat, qui ne le connait guère, lui non plus, vient de lui faire découvrir.

Ceci ne veut pas dire que tous les innocents doivent faire ce choix8,mais qu'il ne peut être fait que par un innocent. Même un coupable qui se reconnait tel, dans un dossier déjà  verrouillé, n'a que rarement intérêt à  accepter les questions, et que l'on acte ses réponses maladroites ou peu étayées.

Bref, j'aime en général mieux la déclaration spontanée : on ne dit que ce qu'on a envie de dire, on la prépare avec son avocat, elle est brève et peu angoissante, en principe, et pour autant elle fige la position de la personne -c'est la raison même de l'importance de son contenu.

J'explique ceci à  Marcel, et il est d'accord, terrorisé de toute façon à  l'idée de devoir encore répondre à  des questions, comme terrorisé, bien sûr, à  l'idée de découvrir la prison...

Et maintenant, Marcel, les yeux dans les yeux, parce que je suis payé pour t'aider, et non pas pour te laisser faire ce qui te ferait plaisir sans réagir, maintenant, qu'est-ce qu'on dit ?

Le débat de conscience, de consciences, qui a lieu maintenant, va encore nous occuper jusqu'à  midi trente (au grand déplaisir du juge qui nous attend, mais il n'avait qu'à  pas vouloir enfermer Marcel, non ?)...

D'abord, ça va vous paraître singulier, mais j'essaye de m'assurer avant tout que Marcel est... Coupable. Je connais des avocats qui ne se posent pas la question de la culpabilité, parce qu'ils estiment qu'elle ne les regarde pas, qu'on n'est pas le préjuge de notre client; mais j'essaye souvent, moi, sous le couvert absolu du secret, évidemment, de savoir, pour une raison principale : je veux savoir ce qui risque de nous tomber dessus par la suite, en termes de preuves, je veux savoir, aussi, si je dois aider à  confondre l'éventuelle fausse accusatrice, ou au contraire ne pas m'y aventurer -Marcel aura droit, comme tous mes clients dans ce domaine, à  mon laïus sur le fait qu'il est hors de question pour moi d'agresser, verbalement ou par demandes d'actes futures, une fillette, sauf si elle ment réellement...

Et ce domaine est très particulier : je veux savoir aussi si l'homme mesure bien ce que c'est que de nier, s'il sera capable, par la suite, de traiter sa fille de menteuse en confrontation sans se suicider le soir-même, vous comprenez ?

Parce que, comme c'est si souvent paradoxalement le cas, Marcel, quoi qu'il lui ait fait réellement, sa fille, il l'aime, ça c'est une évidence, déjà  présente dans tout le dossier, et qu'il me dit à  nouveau en pleurant...

Le rapport de confiance qui s'établit, ou pas, à  cet instant, est d'une force incroyable : Marcel ne me connait pas, il ne connaît rien à  la procédure, il vient de résister aux assauts croisés de deux flics de la brigade des mineurs, pendant deux jours, et il pense, comme beaucoup, lesquels n'ont sans doute pas toujours tort, c'est ce qui rend les choses difficiles, que nier, c'est garder une chance de ne pas être condamné un jour; et que son avocat le défendra mieux s'il le croit innocent...

Et pourtant, assez  vite finalement, il craque, et me dit la vérité : sa petite dit vrai, il est amoureux d'elle, il l'a fait.

J'aimerais vous dire que c'est venu quand je lui ai dit qu'il y serait confronté, qu'elle aurait mal de s'entendre traiter de menteuse, si elle disait vrai, que s'il l'aimait réellement, comme je le croyais, elle s'en tirerait mieux et plus vite si au moins son père validait ses accusations : c'est vrai, ça a compté, mais pas seulement. Pour lui expliquer pourquoi je me faisais plus flic que les flics, je lui ai dit aussi que je voulais savoir pour le prémunir d'éventuelles futures découvertes, qui le trahiraient et feraient de lui non plus seulement un violeur incestueux, mais encore un menteur sans remords se foutant de ses juges et de sa gamine, qui serait encore moins audible lorsqu'il dirait qu'il l'aime, de ce fait... "Et si par exemple, on a l'idée de ramasser les culottes de votre fille, et d'y rechercher des traces de sperme ou d'ADN, Marcel ? Vous pouvez me jurer qu'on n'en trouvera pas ?" Marcel ne m'a pas juré, non...

Qu'on me comprenne : j'ai juste besoin de savoir, dans son propre intérêt à  lui, c'est tout, je me fous de savoir s'il l'a réellement fait ou pas, sur le fond, je le défendrai dans les deux cas avec la même conscience -juste pas de la même façon.  Et pour commencer, ce n'est pas parce qu'il me livre la vérité qu'il sera tenu de le faire aussi auprès du juge, ce sera exclusivement son choix à  lui... Et j'ai ce rôle, que je pense à  cet instant devoir être le mien, en horreur.

Lui pleure, à  nouveau, il s'effondre, le rempart de dénégations maigrichonnes qu'il avait édifié, par trouille, s'écroule, on sèche ses larmes, il m'explique et se déverse, là , maintenant, il est sincère, et douloureux, là  oui, il pense, parce qu'il peut enfin le faire, à  sa fille, et au mal qu'il lui a fait...

Mais c'est de lui qu'on parle maintenant, c'est son sort à  lui qui se joue, alors il faut décider, cette fameuse déclaration spontanée :  aveux, ou dénégations confirmées ?

Vous allez sans doute être surpris de mes cogitations, mais le fait est que nous ne sommes pas à  cet instant sur les bancs de la Fac', et que les grands principes de droit sont loin, parce que je dois être pragmatique pour lui apporter un conseil efficace, enfin je le pense...

Si le dossier reste à  peu près ce qu'il est, au final, Marcel peut bénéficier d'un non-lieu, ou d'un acquittement, c'est vrai, je le lui dis. Il y a eu Outreau, la parole de l'enfant n'est plus sacrée, il n'y a pas de preuve absolue, une politique pénale à  Lille dans ce domaine disons, souvent prudente, qu'on s'en félicite ou pas... Oui, nier peut à  terme le sauver.

Pourtant, les chances me semblent minces, je le lui dis : il y a beaucoup d'indices périphériques, déjà , dans le dossier, outre évidemment les déclarations de l'enfant, dont rien n'explique qu'elle les fasse, son très jeune âge encore moins. Elle est dans un sale état, même lui le sait. Il y a les constatations médico-légales ("nécessairement déflorée par un sexe d'adulte, les rapports sont très récents et très fréquents"), à  mon avis on démontrera rapidement, enquête de proximité oblige, que son pseudo petit copain de vingt-cinq ans n'existe que dans les pauvres explications de Marcel; on va entendre ses copines, certaines ont déjà  dit qu'elle avait changé depuis quelques mois, réentendre l'assistante sociale, on va expertiser les cerveaux de ces deux êtres humains, si simples et humains qu'ils ne pourront pas cacher grand'chose, on va rechercher des traces, des témoins, recouper des emplois du temps...

Et puis, il va avoir du mal à  nier, du mal, partant, à  affirmer que sa fille ment, surtout face à  elle -il n'a au fond que trop conscience de lui avoir déjà  fait très mal, et n'a au fond de lui aucune envie de lui en faire encore -je le lui dis...

Pour moi, d'une part ce dossier le verra jugé un jour, on ne le croira pas -et aux assises et après audition de cette petite fille, on ne le croira définitivement plus; et d'autre part il ne sera pas capable de mentir tout ce temps, et aux assises encore moins -il me dis d'ailleurs espérer le pardon de sa fille, un jour, et je le regarde en lui demandant si affirmer qu'elle ment ou lui dire qu'elle dit vrai lui semblent deux moyens équivalents d'arriver à  son pardon...

Non, Marcel, je ne suis pas certain d'avoir raison. Je le pense, c'est tout, personne ne peut savoir encore. Ce que je sais, en revanche, c'est que si on ne le croit pas, le jugement sera d'autant plus dur qu'il aura, en plus, menti, ça c'est un fait...

Et puis il y a aujourd'hui, aussi, et la peur absolue de Marcel de partir en détention, et de perdre son travail, "tout ce qui me reste, là " ...

"De toute façon, je vais dormir à  Loos, non, Maître ?"

Re-débat, dans l'immédiat tout aussi important que le premier : non, c'est loin d'être certain : il va y avoir un débat devant le Juge des Libertés, je la connais, nous avons de la chance, c'est quelqu'un qui ne suit pas nécessairement le juge, qui décide par elle-même, bref, un véritable magistrat, qui appliquera les textes, et ne placera Marcel en détention provisoire que si réellement, elle estime ne pas pouvoir faire autrement...

Et le juge me l'a dit, lui ne la saisira que pour deux motifs légaux : gravité des faits9 et risques de pressions sur l'enfant.

Le premier, j'en fais mon affaire, dans les termes de la petite note ci-dessus; pour le second, évidemment, c'est autre chose, le risque existe, il peut être pris en compte par le JLD, ou pas, je ne sais pas...

En revanche, en cas d'aveux, il disparaît, évidemment, Marcel le sait, c'est notamment pour cette raison que toute cette discussion a lieu, évidemment -sinon, il disposait d'une voie médiane, dire qu'il devait réfléchir, qu'il était fatigué, et s'expliquerait plus tard, ce qui voulait tout et rien dire, ne fermait la porte ni aux dénégations, ni aux aveux, et lui laissait le temps de la réflexion... Oui, mais non : c'est aujourd'hui que ça se joue, à  cause de cette saloperie de risque de détention.

Si Marcel continue à  nier, je ne suis pas certain qu'il aille en prison, il y a juste un argument pertinent à  combattre -j'en suis d'autant moins certain que le parquet ne le demande pas, ce qui est rare, nous ne serons devant le JLD que par le souhait du seul juge d'instruction.

S'il avoue, je pense sincèrement que ses chances s'améliorent, puisque le seul véritable argument du juge s'effondre : plus de risques de pression sur une victime dont on reconnaît la réalité, évidemment.

Mais je ne peux pas non plus le certifier à  Marcel, évidemment : même en cas d'aveux, il peut très bien être incarcéré.

Et à  ce stade s'ajoute pour moi la haine viscérale que j'éprouve pour la détention provisoire, et tout court d'ailleurs, en matière d'inceste, ne sachant que trop bien ce qui l'attend derrière les portes en fer, ce pointeur dont l'affaire est dans le journal et a fait l'objet d'un bref communiqué du parquet10 ...

Et on se regarde, et il est paumé -je le suis bien, moi qui ne risque rien, et dont les émotions demeurent raisonnables, au contraire des siennes qui le submergent et le vident depuis deux jours...

Il s'offre un baroud d'honneur : "Mais si j'avoue, alors à  quoi vous servez ?"

J'aimerais m'emporter, à  cet instant où la fatigue monte, et où il fait peser sur mes épaules à  moi un choix qui ne devrait pas être le mien : "Mais espèce de connard, je sers à  ce que ce soit plus simple pour toi et ta fille, je cherche à  ce que d'une enquête visant à  laminer ta pauvre absence de version et à  stigmatiser ta profonde lâcheté, on passe à  une enquête qui cherchera à  comprendre, à  analyser, peut-être t'aidera à  commencer à  cheminer ! Je cherche aussi, mais ça te dépasse,à  te faire passer de quinze à  huit ans, aux assises, dans deux longues années au moins, parce que tu auras su évoluer et avouer, et non pas continuer à  te foutre de tes juges et les amener à  te considérer comme froid et sans remords, donc sans conscience, donc dangereux ! Je cherche même à  t'autoriser toit-même a encore un peu aimer ta fille, comme un père, comme tu me dis que tu le veux !!!".

Je ne le fais pas, évidemment, je lui explique tout ça beaucoup plus doucement, parce qu'il est tout seul, qu'il pue, qu'il a peur, et qu'assumer de tels faits est la chose la plus lourde du monde -quand nous avons parfois tant de mal à  assumer, nous, un simple mensonge ou un mot de trop...

Je ne le fais pas, non plus, parce que... Je ne sais pas si j'ai raison. Je ne le sais toujours pas en écrivant ces lignes.

Il cède, à  présent, mais pas à  lui, à  moi : "Maître, vous êtes de mon côté ? Bon, décidez, je vous suis...".

Je m'offre un baroud d'honneur : "Non, hors de question, c'est votre vie, c'est votre décision. Vous en savez autant que moi, maintenant : décidez, il faut qu'on y aille, là  : vous décidez."

C'est pour l'avoir dit, naturellement : la décision sera évidemment la mienne, en fait. Il va avouer 11 .

Marcel a fait une déclaration spontanée en début d'après-midi devant le juge d'instruction, je lui avais proposé de dire d'emblée qu'il reconnaissait, que sa fille n'avait pas menti, et que lui mentait devant les policiers par peur, pure et simple, et il l'a fait, très ému et épuisé, mais de façon très sincère, et en disant pas mal de chose, somme toute, sur cette relation tordue qui l'avait -mal- uni à  sa fille; la digue s'ouvrait.

Le juge a tout de même saisi le JLD : devant celui-ci, la question des aveux a joué, évidemment, et l'avocat que je suis a appuyé dessus de tout son poids, tandis d'ailleurs que le parquet, cet être protéiforme mais sensé être unique, capable de requérir à  l'écrit et face à  un inceste niant les faits un contrôle judiciaire, puis à  l'oral devant le même type qui avoue de dire n'être finalement pas sûr (!), "s'en rapportait", expression signifiant qu'il s'en remettait à  la sagesse du JLD, mais ne requérait plus rien.

Marcel a été remis en liberté, avec un solide contrôle judiciaire, lui interdisant notamment tout contact avec ses enfants, évidemment -et de mon côté, je dois à  la vérité de dire qu'après le débat, je suis presque sûr que le JLD ne l'aurait pas placé en détention, même sans aveux. Presque...

Pour lui je suis Dieu.

Pour l'instant, jusqu'aux futures auditions de fond, puis, surtout, jusqu'au futur procès -dont à  présent on est certains qu'il aura lieu, et évidemment jusqu'à  la future peine...

"Dieu" est sorti du Palais laminé, la robe en boule sous le bras, son pantalon de travail couvert de plâtre, son cerveau idem. Sale.

C'était il y a plusieurs jours déjà , mais je n'arrive pas à  assumer mon rôle de ce jour-là , ni ce qu'il faut finalement bien appeler mes choix.

Je demeure persuadé que le boulot d'avocat ne consiste pas à  faire ce que dit le client, mais à  dire au client ce qu'en tout cas, il ne peut pas faire, dans son seul intérêt, comme nier lorsque des preuves formelles sont au dossier, comme récemment aux assises ce père qui avait fait un enfant à  sa fille, enfant dont les tests ADN prouvaient la paternité...

Mais là ... Je ne sais pas12 .

Ne me dites surtout rien au sujet de la morale de cette histoire : elle n'en a pas, ou en tout cas n'a rien à  faire ici -je ne serai par exemple jamais d'accord avec le traitement judiciaire qui sera à  terme celui de Marcel, jamais, quoi qu'il ait fait.

Alors, j'espère ne pas avoir trahi ses intérêts -et je n'en suis pas sûr, et c'est une vraie douleur, un putain de questionnement lancinant.

Et au-delà ,  j'espère au moins... Être resté avocat.

  1. en matière de crime, l'instruction est, pour l'instant encore, obligatoire, heureusement. []
  2. lequel en revanche peut effectivement la décider, mais peut aussi refuser, évidemment, sinon où serait l'intérêt, suivez un peu ! Et s'il refuse, il peut vous assujettir à  un contrôle judiciaire, à  la place -la loi fait de cette solution le principe, et de la détention l'exception, mais ça vous connaissez par cœur, j'espère, on le plaide tout le temps ! []
  3. Ce qui signifie que ses déclarations compteront double : il a accès au dossier via son avocat, qui le conseille, il ne pourra pas dire plus tard qu'il était seul et sous pression, contrairement à  la garde à  vue... []
  4. où je devais d'ailleurs faire des travaux au cabinet sans avoir pour une fois ni audience, ni rendez-vous, et m'étais habillé en conséquence, donc dégueulasse, futal de chantier couvert de plâtre et de peinture, grosses godasses itou et pas rasé, c'est toujours dans ces cas-là  que ça arrive... []
  5. ce qui prouve son bon goût, et surtout qu'une relation commune avait dû lui parler de moi précédemment []
  6. il est toujours bon de savoir, pour remercier et pour jauger du sérieux de la personne dont il se recommande, histoire de jauger aussi les risques que l'on a de ne jamais se faire payer, ensuite, l'idéaliste devant, à  l'instar du vénal, ne jamais perdre de vue que l'idéalisme, comme la vénalité, ça creuse, et qu'il faut donc bouffer ! []
  7. Formule de juge signifiant : "il conteste" ... []
  8. Sinon les juges de Lille qui me connaissent vont croire mes clients coupables quand ils ne le feront pas ! []
  9. Ça s'appelle le trouble à  l'ordre public, une véritable saloperie, d'ailleurs supprimée pour les délits, présupposé honteux de la réalité des faits et de la culpabilité de la personne accusée, et que de toute façon on pourrait viser à  chaque fois : toute infraction trouble l'ordre public, c'est même un de ses éléments constitutifs ! On a eu beau juger que c'est le maintien en liberté qui doit troubler l'ordre public, et non pas l'infraction elle-même, on y revient encore sans cesse... Avec une hiérarchisation subtile dans les gravités d'infraction, alors que je ne suis pas certain que ce viol incestueux trouble plus l'ordre public que la vente d'héroïne à  des tas de gamins paumés, par exemple... Bref. []
  10. Pour une raison spécifique précise que je ne peux pas indiquer ici, je le mentionne seulement pour que vous sachiez que dans un dossier "normal" de ce type, ces "communications" sont rares []
  11. Et 1 : quand on vous dit que la détention provisoire n'est pas un moyen de pression et n'a rien à  voir avec le fond, mais repose sur des critères objectifs, faites moi plaisir, riez; et 2 : quand vous entendez les objections des politiques et des policiers sur la présence de l'avocat aux côtés de son client en garde à  vue, notamment dans les affaires de mœurs, car il pourrait être un obstacle à  la vérité, faites moi plaisir : riez plus fort encore... []
  12. Et je connais des avocats qui me mépriseraient pour le rôle que j'ai eu ce jour-là . []

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  1. 3 réactions

    Je ne poserai pas de question vu qu'il n'y aura pas de réponse (oui j'ai tout lu ;-) ). Je voulais juste dire merci pour ce billet qui est très intéressant. Je n'ai eu aucun mal à  le lire intégralement alors que je ne suis vraiment pas fan des longs textes sur un écran d'ordinateur. Je partage votre avis sur le fait que l'emprisonnement n'est pas la solution pour ce genre de cas mais c'est tellement plus facile de balancer une personne derrière un mur pour ne plus voir le problème sans pour autant le régler...

    1. 3 réactions

      Il y a trop de gros mots, un avocat ne devrait pas parler aussi impoliment en public !

      1. 3579 réactions

        Et encore, à  l'écrit je me retiens...

  2. 2 réactions

    Cher Confrère,

    Je voudrais savoir comment vous faites pour défendre avec conviction un coupable en plaidant son innocence.

    1. 3579 réactions

      ça dépend s'il est à  jour de ses honos... :D

      Plus sérieusement, ça dépend d'un tas de trucs, votre question est très générale, mais en gros, on pourrait dire qu'on change de registre : de la passion qu'on met à  défendre un innocent, ce qui est tout de même la moindre des choses, on passe à  la passion que l'on met à  défendre des principes : on ne PEUT pas condamner une personne, même coupable, sur un dossier mal fait ou bidonné, par exemple; on ne PEUT pas condamner quelqu'un, même coupable, sans preuves ou indices probants suffisants, c'est garantir tout justiciable que ça ne lui arrivera pas, etc...

      J'ai même déjà  commencé à  plaider une relaxe en disant que, comme ses juges, je croyais mon client coupable -mais qu'on s'en fichait, de ce qu'on croyait, qu'il n'y avait pas l'ombre d'une preuve objective au dossier, et qu'on ne dirait pas qu'on pouvait être condamné sur du vide ou des ressentis...

      1. 721 réactions

        Dans ce cas, ce n'est pas vraiment l'innocence que vous plaidez, mais plutôt le manque de preuves pour établir une culpabilité formelle, ce qui ne veut pas dire que vous plaidez l'innocence. Vous vous basez sur des principes de droit, et non sur l'innocence vraie ou supposée de votre client, non?

        Quant on dit que le droit et la morale ne se confondent pas... même si je comprends et partage cette démarche intellectuelle, prise dans un sens global. C'est ce qui protège de l'arbitraire en effet, mais au cas par cas, cela amène certainement des cas de conscience, non ?

        1. 3579 réactions

          Franchement, non : on peut, légalement, condamner un homme ou pas, et donc renverser la présomption d'innocence dont il est l'objet, ou pas, et quand on ne peut pas, il doit être relaxé ou acquitté.

          Je comprends ce que vous voulez dire, bien sûr, mais en fait il n'y a pas différentes catégories d'innocences : on est en mesure de démontrer la culpabilité de quelqu'un, ou on ne l'est pas.

          Tiens, c'est exactement comme un fou dont on pense à  l'évidence qu'il l'est : il a commis les faits, et je n'ai pas trop à  réfléchir à  sa dangerosité ou au risque de récidive, de mon côté : je sais que la loi dit qu'on ne juge pas les fous, je demande une expertise, et si l'expertise confirme, les juges ne le condamnent pas...

          En fait, Tinotino, les plus horribles cas de conscience que j'ai rencontré sont ceux qui me concernaient, moi, perso, et notamment justement des gens innocents, ou que je pensais tels, voire des gens coupables (probablement, sic...), mais dont rien ne permettait de l'établir, que je défendais, et qui ont été condamnés : là , oui, on souffre, et on se remet en question, jusqu'à  en tomber malade...

          Je me souviens d'une fois, un homme poursuivi pour avoir prétendument égorgé sa tendre épouse dans une forêt : il niait, était convainquant, il y avait des tas d'invraisemblances dans le dossier, aucun mobile évident, et surtout un autre coupable potentiel, clairement identifié, dont je pensais dur comme fer que c'était le seul auteur...

          Mon client a écopé de dix-huit ans, et l'autre est libre.

          Je suis sorti de là  littéralement anéanti, à  l'époque on ne pouvait au surplus pas faire appel des condamnations criminelles, je n'ai jamais ressenti un tel dégoût de tout, à  commencer par de moi-même...

          (Il est deux heures du matin, je pleure, au sens propre, sur le capot de ma bagnole, me croyant seul, et là  la première jurée vient me voir, très gentiment, et essaye de me rasséréner, en m'expliquant que je les avais convaincus, au début, parce qu'ils étaient tous rentrés en délibéré avec de gros doutes -mais que les magistrats pros, et surtout la présidente, avaient ensuite menés la discussion, et que le vote avait changé... ça ne m'a pas rasséréné du tout, du tout...)

          Allons jusqu'au bout, pour dire que vraiment, on doit être un doute permanent : cinq ou six ans plus tard, le même homme me désigne comme avocat dans une nouvelle procédure criminelle, alors qu'il purge encore cette première condamnation : je découvre qu'il violait les gosses de la fratrie à  l'époque des premiers faits, que sa femme l'avait découvert et le faisait chanter avec cette histoire, et il m'avoue qu'il l'avait bien tuée à  l'époque, pour cette raison...

          Je ne devrais pas dire ça, mais je l'ai giflé, à  toute volée, en taule, au parloir, lorsqu'il me l'a dit. Il ne m'en a pas voulu, je suis resté son avocat et l'ai défendu dans la seconde affaire.

          Tout est compliqué, vis-à -vis de la vérité des autres, et de la perception qu'on en a...

          Et je maintiens qu'il n'aurait jamais dû être condamné dans la première affaire !

          1. 516 réactions

            Maître, après ce genre d'anecdote, je crois que c'est officiel : je vous aime.
            Si un jour je suis dans la mouise et que j'ai besoin d'un avocat, préparez-vous à  ce qu'on vous appelle de Paris (malgré tous les confrères que vous avez sur place).

            1. 3579 réactions

              Ouais, avec plaisir -mais ne tuez pas trop de gens tout de même, c'est mieux...

              Une telle déclaration vaut en tout cas largement publication de l'une de vos deux dernières œuvres ! Jolie Môme...

              oph pompom mo

              1. 859 réactions

                Arrête de brimer les instincts des gens, Mô, il faut bien qu'on bosse ... ;)

                1. 267 réactions

                  Vraoiment ? Ne me tente pas, Mô, ou je te déloge de ta froide contrée !

                  1. 859 réactions

                    A cause de votre tendance chronique au kidnapping, peut-être ?... :)

                  2. 1214 réactions

                    T'aurai du faire d'une pierre deux coups ce week end!

                  3. 267 réactions

                    Le kidnapping d'avocats ne me réussit guère...Non, Marie, je tiens à  montrer patte blanche devant Mô.

                    Quoi, cipette, tu n'as pas invité notre maître Mô à  partager notre pizza ? Muflette, va !

          2. 7 réactions

            Bonjour Maître,

            Cette histoire-ci, je vous donne les coordonnées d'un agent littéraire et vous en feriez un roman ? On changera les noms,les lieux, tout, évidemment. À mon avis, elle peut aller jusqu'à  Hollywood.

            1. 516 réactions

              Ah tiens, bonne idée. Et je me porte volontaire pour faire le nègre. :P

            2. 3579 réactions

              Chiche ! Qui sait d'ailleurs, elle est peut-être déjà  en cours de rédaction (depuis des années, hum...) !

              Et encore, j'ai fait bref, mais elle est pleine de détails assez incroyables, c'était vraiment the dossier -tiens, par exemple, le café où les personnages se rencontrent, le soir du crime, devienez comment il s'appelait ?

              "A l'embuscade" ! Je raconterais ça dans un film, on croirait que j'invente... :lol:

          3. 721 réactions

            Je vous suis, je vous suis, le respect du droit prévaut sur toute autre notion. Vous allez me dire que c'est normal pour un juriste, qui plus est avocat, pas faux en effet pour s'assurer d'une justice "juste" (ça fait un peu tiré par les cheveux comme expression) et équitable, même si ce ne sera pas perçu comme tel par les concernés, prévenu ou victime d'ailleurs. En même temps, c'est récurrent d'avoir toujours au moins un insatisfait qui criera à  l'injustice, quelle que soit la décision.
            Cela met en lumière l'expression qui est chère aux gens de robe : Vous dites que mon client est coupable des faits qui lui sont reprochés, prouvez-le !

            Vous posez le problème des fous, et pour moi, ça n'amène aucune tergiversation sur le sujet. Un fou est un fou, et à  ce titre, ne doit pas être condamné et être orienté vers les soins, même si ceux-ci doivent être pris en charge médicalement à  vie. (l'on peut rêver.... je parle du "médicalement") Protéger la société, mais aussi le protéger lui de sa propre perversion, puisqu'il est irresponsable, en tout cas si déclaré comme tel, et Dieu sait que c'est de moins en moins évident à  le faire admettre.

            " En fait, Tinotino, les plus horribles cas de conscience que j’ai rencontré sont ceux qui me concernaient, moi, perso, et notamment justement des gens innocents, ou que je pensais tels, voire des gens coupables (probablement, sic), mais dont rien ne permettait de l’établir, que je défendais, et qui ont été condamnés : là , oui, on souffre, et on se remet en question, jusqu’à  en tomber malade"

            C'est étrange, à  l'inverse, le même cas de conscience se pose lorsque l'on est persuadé de l'implication de quelqu'un dans des faits mais qu'on ne peut le prouver, et que l'on sait, à  juste titre que cette personne ne sera jamais poursuivie, ou au contraire, voir une personne poursuivie, voire condamnée, alors que l'on doute plus ou moins de sa culpabilité mais qu'on ne peut démontrer autre chose, et que l'on n'a pas d'éléments pour recadrer les choses (cela arrive aussi, surtout dans les affaires de moeurs). Je dirais la même chose lorsque vous voyez un gardé à  vue entrer en détention alors que vous venez de passer 24 heures avec lui, que cela s'est bien passé, qu'il s'est expliqué sur les faits, qu'il est inséré socialement et n'a jamais fait entendre parler de lui autrement que pour les faits pour lesquels il a été condamné, que vous avez la sensation que ce qu'il a commis provient plus d'un trouble psychologique, et que vous savez pertinemment que la prison ne l'arrangera pas, au contraire, et quand on sait que d'autres formes de sanctions lui seraient plus bénéfiques, à  lui, comme aux victimes.

            Concernant votre anecdote, vous avez dû l'avoir dur en effet, d'une part, par le fait certainement de ressentir la sensation d'avoir "quelque peu" échoué dans votre quête de justice (si l'on peut dire ça comme ça), d'autre part, par le sentiment d'avoir été floué. En effet, c'est compliqué, la vie est compliquée, mais si elle était si simple, qu'est-ce qu'on s'ennuierait ! Et ne serions-nous pas que de pauvres êtres dépourvus du sens de la réflexion et du raisonnement ? Rien n'est moins sûr, l'Homme est bien trop complexe pour se résumer en une ou deux phrases.

            J'en reviens à  l'exemple que je citais sur un autre commentaire concernant la réaction que peut avoir une personne face à  l'évenement, tel que, le retrait du permis de conduire. Pour certains, ce césame est vital, et quand il y a un cumul de malheurs, cela peut amener la personne à  se sentir au pied du mur, et finalement vous dire : Si vous me prenez mon permis de conduire, je me suicide ! Et c'est du vécu ! Que faire ? Quoi dire? Quoi penser et surtout comment réagir? Entre la volonté de faire appliquer la loi, la même pour tous, et la volonté de faire preuve d'humanité et comprendre cette personne, ne pas l'enfoncer plus qu'elle ne l'est. Est-ce que ce sont des menaces à  prendre au sérieux ou simplement des élucubrations qui ne méritent pas d'être prises en considération?

            Difficile.... Pour ma part, dans le cas présent, compte-tenu de la personnalité du concerné, il a juste été question de diminuer le taux affiché à  l'éthylomètre, afin de passer en contraventionnel, ainsi, il n'y avait pas de rétention immédiate. (en précisant tout de même qu'il appochait du seuil butoir) Cela s'appelle tricher, j'en suis bien consciente. Légal ? Euh....je n'ai normalement pas à  interpréter ce qu'affiche un tel appareil, mais au final, sanction il y a. Il s'est donc vu sanctionner tout en restant, ou au moins en essayant, d'être juste, et surtout en tenant compte de sa détresse, puisque c'était le cas.

            Et ma foi, pour finir, si un jour, j'avais à  être confrontée à  la justice, je n'hésiterais sans aucun doute à  vous faire appel (y'a le droit à  une réduction pour les commentateurs de votre blog ? :mrgreen: Quoi ? Non? :mrgreen: Je plaisante bien sûr, je ne voudrais pas être l source de fâcheries avec votre banquier..

            Private joke : Il serait en revanche temps, d'enfiler votre bleu de travail, et de vous y mettre, pour la récolte de billets :D

          4. 528 réactions

            Ouch! Celle là , à  défaut d'en faire un film hollywoodien (Brad Pitt dans le rôle de l'avocat, ça vous convient? :P ) vous auriez pu nous en faire un billet complet et non pas un commentaire perdu dans la masse! Vous en avez beaucoup en stock de ce calibre? :shock:

  3. 1 réactions

    Restez comme vous êtes et tant pis si ça vous donne des problèmes de conscience, j'avais fini par croire que celle-ci avait disparue.

  4. 3 réactions

    Beau billet Maitre, mais par pitié: troquez vos virgules pour des points!!!!! Bien que j'ai l'habitude, en tant qu'étudiant, de lire des arrets de cassation et autres phrases interminables, vos écrits en deviennent parfois difficiles à  suivre.

    Il n'empêche, votre confrère Eolas et vous-même participez à  renverser la mauvaise image que j'avais de votre profession jusqu'à  peu. Merci!

    1. 3579 réactions

      Je sais, c'est une de mes grandes tares, et encore, j'aère, j'aère... (Lisez Philippe Jaenada, que j'adore, parfois trois parenthèses imbriquées dans la même phrase !)

      J'aime la virgule, c'est mon signe préféré, le point essouffle et casse -comme dans la vie, si on y pense ! :lol:

      1. 419 réactions

        Moi, ce sont les trois points de suspension mes chouchous... :D J'en mets partout... toujours... et encore...

        1. 3579 réactions

          Aime beaucoup aussi... :lol:

    2. 1 réactions

      Je vais donner le point de vue opposé à  celui de l'étudiant : celui du prof (enfin du modeste chargé de TD).
      En arrivant sur le site (en suivant le lien fourni par un de vos confrères), j'ai regardé brièvement la longueur de l'article et j'ai pensé : "pffff que c'est long" ; puis je me suis lancé dans la lecture. La lecture a été d'une rapidité, pas besoin de relire les phrases pour les comprendre (contrairement au 15 copies que j'ai corrigées aujourd'hui) : le bonheur.
      Maître Mô, merci de montrer que les juristes peuvent écrire tout en restant lisibles.
      Ne changez rien, et surtout je suis fan des points-virgules : ils n'ont les défauts ni du point (le côté "cassant") ni de la virgule (vraiment trop banale).
      Puis-je tout de même oser une critique d'ordre typographique : le point-virgule doit être précédé et suivi d'un espace (comme tous les signes comportant plus d'un élément : ; ? !).

      1. 58 réactions

        @Vincent
        Pfff, même pas. Je me suis laissé dire qu'en typographie, ces signes doubles devraient être précédés non d'un espace, mais d'une "fine" (dont la valeur serait un demi-espace). Ces "fines" sont absentes de nos polices d'ordinateur, donc on se retrouve devant le dilemme d'avoir à  choisir entre trop d'espace (une double-fine, en quelque sorte) ou pas assez. Sachant que par ailleurs et sauf contorsions informatiques indécentes, les espaces de base ne sont pas "insécables" et risquent donc de provoquer des coupures incongrues, renvoyant à  la ligne des doubles ponctuations orphelines, mon choix est fait. Dit-il péremptoirement, alors même qu'il oscille de façon incontrôlée entre les deux conventions.

        Ceci étant, je ne suis pas une référence en la matière (et en fort peu d'autres, mais ce n'est pas le débat), tant il est vrai que j'ai pris la réprouvable habitude de suivre mes ponctuations fortes de deux espaces, frivolité dont la seule excuse est d'améliorer la lisibilité...

      2. 3579 réactions

        Vous pouvez, vous pouvez, d'autant plus que j'excluais effectivement le point-virgule de cette règle, je ne sais pas pourquoi -j'ai dû être agressé par un point-virgule dans mon enfance...

  5. 2 réactions

    Maître, je vois tout de même une morale à  cette histoire, que vous et vos confrères répétez souvent : l'avocat a un rôle important à  ce stade du dossier, et ne sert pas à  rien, contrairement à  ce que certains veulent croire, ou faire croire.

    Je vous souhaite aussi bonne chance.

  6. 1 réactions

    C'est malgré tout la plus belle des problématiques: à  l'instar d'un médecin qui se demande s'il n'aurait pas pu "sauver" son patient, ce doute vous renvoie votre humanité, au sens noble du terme.

    En tous cas, vous aviez la tête haute lorsque vous avez pris vos décisions, lorsque vous avez conseillé votre client. La critique est aisée, l'Art est difficile; certains Arts de part leurs enjeux, le sont encore plus. Mais je tiens en haute estime les gens qui s'y emploient. C'est la chevalerie des temps modernes.

    1. 3579 réactions

      Chevalier avec une armure en microfibres, toutefois... :eek:

  7. 3 réactions

    Ah que je compatis...
    Vous avez été flic pour un temps; vous avez vu les limites de la défense lorsque l'on ne peut défendre le client de lui même...
    Vous avez été juste, même si vous vous sentez un piètre défenseur.
    Je vous rassure, parfois nous sommes aussi de bons avocats dans des cas similaires. Se taire ne sert pas toujours les intérêts du mis en cause.
    Est ce que la future réforme de la garde à  vue nous réunira enfin?
    Je pense que non; le mis en cause reste votre "client" et vous lui devez simplement une obligation de moyens. Rien ni personne ne peut l'obliger à  parler, même pas vous.
    Pour nous autres ce sera toujours une obligation de résultat ; la responsabilité n'est pas la même. Il vaut mieux qu'il parle mais sans nous dire n'importe quoi, juste des aveux circonstanciés. (J'insiste) . Le reste n'est que littérature policière.
    Rien ne dois arriver à  votre client en garde à  vue ; il se peut ainsi qu'il doive laisser ses lunettes ou se faire fouiller pour ne garder aucun objet dangereux sur lui. C'est ainsi.
    Capitaine x vous salue bien bas, cher Maître.

    1. 3579 réactions

      Captain, ô my Captain,

      Je sais bien que nos intérêts, et nos obligations, ne sont pas les mêmes -nos moyens non plus, d'ailleurs...

      Mais, quand je rédige mon propre code de procédure pénale, je me prends à  rêver d'une heureuse cohabitation entre nous en garde à  vue, si, si...

      Je me dis que si vous supporter une caméra, vous supporteriez un avocat -ça fait plus de bruit mais c'est moins souvent en rade (quoi que...).

      Si je me fie à  ce que je sais des brigades des mineurs, où je pense qu'on sera d'accord pour dire qu'on est au summum de l'humain, des dossiers et des gens fragiles, et des nécessités d'investigations croisées, et de... Paroles, par exemple, je pense que l'avocat présent ab initio et pouvant intervenir, sous le contrôle des opj et sans nuire à  l'enquête, et avec accès à  tous les éléments du dossier, serait une bonne chose; soit pour conforter la personne dans ses dénégations, et ça obligerait l'enquête à  être encore plus carrée, soit au contraire pour lui dire que c'est inutile, et tous y gagneraient, vous comme lui -pensez à  tous ces "pv de chique" inutiles que vous dressez à  longueur de procédures, et que personne ne lira plus jamais ensuite, et pour cause...

      Je ne sais pas si vos syndicats ont réfléchi (pour l'un d'eux, la réponse est non) au fait que l'avocat présent utilement en garde à  vue, c'est aussi la fin des nullités de procédure, et même, largement, la fin de la mise en cause des fameuses "pressions policières"...

      Faudrait juste que les policiers acceptent l'idée de contradictoire, ça ne me semble pas insurmontable, et aussi que certaines façons de travailler soient, hum, policées ? Mais à  ce sujet, plus ça va et plus j'ai l'impression que la "jeune" génération d'opj (comprenez 40 et moins), notamment, désapprouve les méthodes musclées et à  cheval sur la ligne rouge, au profit notamment d'auditions franches, même si parfois viriles...

      D'ailleurs, les opj de la Financière bossent depuis longtemps de cette façon -clientèle différente, certes, mais ils ne perdent rien au change, je crois...

      On n'est pas ennemis, ou on ne l'est plus, c'est vraiment ce que je pense; parfois antagonistes, oui, mais alors dans les règles, et donc de façon à  ce qu'il n'y ait rien à  en dire.

      Bon, de toute façon, ce n'est pas demain la veille -d'autant que je ne vois pas comment un avocat se mobilisera quarante-huit heures non-stop sans rémunération à  l'AJ, par exemple, sacerdoce oui, mais en mangeant quand-même !

      Mes respects, Capitaine X (idée cadeau, pour Noël : l'intégrale de Braquo Saison I est sortie en dvd, chic non ?)

      1. 3 réactions

        Grrrrrrr !

        1. 3579 réactions

          Pere Mo-el

  8. 23 réactions

    Je passe le fond du dossier, vous avez raison. Il s'agit là  du triste lot du droit pénal. Que nous soyons policiers, avocats ou magistrats, ce genre de faits nous "saute" à  la gu.... Nous avons à  faire, bien souvent, bien plus au fond du panier qu'à  sa surface, c'est ainsi.
    Pourtant, j'ai certains désaccords avec vous. Pourtant, je suis de ceux qui pensent que tout le monde doit être défendu, peu importe les faits reprochés, peu importe le préjudice, la victime.. c'est la première chose.
    Là  où je ne suis pas du tout en osmose avec votre récit, c'est lorsqu'il est question de vérité. En gros, vous sous-entendez que, en fonction de l'intérêt de votre client, il peut mieux valoir qu'il mente. Donc, on place là  l'intérêt d'une personne - auteur - au dessus de celui de la vérité, et de sa vrai victime.
    Concrètement, je suis d'accord avec vous tant que vous présentez l'éventail des possibilités à  votre client. Et que là , selon moi, vous devez vous "plier" à  la version de votre client. Ainsi, vous tenir à  sa déclaration. Et agir en cette direction. Ainsi, s'il vous dit qu'il est innocent, votre rôle est de tenter de le démontrer, via les failles d'une procédure, une éventuelle absence de preuves réelles.... Et, à  l'inverse, s'il vous dit qu'il est effectivement auteur de ce qui lui est reproché, baser votre défense sur, justement le "pourquoi du comment"; à  savoir, son environnement, l'éducation... bref, qu'est-ce qui a basculé dans la vie du client, pour qu'il en arrive là .
    Je ne pourrais jamais accepter que l'on fasse passer l'intérêt d'un homme "coupable" au dessus de la vérité. Et surtout de la victime qui, elle, est réelle, et éventuellement, fonction de votre défense, mise à  mal, et une seconde fois "victime".
    C'est la raison pour laquelle j'ai choisi d'être policier plutôt qu'avocat.

    1. 3579 réactions

      Il est bien, votre commentaire, Christophe, il pointe évidemment ce qui nous vaut le plus de questions, et ce qui était, aussi, l'objet de ce billet... (Désolé, vos trois exemplaires étaient tous en modération, mes anti-spams ont du mal avec les liens nouveaux, n'y voyez rien de professionnel surtout !).

      Pour revenir à  vos deux alternatives, c'est la conception que d'autres avocats ont de la chose (voir le commentaire de l'une d'entre elles sous le billet d'Eolas), effectivement.

      Mon souci est que je pense quant à  moi que nous ne sommes pas seulement là  pour homologuer ce que raconte notre client, face à  un dossier, que vous étoffez, qui ne lui permet pas de le faire -ce qu'on essaye de jauger avec notre expérience (exactement d'ailleurs comme, en recevant une plainte, vous avez immédiatement un sentiment sur sa véracité, ce qui va vous faire enquêter avec plus ou moins de mordant, non ?)...

      Si on redéfinit, c'est quoi, l'intérêt du client -pour lequel, contrairement à  vous, nous bossons, c'est vrai ? Je n'arriverai jamais à  penser que c'est nier mordicus, alors que vous avez trouvé son adn partout, par exemple...

      Et dans ce domaine-ci, celui des mœurs, c'est encore plus complexe, parce que quoi qu'on en dise, au-delà  de la vérité des circonstances toutes brutes, il y a la vérité des deux êtres humains en présence, vous le savez comme nous, dont les "intérêts" ne sont pas seulement qu'elle sorte, cette vérité, mais qu'elle soit expliquée, disséquée, à  terme "comprise"...

      Le mensonge, maintenant.

      Ce choix là , je vous l'assure, n'est jamais le nôtre, à  bas les idées reçues, c'est celui du client : nous, nous lui disons, accédant enfin au dossier, si ce mensonge est autorisé par le bon sens ou pas, si tant est que nous sachions s'il ment, point. Je n'ai jamais dit, vraiment, à  quelqu'un de mentir : je lui ai dit souvent si sa version tenait ou pas la route, au regard de ce qu'on savait, ce n'est pas du tout la même chose.

      ça l'est d'autant moins pour moi que dans ce domaine, je pense que ne pas mentir est proprement surhumain, compte tenu de l'enjeu, des peines, du regard des autres, du risque de détournement des proches, du traitement des pointeurs en prison, etc...

      Dans les deux cas, aveux ou dénégations, je crois que je suis là  pour aider la personne à  dire les choses les plus plausibles possibles, au regard de ce que l'on sait, je crois que ça doit nuancer notre prise en compte de son "intérêt" -d'autant qu'un flagrant délit de mensonge, toujours dans ces dossiers-là  notamment, sera un terrible élément à  charge.

      Marcel m'a demandé ce qu'il devait faire, par exemple : si l'once d'un commencement de doute sur sa culpabilité réelle m'avait habité, raison même du fait que j'ai d'abord voulu être certain de ne pas me tromper en le pensant coupable, la question ne se posait même pas -et s'il avait été innocent, croyez-vous d'ailleurs qu'il se la serait posée, face à  moi ?

      Nous ne sommes pas des menteurs : ceux qui parmi nous le sont ne sont pas de bons avocats, d'ailleurs, et ça se sait très vite. Nous indiquons aux gens si ce qu'il disent peut ou pas être crû, c'est tout, parfois au plus comment mieux le dire.

      Ici, je ne militais pas pour que Marcel dise ce que j'aurais envie qu'il dise (pour quoi faire d'ailleurs ? C'était bien plus simple pour moi de me draper dans les "protestations d'innocence" et les grands principe pour tenter, au nom de la présomption du même nom, de le sortir de là ...), mais pour qu'il fasse ses déclarations de la façon la plus éclairée possible, compte-tenu de sa réalité à  lui -et là , pour le coup, la vraie.

      Et, je vous l'assure, on peut être avocat au pénal, un poil reconnu dans sa ville, et ne jamais avoir fait d'une victime une nouvelle victime -enfin je crois...

      1. 23 réactions

        c'est justement avec cette nuance "dire les choses les plus plausibles possibles, au regard de ce que l’on sait" que j'ai du mal.
        Votre dernière phrase est très importante, effectivement; faire d'une victime une nouvelle victime. Et si votre client vous avait reconnu sa culpabilité, tout en désirant axer sa défense sur son innocence? De quelle manière auriez-vous axé sa défense?
        En l'éspèce, le choix est des plus judicieux, et par dessus tout humain. Il représente la défense telle que je la conçois. Même si l'homme est effectivement auteur de ce qui lui est reproché. Ainsi, pourquoi en est-il arrivé là ? Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné?
        Je sais bien que vous ne me comprenez pas (et, ce n'est pas non plus d'utilité publique, que de me comprendre), mais mon réel problème, avec la profession d'avocat, c'est le mensonge. Celui qui consiste à  faire passer la mauvaise foi du client avant la vérité du dossier. Et c'est là  mon principal argument pour refuser (enfin, plutôt vouloir éviter, après tout, je ferais ce que le législateur me dictera) la présence de l'avocat lors des auditions. C'est que l'on va s'enfoncer (là  aussi, je nuance, "parfois") dans le mensonge. Puisque, l'on peut dire ce que l'on veut, en garde à  vue, le mensonge est roi aux coté de sa conjointe, la mauvaise foi.

        1. 9 réactions

          En ce qui concerne le mensonge, il ne me semble pas que ce soit le rôle d'un avocat de juger son client et d'imposer ensuite la ligne de défense qu'il aura choisi.
          Ce n'est pas non plus à  l'avocat de s'ériger en défenseur de la vérité. D'ailleurs, qu'est ce que la vérité, au final ?

          Et il ne me semble pas que ce soit non plus votre rôle.

          Personnellement, le mensonge en soit ne me choque pas, ni le fait que l'avocat rende les propos de son client le plus cohérent possible. Il respecte le choix de son client. Par contre, effectivement, un avocat qui brode de lui même un mensonge pour défendre son client, ça...
          Question de béotien : est-ce une pratique courante ? qui marche ?

          Pour en revenir aux gardes-à -vue, existe-il des statistiques sur les affaires ou les aveux faits pendant celles-ci ont été l'élément clef de la condamnation ? Cette culture de l'aveu repose t-elle vraiment sur du concret, obtenez-vous donc de tels résultats pour défendre avec une telle ardeur ce système tant décrié ?

          1. 9 réactions

            J'ajouterais, pour faire bonne mesure, qu'il faudrait aussi comparer ça avec les chiffres des affaires qui se sont terminées par vis de procédure(*), à  cause de ladite garde à  vue.

            Serez-vous si perdant que ça au final ?

            (*) pardonnez-moi si je n'utilise pas les bon terme, je ne pratique pas le langage juridique, seulement informatique.

            1. 23 réactions

              L'avocat ne m'inquiète nullement pra rapport à  une éventuelle faute de procédure, dans la mesure où il dispose de plusieurs mois pour la relever. Il y a en, il y en a toujours eu, et il y en aura encore. C'est ainsi.

              Vous parlez d'aveu; ce ne sont pas tant les aveux que je recherche (si, bien sur, si j'ai tous les éléments, évidemment que je le rechercherai). Mais la vérité. Le policier a un bout de procédure, avec la victime; il fait une enquête et arrive à  une certaine conclusion. Si le mis en cause reconnait les faits reprochés (s'il est réellement auteur des faits), eh bien la boucle est bouclée.
              Ce que je recherche, avant tout, c'est une forme de réparation pour la victime; c'est cela, mon but. Y compris lorsque je sens (ou, voir mieux, que je démontre) qu'elle ment, ce qui arrive bien plus souvent qu'on ne le croit.
              Mais, pour etayer mon propos, je me dois de faire une différence, qui n'a rien de juridique:
              je fais une éspèce différence entre les faits qui mêlent l'humain (je pense aux affaires de viol, de pédophilie...) et celles qui ont trait aux biens (les vols, et autres braquages).
              Autant, on peut défendre beaucoup de choses, dans une affaire comme celle qui nous est racontée ici. Autant, selon moi, il n'y a pas grand chose à  défendre avec celui qui a braqué. Il doit être défendu, certes, mais pas par le mensonge.
              Mais un commentaire, fait plus haut, a fait une distinction qui est bien réelle. L'avocat a une obligation de moyens, vis à  vis de son client. Le policier, lui, a une obligation de résultat, vis à  vis de la victime.
              Et les auditions du mis en cause peuvent aider à  ce résultat. Mettre un mis en cause face à  ses contradictions et démontrer sa mauvaise foi (puisque, dans 90% des cas, l'auteur ne reconnait pas les fait reprochés en garde à  vue; je précise que ce sont des statistiques que j'apporte de par mon experience; d'aucun calcul, ni sondage, ni rien; juste mon expérience).

              1. 721 réactions

                Je vous lis depuis le début de vos interventions Christophe et je comprends tout à  fait vos propos même si je ne les partage pas tous.

                Ceci dit, sur la présence de l'avocat, il me semble que cela ne pose aucun problème (du moins pas à  ma connaissance) dans les pays où cela a cours. La justice fonctionne, des gens sont condamnés pour les délits ou crimes qu'ils commettent, et si vous prenez par exemple les USA, leurs prisons sont pleines à  craquer. Pour sûr, leur système pénal diffère du nôtre mais bon quand même... Cela implique peut-être une manière de travailler différente, mais s'ils y arrivent, pourquoi pas nous ? On est bien capable d'avoir mis en place le plaider-coupable en France, on peut tout autant être capable de mettre en place autre chose, qui n'a pas la même intérêt et qui n'en est pas moins louable, loin de là .

                Je ne suis pas forcément d'accord avec vous sur la mauvaise foi des mis en cause. Ils ne le sont pas tous, et savent aussi reconnaître leurs erreurs même si c'est en les minimisant. De toute façon, face à  des accusations, chacun cherche à  se défendre comme il peut et c'est somme toute, naturel. Certains cherchent à  se justifier, se dédouaner, s'excuser, s'innocenter ou se déresponsabiliser croyant qu'ils peuvent passer au travers. Ils sont tellement remplis de certitude quant au fait qu'ils en ressortiront impunis.

                Tout dépend de ce que vous leur amenez, et quand bien même, ils nieraient, si votre dossier est bien ficelé, c'est lui qui en répondra devant ses juges, sachant que s'ils s'enferment dans des mensonges, et que les preuves démontrent le contraire, il s'enfoncera tout seul. Un mis en cause qui nie ne me pose aucun problème si je sais que derrière j'ai les éléments pour que la procédure aboutisse à  une réponse pénale, et ce n'est pas faillir à  ses devoirs. Il est sûr qu'une reconnaissance de culpabilité donne une plus-value à  des preuves tangibles mais elle n'est pas nécessaire. Je ne suis pas juge mais gendarme, enquêteur. Un magistrat n'est certainement pas dupe lorsqu'il lit une procédure et qu'au vu des éléments probants, et des déclarations du mis en cause, il constate des contradictions, encore faut-il que celle-ci soit étayée par autre chose que la déclaration du plaignant et celle du mis en cause seules...... Il saura tout à  fait en tenir compte.

                1. 23 réactions

                  On ne peut comparer le système américain avec le notre. Le policier n'est pas du tout "potegé" dans sa fonction de la même manière. Mentir à  un policier, aux USA a une valeur qui n'a pas lieu ici (enfin c'est l'idée que je m'en fais, avouant que je ne connais pas parfaitement le système). Ce que je n'aimerais pas, dans l'avocats au cours de la garde à  vue, c'est cette ajout de "mauvaise foi" ayant pour but de proteger le mis en cause. Là  encore, je ne généralise pas, cela ne se fera pas tout le temps. A mon sens, si l'avocat devait être présent durant les auditions, il faut une contrepartie vis à  vis des policiers. Quelque chose qui le protège des allégations mensongères. Je ne sais si je me fais bien comprendre...

                  1. 721 réactions

                    Bonsoir Christophe,

                    Je ne compare pas ces deux systèmes, j'établis juste un parallèle sur certains points. :D

                    En ce qui concerne le mensonge, tout dépend de quelle nature il est. Le mensonge n'est pas illégal, la dénonciation mensongère entraînant des recherches inutiles ou calomnieuse, si. Celui-ci, fait partie du processus naturel de défense d'un être humain confronté à  des accusations, au moins dans un premier temps. S'y enfoncer, c'est sûr, est malsain, pour la personne, pour les autres, fait parfois perdre du temps, et alors ? Si les preuves sont là , où est le problème? Je ne vais pas arracher la langue à  un gardé à  vue, parce que je suis persuadée qu'il ment. Et puis, il ne peut très bien mentir que sur une partie,ou sur la totalité,tout comme la victime, qui peut avoir ajouté des embellissements aux faits qu'elle a dénoncés.

                    Pour ma part, j'estime que ce n'est pas parce qu'il y aura un avocat présent que l'audition sentira la mauvaise foi, et que l'ambiance qui règnera sera délétère. Je ne le perçois pas ainsi. Pourquoi vouloir se protéger des allégations mensongères, quand on sait qu'un avocat est un auxiliaire de justice censé faire preuve de rectitude et de probité dans l'exercice de ses fonctions ? Il y a, comme chez moi, chez vous, et à  peu près dans tous les corps de métier, des pommes pourries, qui peut-être sentiront cette odeur nauséabonde, mais pourquoi le généraliser à  tous? Je ne pense pas qe le but de l'avocat soit de faire mettre hors de cause son client à  n'importe quel prix, mais plutôt de s'assurer qu'il le soit de manière légale et dans le respect du droit, de ses droits, ceux dévolus à  n'importe qui, et ceux dont vous souhaiteriez jouïr si d'aventure (je ne vous le souhaite pas), vous vous trouviez dans cette position délicate.

                    Sinon pour vous rassurer, une audition en étant à  deux personnels, à  l'image du juge d'instruction avec son greffier.

                    1. 23 réactions

                      66> Tinotino...
                      ce que vous dites est bien beau, sur le papier, et en théorie.
                      Avez-vous déjà  été cité en tant que témoin, en Cour d'Assise, suite à  une affaire que vous avez traité?
                      En ce qui me concerne, c'est chose faite, et je crois que c'est très instructif. La moitié du temps dont dispose l'avocat de la défense est passée à  dé-crédibiliser le travail de la police, à  dire que tout ce que vous avez fait sur toute l'enquête n'est que mensonge et manipulation. Avez-vous déjà  eu ce sentiment que c'est vous le policier - ou gendarme, bien sur - qui êtes mis en cause, que c'est vous qui allez être jugé? Je puis vous dire que c'est très désagréable, quand bien même vous êtes bien dans vos baskets, et que le job a été fait correctement.
                      J'ai le sentiment que cette présence au cours des entretiens ne fera qu'accentuer ce genre de situation, sauf que l'avocat pourra continuer son chemin devant le magistrat; et vous, vous ne serez pas là , lorsque ce conseil insinuera le doute sur votre probité.
                      Mais oui, vous avez raison, il ne faut pas généraliser. Malheureusement, je suis dans un domaine bien particulier (le banditisme) ou ce genre de comportement n'est pas rare (même si pas systématique).
                      Mais peut-être que je me trompe; peut-être ne s'agit-il chez moi qu'une réaction face à  l'inconnu. Je ne demande qu'à  être surpris.
                      Pour autant, il est bien évident que l'avocat ne va pas se mettre à  vociferer durant l'audition; ce n'est bien entendu pas de cela dont je parle.

                    2. 3579 réactions

                      C'est vrai que le banditisme est encore une catégorie à  part -on parlait d'humanité et de paumés en matière sexuelle, on peut dire que là , ce sont souvent des "durs", leur défense l'étant souvent aussi...

                      Maintenant, justement, je crois que la présence de l'avocat désamorcerait largement ce que précisément vous dénoncez : imaginez la même joyeuse comparution aux assises (et je vois très bien ce que vous voulez dire, ça me rappelle des trucs...), mais cette fois avec le même avocat qui a tenté de vous déstabiliser... Qui aurait été là  à  chaque étape : que lui resterait-il a mettre dans les questions dont il vous a certainement bombardé, puisqu'il était présent, que l'enquête donc n'a pas pu être "manipulée" ?

                      (En même temps, je ne sais plus quel Christophe disait dans son premier commentaire que le rôle de l'avocat devait se borner à  suivre la version de son client..? Parce qu'une des façons de le faire, c'est forcément d'attaquer la partialité des enquêteurs, puisque le gars est innocent, non ? :D )

                      Même chose devant les juges, où effectivement l'avocat est, et pas vous, et où effectivement on entend très souvent "ils m'ont forcé à  dire, ce sont les policiers qui notaient, j'ai pas relu, etc...". Bon.
                      Mêmes arguments avec présence de l'avocat, réponse du juge (hum, ou du proc', bientôt...) : "Maître, vous étiez là , et votre client n'a pas relu ? Maître, vous avez laissé les policiers noter n'importe quoi ?"...

                      Je ne vois, sincèrement, qu'avantage à  notre présence, et une présence documentée et active : pouvoir poser des questions, avoir accès au dossier -pour tout le monde, vous comme nous, et bien sûr au premier chef la personne concernée.

                      Tout un pan des systèmes usuels de défense disparaîtrait -et, pourquoi ne pas le dire, tout un pan des systèmes policiers aussi, questions un peu rudes, forçages de trait par rapport au contenu réel d'un témoignage, etc...

                      On passerait à  un système globalement plus "propre" des deux côtés, c'est tout.

                      Et c'est d'autant plus vrai et nécessaire que bientôt, vous serez en charge de toute l'enquête, sous les seuls ordres du parquet, y compris de la partie "à  décharge" qui lui sera demandée par l'avocat -s'il l'ordonne...

                      Et accessoirement, on apprendrait à  mieux se connaître, en bossant côte à  côte : les avocats méconnaissent totalement votre métier, ça ne fait pas partie de leur formation, je le sais je m'en suis occupé dix ans ! En faisant d'ailleurs intervenir des opj dès que possible -c'est à  dire quand un inconscient voulait bien venir... Et chez vous, je suis déjà  intervenu ponctuellement à  l'école de police, mais enfin c'est pas la panacée non plus, les idées reçues on toute la place des deux côtés...

                      Je sais que tout ça est angélique, mais enfin, le système actuel l'est largement aussi, officiellement, dans les textes, donc angélisme pour angélisme, autant avancer intelligemment, non ?

                    3. 721 réactions

                      @ Christophe

                      J'avoue que je n'ai jamais vécu cette expérience, et pour cause, je suis un peu "verte" pour cela. Je comprends tout à  fait ce que vous énoncez, et conçois tout à  fait que ce doit être loin d'être agréable. Cela ne me surprend pas dans la mesure où, outre le fait de faire ressortir un semblant de vérité, chacun a sa fonction, qui peut conduire à  des divergences : nous amenons des éléments pour faire engager des poursuites à  l'encontre d'une personne, l'avocat, quant à  lui, agit en défense, c'est-à -dire qu'il va chercher à  s'assurer qu'il y ait assez de preuves pour faire condamner son client, puisqu'on ne condamne pas quelqu'un sans. Aussi, il va s'assurer que celles-ci sont bien existantes et solides, d'où la sensation d'être "attaqué" sur son travail. Il est dans son rôle de défenseur. Et s'il n'y a pas de doute possible quant aux charges qui pèsent sur son client, c'est sur sa personnalité qu'il va s'appuyer pour jouer sur le prononcé de la peine.

                      Je fais encore un parallèle avec les USA, avec leur système accusatoire, système dans lequel le ministère public est partie au procès comme l'est l'avocat de la défense, avec un juge arbitre : il se produit la même chose, même à  l'égard du ministère public.

                      Je dirais que c'est le fonctionnement nomal de la justice. On a beau être assermenté, cela n'empêche pas que notre travail puisse être remis en cause, et décortiqué. A vivre effectivement, la sensation de discrédit pèse sur ses épaules mais dans un sens plus général, c'est ce qui protège de l'arbitraire; il serait dangereux pour notre pays, pour la démocratie, d'avoir des forces de l'ordre sur lesquelles personne n'aurait de droit de regard sur les enquêtes qu'elles effectuent. Il faut des contre-pouvoirs, et à  ce titre, l'avocat l'est. Ca contribue à  un équilibre des forces, entre l'Etat, représenté par ces dernières, et le justiciable, représenté par son conseil.

                      Aussi, je rejoins Maître Mô : peut-être que la présence de l'avocat dès le début de la garde à  vue, contribuerait à  réduire cette opprobe que l'enquêteur peut ressentir face à  une cour d'assises, puisqu'il sera intervenu en amont et que de fait, certains arguments de défense ne lui seront plus accessibles. C'est à  voir, mais nous n'en sommes pas encore arrivé là  de toute façon.

                      C'est vrai que le banditisme est un domaine tout à  fait à  part, pas représentatif de ce que sont la majorité des justiciables ceci dit.

              2. 289 réactions

                Une question Christophe :

                Pourquoi considérez vous que les vols et autres braquages ne "mêlent" pas l'humain ? Ils me semble au contraire que, tant pour les coupables que pour les victimes, elles sont d'une grande importance humaine. Bien des choses peuvent se jouer sur un vol et ses conséquences.

                1. 23 réactions

                  Attention, dans mon commentaire, je me place du point de vue du mis en cause. Évidemment que pour la victime, les conséquences peuvent être graves. Je parle bien d'un point de vue "psychologie criminelle".
                  Dans le regard d'un braqueur, c'est souvent la haine de la société toute entière que l'on peut lire.
                  Dans celui du pédophile, j'y vois aussi un paumé. Qui, souvent, lui-même a été victime, bien souvent, de faits similaires étant plus jeune.
                  Mais j'avoue aussi qu'il s'agit peut-être d'une idée préconçue, n'ayant à  faire que très rarement à  la pédophilie.

                  1. 23 réactions

                    @ Lambertine...

                    Bien évidement qu'il faut un contre-pouvoir en face de la Police. Bien sur qu'il doit y avoir quelque chose, en face, susceptible de vérifier le travail des poliiers, c'est évident. Mais ce quelque chose doit être basé sur du réel, et non pas des effets de manche, comme ce que j'ai pu vivre, et à  plusieurs reprises. Parce que c'est bien de cela, dont il s'agit. La Cour d'Assise est un lieu où se jouent des vies; en soit, c'est un lieu dramatique pour tout le monde. Où la victime (si elle n'est pas morte) doit revivre son cauchemard, où les prévenus risquent plusieurs années de prison. Et, à  coté, vous avez des avocats qui, parfois (j'insiste), jouent un peu comme au théatre; où démonter le travail du policier n'a rien de "contre-pouvoir", puisqu'il s'agit, pour lui, de sauver la tête de son client, au mépris de toute vérité.
                    Et la réalité du banditisme, c'est celle-là . Et ce que j'ai vécu, en cour d'assise, ce n'était pas dans cette matière, mais dans le cadre d'homicide ou de viols, puisque j'étais alors affecté dans un groupe traitant de ces affaires.
                    Mais, encore une fois, je ne veux pas généraliser. Tous les avocats ne sont pas comme cela.
                    Mais ce qui m'attriste dans ces affaires, c'est le mépris de la vérité. Que l'avocat cherche d'où vient le mal, à  quoi est dûe la "dérive" de son client est tout à  fait concevable. Mais pas au mépris de la vérité, jusqu'à  dire des mensonges à  la barre. ET je puis vous dire que nombre de policiers l'ont vécu, à  la barre. Il ne faut pas oublier que l'avocat de la défense est le dernier à  parler, aux assises. Et il dit ce qu'il veut. Y compris des mensonges. Et si le président ne connait pas parfaitement le dossier, il sera coincé, et ne dira rien. Et, surtout, s'il veut décrédibiliser le service de police en charge du dossier, il ne se gênera pas. Peu importe que le dossier ait été bien traité ou non. Je répète ce qu'a écrit "Capitaine" plus haut: l'avocat a une obligation de moyens, vis à  vis de son client. Nous avons une ogligation de résultat. Et c'est un état de fait qui ne changera pas.
                    Mais voilà , c'est ainsi. Nous ne sommes pas d'accord. Nous verrons bien ce que l'avenir nous réserve. Vraisemblablement d'ici à  2001. Nous ferons le point à  ce moment-là . Nous nous adapterons, aussi; comme toujours. Le droit est vivant. Il évolue.
                    Bref, nous verrons bien. Si tant est que l'on nous donne les moyens d'évoluer avec lui; ce qui est loin d'être le cas pour le moment.

                    1. 721 réactions

                      Je suppose que vous me répondiez Christophe :D

                      Il m'arrive souvent de comparer une Cour d'Assises à  une arène, où chaque partie se défend avec les armes à  sa disposition, la Cour et les jurés servant d'arbitre puisque c'est eux qui tranchent (de manière métaphoriques même si dans un temps pas si lointain, cette expression aurait eu un sens plus concret), ou comme vous le dites, un vaste théâtre où chacun remplit son rôle du mieux qu'il peut. C'est un peu le folklore judiciaire, sauf que, effectivement, la vie d'êtres humains, et ceux-là , bien réels, est en jeu.

                      C'est un peu comme la vie, on joue un rôle, celui que l'on veut se donner, celui que l'on est en mesure d'exercer, celui que l'on choisit, alors que dans des circonstances différentes, avec un passé différent et des acquis différents, il pourrait en être tout à  fait autrement....

                      Quand vous parlez des avocats, prêts à  tout pour sauver leur client, l'inverse existe également en notre sein, où trop enfermés dans leurs convictions, il arrive que certains se ferment délibérement des portes parce qu'ils sont tellement sûrs d'eux, parce qu'ils sont tellement touchés par la victime, qu'ils en oublient d'avoir ur regard objectif. Ce n'est pas une faute, c'est juste être humain, réagir en fonction de ses sentiments, de la douleur ressentie et exprimée, ce que l'on peut facilement éprouver face à  une personne, mais cela ne doit pas être un frein à  la prise de recul nécessaire.

                      Les avocats tiennent leur rôle, nous, le nôtre, il faut l'accepter même si c'est parfois déplaisant, mais c'est ainsi que doit fonctionner la justice, en laissant la place au contradictoire, même si c'est au prix d'entendre des aberrations, des insinuations fallacieuses. Par certains effets de manche, ils essaient simplement de faire planer le doute, ce dernier devant profiter à  l'accusé, donc à  leur bénéfice ou plutôt celui de leur client.

                      A nous de faire le maximum pour lui laisser le moins de place possible, même si plus facile à  dire qu'à  faire, puisque nous entrons en action toujours après la commission des faits, ce qui rend la quête de vérité toujours plus difficile, entre la vérité du mis en cause, celle de la victime, celle amenée par des éléments matériels, celle que l'on perçoit, celle des témoins; le prncipal étant d'avoir la conscience que l'on a fait tout ce qu'il était en mesure de faire pour s'en approcher le plus, afin que les juges puissent prendre une décision en conséquence.

                      En effet, quoiqu'il en soit, nous nous adapterons, encore une fois, et nous n'aurons pas forcément les moyens, mais on fera quand même, comme d'habitude. C'est notre lot quotidien, comme celui des magistrats d'ailleurs.......

                2. 23 réactions

                  à  Maitre Mô...

                  (pas de lien direct pour répondre à  ... votre commentaire...)

                  On s'éloigne du sujet initial, mais vous abordez là , dans votre commentaire, une question qui me taraude, depuis la parution de ce fameux (à  plusieurs titres) rapport "Leger"; commission qui, au passage, n'avait aucun représentant actif traitant du judiciaire (je vous passe le sous-directeur des affaires économiques de la PJ Paris, qui n'est pas, selon mes termes, un pratiquant). Bref, ce rapport nous annonce la suppression du Juge d'Instruction (je vous passe mon avis, nous aurons largement le temps d'y revenir, je pense).
                  Mais donc, qui de ces interrogatoires "post" mise en examen !! A vous lire ce sont les policiers qui en seront chargés?
                  J'avoue que cela me fait un peu "bondir" de mon siège. Pas tant au regard du principe, auquel je n'ai pas réflechi, qui qui me parait étrange. Non, ce qui m'inquiète, là , c'est de la masse de travail qui s'accompagne de tout cela! Il m'avait semblé que ce serait le proc, qui procèderait à  ces interrogatoires après mise en examen !!!! non?
                  Très sincèrement, la présence de l'avocat pendant la garde à  vue pose déjà  beaucoup de questions de fonctionnement (hormis du contexte de fond, dont nous avons débattu), d'organisation, qui à  mon sens, desserviront la procédure (perte de temps, entre les appels avocat, leur présence effective...). Mais alors là , si nous devions encore procéder aux interrogatoires, nous allons très vite étouffer. Cela ne sera pas humainement possible. Vous dire que, déjà , actuellement, nous avons la tête sous l'eau est un euphémisme. Je ne fais que vous donner l'exemple de mes six semaines passées, où nous passons notre temps à  proceder à  des constatations, auditions de témoins, plainte... bref, quasi pas d'acte d'enquête, alors que je suis censé être dans un service qui ne prend que le "gros" du banditisme; je parle de gros en terme de préjudice ou d'organisation criminelle (la BO, quoi!). Donc nous sommes censé ne prendre que peu d'affaires.
                  Pour en revenir à  notre sujet (celui de ce commentaire, hein), comment pourrons-nous integrer les interrogatoires, alors que nous n'avons que tout juste le temps d'enquêter, et je vous passe les horaires (ca, vous connaissez aussi, j'en suis certain). Tout en vous rappelant que nous sommes dans une période où l'on pense à  dégraisser l'administration, y compris la Police Nationale, ce qui induit que je ne vois même pas nos directeur procéder à  des recrutements massifs (ou les prendre, à  qui?).
                  Là , très honnêtement, je ne vois pas comment !!!

                  PS: cette petite révision de maths, c'est sympa, quand-même! ;)

  9. 37 réactions

    J'arrive un peu après la bataille, et j'ai assez de (vraie) modestie (!) pour savoir que je n'ai rien à  ajouter de sensé après tant d'autres...

    Hier soir, réunion parents-profs au collège. Il s'agit de ma fille, 14 ans, en troisième. Bon élève, pas de problèmes particuliers - devrait aller au bac sans avoir à  trembler quotidiennement. Mais des difficultés relationnelles avec un prof, sans qu'on puisse vraiment départir la vraie vérité des vrais mensonges dans cet écheveau d'intérêts contradictoires.

    Cela n'a rien à  voir avec le sujet. En effet. Rien à  voir ? Mais si, puisque c'est d'êtres humains qu'on parle, de leurs espoirs, de leurs mensonges, de leurs désirs, de leurs déceptions. La pâte humaine, les sentiments, cette âme et ce cœur dont nous ne savons rien et qui sont tout.

    Assurément, il doit être plus simple d'être trader devant un écran, et toucher son bonus, vite dépensé en frivolités diverses. Pour combler le vide du monde ?

  10. 2 réactions

    "Lela
    Cher Confrère,

    Je voudrais savoir comment vous faites pour défendre avec conviction un coupable en plaidant son innocence"

    Non mais j'ai dit avec conviction.

    En sachant qu'en plaidant une nullité de procédure on risque de faire remettre en liberté un violeur qui va peut-être s'attaquer à  votre enfant.

    Hin? :shock: :x :P :idea:

    1. 37 réactions

      J'avais cité, en commentant un autre article de Me Mô, ce que m'avaient dit mes parents : Nous espérons avoir le courage et la dignité, si jamais un jour vous deviez être victime d'un assassin, de ne pas demander sa tête. J'ai connu quelqu'un qui a su, éclairée par une autre lumière, pardonner à  ceux qui avaient violé et étranglé sa fille de 16 ou 17 ans. Pardonné. Le mystère.

      Mes parents, c'était à  l'époque où, en France, on croyait faire reculer le crime en tuant les criminels - et même les non-criminels comme Roger Bontems. Le crime ne recule pas grâce à  la guillotine, ou grâce à  la chaise électrique. Le crime est en nous. La meilleure preuve, c'est qu'un avocat qui fait remettre en liberté un violeur (dans les conditions que vous imaginez) peut très bien être, un jour, mais à  Dieu ne plaise, celui qui violera la fille de celui qu'il a fait libéré...........

      Souvenez-vous. A la fin des années 50, au début des années 60, des hommes ont été torturés dans les caves de la préfecture de police à  Paris. Là  où on avait torturé dans les années 40. Torturés par des hommes victimes de la torture. Au même endroit. A coups de matraques. Les mêmes matraques. Victimes devenues tortionnaires.

      C'est pour cela que j'aime bien Me Mô, et ce qu'il nous dit. Il ne fait que son métier, de son mieux, de tout son mieux, et il doit aussi se tromper. Mais, au moins, il sait que la glaise qu'il travaille est humaine. C'est l'essentiel.

      1. 289 réactions

        Vous avez raison. Et l'humain est tout sauf simple. C'est pourquoi je suis souvent mal à  l'aise quand je lis ou j'entends l'expression "les honnêtes gens". Parce que les honnêtes gens d'un jour peuvent basculer le lendemain.

    2. 3579 réactions

      Ben, j'ai répondu, Lela : on peut être convaincu, et donc plaider avec conviction, à  plein de degrés différents, et pour plein de choses, et avec la même force, je vous assure...

      (Sinon, ici c'est un blog hype et top-moderne, les commentaires sont imbriqués, vous pouviez poster celui-là  sous votre premier et ma réponse, je dis ça je dis rien...)

      Alors, bonne question, sinon, que je situe au rang trois du top-ten des questions régulièrement posées à  un avocat qui pratique le pénal -curieusement pas aux autres, ceux qui pourtant défendent parfois la lie de l'humanité, comme des banquiers...

      Comment, alors qu'on sait qu'un mec est coupable, contribue-t-on à  le faire libérer, avec tous les moyens légaux dont on dispose ?

      D'abord, dans ce cas de figue précis, je le menace physiquement, si jamais il s'en prenait aux miens, on n'est jamais trop prudent, vous avez raison...

      Et plus sérieusement, la question ne se pose pas comme ça, à  défaut de quoi on ne fait plus du tout de pénal -parce que des coupables, il y en a des flopées qu'on aide à  faire remettre en liberté, vous savez : à  l'application des peines, ou en demandant une confusion, ou en obtenant une peine inférieure à  celle proposée par le parquet... Bref, en étant avocat (prenez Pianezza, ce salaud : il est peut-être dans quelques chose dans les trente ans d'Evrard seulement, alors qu'on demandait perpète...).

      Et puis, il faut la poser au policier qui a mal bouclé sa procédure, ou au juge qui, sur les mêmes éléments que ceux dont je dispose au dossier, prend la décision, même contre sa propre intuition; au législateur, aussi, qui a prévu que si telle ou telle règle n'est pas respectée, hop, on libère, coupable ou pas on s'en fout...

      Vous comprenez ?

      Nous sommes dans un État de droit, et je ne fais, comme mes confrères, que demander l'application de ses règles, avec toutes les possibilités qui me -et lui- sont offertes, c'est tout.

      Et je fais, par ailleurs, un métier : je défends -vraiment beaucoup- de violeurs en tous genres (j'assiste aussi beaucoup de victimes, d'ailleurs), mais que l'un d'entre eux s'en prenne à  l'un des miens, vous verrez qu'on peut être avocat et meurtrier sans aucun problème -dans le second cas, je ne ferai plus mon métier, je serai juste victime d'un drame.

      Raison même pour laquelle, dans mon métier, je n'accable jamais, lorsque je suis aux côtés de la victime, son agresseur, et pour laquelle je ne m'en prends jamais, lorsque je suis en défense, à  une victime, en tout cas gratuitement et de façon radicale et bornée, dans les deux cas.

      Mais je m'égare : je peux aider à  se sortir d'affaire un type coupable parce que les règles permettant d'établir sa culpabilité n'ont pas été respectées, ou n'ont pas permis qu'elle soit établie, point.

      Et ce sera justice. :D

      1. 3 réactions

        "Bref, en étant avocat (prenez Pianezza, ce salaud : il est peut-être dans quelques chose dans les trente ans d’Evrard seulement, alors qu’on demandait perpète)."

        z'avez pas honte de faire de la pub pour votre propre cabinet !

      2. 436 réactions

        "...mais que l’un d’entre eux s’en prenne à  l’un des miens, vous verrez qu’on peut être avocat et meurtrier sans aucun problème"

        Non, vous retiendriez votre geste, j'en suis sûr, vous n'ajouteriez pas un drame à  un drame, vous feriez appel à  la justice, et vous auriez raison...

  11. 1 réactions

    J'ai découvert votre site par le biais de celui de Maître Eolas, que je lis depuis quelques jours à  peine. J'arrive donc sur cette page, je lis, que dis-je, je dévore cet article, que je vais qualifier de passionnant, bien que ma profession (que votre esprit de déduction arrivera assez rapidement à  identifier je pense) y apparaisse de façon assez négative semble t-il...je devrais en avoir l'habitude, les assistantes sociales sont rarement citées lorsqu'elles font du bon boulot!
    Vous dites que celle intervenant sur la situation de cette famille n'a pas signalé les faits, n'était elle pas déjà  positionnée suite à  un signalement, dans le cadre d'une enquête sociale par exemple?
    Dans le cas contraire, il est vrai que, comme vous présentez cette situation, l’Assistante Sociale aurait dû signaler...mais croyez moi, c’est rarement aussi simple dans la pratique...Si vous rencontrez des cas de conscience dans votre profession (et je connais votre quotidien pour être mariée à  l’un de vos confrères), nous en rencontrons également, surtout en matière de protection de l’enfance où les faits sont rarement clairs et sans équivoques, ni doutes...
    Les Assistantes Sociales sont critiquées lorsqu’elles signalent, (enleveuses d’enfants !) elles le sont aussi quand elles ne signalent pas...c’est un long débat et ce n’est pas celui dans lequel je voudrais rentrer aujourd’hui...
    Ce que je souhaitais mettre en avant, c’est que nos professions ne sont pas si éloignées que cela dans le fond, à  ce sujet...là  où vous considérez l’intérêt de votre client, j’y vois moi l’intérêt de l’enfant.
    S’agissant de cette situation, vous avez pu, grâce à  votre intervention, concilier les deux.
    Suite aux aveux de son père, la douleur de cette enfant pourra être reconnue, et elle pourra être prise en charge et soutenue de la façon la plus adaptée qui soit afin de se reconstruire et avancer dans la vie plus armée et confiante en l’adulte, et en l’homme, que si tout cela avait été ignoré ou nié....
    C’est quand même bon de se dire que vous y êtes pour quelque chose, non ?

    1. 9 réactions

      Je ne ferait pas de mon cas une généralité, mais, de mon point de vu, je n'ai pas du tout vu de dénégation de votre profession, ou de quelconque critique de l'assistante sociale dans cette affaire, juste l'énoncé d'un fait. D'ailleurs, vous noterez que nulle remarque ou critique sur son rôle n'est faite dans les commentaire. Bref, ne serais-ce pas un procès d'intention ? ;)

      J'imagine que votre réaction est due au fait que votre profession vous tienne tant à  cœur. En tout cas merci de nous rappeler aussi ce que peut vivre une assistante sociale et j'imagine qu'une situation comme celle-ci doit être particulièrement dure à  vivre pour l'assistante en question. (alors en plus si on lui jette la pierre... :eek: )

      (Non je ne flood pas. ... pas encore)

    2. 289 réactions

      Je n'ai lu dans ce billet aucune critique négative de votre profession.
      Cordialement.

    3. 3579 réactions

      Ou dans quelque chose dans sa déroute future à  lui, mon client : c'est tout le sens de mes interrogations, mais bon, je ne vais pas me faire plaindre jusque la nuit des temps...

      Sinon, aucune critique à  l'égard des assistantes sociales, vraiment, c'est juste que là  c'était comme ça -et effectivement, pas facile de signaler ou pas, quand on ne voit qu'une partie des choses, et qu'il faut composer avec le mensonge quotidien, je ne le sais que trop...

      J'ai les meilleurs rapports du monde avec "mes" assistantes sociales, et on bosse d'ailleurs très souvent de concert -une exception, unique, vis-à -vis de celles de vos collègues qui, parfois, jouent à  l'avocat (!) et donnent des conseils juridiques pas toujours, euh, adaptés -un peu comme si je me mêlais soudain de garantir à  un client de lui trouver un logement...

      J'ai, sinon, beaucoup de respect pour votre métier, payé comme de la crotte, et qui aide pourtant à  aider et sauver des gens par paquets -ça aussi, je ne le sais que trop...

      Voilà , désolé si ce bout de phrase a pu vous heurter, mais ce n'était pas l'intention, vraiment.

      Sinon, une AS attirée par un avocat au point de l'épouser, moi, je trouve ça logique, finalement ! :D

      1. 3 réactions

        "payé comme de la crotte"

        la citation réelle est "payé comme une femme de ménage à  12 euros de l'heure" mais bon les femmes de ménage nettoient aussi de la crotte.

        Si on vous paye 12 euros de l'heure vous faites aussi des plaidoiries de femmes de ménage ?

        1. 2 réactions

          Si on vous paye 12 euros de l’heure vous faites aussi des plaidoiries de femmes de ménage ?

          A l'inverse d'Ambroise Paré envers Charles IX ...

  12. 1 réactions

    cher maître mô,
    la procédure étant à  certains niveaux différente, en tant qu'avocate pénaliste (oui oui même des femmes peuvent défendre "ces gens-là " dont parlait me mô), je me reconnais bien dans vos propos, toute cette responsabilité qu'on s'impose et que le client tente/réussit (?) à  nous faire supporter ...
    à  faire lire au maximum...
    bien à  vous, claudia

    1. 3579 réactions

      Merci, Claudia -et oui, mille fois oui, les femmes peuvent être de redoutables pénalistes, rien qu'à  Lille on en a plein de terribles - Muriel, Blandine, Chérifa, Alice, Jeanne, toutes les autres, je vous salue au passage !

  13. 13 réactions

    C'est un très beau billet.
    D'autant plus intéressant que j'avais lu il y a quelques temps ce que vous aviez écrit de l'histoire de Jade, cette "petite fille" dont vous êtes également l'avocat.
    Et qu'au delà  du cas de conscience que vous expliquez dans ce post, le fait que vous soyez avocat d'une victime d'une part, et d'un accusé d'autre part, pour un crime sinon similaire, du moins comparable, illustre à  la perfection ce qu'est être avocat, au delà  des caricatures : assister et représenter un être humain.
    Qu'il ou elle soit coupable ou victime n'est pas la question.
    Dans les deux cas de figure, vos interventions contribuent a ce que la vérité, et peut-être même la justice, avancent.
    Honte à  ceux qui prétendent que l'intervention des avocats est un obstacle à  la vérité, et se fait au détriment des victimes.

  14. 2 réactions

    Mon Cher Maître,
    C'est beau, mais c'est triste.
    Une question : pourquoi vous minez-vous de cette façon ? Je veux dire, à  titre personnel ?
    Vous apportez expertise du juridique et du judiciaire (du droit de fond, de la procédure, de la pratique, et même des hommes et des femmes qui pratiquent, là , dans CE tribunal) et du conseil au pénal (si je fais ça il risque d'arriver cela, si je fais çi, il risque d'arriver ceci), et en plus de l'humain (une épaule solide pour pleurer, et une présence pour rassurer celui qui n'est plus tout seul, sans même ajouter que vous avez l'air sacrément bon dans ce domaine).
    Vous savez très bien qu'il n'y a pas de réponse unique à  la question "Qu'est-ce que je fais ?"
    Pourquoi ?
    Parce que Marcel s'est mis lui-même dans une situation intenable en violant sa petite fille. Et ça, vous n'y pouvez rien.
    Je veux dire, détention provisoire (ou pas), renvoi aux assises (ou pas), condamnation (ou pas), longue peine ferme (ou pas), vous pourrez aider, peut-être même éviter tel ou tel point par votre talent, mais de toute façon, ce sera de son fait à  lui, pas du vôtre.
    Ne peut-on pas être avocat au pénal (ou procureur, ou juge) en gardant la tête froide ?

  15. 1 réactions

    Un beau billet cher maitre,

    Courage, vous faites un beau metier. Les douleurs et problemes de morales auxquelles vous etes confrontes en font un beau metier comme vous le savez bien. Ce n'est pas vous qui etes moche, ni meme la justice, juste les hommes et vous les confrontez tous les jours....une vraie noblesse.
    Je le dis d'autant plus volontiers que je ne fais pas ce metier.

    Nous avons besoin de plus d'avocats, de justice de comprehension et de compassion dans ce monde. Surtout ne renoncez pas, le pire des hommes debute quand ils sombrent dans l'indifference. Vous en etes loin. Pour notre joie a tous

  16. 4 réactions

    Que vous ayez pris la bonne décision importe assez peu. Ce qui compte, c'est que vous ayez fait au mieux en votre âme et conscience sur le moment.

    Dans toute la procédure face à  cet homme, il ne rencontre que des "rôles": des policiers qui l'arrêtent et veulent le faire avouer, l'assistante sociale qui défend l'enfant, l'ex-femme qui autre fois le cajolait est maintenant un féroce adversaire, le juge qui l'accuse et peut l'envoyer en prison etc. Le seul humain à  l'avoir aidé dans cette affaire finalement, c'est vous. C'est pour ça qu'il vous apprécie et c'est pour ça que j'ai pour vous un respect total.

    Et au vu de vos explications, je pense que vous avez agi au mieux de ses intérêts.

    1. 1 réactions

      +1.

      Non seulement vous avez agi dans l'intérêt court terme de Marcel, mais aussi dans son intérêt long terme (le début du chemin) ET dans l'intérêt de la victime. Je ne sais évidemment pas si c'était la meilleure des solutions, mais assurément, c'est bien loin d'être la plus mauvaise!

  17. 25 réactions

    être étudiant en droit est vraiment une drôle d'histoire.

    quand on sort de la fac, est-on seulement au courant de ce qui nous attend?

    il faudrait des cours de stratégie de défense / de psychologie / de self control / de philosphie morale, les cours de droit pénal spécial et de procédure pénale étant à  coté de ça bien inutiles.

    et dire qu'en sortant des bancs maculés de I LOVE YOU professeur, j'aurai encore tout et même plus à  apprendre, et que même au bout de 20 ans de barreau, les mêmes premières questions fondamentales se poseront encore... le pied!! le pire c'est d'etre un petit prétentieux gavé de certitude, ce que la profession interdit...

    vivement

    l'important également est de tomber dans un bon cabinet avec un avocat dont on veut apprendre quelque chose, et qui a envie de vous prendre sous sa robe... :idea:

    désolé je me suis égaré sur ma petite condition, mais à  vous lire, j'étais obligé de me projeter...

    j'aurai dû parler de votre histoire, et de tout ce qu'elle contient d'instructif...

    merci

    1. 21 réactions

      Bon courage Nico!
      Tu es en quelle année?
      Je peux te dire que même en Ecole des Avocats, pas un seul cours de psychologie... Il faut s'auto former et surtout être à  l'écoute de ceux qui nous entourent, et avant toute chose à  l'écoute de nous-même, afin de rester en adéquation avec ce que l'on est et non pas ce que la faculté parfois veut nous faire devenir, des bachoteurs idiots :P

  18. 1 réactions

    http://www.nordeclair.fr/Actualite/2009/12/18/l-europe-doute-des-gardes-a-vue-a-la-fr.shtml

    D'apres l'article de Nord Eclair, aucun juge du tribunal de grande instance de Lille ne respecte la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertes Fondamentales ni la jurisprudence de la Cour europeene des Droits de l'Homme pour les procedures penales.

    Quelle tristesse de voir que les juges en France respectent moins la Convention que les juges en Turquie.

    Honte...

  19. 1 réactions

    Maître Mô, le roi de la virgule

  20. 25 réactions

    Pff, encore un billet démoralisant.

    Je ne me sens pas capable de commenter cette histoire. Mais je crois que je dois tout de même vous féliciter de continuer à  avoir le courage d'exercer ce métier après avoir vu ça.

    Et aussi les avocats qui ont agi de manière contraire et vous critiqueront pour votre action. Oui, vous avez tous un grand mérite.

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