Petite fille…

Jade a maintenant sept ans. C'est une jolie petite fille, avec d'immenses yeux bleus. Elle vit cette année 2000 avec toute la joie des gamines de son âge, et ne regrette qu'une chose : ne pas voir son père plus souvent. Ses parents se sont séparés il y a deux ans, elle vit chez sa mère, qu'elle adore, mais son père, qu'elle revoit les week-ends et les vacances, lui manque. Mais ses parents lui ont bien expliqué, elle n'est pas malheureuse, elle a compris que c'était comme ça, et tout le reste va bien : son petit frère Ilan, quatorze mois d'écart avec elle, avec qui elle joue beaucoup, l'école, elle est bonne élève, sa maman, qu'elle adore, qui est aide-soignante, c'est pratique, c'est elle qui lui guérit ses bobos, Lydie, sa meilleure amie, fille des voisins, avec qui elle dort de temps en temps, son carnet intime, qu'elle remplit tous les soirs de mots simples et d'une écriture toute ronde...

Tout va bien, Jade est une petite fille pleine de beauté et de joie, comme tant d'autres.

C'est au milieu de cette même année que Paul, le nouveau copain de maman, vient habiter à  la maison.

Jade ne l'aime pas, d'abord parce qu'il n'est pas son papa, et ensuite parce qu'elle le trouve tarte, elle ne comprend pas pourquoi maman l'aime bien, mais bon c'est maman qui décide, alors... Et puis franchement il fait des efforts, Jade le voit bien, il est gentil et il essaye de se faire bien aimer.

La mère de Jade change de service, à  l'hôpital, et doit maintenant travailler la nuit : elle fait deux nuits puis a deux jours de repos puis enchaîne trois nuits, et ainsi de suite. Elle attend le soir que Paul rentre de son travail, et puis elle s'en va, après avoir surveillé le bain, mis les enfants en pyjamas, et les avoir fait dîner. Parfois Paul rentre un peu plus tard, alors elle demande à  la voisine ou bien à  une cousine qui n'habite pas loin de venir garder les petits, en attendant.

Ça se passe comme ça pendant deux mois environ. Paul connaît mieux les enfants, maintenant, et le soir, il fait un truc rigolo avec Jade, après avoir couché Ilan dans la chambre voisine de la sienne -enfin, il trouve lui que c'est rigolo, Jade s'en fiche, elle trouve que c'est un jeu de bébé, mais ça à  l'air de lui faire plaisir, alors... Il rejoint Jade en bas, pour la coucher à  son tour, mais avant, il prend le foulard bleu de maman, le noue sur les yeux de Jade, et il trempe son doigt dans des trucs -du sucre, du chocolat, de la confiture, du miel- et le met dans la bouche de Jade, qui doit deviner en goutant ce que c'est : trop facile, franchement, mais bon, c'est rigolo un peu quand-même. Sauf que des fois, ça a un drôle de goût, elle ne trouve pas ce que c'est mais elle n'aime pas, en tout cas.

Ce soir, d'ailleurs, elle en a marre de ce goût dégueulasse, elle ne sait toujours pas ce que c'est, alors elle décide de tricher : elle soulève un coin du foulard qui lui bande les yeux pour regarder. Et elle voit. Elle voit son visage à  lui, Paul, qui est un peu rouge, bizarre, il ne dit rien mais on dirait qu'il retient sa respiration; et elle voit que ce n'est pas son doigt qu'il a mis dans sa bouche, c'est son zizi.

Elle recrache ce soir-là  le sexe de Paul, elle se met à  pleurer parce qu'elle ne comprend pas, elle lui dit d'arrêter, elle ne sait pas ce qui se passe, elle trouve ça dégoutant, elle comprend maintenant que ça puait la pisse, elle ne sait pas pourquoi il fait ça mais elle sent que ce n'est pas normal, que ça ne se fait pas. Il arrête, et il lui dit qu'il ne faut rien dire, à  personne, que c'est leur secret, qu'il ne faut pas le dire à  maman, surtout, sinon il lui racontera aussi les bêtises que Jade et son frère font parfois le soir, et que lui ne punit pas, et il s'en va, cette fois là .

Jade essuie ses larmes, elle a envie de vomir mais n'ose pas sortir de sa chambre. Elle est affolée, mais ne sait pas du tout quoi faire, et elle a peur, pas tant des menaces de dénonciation à  sa mère, mais de l'homme lui-même, il avait un regard très dur, tout à  l'heure, un regard méchant, elle sent bien que ça ira très mal si elle parle...

Elle reste longtemps allongée dans son lit, dans le noir, et puis finit par se relever sans faire de bruit, allume sa petite lampe de chevet rose, et va chercher son Journal, dans lequel elle écrit ce qui s'est passé tout à  l'heure, qu'elle intitule "Se soir il ma fé sa".

A partir de ce soir là , beaucoup de choses changent, pendant les quatre mois où Paul habitera encore chez eux.

Paul vient maintenant la voir tous les soir où maman pars travailler, tous. Il ne met plus de bandeau, et il ne fait plus semblant de jouer avec elle : il lui met son zizi dans la bouche, souvent violemment, des fois elle à  l'impression que ça cogne au fond de sa gorge, et il ne bouge plus, mais il lui empoigne la nuque, et il bouge sa tête à  elle sur son zizi, très vite et fort, il lui sert tellement la nuque que des fois ça lui fait mal le lendemain encore. Elle a souvent envie de vomir, mais elle ne peut pas parce qu'elle étouffe à  moitié -deux fois elle a vomi quand-même, une fois c'était parce qu'il y avait eu un liquide vraiment mauvais au fond de sa gorge.

En plus maintenant souvent il lui prend une main, il la pose sur son zizi, et il lui ordonne de bouger sa main très vite. La plupart du temps elle ferme les yeux, elle ne voit pas vraiment comment il est, mais une chose se grave dans sa mémoire, ce sont des gémissements, elle l'entend gémir pendant ce temps là .

Une fois, il s'est allongé, son sexe sorti, il l'a posée au dessus de lui, et il a essayé de l'enfoncer sur lui -elle a eu très mal, elle a crié, il s'est arrêté et elle a eu très peur, parce que sa pépette saignait -il n'a rien dit, il est seulement parti, et Jade a dormi cette nuit-là  avec la main posée sur le sexe, pour arrêter le sang et ne pas tâcher ses draps.

Elle est terriblement malheureuse, maintenant, et ne vit que dans la terreur de l'arrivée du soir, les nuits où sa mère travaille. Pourtant, elle ne dit rien, à  personne, et surtout pas à  ses parents. Elle sait que ce n'est pas normal, elle sait que c'est sale, mais elle se dit que sa mère, qui a déjà  été si malheureuse quand son père est parti, le serait encore plus si elle lui disait, pour Paul. Elle a peur de lui, d'ailleurs, il faudrait encore qu'elle ose. Et puis Ilan est très malade, on vient de l'apprendre, maman est beaucoup avec lui, à  le dorloter, Jade aussi d'ailleurs, c'est normal, elle voit bien que sa mère a peur pour lui, elle ne veut pas l'accabler encore plus. Et puis elle a peur aussi qu'on ne la croie pas, c'est tellement... Anormal.

Elle se sent dégoutante, d'ailleurs, en blaguant à  l'école, ses amis s'insultent souvent avec des mots sexuels, ou font semblant de faire des trucs cochons avec les filles, elle sait que ce que Paul lui fait n'est pas pour rire, que c'est un truc de grands, que c'est sale, mais que du coup maman ne la croirait sûrement pas...

Et elle n'ose pas plus en parler à  papa, parce qu'elle ne veut pas gâcher les rares moments où il se retrouvent, et parce que son père est assez colérique, c'est même pour ça que maman et lui sont séparés : elle pense que lui la croirait peut-être, c'est un homme il doit savoir ce que c'est, mais qu'il irait sûrement taper Paul, et ça ferait encore un drame avec maman...

Alors elle se tait, elle apprend doucement qu'on peut se faire pipi dessus rien que par peur, en pensant à  ce qui va se passer dans une heure, et elle fait ces soirs-là  ce que Paul lui demande de faire, elle a de moins en moins envie de vomir, maintenant, elle veut juste qu'il ait fini vite, et de se retrouver seule.

Lydie, du haut de ses huit ans, trouve que depuis quelques temps, sa copine Jade a changé.

Elle rigole moins souvent, des fois quand tous les copains sont là  elle s'isole, à  part, sans rien dire, et d'autres fois elle la voit seule, à  la récré ou même dans son jardin, et elle voit bien qu'elle pleure, que ça ne va pas. Elle l'a questionné, c'est sa meilleure amie, elle sent bien qu'il y a quelque chose, mais Jade ne lui dit rien, elle se force à  sourire, ça se voit.

Un soir, Jade a la permission de dormir avec sa copine chez elle, dans la maison d'à  côté. Les deux amis jouent comme d'habitude, la mère de Lydie doit même les gronder parce qu'elles font les fofolles, et comme à  chaque fois les filles la tannent pour dormir ensemble, dans la chambre de Lydie, ce qu'elle leur accorde en souriant.

Dans la nuit, Lydie est réveillée par des hoquets de pleurs de sa copine, et elle la prend dans ses bras, et la questionne à  nouveau, dans le noir, tendrement. Et Jade, qui tremble encore, explose en larmes, et lui dit juste :" Paul il met son zizi dans ma bouche" ... Lydie est sciée, ça ne veut rien dire, c'est dégueulasse -mais elle n'a pas un instant l'idée de ne pas croire son amie, dont les larmes ne cessent de couler, plus fort qu'elle n'a jamais vu quelqu'un pleurer. Jade lui fait jurer de ne rien dire à  personne, et elles finissent par s'endormir dans les bras l'une de l'autre.

Le lendemain matin, elle attend seulement que Jade soit repartie chez elle, puis prend une décision qui va changer la vie de sa copine, même si elle ne le mesure pas : elle raconte tout à  sa mère : "Tu sais, maman, je trouvais que Jade, elle était souvent triste en ce moment. Eh ben, cette nuit..."

Cette femme est horrifiée, mais elle connaît suffisamment Jade pour savoir qu'elle n'est pas le genre de petite fille à  raconter n'importe quoi, et plus que suffisamment sa fille, qui lui a dit sur un ton grave ce que Jade lui avait dit, en lui expliquant à  quel point sa copine était bouleversée : huit ans ou pas, elle ne conçoit pas que ça ne soit pas vrai -en y réfléchissant, justement parce qu'elles ont huit ans, bon sang...

Nos sommes début 2001, on en parle, de ces dégueulasseries, à  la télé, ça existe...

Elle se rend immédiatement chez sa voisine, la réveille -elle sait qu'à  cette heure-ci, son copain est parti au boulot- et lui raconte tout.

Jasmine l'écoute, la regarde, et son univers s'effondre à  la seconde même. Elle veut quand-même vérifier, même si confusément elle sait déjà  que c'est vrai : paniquée et en pleurs, elle appelle Jade, et la questionne le plus doucement possible, à  genoux devant elle, ses deux mains posées sur les épaules de l'enfant.  La fillette n'émet pas un son, mais fond en larme, silencieusement, ses grands yeux bleus plantés avec toute la détresse du monde dans ceux de Jasmine. Celle-ci sent soudain un liquide chaud lui mouiller les genoux : sa fille vient de se faire pipi dessus, debout, ce qui la fait pleurer encore un peu plus. Jasmine prend Jade dans ses bras et la serre à  l'étouffer, Jade ferme les yeux et se cache dans le cou de sa mère, et elles restent là , longtemps...

Quand Paul rentre ce soir là , les yeux de Jasmine son enfin secs. Elle a appelé son frère aîné, qui est avec elle dans le salon, devant toutes les affaires de Paul, empaquetées à  la va-vite. Jasmine ne lui dit qu'une phrase : "Jade a tout raconté". Son frère explique à  Paul qu'il ne veut rien entendre, pas un mot, qu'il est seulement là  pour que les choses se passent correctement, et que Paul part, maintenant, définitivement. Paul les regarde, ne dit rien, ramasse ses sacs et s'en va.

Cachée dans la cuisine, Jade se dit seulement : "C'est fini", elle notera cette phrase telle quelle dans son journal tout à  l'heure. Elle commence aussi à  s'en vouloir de ne pas avoir parlé plus tôt, mais pour l'instant c'est la joie, le soulagement absolu, qui dominent.

Jasmine commet une erreur, dans les jours suivants, même si elle a réglé le problème immédiat -le cœur malgré tout bien noir, car elle en était amoureuse, de Paul, c'est vrai, et qu'elle se retrouve profondément trahie, et oscille entre l'incompréhension et la haine...  Et aussi, même si elle ne le voit pas encore clairement venir, la culpabilité -elle a abandonné sa fille et l'a laissée aux mains de cet homme là ...

En tout cas, aidée il est vrai par un conseil de famille qui s'est tenu le jour-même, une de ces familles où on ne parle pas de ces choses-là , elle décide de ne pas porter plainte. Paul ne peut plus faire de mal à  Jade, et elle, sa petite fille, n'a que neuf ans, il faudrait l'amener chez les flics, tout raconter en détails -elle-même ne les connaît pas, les détails, Jade a refusé de se livrer. plus avant, ça ne facilite rien parce qu'elle ne sait pas ni combien de fois, ni comment, ni si des actes plus ou moins graves que ceux-là , cette saloperie, ont été commis...

Inconsciemment, lui pèse aussi le fait qu'il faudrait aussi expliquer pourquoi elle n'a rien vu, pourquoi par exemple elle n'a pas tiqué sur la petite rougeur qu'elle avait remarqué deux semaines plus tôt sur le sexe de sa fille -si c'est lié, parce qu'elle n'en sait rien...

Et il faudrait aussi mettre le père de Jade au courant, cet homme qu'elle a aimé, qui adore sa fille, mais dont elle connaît, justement, les réactions extrêmes...

Non, il n'y aura pas de plainte -on va maintenant se soigner, et tâcher de guérir, la vie va continuer, et on mènera de front ce combat et celui pour la santé d'Ilan.

En classe, Lydie, qui n'était pas rassurée d'avoir trahi sa meilleure amie, reçoit un petit mot plié en quatre, un seul : "Merci !". Elle relève la tête et voit Jade qui la regarde de sa table, un grand sourire aux lèvres. Elle lui sourit à  son tour, heureuse.

En 2003, Ilan est définitivement guéri de la maladie horrible qui faisait craindre pour ses jambes. Jade prend la décision de jeter son journal intime, les moments de peur obscure et de dégout sont loin... Même si, depuis eux, Jade est devenue spasmophile, dès que quelque chose la panique, elle fait une crise, qui parfois la tétanise au sol et nécessite son hospitalisation.

Même s'il y a les cauchemars, toujours exactement les deux mêmes : sa mère se remet avec Paul, et il lui dit "Bonjour Jade" avec un sourire étrange, qui la terrorise littéralement... Ou bien elle est dans sa chambre, toute nue, et il rentre, nu aussi, avec un sexe énorme, et elle se réveille affolée, avec ce goût, toujours, dans la bouche...

Même si elle n'a pas d'amoureux, et a décidé, du haut de ses onze ans, qu'elle n'en aurait jamais.

Jasmine, au fil des mois, a de plus en plus conscience du fait que les choses ne sont pas simples pour Jade, qu'elle a des séquelles, qu'il ne suffit pas de claquer des doigts pour qu'elle redevienne la petite fille qu'elle avait cessé si brutalement d'être... Elles en reparlent, parfois, mais Jade ne lui livre rien de plus, elle ne veut pas, et sa mère respecte ça, prenant bien garde de ne pas encore alourdir les choses...

En 2005, Jade fête ses treize ans à  la maison, avec notamment Lydie, qui si faire se peut est encore plus sa meilleure copine qu'avant. Le téléphone sonne, Jasmine est dans la cuisine a démouler les gâteaux que les petites vont massacrer joyeusement, Jade décroche -et un voile rouge sang lui voile les yeux, avec une brutalité inouaie, quand elle reconnaît la voix : "Salut, Jade, c'est Paul. Ta mère est là  ?" Elle lâche le combiné, en proie à  une terreur absolue, elle étouffe, et elle perd connaissance.

Losqu'elle rouvre les yeux, un peu plus tard, sa mère est penchée sur elle, une main sur son front, les yeux tout mouillé. Elle n'a pas le temps de se souvenir de ce qu'elle fait là , d'entendre à  nouveau la voix de Paul, sa mère la coupe, lui dit qu'elle a eu tort, lui demande pardon, et lui demande surtout si elle se sent suffisamment remise pour venir avec elle au commissariat, maintenant, déposer plainte; elle ne dit rien mais acquiesce d'un mouvement de tête...

Elles se rendent à  pieds au commissariat, expliquent pourquoi elles viennent, et sont immédiatement reçues par un officier, qui va immédiatement les entendre successivement toutes les deux, Jade d'abord.

Et si devant sa mère elle était incapable de dire réellement les choses, elle lui dit tout, à  lui, par le menu. Oh, ça n'est pas facile, elle pleure beaucoup, il lui faut poser de nombreuses questions; mais il sait le faire, il a une grande habitude, malheureusement, et une grande compassion, aussi -et il voit très vite à  quelle point la gamine est en souffrance...

Jade termine sa longue déposition ainsi : "Je ne voulais pas y penser, avant. Mais maintenant, je voudrais qu'il meure, ou bien que les policiers le tuent". Le policier sourit, pas parce que l'idée est bonne, il en a tant entendu, mais parce qu'il la trouve certes très marquée et fragile, mais aussi très combative, il pense que c'est une réaction positive, il pense qu'il y a de l'espoir pour cette gamine adorable.

Ce soir-là , et dans les jours qui suivent, il entendra Jasmine à  trois reprises, notamment sur les raisons de son inaction, il voudra les comprendre, sans la juger; et puis aussi Lydie et sa mère, bien-sûr.

On va aussi entendre l'institutrice de Jade, qui confirmera qu'elle lui avait dit, une fois, que son "beau-père" était "malsain", mais sans rien dénoncer -elle avait convoqué la maman, mais avait alors appris que de beau-père, il n'y avait plus, et n'avait donc pas donné suite...

Jade sera "expertisée" par une psychologue, qui lui posera à  son tour beaucoup de questions, mais la vanne a été ouverte par le policier, et elle répondra à  toutes, et ses dires seront jugés crédibles, et sa souffrance intense, voire alarmante, encore, quatre années après la fin des actes subis : elle recommandera vivement un suivi psychologique, que Jade effectivement débutera à  partir de cette date, et dont elle bénéficie encore aujourd'hui.

Finalement, estimant disposer à  ce stade de suffisamment d'éléments, il voudra entendre Paul.

Seulement, ce que ni lui ni Jade ne savent, c'est que lorsqu'il a appelé, après l'évanouissement de la fillette, Jasmine a repris le combiné du téléphone, lui a demandé, non, hurlé, "qu'est-ce que tu veux ?", et ne lui a pas laissé le temps de répondre, criant que ça suffisait, qu'elle aurait du "le" faire avant, mais que cette fois elle allait la déposer, la putain de plainte, avant de raccrocher, folle de rage, pour s'occuper de sa fille.

Paul a pris peur, et il s'est enfui. Les policiers n'arrivent pas à  le convoquer, ni à  le localiser, sa famille ignore où il est parti, indiquant seulement qu'il a fui précipitamment...

Dans ces conditions particulièrement, mais elle l'aurait été de toute façon, une instruction judiciaire va rapidement être ouverte à  la demande du Parquet de Lille du chef de viols aggravés, le dossier étant confié à  une jeune juge qui va d'abord s'employer à  tenter de retrouver Paul.

Elle lance un mandat d'arrêt, fait entendre toute la famille de celui-ci, à  la fois d'ailleurs sur sa fuite et les endroits où il pourrait se trouver, et sur la personnalité de cet homme, étayant ainsi un peu le dossier du même coup.

Ses frères, ses soeurs, ses parents, ses meilleurs amis, son ex-femme : tous, c'est plutôt rare, en dressent un portrait accablant, tous ayant au moins une fois été trahis par lui, les termes de "menteur", "trouillard", "manipulateur", revenant sans cesse dans leur bouche, tandis qu'on découvre au fil des témoignages qu'à  tous, il a laissé des souvenirs liés à  des histoires sexuelles, son ancienne femme l'accusant par exemple de l'avoir violée à  maintes reprises, lorsqu'elle ne voulait pas, un autre, de l'avoir trompé avec son épouse...

Personnalité hors normes qui fait que cet homme semble méprisé par tous ses proches, sans aucune exception.

En revanche, personne ne sait où il se trouve, et l'enquête demeure bloquée à  ce stade pendant près d'un an, pendant lequel il ne donne aucunes nouvelles à  personne, pas même à  sa mère.

Jade avance, sa mère et elle ont pris un avocat, désormais, qui les tient informées de l'évolution du dossier. Le premier entretien a été très dur, elles ne disaient pas un mot, ni l'une ni l'autre. Il en a fallu deux autres, dont un où il  a  demandé que Jade soit seule, et là , ça a été un peu mieux -Jade pense qu'il est sympa, il fait le con en rendez-vous pour la faire sourire, elle le tutoie, la confiance vient doucement. L'avocat a dit qu'il lirait d'abord le dossier, ne demanderait pas à  Jade de lui en répéter encore le contenu, et, ce qui était sa grande crainte, surtout, qu'il était d'abord et avant tout son avocat à  elle, et ne dirait rien à  sa mère ou son père, sauf si elle le souhaitait -car Jasmine et son père ne savent rien encore de ce qui s'est exactement passé.

Elle est suivie psychologiquement et pour ses crises de spasmophilie, mais elle tient malgré tout le coup, à  l'école notamment -il faut dire qu'il y a énormément d'amour entre la mère et la fille, et le père, aussi, que ce drame a rapproché de Jade... Elle trouve que c'est très long, elle voudrait un procès demain, mais il faut patienter : elle attend, en essayant d'y penser le moins souvent possible...

Paul commet cependant enfin une bêtise, là  où il est : il travaille, s'inscrit aux prestations sociales de son nouveau pays, la Belgique, et le fait sous son vrai nom... Son ancien employeur, étant questionné par les organismes sociaux belges à  propos de son ancien travail, et, ayant été interrogé par les policiers précédemment, s'en souvient, et communique à  l'officier en charge des recherches le formulaire qu'il a reçu, avec une adresse belge...

Cet élément est transmis au cabinet d'instruction, bien sûr, et, alors qu'il suffit de trois bouts de papier pour pouvoir enfin avancer, l'affaire subit un nouveau retard, du fait du remplacement de la juge par une collègue, qui doit reprendre tout son cabinet, et ce dossier n'est pas le plus urgent, les détenus d'abord...

En mai 2007, enfin, un mandat d'arrêt international, obligatoire puisque Paul a passé une frontière, est lancé, qui va permettre l'interpellation de Paul, à  la fin de l'année -il avait encore fallu le temps que la paperasse franchisse les frontières, temps pendant lequel il avait changé d'adresse, et c'est finalement presque par hasard, dans la rue, dans une ville qui doit être à  cinquante kilomètres à  peine de Lille, qu'il sera identifié et arrêté -près de deux ans après le dépôt de plainte, plus de cinq ans après l'arrêt des viols.

Il est présenté au magistrat, et, entendu une première fois, nie tout en bloc, indiquant qu'à  l'époque Jasmine l'avait juste viré de chez elle sous ce faux prétexte de s'en être pris à  sa fille, à  laquelle il n'a jamais rien fait. Il dit aussi qu'il n'a jamais pris la fuite, mais est simplement parti travailler en Belgique, sans plus. Pour des raisons qui lui appartiennent, l'ancienneté des faits supposés notamment, probablement, et malgré le risque qu'il ne disparaisse à  nouveau, il est laissé en liberté, sous contrôle judiciaire, obligation bien sûr de ne pas contacter Jade, sa mère ou leurs proches.

L'avocat informe Jade et sa maman de son arrestation, ce qu'elles savaient déjà , le policier du début les en avait averties, de ses dénégations, ce dont elles se doutaient, elles le connaissent, et de sa remise en liberté -il réside en France, dans le Nord, dans une ville voisine, maintenant : Jade a énormément de mal à  entendre cette dernière nouvelle, elle dit à  l'avocat qu'elle a encore peur de lui, et il doit beaucoup argumenter pour la rassurer, il y a le contrôle judiciaire, elle le prévient lui si elle voit seulement Paul dans la rue, il ne peut plus rien lui faire...

Mais il hante encore ses cauchemars de toute jeune adolescente, lorsqu'elle en fait, notamment avant les rendez-vous avec l'avocat, forcément; et ça, personne n'y peut rien.

Une troisième magistrate est nommée à  la tête du cabinet d'instruction e charge de l'affaire, une de ces juges qui a la réputation, non usurpée, d'être opiniâtre, mais qui évidemment doit elle aussi à  nouveau reprendre tout un cabinet, et Paul est libre, l'affaire n'est pas prioritaire...

Lorsqu'elle l'aborde, en avril 2008, elle s'aperçoit que le dossier est déjà  fourni, et qu'il ne reste pas tant d'actes à  accomplir que ça pour que la décision finale, renvoi pour jugement ou non-lieu faute de charges, puisse être prise : elle convoque Jade et l'entend à  nouveau, longuement, constatant ses difficultés, mais aussi la constance de ses propos -et ce sera l'une des seules fois où l'avocat, comme il sera acté dans le procès-verbal, tiendra la main pendant trois heures de l'un de ses clients...

Elle interroge Paul à  trois reprises, lui soumettant les déclarations, les éléments à  charge, et rien n'y faisant, l'homme continuant à  tout nier en bloc, sans donner d'explications aux accusations portées contre lui, mais comment le pourrait-il, dans tous les cas...

De nouvelles expertises, psychiatrique et psychologiques, sont ordonnées et réalisées, confirmant d'une part le traumatisme profond de Jade, d'autre part les traits de personnalité de Paul décrits par sa famille.

Et, parce qu'il nie, parce que c'est un droit qu'il a d'être mis en face de son accusatrice, parce qu'il le faut, une confrontation est organisée entre Jade et l'homme qui lui mettait son sexe dans la bouche quand elle était petite.

Ils s'y sont préparés, avec son avocat, mais quand elle le retrouve le jour de cet acte, il est effrayé : elle est livide, cernée, elle tremble... Il fait ce qu'il peut, puis finalement renonce, parce qu'il a réellement peur pour elle : il installe Jade dans le couloir, loin de son agresseur qui discute avec son avocat devant le cabinet d'instruction, et lui dit qu'il va dire à  la juge que Jade ne peut pas, qu'il faut annuler la confrontation, tant pis pour le dossier, on s'en fout du dossier, elle n'est vraiment pas bien.

Il est en train de l'expliquer à  la juge quand Jade frappe à  la porte du cabinet, l'ouvre, s'avance comme une zombie et dit qu'elle est prête, qu'elle veut cette confrontation.

Jade a seize ans, elle est terrorisée, et elle souffre : mais elle a séché ses larmes, et, toute seule, elle s'est levée, elle a parcouru le couloir en marchant vers son violeur, qu'elle n'a pas revu depuis 2001, elle est passée devant lui, et elle vient demander à  lui être confrontée...

L'avocat est bluffé, il se dit qu'il y a dans n'importe qui des forces terribles, énormes. Il adresse un petit sourire plein de respect à  la jeune-fille, et ils s'assoient, attendant que Paul rentre.

Ça a été terriblement dur, pour tout le monde, et chacun à  au moins un moment a dû faire un effort pour ne pas pleurer, professionnels inclus, et peut-être bien Paul lui-même, qui, devant les déclarations et l'état évident de Jade, n'a en tout cas pas pu nier qu'elle allait mal, très mal... Mais elle l'a fait. Elle a redit ses accusations, devant lui, elle a dit à  quel point il avait ruiné sa vie, celle de sa mère. Il n'a pas fondu en larmes en demandant pardon, non, il a continué à  nier, maladroitement, comme il a pu. Mais elle l'a fait, et à  la fin, à  la question rituelle de la juge, "Je n'ai plus de questions. S'il n'y en a pas des avocats, avez-vous quelque chose à  ajouter ?", Paul a dit : "Non, sauf que je suis innocent", et Jade a dit "Tu mens, mais c'est parce que tu as peur", et la confrontation s'est achevée là  dessus.

A la sortie, Jade ne tremblait plus, et a dit à  son avocat qu'elle se sentait mieux, que ça lui avait fait du bien. Lui, il lui a fait une bise avant d'appeler sa mère, et il lui a dit qu'elle était une sacrée fille.

Le dossier était maintenant complet. Comme il arrive parfois, souvent même, la magistrate, qui estimait avoir suffisamment de charge pour faire juger Paul, questionnait l'avocat des parties civiles sur la possibilité de correctionnaliser le dossier, c'est à  dire de faire semblant artificiellement et uniquement au plan du droit, bien sûr, les actes dénoncés restant les mêmes au dossier, d'oublier qu'il s'agissait de viols, et de ne plus parler juridiquement que d'agressions sexuelles -un délit plutôt qu'un crime, le tribunal correctionnel à  la place des Assises, on propose ça pour tout un tas de raisons, la première et la plus fréquente étant le souci de désencombrer la cour d'assises, surchargée, un dossier avec un accusé libre mettant souvent trois ans à  se trouver audiencé, alors qu'ici tout avait déjà  été très long...

D'un autre côté, les peines encourues étaient moindres (dix ans tout de même ceci étant), et, surtout, l'audience ne serait strictement pas la même, deux ou trois heures en correctionnelle, deux jours aux assises, on ne s'exprimerait nécessairement pas aussi totalement -d'un autre côté encore, moins de solennité, moins de lourdeur, pas de jurés étrangers devant qui expliquer encore ce qu'on avait subi...

L'avocat était contre, mais expliquait tout ceci, et encore bien d'autres considérations dans les deux sens, à  Jade, lors d'un ultime rendez-vous, duquel il ressortait surtout qu'elle était désormais terriblement pressée d'en finir : on optait donc pour la correctionnalisation, qui avait effectivement lieu, l'ordonnance de renvoi, reçue à  la toute fin de l'année 2008, renvoyant Paul devant le tribunal correctionnel pour des faits d'agressions sexuelles aggravées par personne ayant autorité sur mineur de moins de quinze ans.

Restait encore à  attendre qu'une place se libère dans l'audiencement des affaires devant la chambre spécialisée dans ce type d'infractions. Une première date était fixée, mi-2009, et Jade devait être hospitalisée la semaine précédent l'audience. La veille de celle-ci, son avocat apprenait que l'avocat de Paul était en congés, et demandait en conséquence le report de l'affaire, ce à  quoi il était difficile de s'opposer, puisqu'il n'était pas là  -c'est le genre de chose qu'on accepte confraternellement, chez les avocats, même si là  c'était plus dur, elle le voulait tellement, ce procès...

L'affaire était reportée, et était finalement évoquée il y a quelques jours, enfin -huit ans après les faits.

Jade est une ravissante presque-femme de dix-sept ans, elle a planté son Bac, mais de peu, elle y vient avec sa mère, bien sûr, mais aussi avec son père -ils sont tous trois très courageux, elle, évidemment, mais eux aussi, parce que maintenant, on en a longuement discuté avec Jade, si elle voulait leur présence, ils entendraient nécessairement les faits, tels qu'ils seraient détaillés par la Présidente à  l'audience : elle a maintenu son souhait d'être là  avec eux, je crois qu'elle en "profitait" délibérément pour qu'enfin, ils sachent tout.

Le père, en entendant le détail des actes subis, a dû quitter précipitamment la salle -mais il y est revenu ensuite, encadrer sa fille avec Jasmine -je crois que ses parents la respectent encore un peu plus, s'il est possible, maintenant qu'ils savent.

J'avais dit à  Jade ce que je dis toujours : que ce que je pensais important, et même vital, pour elle, ce n'était ni la peine, ni les dénégations de Paul, ni même son éventuelle relaxe, tout ça ne lui appartenait pas; mais qu'en revanche, je voulais, absolument, qu'elle vide son sac, qu'elle dise ce qu'elle voulait dire, sans retenue ni pudeur ni rien d'autre que sa sincérité, et qu'elle réfléchisse à  ce qu'elle voulait que lui entende, et c'est tout -qu'elle laisse le plus possible tout ce tas de merde dans la salle, et en sorte lavée en tout cas dans sa tête, autant que faire se pourrait, voilà  ce qui m'importait et ce qui devait lui importer.

Elle a tenu le coup, et comment ! Sans surprise, l'instruction du dossier par la Présidente a pourtant ravivé tous les souvenirs affreux, mais, Paul niant, elle se devait d'être détaillée; l'audience a été longue, et Jade a dû entendre à  nouveau ces dénégations, à  nouveau entendre qu'elle était une menteuse, que sa mère l'avait instrumentalisée, que tout les mauvais témoignages du dossier venaient de menteurs, que Lydie s'était mise d'accord avec elle, à  huit ans, elles était si amies, pour l'accuser...

Mais Jade était prête, et, alors qu'on s'était dit par avance que si elle ne s'en sentait pas le courage, il n'y avait pas de problème, je refuserais qu'elle témoigne, lorsque la Présidente lui a demandé de venir à  la barre, je me suis levé pour aller couper la route des regards entre Paul, assis un peu en retrait à  ce moment-là , et elle, comme elle me l'avait demandé, j'ai baissé le micro à  sa taille, et elle y est venue, à  cette barre qu'elle avait tant attendue, et elle a parlé, non pas des faits en eux-mêmes, c'était déjà  tellement acquis que ça n'était plus nécessaire, mais d'elle, de ses peurs, de son ressentiment, elle a dit je crois ce qu'elle voulait absolument qu'il entende, haute comme trois pommes, avec sa petite voix entrecoupée de larmes, elle le lui a dit, et elle le lui a montré, en s'accrochant au béton de la barre comme une noyée à  son radeau, en décrivant ses cauchemars, en lui disant qu'elle pourrait peut-être un jour avoir un ami, accepter une relation, mais pas encore maintenant... En lui mettant sous les yeux et dans les oreilles, une bonne fois pour toute, le mal qu'il lui avait causé.

Avez-vous déjà  contemplé une plage après une tempête, quand le soleil revient dessus, le sable mouillé mais lisse, les couleurs, les nuages dans le ciel redevenu bleu et le reflet de ce bleu dans les flaques et la mer, et cette impression que la mer est lavée, que les vagues refluent, désormais ?

Nous nous sommes rassis à  notre place, je lui ai murmuré "bravo", et Jade m'a regardé, épuisée, mais avec un petit sourire timide, et son visage était cette plage.

C'était fondamental pour elle, évidemment, même si moins important que cette "sortie d'elle-même", mais Paul, tard dans la soirée, a été reconnu coupable des faits dénoncés, et condamné à  une peine de prison ferme importante, mais peu importe ici, ce n'est pas ce que je voulais vous raconter, cette fois.

Je voulais seulement vous raconter l'histoire du naufrage de Jade, et comment elle a survécu.

Et lui dire, puisque je sais qu'elle me lit, et que cette histoire, c'est elle-même qui me l'a demandée, que je lui souhaite, à  nouveau, une très belle vie, qu'il y a des ressources en elle qui m'ont estomaqué, que j'ai été fier et heureux de parcourir ces quatre années à  ses côtés, de même parfois lui tenir la main...

A quel point je l'admire et la respecte.

Et qu'elle sera, à  l'évidence, puisqu'elle l'est déjà , en tous points, une femme magnifique.

Tu le rencontreras, ton bonhomme, Jade, tu as tout le temps, maintenant, et je pense même qu'ils se bousculeront, mais je crois aussi que son regard à  lui, tu ne le rateras pas... Et tu feras des enfants avec lui, comme je sais que tu le souhaites déjà , et tu les protègeras à  ton tour, avec Jasmine...

Bonne vie !

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  1. 140 réactions

    Elle a été écoutée, et surtout entendue par tous ses proches ; et ensuite par les intervenants du système judiciaire. C'est ce qui lui a permis de trouver le salut. Je crois que la correctionnalisation était un bon choix, ce n'est pas le quantum de la peine qui compte.

    1. 3579 réactions

      Non, c'est vrai, et l'un des boulots de l'avocat est de le rabâcher aux parties civiles, à  mon sens -la peine appartient à  la société, exclusivement, ce qui tombe bien, puisque c'est l'un de ses représentants qui requiert la correctionnalisation, et un autre qui propose un quantum...

  2. 4 réactions

    Oui bonne vie à  cette jeune fille qui a tant souffert et su faire preuve de tant de courage, elle le mérite bien.

  3. 4 réactions

    Bonjour Maitre Mô

    Je ne mets jamais de commentaires sur les blogs que je parcours régulièrement..; Aliocha, Eolas, Zythom et tant d'autres... Mais là  je voulais vous dire simplement que vous m'avez fait pleurer... Merci de votre humanité, de nous faire voir que oui il y a de belles gens, qui y "croient" et qui se battent pour faire vivre cette conviction. Tous vos messages en témoignent, et vos commentateurs aussi... Merci encore.

    1. 3579 réactions

      Merci à  vous -en fait, je suis méchant, j'adore faire pleurer... :D

      1. 4 réactions

        Alors... Merci d'être "méchant" comme vous l'êtes :D Et je n'oublierai jamais Jade, vous pouvez en être certain... Que son "présent" et son futur soient remplis de bonnes et belles choses :D

  4. 1214 réactions

    Merci pour ce récit intense Maitre...

    Je ne peux en dire plus pour l'instant..

  5. 516 réactions

    Bravo à  cette demoiselle pour son courage, à  tous ceux qui ont su l'entourer, et à  Maître Mô qui l'a défendue et a retranscrit sa difficile histoire.

    Une question malgré tout s'impose à  moi suite à  cette lecture : si un "Paul" (j'aime beaucoup ce prénom, en plus) s'approche de ma fille, saurai-je me retenir de l'étriper de mes propres mains et de finir, moi, aux Assises ?

    1. 3579 réactions

      Oph, vous mettez l'accent sur un truc étrange que procure, entre autres avantages, la justice telle qu'elle se pratique actuellement : ils sont innombrables, moi le premier d'ailleurs, ceux qui pensent qu'ils seraient incapables de ne pas étrangler le type, s'il s'en était pris à  l'un des leurs...

      Et pourtant, ce sont des mots qu'on entend très souvent au début des affaires, mais qui ne sont que très rarement suivis d'actes, en fait, et je crois que c'est l'une des vertus et de l'instruction, et du procès, et du temps qu'on prend -quand il est raisonnable évidemment- pour l'une comme pour l'autre -d'où entre autres ma conviction que vouloir hâter et bâcler les procès criminels constitue une lourde erreur.

      Il se passe quelque chose qui ressemble à  ça : vous ne l'étrangleriez plus forcément, parce que vous seriez en charge des soins de votre enfant, et que son étranglement serait transféré à  d'autres personnes, légalement; ça paraît faible, mais ça fonctionne, je crois.

  6. 419 réactions

    Bravo, surtout pour l'accompagnement... C'est tellement important, primordial, d'être entouré par des gens qui ne sombrent pas dans la haine pour le coupable. Jade s'est sentie écoutée dans sa douleur, ses peurs... la plupart du temps, c'est tellement difficile a entendre que les gens préfèrent se focaliser sur le coupable et ainsi oublient la victime qui se retrouve seule, encore plus apeurée, sans force.
    Bravo, longue et douce vie à  Jade et... aux nombreuses autres.

  7. 1101 réactions

    J'ai un peu honte de poser une question aussi prosaïque après un récit pareil, question qui n'a rien à  voir avec le parcours de Jade à  qui l'on ne peut que souhaiter de vivre la plus belle vie qui soit, mais je la pose quand même : le TGI de Lille comprend une chambre pénale spécialisée dans le jugement des affaires "de moeurs" ?

    1. 3579 réactions

      De mœurs et de violences à  enfant, pour être exact, oui, tout à  fait -sauf que ça déborde tellement que certaines, jugées moins graves, sont tout de même audiencées avec les affaires de droit commun.

      Il y a deux Cour d'Assises qui "tournent" à  plein temps, plus cette Chambre, la 5éme (sur 9), en correctionnelle, à  Lille. Le fait qu'il s'agisse d'une spécialisation possède ses partisans, et ses détracteurs, d'ailleurs : juges spécialistes, donc habitués / donc usés, vous voyez le débat...

      C'est en tout cas une présidence lourde, j'ai connu à  ces fonctions une petite douzaine de magistrates (toutes des femmes, c'est sans doute un hasard...) en dix-huit ans, certaines ont tenu, mais d'autres moins, tous les dossiers sont soit des viols correctionnalisés, soit des faits délictuels lourds...

      1. 1101 réactions

        Aàe. Je pencherais pour l'usure, malheureusement.

        1. 3579 réactions

          Pas toujours, j'en suis le contre-exemple parfait ! :D

          Et à  dire le vrai, j'en ai connu aussi dont l'évolution était, à  mes yeux, positive : plus de nuance, moins de préjugés, une humanisation évidente...

          La plongée répétée dans ces drames, je suis certain que vous le savez déjà , peut aussi faire ça -à  condition de savoir remonter à  chaque fois, évidemment, c'est tout le problème...

          Tiens, la présidente actuelle fait quelque chose de très bien (j'espère qu'elle ne me lit pas, elle va croire que je veux des bons résultats tout le temps, ce qui est vrai, mais légalement seulement, je vous assure !) : au prononcé de la décision, elle motive verbalement celle-ci, à  la fois sur le fond (coupable parce que telles preuves) et sur le choix de la peine (du ferme parce que vous niez, et que vous n'avez montré aucune prise de conscience, donc aucun soin ni suivi envisageable...) : je trouve que c'est vraiment une bonne chose, pour toutes les parties.

          1. 1101 réactions

            Oui, cette pratique-là , surtout dans ce genre de contentieux, me paraît excellente.
            Et heureusement, tous les collègues et les avocats ne se lassent pas forcément des contentieux répétitifs (eh, moi aussi, je suis le contre-exemple parfait ! Bon, en matière de CEA d'accord, mais quand même ! :D ).
            Et je suppose que ça a au moins l'avantage d'uniformiser la jurisprudence locale en termes de répression.

            Mais je ne sais pas ... j'aurais peur d'être moins réactive, moins sensible aux affaires si on m'affectait à  un service pareil. Ce qui, vu la taille et les effectifs de ma juridiction, ne risque cependant pas d'arriver !

  8. 14 réactions

    Commentaire parfaitement inutile, mais bravo...

    1. 3579 réactions

      Pas du tout, Jade nous lit, elle vient de me le confirmer -et je suis en charge de vous remercier tous de sa part, donc merci !

      1. 1242 réactions

        Alors, si tu nous lis, bravo Jade.

        Que de courage !

      2. 51 réactions

        Oui, bravo. Ainsi qu'à  vos parents.
        Je vous souhaite tout le meilleur pour la suite, et j'espère dès à  présent.

      3. 419 réactions

        bravo Jade, l'avenir vous appartient :lol:

      4. 1 réactions

        Un énorme bravo à  Jade qui a su relever la tête malgré ces horribles événements.
        Ton histoire fait froid dans le dos mais au final, quand on voit jusqu'où tu es allé, ce que tu as subi, et bah ça fait chaud au coeur.

        Encore bravo :)

  9. 17 réactions

    Bon .... et bien maintenant je vais éteindre l'ordinateur, aller m'occuper de ma fille de 6 ans, l'emmener au judo, bref reprendre ma petite vie .... avec dans la tête (et pour longtemps) l'histoire de Jade, qui est aussi l'histoire de tant de petites filles (et petits garçons), elle restera dans un petit coin de ma tête cette Jade que je ne connais pas mais que j'imagine si facilement être la mienne de fille.
    Que dire de plus ??

    1. 3579 réactions

      Que c'est pas sot, le judo... :D

      L'histoire de Jade nous fait obligatoirement penser à  nos gamines à  nous, et à  une chose en particulier en ce qui me concerne, Mômette étant encore un puceron de onze mois : trouver, en tout cas, les moyens, au fur et à  mesure, qu'elle sache que je lui fais confiance, et qu'elle n'ait jamais peur de me parler -vaste programme...

      1. 17 réactions

        Oui, et j'aimerais qu'elle sache (que nous sachions tous) que ce Paul bénéficiera en captivité des soins et de l'aide dont il a besoin pour ne pas récidiver à  sa sortie .... mais ça, au vu de l'actualité récente, c'est rêverie et compagnie !

        A voir comme vous savez écouter vos "clients", je pense que vous saurez écouter vos enfants :D

        Petite question naïve en aparté et en toute innocence : Que peut ressentir un avocat qui est amené à  défendre la victime d'un viol un jour et un violeur le lendemain ??

        1. 1 réactions

          Bonjour,

          je suis curieuse d'avoir la réponse à  la question de La Sasson : comment peut-on encore défendre un agresseur sexuel après avoir accompagné de manière si empathique une victime ?
          Merci d'avance pour la réponse.

          1. 3579 réactions

            J'ai un peu répondu dans un long commentaire, nettement plus loin, mais en gros : avec la même empathie (différente, mais je parle de la proximité), et parce que dans les deux cas, avant d'être une victime ou un auteur, ce sont des gens, des Hommes.

            L'un est seulement plus difficile à  aimer, et aider, que l'autre, évidemment -mais c'est entre autres pour cela qu'il a besoin d'un avocat...

            N'allez surtout pas croire que, dans l'immense majorité des cas, les agresseurs soient autre chose qu'une boule de malheur, eux aussi, et qu'au fond d'eux-mêmes ils se réjouissent d'avoir blessé un gosse -quand ils l'ont fait; je ne compte plus les types ravagés, démolis, qui sont un jour passés à  l'acte sans bien comprendre pourquoi, et en cessant de considérer les enfants comme des innocents, ce qui fait d'eux les sous-hommes qu'ils pensent être, et que tous, médias, prisonniers, juges, leur disent être...

            Je pourrais disserter toute la matinée sur ce sujet, d'autant qu'il se trouve que je crois que défendre un violeur sordide et analphabète est une des grandes noblesses de ma profession, même si c'est aussi une des plus grandes difficultés -contribuer, par exemple, à  permettre à  un homme qui a fait ça de revenir chez ses frères humains...

            En limitant mon propos au cas des coupables, tout ceci, évidemment, je dirais que j'aime les victimes parce qu'elles étaient innocentes et ont une telle souffrance que toutes les aides sont nécessaires, la nôtre servant aussi à  simplifier le monde judiciaire d'où viendra, à  terme, une forme d'apaisement; mais que j'aime aussi les auteurs parce qu'ils sont coupables, justement, et des pires des crimes dans l'échelle des valeurs humaines, et qu'ils sont désormais la lie : leur besoin d'une défense humaine est énorme, nous sommes, souvent, les dernières et seules personnes qui s'attarderont sur ce qu'il y a aussi de bien en eux -car il y en a, je vous l'assure...

            Tartine06, vous devez avoir un mari, un frère, un père : pour comprendre comment on peut essayer de défendre ces gens-là , il faut tâcher d'imaginer que l'auteur, cette fois, c'est l'un d'entre eux : vous n'accepterez ni ne pardonnerez jamais le crime, mais vous aimez cet homme, ou l'avez aimé : vous savez aussi qu'il n'est pas que le crime; et vous allez donc commencer à  essayer de faire ce sans quoi il est impossible de juger, comprendre...

            L'un de mes tous premiers dossier d'assises était celui d'un père qui violait depuis des années tous ses enfants, nombreux, sans distinctions de sexes ni d'âges. Il s'est avéré que son père avait fait comme lui, le tout dans un milieu d'une pauvreté intellectuelle, sentimentale et humaine totale -quarante mots de vocabulaire, et encore, sur fond de déliquescence morale absolue. Les faits étaient d'une dureté rare, mais j'étais fier de le défendre, d'être là  pour dire qu'on ne pouvait pas le juger comme on m'aurait jugé moi à  sa place, et que, qu'on le veuille ou pas, il n'avait jamais, dans sa conscience à  lui, voulu délibérément faire du mal...

            Ici, Paul niait, on ne pouvait donc pas chercher -mais je suis certain, au vu notamment des témoignages accablants de sa propre famille, et de sa personnalité très mal construite, qu'il y avait à  trouver, sur lui...

            J'ai plusieurs billets en préparation sur le sujet, mais il y a tellement à  en dire que je repousse sans cesse : ça viendra...

            Mais tout est rarement tout noir, en tout cas.

  10. 4 réactions

    L'une des meilleurs notes de blog que j'ai lu cette année, merci, et bon courage à  la protagoniste pour la suite.

  11. 3 réactions

    Merci Maître, pour ce récit émouvant.
    Merci d'avoir accompagné Jade et de lui avoir tenu la main.

    Bravo à  toi Jade.
    Puisses-tu pardonner aux autres hommes la faute irréparable commise par Paul.
    Puisses-tu, un jour, rencontrer un ami, avec qui tu décideras peut-être de fonder une famille, d'avoir des enfants...

    Bravo aussi à  tes parents, pour leur soutien et leur amour.

    Je vous souhaite à  tous du courage, du bonheur, et surtout, surtout, beaucoup d'Amour.

  12. 3 réactions

    Soyez avertis que vous lisez l'avis d'un Mekeskidi (au sens Eolasien du terme), qu'on voudra bien corriger de ses erreurs. Qu'on veuille aussi considérer que la froideur technique du propos est ma façon maladroite d'échapper à  une submersion émotionnelle qui me tiraille, à  vous lire, maître, entre les sentiments de gâchis, d'impuissance, de sourde colère vindicative, et d'espoir. Voir éclore si courageuse rose sur tant de pierrailles hostiles me laisse pantois d'admiration.

    Mon intervention vise la correctionnalisation :

    Dans l'appréciation subjective que j'en ai, un tribunal correctionnel ne commet peut-être pas moins d'erreurs judiciaires, dans un sens ou un autre, qu'un jury d'assises, mais je crois que ce sont des erreurs plus mesurées. En correctionnel, avec des magistrats professionnels pour trancher, celui qui a commis un acte grave risque peut-être des peines moins graves mais il y perd des chances d'acquittement. Le jury populaire me semble plus capable de se laisser entrainer par ses passions ou, à  l'inverse, par ses doutes, et les décisions qu'il prend doivent le refléter... Même quand il fait preuve de mesure, cela a parfois l'air d'être pour de mauvaise raisons : nul n'est "un peu" coupable", mais le partage des avis des jurés doit bien, parfois, se traduire par un verdict intermédiaire qui reflète à  la fois le refus de risquer l'acquittement d'un "monstre" et la crainte d'accabler, peut-être, un innocent.
    Curieusement, alors que nos institutions et nos procédures nationales excluent, je crois, le principe "à  l'américaine" d'une justice qui négocie les peines, j'ai l'impression que le choix du tribunal pose les mêmes problématiques aux ministères publics des deux systèmes : choisir entre aiguiller l'affaire vers un jury, capable de prendre la décision la meilleure ou la pire, et risquer l'excès, ou la laisser traiter par des professionnels, et ne risquer que la mesure...

    Dans les systèmes, cela sonne comme un déni de confiance envers la représentation populaire (ici issue du tirage au sort), non ?

    1. 3579 réactions

      C'est, résolument, l'une des raisons, assez rarement exprimée officiellement comme bien vous l'imaginez, du choix de la correctionnalisation, dans certains dossiers ressentis "à  risque" par le parquet ou le juge d'instruction, c'est vrai.

      Ainsi, dans le cas de Jade, et j'ignore sincèrement si ça a pesé ou pas (l'avocat de Paul me lit peut-être, je l'invite à  donner son point de vue), il y avait dans ses déclarations la relation d'une pénétration vaginale, qui lui avait fait mal, au point qu'elle en avait saigné. Or, je vous ai épargné ce détail dans le récit, mais l'examen gynéco, s'il admettait une certaine compliance de l'hymen, constatait qu'elle n'avait pas été déflorée.

      Il peut y avoir mille raisons à  ça : un hymen qui a repoussé, ou bien simplement le ressenti d'une petite fille face à  la violence de l'acte, qui n'était peut-être qu'un "frottement" brutal et l'aurait griffée, ou bien une tentative rendue impossible par sa petite complexion, mais une tentative tout de même...

      Mais cet élément, sur lequel mon confrère adverse est revenu évidemment, au soutien de la relaxe, pouvait fragiliser le dossier, et peut-être qu'on a pensé qu'un jury, peut-être moins averti et plus "carré" en termes de preuve pure, pouvait ne pas y croire, et partant ne pas la croire pour cette scène au moins, et partant... Je ne sais pas.

      Je pense en tout cas qu'on ne devrait pas avoir à  se poser la question, et que cette pratique est déplorable, parce que la victime y fait un choix que la loi ne lui donne en principe pas : un crime est jugé en assises, un délit en correctionnelle, point barre. Imaginons un instant qu'en accord avec moi, Jade ait "choisi" de la même façon... Et que Paul ait été relaxé ?

      En réalité, nous composons tous avec le manque de moyens de la justice, et certains délais infernaux : à  Douai (ma Cour à  moi), il faudrait non pas deux mais quatre Cours d'Assises, en réalité.

      Et par ailleurs, vous avez raison de le souligner, qui sait quel choix, de trois magistrats professionnels ou trois autres avec neuf jurés, sera le "bon" ? C'est présumer ou présupposer bien des choses, qui seront souvent erronées.

      Ainsi, mon contradicteur était persuadé que Paul aurait eu plus de chances aux Assises, quand moi, j'étais certain au contraire qu'un jury l'aurait condamné beaucoup plus lourdement...

      Encore une fois, je pense que ce choix ne devrait reposer que... Sur le supposé auteur, lorsqu'il commet son acte, dont la nature détermine légalement la juridiction de jugement.

  13. 1 réactions

    Chapeau bas au narrateur, à  l'avocat et, bien sûr, à  la précieuse Jade.

  14. 51 réactions

    Je me souviens de cet e-mail que vous aviez publié avec l'accord de Jade... car j'imagine que c'est bien de cela dont il s'agit.
    Je suis stupéfait par tant de force. Je ne sais pas si j'aurais été capable du dixième.

    "J’avais dit à  Jade ce que je dis toujours : que ce que je pensais important, et même vital, pour elle, ce n’était ni la peine, ni les dénégations de Paul, ni même son éventuelle relaxe, tout ça ne lui appartenait pas; mais qu’en revanche, je voulais, absolument, qu’elle vide son sac, qu’elle dise ce qu’elle voulait dire, sans retenue ni pudeur ni rien d’autre que sa sincérité, et qu’elle réfléchisse à  ce qu’elle voulait que lui entende, et c’est tout -qu’elle laisse le plus possible tout ce tas de merde dans la salle, et en sorte lavée en tout cas dans sa tête, autant que faire se pourrait, voilà  ce qui m’importait et ce qui devait lui importer."

    Si tous le monde avait ce talent pour expliquer ce qui importe vraiment en ce genre de cas. Victime, on peut naturellement avoir soif de revenche, payable en peines infligées à  l'adversaire. C'est normal, c'est humain.
    C'est précisément là  que trouver quelqu'un comme vous est inestimable. Pour ne pas se perdre soir même. Si la soif de revenche est humaine, elle n'en est pas moins illusoire.

    1. 3579 réactions

      Non, c'était une autre -elles sont malheureusement légion, bien plus qu'il n'est officiellement admis, je vous l'assure...

      Mais ça aurait pu, ça m'a tout l'air d'être la même trempe de femme...

      Merci pour le reste, Sofienne Dieu sait que ce billet n'était pas conçu pour me mettre en avant, mais après tout, puisque c'est fait... :D

  15. 1 réactions

    Quelle idée j'ai eu de lire ce texte au boulot ? j'en suis tout retourné !

    je ne peux que m'associer à  ce souhait d'une bonne vie à  cette écorchée de la vie. En tout cas bravo à  elle pour son courage, bravo à  ceux qui ont su l'écouter et bravo pour le narrateur (bien que ce ne soit pas le plus important dans cette histoire, la façon de la partager est magnifique)

  16. 7 réactions

    Ben voilà , je suis au boulot, j'ai lu ce récit par intermittence depuis une heure, et maintenant j'ai les larmes aux yeux, c'est malin ! :D
    Au début c'était des larmes de tristesse et de rage, et à  la fin du texte, des larmes de soulagement et je dirai presque de joie.

    Superbe récit, belle renaissance pour Jade, chapeau bas mademoiselle !
    Belle vie à  vous.

    Maître, mes respects.

    1. 3579 réactions

      Vous n'avez qu'à  tous les deux arrêter de lire mes posts au boulot, c'est scandaleux ! :D

  17. 2 réactions

    Je vous suis régulièrement, Maître, mais c'est la première fois que je poste un commentaire chez vous, et c'est parce qu'en lisant ce billet j'en ai eu les larmes aux yeux. Ce qui m'a le plus touchée, c'est que cette histoire illustre un courage hors du commun, et la force de quelqu'un qui ne cherche pas la vengeance, mais la libération. C'est ce que devrait être la Justice, non pas un outil de revanche pour la victime, mais le moyen de lui permettre de vivre à  nouveau normalement, autant qu'il l'est possible. La punition de Paul, quoique nécessaire, semble secondaire face à  cela.

    Bravo et merci pour cette histoire. Et bravo à  Jade et à  sa famille, qui ont fait preuve d'un courage incroyable.
    Comme Oph, je ne sais si, à  la place de Jasmine, je n'aurais pas fait acte de violence sur cet homme - je n'ai pas d'enfant mais une petite soeur de l'âge de Jade au début de l'histoire, et je n'ai pu m'empêcher en lisant de frémir à  l'idée qu'il puisse lui arriver un jour ce genre d'horreur.

    1. 516 réactions

      Maîtreuh !
      Il y a Shanilara qui fait rien qu'à  me suivre partout où je passe... :cry:
      :mrgreen:

      1. 2 réactions

        Ah non, là  pour le coup je suis arrivée par chez Maître Eolas :mrgreen:

        1. 3579 réactions

          Je ne sais pas ce que je dois préférer ! :D

          Très joli prénom ou pseudo, en tout cas, vraiment, Shanilara. Et vous avez mille fois raison : Jade ne voulait plus se venger, elle voulait juste revivre, et, en dehors de la déclaration de culpabilité, je crois qu'il y a eu une immense victoire : je pense qu'elle se foutait désormais totalement de ce que Paul pouvait devenir.

  18. 2 réactions

    Peut-on vraiment dire quelque chose ? Merci maître. Bravo Jade

  19. 5 réactions

    C'est l'histoire la plus bouleversante que j'ai jamais lue. Et c'est la première fois que je pleure devant mon écran.

  20. 1214 réactions

    Bon, et bien me voilà  revenue de mes entretiens en détention avec différents "Paul"...

    J'avoue qu'après la lecture de ce récit, qui m'a émue aux larmes moi aussi, mes entretiens avaient un aspect différent.

    Dans mon boulot, je me dois aussi de faire comprendre au détenu qu'une (voire plusieurs) personne est victime dans cette histoire...

    Et justement ce matin, justement après avoir lu votre récit, me voilà  en train de faire prendre conscience à  un détenu que dehors il y a une Jade, qui a vu sa vie transformée à  jamais et qu'il doit esssayer de comprendre la souffrance qu'il a lui infligée mais aussi au reste de sa famille et de son entourage.. Mon discours était différent ce matin...

    Merci Maitre, et merci Jade d'avoir permis à  Mô de nous livrer votre histoire.
    Bonne continuation à  vous et votre famille.

    1. 25 réactions

      je crois que je préférerais personnellement etre l'avocat de la victime dans ces cas-là ...
      Je ne crois pas que je pourrais parler de droit à  un pédophile aussi horrible que celui-là . En fait, je ne saurais meme pas l'écouter, et je crois que je lui guelerais dessus, ou alors que je me réfugierais derrière des mauvaises excuses pour ne pas voir l'homme que je devrais défendre.
      Ca nécéssiterait une force d'ame que je n'ai pas.

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