Petite fille…

Jade a maintenant sept ans. C’est une jolie petite fille, avec d’immenses yeux bleus. Elle vit cette année 2000 avec toute la joie des gamines de son âge, et ne regrette qu’une chose : ne pas voir son père plus souvent. Ses parents se sont séparés il y a deux ans, elle vit chez sa mère, qu’elle adore, mais son père, qu’elle revoit les week-ends et les vacances, lui manque. Mais ses parents lui ont bien expliqué, elle n’est pas malheureuse, elle a compris que c’était comme ça, et tout le reste va bien : son petit frère Ilan, quatorze mois d’écart avec elle, avec qui elle joue beaucoup, l’école, elle est bonne élève, sa maman, qu’elle adore, qui est aide-soignante, c’est pratique, c’est elle qui lui guérit ses bobos, Lydie, sa meilleure amie, fille des voisins, avec qui elle dort de temps en temps, son carnet intime, qu’elle remplit tous les soirs de mots simples et d’une écriture toute ronde…

Tout va bien, Jade est une petite fille pleine de beauté et de joie, comme tant d’autres.

C’est au milieu de cette même année que Paul, le nouveau copain de maman, vient habiter à la maison.

Jade ne l’aime pas, d’abord parce qu’il n’est pas son papa, et ensuite parce qu’elle le trouve tarte, elle ne comprend pas pourquoi maman l’aime bien, mais bon c’est maman qui décide, alors… Et puis franchement il fait des efforts, Jade le voit bien, il est gentil et il essaye de se faire bien aimer.

La mère de Jade change de service, à l’hôpital, et doit maintenant travailler la nuit : elle fait deux nuits puis a deux jours de repos puis enchaîne trois nuits, et ainsi de suite. Elle attend le soir que Paul rentre de son travail, et puis elle s’en va, après avoir surveillé le bain, mis les enfants en pyjamas, et les avoir fait dîner. Parfois Paul rentre un peu plus tard, alors elle demande à la voisine ou bien à une cousine qui n’habite pas loin de venir garder les petits, en attendant.

Ça se passe comme ça pendant deux mois environ. Paul connaît mieux les enfants, maintenant, et le soir, il fait un truc rigolo avec Jade, après avoir couché Ilan dans la chambre voisine de la sienne -enfin, il trouve lui que c’est rigolo, Jade s’en fiche, elle trouve que c’est un jeu de bébé, mais ça à l’air de lui faire plaisir, alors… Il rejoint Jade en bas, pour la coucher à son tour, mais avant, il prend le foulard bleu de maman, le noue sur les yeux de Jade, et il trempe son doigt dans des trucs -du sucre, du chocolat, de la confiture, du miel- et le met dans la bouche de Jade, qui doit deviner en goutant ce que c’est : trop facile, franchement, mais bon, c’est rigolo un peu quand-même. Sauf que des fois, ça a un drôle de goût, elle ne trouve pas ce que c’est mais elle n’aime pas, en tout cas.

Ce soir, d’ailleurs, elle en a marre de ce goût dégueulasse, elle ne sait toujours pas ce que c’est, alors elle décide de tricher : elle soulève un coin du foulard qui lui bande les yeux pour regarder. Et elle voit. Elle voit son visage à lui, Paul, qui est un peu rouge, bizarre, il ne dit rien mais on dirait qu’il retient sa respiration; et elle voit que ce n’est pas son doigt qu’il a mis dans sa bouche, c’est son zizi.

Elle recrache ce soir-là le sexe de Paul, elle se met à pleurer parce qu’elle ne comprend pas, elle lui dit d’arrêter, elle ne sait pas ce qui se passe, elle trouve ça dégoutant, elle comprend maintenant que ça puait la pisse, elle ne sait pas pourquoi il fait ça mais elle sent que ce n’est pas normal, que ça ne se fait pas. Il arrête, et il lui dit qu’il ne faut rien dire, à personne, que c’est leur secret, qu’il ne faut pas le dire à maman, surtout, sinon il lui racontera aussi les bêtises que Jade et son frère font parfois le soir, et que lui ne punit pas, et il s’en va, cette fois là.

Jade essuie ses larmes, elle a envie de vomir mais n’ose pas sortir de sa chambre. Elle est affolée, mais ne sait pas du tout quoi faire, et elle a peur, pas tant des menaces de dénonciation à sa mère, mais de l’homme lui-même, il avait un regard très dur, tout à l’heure, un regard méchant, elle sent bien que ça ira très mal si elle parle…

Elle reste longtemps allongée dans son lit, dans le noir, et puis finit par se relever sans faire de bruit, allume sa petite lampe de chevet rose, et va chercher son Journal, dans lequel elle écrit ce qui s’est passé tout à l’heure, qu’elle intitule "Se soir il ma fé sa".

A partir de ce soir là, beaucoup de choses changent, pendant les quatre mois où Paul habitera encore chez eux.

Paul vient maintenant la voir tous les soir où maman pars travailler, tous. Il ne met plus de bandeau, et il ne fait plus semblant de jouer avec elle : il lui met son zizi dans la bouche, souvent violemment, des fois elle à l’impression que ça cogne au fond de sa gorge, et il ne bouge plus, mais il lui empoigne la nuque, et il bouge sa tête à elle sur son zizi, très vite et fort, il lui sert tellement la nuque que des fois ça lui fait mal le lendemain encore. Elle a souvent envie de vomir, mais elle ne peut pas parce qu’elle étouffe à moitié -deux fois elle a vomi quand-même, une fois c’était parce qu’il y avait eu un liquide vraiment mauvais au fond de sa gorge.

En plus maintenant souvent il lui prend une main, il la pose sur son zizi, et il lui ordonne de bouger sa main très vite. La plupart du temps elle ferme les yeux, elle ne voit pas vraiment comment il est, mais une chose se grave dans sa mémoire, ce sont des gémissements, elle l’entend gémir pendant ce temps là.

Une fois, il s’est allongé, son sexe sorti, il l’a posée au dessus de lui, et il a essayé de l’enfoncer sur lui -elle a eu très mal, elle a crié, il s’est arrêté et elle a eu très peur, parce que sa pépette saignait -il n’a rien dit, il est seulement parti, et Jade a dormi cette nuit-là avec la main posée sur le sexe, pour arrêter le sang et ne pas tâcher ses draps.

Elle est terriblement malheureuse, maintenant, et ne vit que dans la terreur de l’arrivée du soir, les nuits où sa mère travaille. Pourtant, elle ne dit rien, à personne, et surtout pas à ses parents. Elle sait que ce n’est pas normal, elle sait que c’est sale, mais elle se dit que sa mère, qui a déjà été si malheureuse quand son père est parti, le serait encore plus si elle lui disait, pour Paul. Elle a peur de lui, d’ailleurs, il faudrait encore qu’elle ose. Et puis Ilan est très malade, on vient de l’apprendre, maman est beaucoup avec lui, à le dorloter, Jade aussi d’ailleurs, c’est normal, elle voit bien que sa mère a peur pour lui, elle ne veut pas l’accabler encore plus. Et puis elle a peur aussi qu’on ne la croie pas, c’est tellement… Anormal.

Elle se sent dégoutante, d’ailleurs, en blaguant à l’école, ses amis s’insultent souvent avec des mots sexuels, ou font semblant de faire des trucs cochons avec les filles, elle sait que ce que Paul lui fait n’est pas pour rire, que c’est un truc de grands, que c’est sale, mais que du coup maman ne la croirait sûrement pas…

Et elle n’ose pas plus en parler à papa, parce qu’elle ne veut pas gâcher les rares moments où il se retrouvent, et parce que son père est assez colérique, c’est même pour ça que maman et lui sont séparés : elle pense que lui la croirait peut-être, c’est un homme il doit savoir ce que c’est, mais qu’il irait sûrement taper Paul, et ça ferait encore un drame avec maman…

Alors elle se tait, elle apprend doucement qu’on peut se faire pipi dessus rien que par peur, en pensant à ce qui va se passer dans une heure, et elle fait ces soirs-là ce que Paul lui demande de faire, elle a de moins en moins envie de vomir, maintenant, elle veut juste qu’il ait fini vite, et de se retrouver seule.

Lydie, du haut de ses huit ans, trouve que depuis quelques temps, sa copine Jade a changé.

Elle rigole moins souvent, des fois quand tous les copains sont là elle s’isole, à part, sans rien dire, et d’autres fois elle la voit seule, à la récré ou même dans son jardin, et elle voit bien qu’elle pleure, que ça ne va pas. Elle l’a questionné, c’est sa meilleure amie, elle sent bien qu’il y a quelque chose, mais Jade ne lui dit rien, elle se force à sourire, ça se voit.

Un soir, Jade a la permission de dormir avec sa copine chez elle, dans la maison d’à côté. Les deux amis jouent comme d’habitude, la mère de Lydie doit même les gronder parce qu’elles font les fofolles, et comme à chaque fois les filles la tannent pour dormir ensemble, dans la chambre de Lydie, ce qu’elle leur accorde en souriant.

Dans la nuit, Lydie est réveillée par des hoquets de pleurs de sa copine, et elle la prend dans ses bras, et la questionne à nouveau, dans le noir, tendrement. Et Jade, qui tremble encore, explose en larmes, et lui dit juste :" Paul il met son zizi dans ma bouche"… Lydie est sciée, ça ne veut rien dire, c’est dégueulasse -mais elle n’a pas un instant l’idée de ne pas croire son amie, dont les larmes ne cessent de couler, plus fort qu’elle n’a jamais vu quelqu’un pleurer. Jade lui fait jurer de ne rien dire à personne, et elles finissent par s’endormir dans les bras l’une de l’autre.

Le lendemain matin, elle attend seulement que Jade soit repartie chez elle, puis prend une décision qui va changer la vie de sa copine, même si elle ne le mesure pas : elle raconte tout à sa mère : "Tu sais, maman, je trouvais que Jade, elle était souvent triste en ce moment. Eh ben, cette nuit…"

Cette femme est horrifiée, mais elle connaît suffisamment Jade pour savoir qu’elle n’est pas le genre de petite fille à raconter n’importe quoi, et plus que suffisamment sa fille, qui lui a dit sur un ton grave ce que Jade lui avait dit, en lui expliquant à quel point sa copine était bouleversée : huit ans ou pas, elle ne conçoit pas que ça ne soit pas vrai -en y réfléchissant, justement parce qu’elles ont huit ans, bon sang…

Nos sommes début 2001, on en parle, de ces dégueulasseries, à la télé, ça existe…

Elle se rend immédiatement chez sa voisine, la réveille -elle sait qu’à cette heure-ci, son copain est parti au boulot- et lui raconte tout.

Jasmine l’écoute, la regarde, et son univers s’effondre à la seconde même. Elle veut quand-même vérifier, même si confusément elle sait déjà que c’est vrai : paniquée et en pleurs, elle appelle Jade, et la questionne le plus doucement possible, à genoux devant elle, ses deux mains posées sur les épaules de l’enfant.  La fillette n’émet pas un son, mais fond en larme, silencieusement, ses grands yeux bleus plantés avec toute la détresse du monde dans ceux de Jasmine. Celle-ci sent soudain un liquide chaud lui mouiller les genoux : sa fille vient de se faire pipi dessus, debout, ce qui la fait pleurer encore un peu plus. Jasmine prend Jade dans ses bras et la serre à l’étouffer, Jade ferme les yeux et se cache dans le cou de sa mère, et elles restent là, longtemps…

Quand Paul rentre ce soir là, les yeux de Jasmine son enfin secs. Elle a appelé son frère aîné, qui est avec elle dans le salon, devant toutes les affaires de Paul, empaquetées à la va-vite. Jasmine ne lui dit qu’une phrase : "Jade a tout raconté". Son frère explique à Paul qu’il ne veut rien entendre, pas un mot, qu’il est seulement là pour que les choses se passent correctement, et que Paul part, maintenant, définitivement. Paul les regarde, ne dit rien, ramasse ses sacs et s’en va.

Cachée dans la cuisine, Jade se dit seulement : "C’est fini", elle notera cette phrase telle quelle dans son journal tout à l’heure. Elle commence aussi à s’en vouloir de ne pas avoir parlé plus tôt, mais pour l’instant c’est la joie, le soulagement absolu, qui dominent.

Jasmine commet une erreur, dans les jours suivants, même si elle a réglé le problème immédiat -le cœur malgré tout bien noir, car elle en était amoureuse, de Paul, c’est vrai, et qu’elle se retrouve profondément trahie, et oscille entre l’incompréhension et la haine…  Et aussi, même si elle ne le voit pas encore clairement venir, la culpabilité -elle a abandonné sa fille et l’a laissée aux mains de cet homme là…

En tout cas, aidée il est vrai par un conseil de famille qui s’est tenu le jour-même, une de ces familles où on ne parle pas de ces choses-là, elle décide de ne pas porter plainte. Paul ne peut plus faire de mal à Jade, et elle, sa petite fille, n’a que neuf ans, il faudrait l’amener chez les flics, tout raconter en détails -elle-même ne les connaît pas, les détails, Jade a refusé de se livrer. plus avant, ça ne facilite rien parce qu’elle ne sait pas ni combien de fois, ni comment, ni si des actes plus ou moins graves que ceux-là, cette saloperie, ont été commis…

Inconsciemment, lui pèse aussi le fait qu’il faudrait aussi expliquer pourquoi elle n’a rien vu, pourquoi par exemple elle n’a pas tiqué sur la petite rougeur qu’elle avait remarqué deux semaines plus tôt sur le sexe de sa fille -si c’est lié, parce qu’elle n’en sait rien…

Et il faudrait aussi mettre le père de Jade au courant, cet homme qu’elle a aimé, qui adore sa fille, mais dont elle connaît, justement, les réactions extrêmes…

Non, il n’y aura pas de plainte -on va maintenant se soigner, et tâcher de guérir, la vie va continuer, et on mènera de front ce combat et celui pour la santé d’Ilan.

En classe, Lydie, qui n’était pas rassurée d’avoir trahi sa meilleure amie, reçoit un petit mot plié en quatre, un seul : "Merci !". Elle relève la tête et voit Jade qui la regarde de sa table, un grand sourire aux lèvres. Elle lui sourit à son tour, heureuse.

En 2003, Ilan est définitivement guéri de la maladie horrible qui faisait craindre pour ses jambes. Jade prend la décision de jeter son journal intime, les moments de peur obscure et de dégout sont loin… Même si, depuis eux, Jade est devenue spasmophile, dès que quelque chose la panique, elle fait une crise, qui parfois la tétanise au sol et nécessite son hospitalisation.

Même s’il y a les cauchemars, toujours exactement les deux mêmes : sa mère se remet avec Paul, et il lui dit "Bonjour Jade" avec un sourire étrange, qui la terrorise littéralement… Ou bien elle est dans sa chambre, toute nue, et il rentre, nu aussi, avec un sexe énorme, et elle se réveille affolée, avec ce goût, toujours, dans la bouche…

Même si elle n’a pas d’amoureux, et a décidé, du haut de ses onze ans, qu’elle n’en aurait jamais.

Jasmine, au fil des mois, a de plus en plus conscience du fait que les choses ne sont pas simples pour Jade, qu’elle a des séquelles, qu’il ne suffit pas de claquer des doigts pour qu’elle redevienne la petite fille qu’elle avait cessé si brutalement d’être… Elles en reparlent, parfois, mais Jade ne lui livre rien de plus, elle ne veut pas, et sa mère respecte ça, prenant bien garde de ne pas encore alourdir les choses…

En 2005, Jade fête ses treize ans à la maison, avec notamment Lydie, qui si faire se peut est encore plus sa meilleure copine qu’avant. Le téléphone sonne, Jasmine est dans la cuisine a démouler les gâteaux que les petites vont massacrer joyeusement, Jade décroche -et un voile rouge sang lui voile les yeux, avec une brutalité inouïe, quand elle reconnaît la voix : "Salut, Jade, c’est Paul. Ta mère est là ?" Elle lâche le combiné, en proie à une terreur absolue, elle étouffe, et elle perd connaissance.

Losqu’elle rouvre les yeux, un peu plus tard, sa mère est penchée sur elle, une main sur son front, les yeux tout mouillé. Elle n’a pas le temps de se souvenir de ce qu’elle fait là, d’entendre à nouveau la voix de Paul, sa mère la coupe, lui dit qu’elle a eu tort, lui demande pardon, et lui demande surtout si elle se sent suffisamment remise pour venir avec elle au commissariat, maintenant, déposer plainte; elle ne dit rien mais acquiesce d’un mouvement de tête…

Elles se rendent à pieds au commissariat, expliquent pourquoi elles viennent, et sont immédiatement reçues par un officier, qui va immédiatement les entendre successivement toutes les deux, Jade d’abord.

Et si devant sa mère elle était incapable de dire réellement les choses, elle lui dit tout, à lui, par le menu. Oh, ça n’est pas facile, elle pleure beaucoup, il lui faut poser de nombreuses questions; mais il sait le faire, il a une grande habitude, malheureusement, et une grande compassion, aussi -et il voit très vite à quelle point la gamine est en souffrance…

Jade termine sa longue déposition ainsi : "Je ne voulais pas y penser, avant. Mais maintenant, je voudrais qu’il meure, ou bien que les policiers le tuent". Le policier sourit, pas parce que l’idée est bonne, il en a tant entendu, mais parce qu’il la trouve certes très marquée et fragile, mais aussi très combative, il pense que c’est une réaction positive, il pense qu’il y a de l’espoir pour cette gamine adorable.

Ce soir-là, et dans les jours qui suivent, il entendra Jasmine à trois reprises, notamment sur les raisons de son inaction, il voudra les comprendre, sans la juger; et puis aussi Lydie et sa mère, bien-sûr.

On va aussi entendre l’institutrice de Jade, qui confirmera qu’elle lui avait dit, une fois, que son "beau-père" était "malsain", mais sans rien dénoncer -elle avait convoqué la maman, mais avait alors appris que de beau-père, il n’y avait plus, et n’avait donc pas donné suite…

Jade sera "expertisée" par une psychologue, qui lui posera à son tour beaucoup de questions, mais la vanne a été ouverte par le policier, et elle répondra à toutes, et ses dires seront jugés crédibles, et sa souffrance intense, voire alarmante, encore, quatre années après la fin des actes subis : elle recommandera vivement un suivi psychologique, que Jade effectivement débutera à partir de cette date, et dont elle bénéficie encore aujourd’hui.

Finalement, estimant disposer à ce stade de suffisamment d’éléments, il voudra entendre Paul.

Seulement, ce que ni lui ni Jade ne savent, c’est que lorsqu’il a appelé, après l’évanouissement de la fillette, Jasmine a repris le combiné du téléphone, lui a demandé, non, hurlé, "qu’est-ce que tu veux ?", et ne lui a pas laissé le temps de répondre, criant que ça suffisait, qu’elle aurait du "le" faire avant, mais que cette fois elle allait la déposer, la putain de plainte, avant de raccrocher, folle de rage, pour s’occuper de sa fille.

Paul a pris peur, et il s’est enfui. Les policiers n’arrivent pas à le convoquer, ni à le localiser, sa famille ignore où il est parti, indiquant seulement qu’il a fui précipitamment…

Dans ces conditions particulièrement, mais elle l’aurait été de toute façon, une instruction judiciaire va rapidement être ouverte à la demande du Parquet de Lille du chef de viols aggravés, le dossier étant confié à une jeune juge qui va d’abord s’employer à tenter de retrouver Paul.

Elle lance un mandat d’arrêt, fait entendre toute la famille de celui-ci, à la fois d’ailleurs sur sa fuite et les endroits où il pourrait se trouver, et sur la personnalité de cet homme, étayant ainsi un peu le dossier du même coup.

Ses frères, ses soeurs, ses parents, ses meilleurs amis, son ex-femme : tous, c’est plutôt rare, en dressent un portrait accablant, tous ayant au moins une fois été trahis par lui, les termes de "menteur", "trouillard", "manipulateur", revenant sans cesse dans leur bouche, tandis qu’on découvre au fil des témoignages qu’à tous, il a laissé des souvenirs liés à des histoires sexuelles, son ancienne femme l’accusant par exemple de l’avoir violée à maintes reprises, lorsqu’elle ne voulait pas, un autre, de l’avoir trompé avec son épouse…

Personnalité hors normes qui fait que cet homme semble méprisé par tous ses proches, sans aucune exception.

En revanche, personne ne sait où il se trouve, et l’enquête demeure bloquée à ce stade pendant près d’un an, pendant lequel il ne donne aucunes nouvelles à personne, pas même à sa mère.

Jade avance, sa mère et elle ont pris un avocat, désormais, qui les tient informées de l’évolution du dossier. Le premier entretien a été très dur, elles ne disaient pas un mot, ni l’une ni l’autre. Il en a fallu deux autres, dont un où il  a  demandé que Jade soit seule, et là, ça a été un peu mieux -Jade pense qu’il est sympa, il fait le con en rendez-vous pour la faire sourire, elle le tutoie, la confiance vient doucement. L’avocat a dit qu’il lirait d’abord le dossier, ne demanderait pas à Jade de lui en répéter encore le contenu, et, ce qui était sa grande crainte, surtout, qu’il était d’abord et avant tout son avocat à elle, et ne dirait rien à sa mère ou son père, sauf si elle le souhaitait -car Jasmine et son père ne savent rien encore de ce qui s’est exactement passé.

Elle est suivie psychologiquement et pour ses crises de spasmophilie, mais elle tient malgré tout le coup, à l’école notamment -il faut dire qu’il y a énormément d’amour entre la mère et la fille, et le père, aussi, que ce drame a rapproché de Jade… Elle trouve que c’est très long, elle voudrait un procès demain, mais il faut patienter : elle attend, en essayant d’y penser le moins souvent possible…

Paul commet cependant enfin une bêtise, là où il est : il travaille, s’inscrit aux prestations sociales de son nouveau pays, la Belgique, et le fait sous son vrai nom… Son ancien employeur, étant questionné par les organismes sociaux belges à propos de son ancien travail, et, ayant été interrogé par les policiers précédemment, s’en souvient, et communique à l’officier en charge des recherches le formulaire qu’il a reçu, avec une adresse belge…

Cet élément est transmis au cabinet d’instruction, bien sûr, et, alors qu’il suffit de trois bouts de papier pour pouvoir enfin avancer, l’affaire subit un nouveau retard, du fait du remplacement de la juge par une collègue, qui doit reprendre tout son cabinet, et ce dossier n’est pas le plus urgent, les détenus d’abord…

En mai 2007, enfin, un mandat d’arrêt international, obligatoire puisque Paul a passé une frontière, est lancé, qui va permettre l’interpellation de Paul, à la fin de l’année -il avait encore fallu le temps que la paperasse franchisse les frontières, temps pendant lequel il avait changé d’adresse, et c’est finalement presque par hasard, dans la rue, dans une ville qui doit être à cinquante kilomètres à peine de Lille, qu’il sera identifié et arrêté -près de deux ans après le dépôt de plainte, plus de cinq ans après l’arrêt des viols.

Il est présenté au magistrat, et, entendu une première fois, nie tout en bloc, indiquant qu’à l’époque Jasmine l’avait juste viré de chez elle sous ce faux prétexte de s’en être pris à sa fille, à laquelle il n’a jamais rien fait. Il dit aussi qu’il n’a jamais pris la fuite, mais est simplement parti travailler en Belgique, sans plus. Pour des raisons qui lui appartiennent, l’ancienneté des faits supposés notamment, probablement, et malgré le risque qu’il ne disparaisse à nouveau, il est laissé en liberté, sous contrôle judiciaire, obligation bien sûr de ne pas contacter Jade, sa mère ou leurs proches.

L’avocat informe Jade et sa maman de son arrestation, ce qu’elles savaient déjà, le policier du début les en avait averties, de ses dénégations, ce dont elles se doutaient, elles le connaissent, et de sa remise en liberté -il réside en France, dans le Nord, dans une ville voisine, maintenant : Jade a énormément de mal à entendre cette dernière nouvelle, elle dit à l’avocat qu’elle a encore peur de lui, et il doit beaucoup argumenter pour la rassurer, il y a le contrôle judiciaire, elle le prévient lui si elle voit seulement Paul dans la rue, il ne peut plus rien lui faire…

Mais il hante encore ses cauchemars de toute jeune adolescente, lorsqu’elle en fait, notamment avant les rendez-vous avec l’avocat, forcément; et ça, personne n’y peut rien.

Une troisième magistrate est nommée à la tête du cabinet d’instruction e charge de l’affaire, une de ces juges qui a la réputation, non usurpée, d’être opiniâtre, mais qui évidemment doit elle aussi à nouveau reprendre tout un cabinet, et Paul est libre, l’affaire n’est pas prioritaire…

Lorsqu’elle l’aborde, en avril 2008, elle s’aperçoit que le dossier est déjà fourni, et qu’il ne reste pas tant d’actes à accomplir que ça pour que la décision finale, renvoi pour jugement ou non-lieu faute de charges, puisse être prise : elle convoque Jade et l’entend à nouveau, longuement, constatant ses difficultés, mais aussi la constance de ses propos -et ce sera l’une des seules fois où l’avocat , comme il sera acté dans le procès-verbal, tiendra la main pendant trois heures de l’un de ses clients…

Elle interroge Paul à trois reprises, lui soumettant les déclarations, les éléments à charge, et rien n’y faisant, l’homme continuant à tout nier en bloc, sans donner d’explications aux accusations portées contre lui, mais comment le pourrait-il, dans tous les cas…

De nouvelles expertises, psychiatrique et psychologiques, sont ordonnées et réalisées, confirmant d’une part le traumatisme profond de Jade, d’autre part les traits de personnalité de Paul décrits par sa famille.

Et, parce qu’il nie, parce que c’est un droit qu’il a d’être mis en face de son accusatrice, parce qu’il le faut, une confrontation est organisée entre Jade et l’homme qui lui mettait son sexe dans la bouche quand elle était petite.

Ils s"y sont préparés, avec son avocat, mais quand elle le retrouve le jour de cet acte, il est effrayé : elle est livide, cernée, elle tremble… Il fait ce qu’il peut, puis finalement renonce, parce qu’il a réellement peur pour elle : il installe Jade dans le couloir, loin de son agresseur qui discute avec son avocat devant le cabinet d’instruction, et lui dit qu’il va dire à la juge que Jade ne peut pas, qu’il faut annuler la confrontation, tant pis pour le dossier, on s’en fout du dossier, elle n’est vraiment pas bien.

Il est en train de l’expliquer à la juge quand Jade frappe à la porte du cabinet, l’ouvre, s’avance comme une zombie et dit qu’elle est prête, qu’elle veut cette confrontation.

Jade a seize ans, elle est terrorisée, et elle souffre : mais elle a séché ses larmes, et, toute seule, elle s’est levée, elle a parcouru le couloir en marchant vers son violeur, qu’elle n’a pas revu depuis 2001, elle est passée devant lui, et elle vient demander à lui être confrontée…

L’avocat est bluffé, il se dit qu’il y a dans n’importe qui des forces terribles, énormes. Il adresse un petit sourire plein de respect à la jeune-fille, et ils s’assoient, attendant que Paul rentre.

Ça a été terriblement dur, pour tout le monde, et chacun à au moins un moment a dû faire un effort pour ne pas pleurer, professionnels inclus, et peut-être bien Paul lui-même, qui, devant les déclarations et l’état évident de Jade, n’a en tout cas pas pu nier qu’elle allait mal, très mal… Mais elle l’a fait. Elle a redit ses accusations, devant lui, elle a dit à quel point il avait ruiné sa vie, celle de sa mère. Il n’a pas fondu en larmes en demandant pardon, non, il a continué à nier, maladroitement, comme il a pu. Mais elle l’a fait, et à la fin, à la question rituelle de la juge, "Je n’ai plus de questions. S’il n’y en a pas des avocats, avez-vous quelque chose à ajouter ?", Paul a dit : "Non, sauf que je suis innocent", et Jade a dit "Tu mens, mais c’est parce que tu as peur", et la confrontation s’est achevée là dessus.

A la sortie, Jade ne tremblait plus, et a dit à son avocat qu’elle se sentait mieux, que ça lui avait fait du bien. Lui, il lui a fait une bise avant d’appeler sa mère, et il lui a dit qu’elle était une sacrée fille.

Le dossier était maintenant complet. Comme il arrive parfois, souvent même, la magistrate, qui estimait avoir suffisamment de charge pour faire juger Paul, questionnait l’avocat des parties civiles sur la possibilité de correctionnaliser le dossier, c’est à dire de faire semblant artificiellement et uniquement au plan du droit, bien sûr, les actes dénoncés restant les mêmes au dossier, d’oublier qu’il s’agissait de viols, et de ne plus parler juridiquement que d’agressions sexuelles -un délit plutôt qu’un crime, le tribunal correctionnel à la place des Assises, on propose ça pour tout un tas de raisons, la première et la plus fréquente étant le souci de désencombrer la cour d’assises, surchargée, un dossier avec un accusé libre mettant souvent trois ans à se trouver audiencé, alors qu’ici tout avait déjà été très long…

D’un autre côté, les peines encourues étaient moindres (dix ans tout de même ceci étant), et, surtout, l’audience ne serait strictement pas la même, deux ou trois heures en correctionnelle, deux jours aux assises, on ne s’exprimerait nécessairement pas aussi totalement -d’un autre côté encore, moins de solennité, moins de lourdeur, pas de jurés étrangers devant qui expliquer encore ce qu’on avait subi…

L’avocat était contre, mais expliquait tout ceci, et encore bien d’autres considérations dans les deux sens, à Jade, lors d’un ultime rendez-vous, duquel il ressortait surtout qu’elle était désormais terriblement pressée d’en finir : on optait donc pour la correctionnalisation, qui avait effectivement lieu, l’ordonnance de renvoi, reçue à la toute fin de l’année 2008, renvoyant Paul devant le tribunal correctionnel pour des faits d’agressions sexuelles aggravées par personne ayant autorité sur mineur de moins de quinze ans.

Restait encore à attendre qu’une place se libère dans l’audiencement des affaires devant la chambre spécialisée dans ce type d’infractions. Une première date était fixée, mi-2009, et Jade devait être hospitalisée la semaine précédent l’audience. La veille de celle-ci, son avocat apprenait que l’avocat de Paul était en congés, et demandait en conséquence le report de l’affaire, ce à quoi il était difficile de s’opposer, puisqu’il n’était pas là -c’est le genre de chose qu’on accepte confraternellement, chez les avocats, même si là c’était plus dur, elle le voulait tellement, ce procès…

L’affaire était reportée, et était finalement évoquée il y a quelques jours, enfin -huit ans après les faits.

Jade est une ravissante presque-femme de dix-sept ans, elle a planté son Bac, mais de peu, elle y vient avec sa mère, bien sûr, mais aussi avec son père -ils sont tous trois très courageux, elle, évidemment, mais eux aussi, parce que maintenant, on en a longuement discuté avec Jade, si elle voulait leur présence, ils entendraient nécessairement les faits, tels qu’ils seraient détaillés par la Présidente à l’audience : elle a maintenu son souhait d’être là avec eux, je crois qu’elle en "profitait" délibérément pour qu’enfin, ils sachent tout.

Le père, en entendant le détail des actes subis, a dû quitter précipitamment la salle -mais il y est revenu ensuite, encadrer sa fille avec Jasmine -je crois que ses parents la respectent encore un peu plus, s’il est possible, maintenant qu’ils savent.

J’avais dit à Jade ce que je dis toujours : que ce que je pensais important, et même vital, pour elle, ce n’était ni la peine, ni les dénégations de Paul, ni même son éventuelle relaxe, tout ça ne lui appartenait pas; mais qu’en revanche, je voulais, absolument, qu’elle vide son sac, qu’elle dise ce qu’elle voulait dire, sans retenue ni pudeur ni rien d’autre que sa sincérité, et qu’elle réfléchisse à ce qu’elle voulait que lui entende, et c’est tout -qu’elle laisse le plus possible tout ce tas de merde dans la salle, et en sorte lavée en tout cas dans sa tête, autant que faire se pourrait, voilà ce qui m’importait et ce qui devait lui importer.

Elle a tenu le coup, et comment ! Sans surprise, l’instruction du dossier par la Présidente a pourtant ravivé tous les souvenirs affreux, mais, Paul niant, elle se devait d’être détaillée; l’audience a été longue, et Jade a dû entendre à nouveau ces dénégations, à nouveau entendre qu’elle était une menteuse, que sa mère l’avait instrumentalisée, que tout les mauvais témoignages du dossier venaient de menteurs, que Lydie s’était mise d’accord avec elle, à huit ans, elles était si amies, pour l’accuser…

Mais Jade était prête, et, alors qu’on s’était dit par avance que si elle ne s’en sentait pas le courage, il n’y avait pas de problème, je refuserais qu’elle témoigne, lorsque la Présidente lui a demandé de venir à la barre, je me suis levé pour aller couper la route des regards entre Paul, assis un peu en retrait à ce moment-là, et elle, comme elle me l’avait demandé, j’ai baissé le micro à sa taille, et elle y est venue, à cette barre qu’elle avait tant attendue, et elle a parlé, non pas des faits en eux-mêmes, c’était déjà tellement acquis que ça n’était plus nécessaire, mais d’elle, de ses peurs, de son ressentiment, elle a dit je crois ce qu’elle voulait absolument qu’il entende, haute comme trois pommes, avec sa petite voix entrecoupée de larmes, elle le lui a dit, et elle le lui a montré, en s’accrochant au béton de la barre comme une noyée à son radeau, en décrivant ses cauchemars, en lui disant qu’elle pourrait peut-être un jour avoir un ami, accepter une relation, mais pas encore maintenant… En lui mettant sous les yeux et dans les oreilles, une bonne fois pour toute, le mal qu’il lui avait causé.

Avez-vous déjà contemplé une plage après une tempête, quand le soleil revient dessus, le sable mouillé mais lisse, les couleurs, les nuages dans le ciel redevenu bleu et le reflet de ce bleu dans les flaques et la mer, et cette impression que la mer est lavée, que les vagues refluent, désormais ?

Nous nous sommes rassis à notre place, je lui ai murmuré "bravo", et Jade m’a regardé, épuisée, mais avec un petit sourire timide, et son visage était cette plage.

C’était fondamental pour elle, évidemment, même si moins important que cette "sortie d’elle-même", mais Paul, tard dans la soirée, a été reconnu coupable des faits dénoncés, et condamné à une peine de prison ferme importante, mais peu importe ici, ce n’est pas ce que je voulais vous raconter, cette fois.

Je voulais seulement vous raconter l’histoire du naufrage de Jade, et comment elle a survécu.

Et lui dire, puisque je sais qu’elle me lit, et que cette histoire, c’est elle-même qui me l’a demandée, que je lui souhaite, à nouveau, une très belle vie, qu’il y a des ressources en elle qui m’ont estomaqué, que j’ai été fier et heureux de parcourir ces quatre années à ses côtés, de même parfois lui tenir la main…

A quel point je l’admire et la respecte.

Et qu’elle sera, à l’évidence, puisqu’elle l’est déjà, en tous points, une femme magnifique.

Tu le rencontreras, ton bonhomme, Jade, tu as tout le temps, maintenant, et je pense même qu’ils se bousculeront, mais je crois aussi que son regard à lui, tu ne le rateras pas… Et tu feras des enfants avec lui, comme je sais que tu le souhaites déjà, et tu les protègeras à ton tour, avec Jasmine…

Bonne vie !

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  1. 301
    Lily

    Que dire? Qu’éprouver devant ce billet , magnifiquement écrit , qui vous prend à la gorge et ne vous laisse pas indifférent. En cinquième année de droit ,je me destine à la profession d’avocat. Je sais qu’un jour , j’aurai une histoire semblable dans mon bureau , et qu’il faudra ne pas se laisser aller à des sentiments humains , tout en ne devenant pas un bête robot du droit. Mais je suis consciente que je pourrai également défendre l’Autre , un Paul , Pierre ou Jacques qui aura volé l’innocence d’un enfant. Que je devrai m’acquitter de mon devoir , en évitant de juger et d’être horrifiée par la réalité entendue. Je le sais , j’y suis préparée (ayant notamment du répondre une centaine de fois à cette sempiternelle
    question "comment fera tu pour défendre un violeur/pédophile/meurtrier?") mais les premières affaires seront probablement dures à encaisser psychologiquement. Je vois le droit pénal comme une perpetuelle confrontation à la réalité , crue , malsaine et difficile…

    Mais quelle leçon de courage et de vie nous offre cette jeune fille! Courage à cette petite Jade , qui face à l’adversité , est allée jusqu’au bout de son combat pour elle même , afin de ne pas sombrer!

    1. 301.1
      aude.guignard

      "Que je devrai m’acquitter de mon devoir "
      et pourquoi choisiriez vous de vous investir de cette mission? pourquoi consentir à défendre des êtres incestueurs? rien ne vous y oblige! je connais plusieurs avocats qui ne défendent QUE des victimes en cas d’inceste ou de pédophilie. pour l’amour de l’argent?

      1. 301.1.1
        DMonodBroca

        Tout homme mérite d’être défendu s’il est accusé, même le plus coupable de tous, surtout le plus coupable de tous. C’est là l’essence de la justice et la grandeur du métier d’avocat.

        1. 301.1.1.1
          aude.guignard

          oui, je suis bien d’accord, tout homme peut être défendu, pour que la loi soit respectée, tant du coté des parties civiles que de la défense. . mais tel avocat n’est pas obligé de relever ce "défi" là, s’il ne le souhaite pas, si cela n’entre pas dans son éthique.. même les militaires ont droit de contester des ordres, dans le cadre de la loi. il y a aussi le droit de retrait, les objecteurs de conscience etc…(pourtant quel magnifique droit et devoir de défendre son pays, n’est ce pas???)

          1. 301.1.1.1.1
            DMonodBroca

            Vous comparez l’objecteur de conscience, qui refuse de tuer fut-ce pour défendre sa patrie, et l’avocat qui, refusant de défendre certaine catégorie de tueurs, serait lui-même un objecteur de conscience. La comparaison ne me semble pas pertinente. Une des différences majeures entre la guerre et la paix c’est qu’en période de paix la justice est possible. Il est bien dommage par conséquent de raisonner, en période de paix, comme si on était en guerre.

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  1. Roland a écrit :

    En ce qui me concerne, je pense qu’il faut bien envisager la question d’une manière différente s’il s’agit d’une presse papier ou d’une presse Internet.

    Comme pour un livre, le fait de “rentrer” dans un journal papier implique une réelle volonté de s’informer, en long, en large et peut-être un peu moins en travers. Par ailleurs, la distraction n’existe pas dans le journal. Si vous lisez le journal, vous lisez le journal et éventuellement vous buvez le café (ou du thé si vous n’aimez pas le café).

    A l’inverse, Internet propose un mode complètement différent d’informations. Vous n’avez pas l’objet en main et c’est toute la différence. Sur Internet, vous ne voyez que ce que l’écran vous donne à voir (généralement une partie de l’article). Dans le journal, vous avez conscience de l’intégralité du papier que vous souhaitez lire. Et c’est avant tout ce facteur “psychologique” qui freine l’écriture d’articles longs sur Internet. Même moi qui tient un site de sport, j’ai lu votre article mais je n’ai pas eu le courage de faire autre chose que parcourir les commentaires parce que rien qu’à voir que la taille assez petite de la bande descendante à droite, c’est rebutant.

    Et cela tient au fait que sur Internet, on est souvent surpris de ce sur quoi on tombe. Cela ne faisait pas partie du parcours Internet classique que chaque personne a plus ou moins (les mails, facebook, twitter, les sites d’information, etc.). Il y a un bien un mode de consommation très différent sur Internet.

    Par ailleurs, la distraction est forte. On ouvre souvent plusieurs pages et on reste sur l’une (celle des mails par exemple) et lorsqu’on se rend compte qu’il est 12h26, on se dit qu’il est temps d’aller manger et on ferme toutes les pages sans forcément être revenu sur ce qui nous attirait au départ…

    Voilà comment j’envisage les choses personnellement. Maintenant, je trouve que dans l’absolu, vous avez raison. En pratique, c’est autre chose.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  2. Javi a écrit :

    ou misérition et brèvitude.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  3. Denis Monod-Broca a écrit :

    Bien d’accord avec vous, la brièveté a pafois du bon mais la considérer comme un remède contre le désintérêt des lecteurs est une dangereuse illusion.

    Mais, néologisme pour néologisme, ségolènisme pour ségolènisme, pourquoi ne pas avoir intituler votre billet “misère et brèvitude” ? tant qu’à faire…

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  4. Schmorgluck a écrit :

    NOOOOOON, je voulais écrire “tenté”, pas “tenter”, honte à moi, quelle horreur !

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  5. Schmorgluck a écrit :

    Je sais que c’est peu, et que ça ne vient pas de haut, mais oui, selon moi, Pascale Robert-Diard est une grande Journaliste, une vraie professionnelle alliant une vraie exigence avec une vraie plume. D’ailleurs, même les plus tatillons des juristes blogueurs ne l’ont jamais citée qu’en termes élogieux. Et effectivement, avec son style d’écriture riche mais qui ne tombe jamais dans la préciosité, elle tire ses lecteurs vers le haut, gentîment. Je me sens souvent meilleur rien que d’avoir lu un de ses articles.

    Détail intriguant : elle n’a même pas son article sur Wikipédia (en revanche, elle est souvent citée comme référence). Je suis tenter de commencer à corriger cette lacune.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  6. junot21 a écrit :

    Chère Aliocha,

    Je suis abonné à Courrier International quasiment depuis qu’il existe, je suis abonné au Monde.fr (j’achète parfois le journal papier aussi), et je lis régulièrement The Economist (je suis aussi abonné à l’Agefi, mais ça c’est pour le boulot). Pourquoi ces journaux ou magazines ? Parce que j’y apprends des choses que je ne trouve pas ailleurs, et parce que les articles sont dans l’ensemble bien écrits et bien documentés. Ce dernier point étant particulièrement vrai pour The Economist.

    Je vous soutiens entièrement dans votre approche : les lecteurs attendent une presse de qualité, et c’est dans les articles longs que l’on apprend le plus de choses.

    Bien à vous.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  7. Daniel M. a écrit :

    Chère Aliocha, comme disait Péguy: “nous ne parlons pas pour les gens pressés, pour les citoyens affairés, qui lisent volontiers les tables de matières. Nous parlons pour ceux qui veulent bien nous lire patiemment”.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  8. La Sasson a écrit :

    Aliocha, juste pour dire que vous en avez de bonnes vous ! Quand on fait partie de cette catégorie de salariés qui pointe de 9h à 18h (avec juste ce qu’il faut de pause au milieu pour faire la queue à un snack quelconque et manger les trucs immondes qu’on y vend), on n’a guère le temps de lire Le Monde (ou autre) dans le détail tous les jours ! Surtout que tous les jours c’est le prix du journal en question + le repas, vous voyez où je veux en venir (blonde peut être mais journaliste !! et donc payer le prix fort d’un journal entier pour UN article sous prétexte qu’il est intéressant …. je préfère encore acheter un hebdo (le canard, courrier international) ou un mensuel (le Diplo), au moins j’ai le temps de tout bien lire comifo, même les articles les plus longs … Et puis l’internet c’est terrible ! surfer bien tranquille chez soi le soir au lieu de regarder bêtement la téloche et passer d’un article de fond passionnant à une idiotie de 1° catégorie en un seul clic de souris … quel bonheur !

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  9. Triskael a écrit :

    J’approuve ! J’avais lu l’article de PRD sur internet, je l’avais adoré, comme beaucoup de ses articles.
    Personnellement, j’ai gratuitement l’Ouest France, et si j’aime bien lire les brèves, je m’attarde plus facilement sur les articles longs.

    D’ailleurs, petite question : L’Ouest France, vous en pensez quoi ?

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  10. H. a écrit :

    @ Aliocha

    Si cela peut vous rassurer, je lis très régulièrement les papiers de Pascale Robert-Diard. Elle fait partie des chroniqueurs judiciaires de haut vol comme sa consœur du Nouvel Obs, Sylvie Véran.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  11. DM a écrit :

    « Ou bien alors, Miss Sfw a raison, ils nous prennent pour des pintades. »

    Il est pour moi clair que certains journalistes et élèves journalistes prennent les personnes auxquelles ils ont affaire, et probablement leurs lecteurs aussi, pour des pintades.

    Sinon, en ce qui concerne la longueur, un petit avis professionnel. Je suis très pris par le temps et apprécie donc les gens qui expliquent simplement les choses sans bavardage inutile, et je ne déteste rien plus que de devoir lire 10 pages de bla-bla qui masque la vacuité des idées par l’exubérance ou l’ésotérisme du propos. Cependant, cela n’est pas une incitation à ne pas passer le temps sur ce qui le mérite.

    J’irais même jusqu’à dire que ceux qui passent longtemps sur du baratin ou des problèmes secondaires, puis règlent le cas des gros problèmes en quelques lignes, ont probablement quelque chose à cacher.

    Mais revenons à la presse. Vous parlez d’analyses. Je pense que pour pouvoir analyser, il faut avoir compris, et comprendre notamment l’environnement, les tenants et aboutissants. C’est un fait qu’à la lecture de certains articles de presse, on se demande si le journaliste a bien compris ce dont il parle. Cela passerait encore s’il n’y avait pas, notamment en fin d’article, toute une partie de jugement moralisateur ou de prospective. On peut être ignorant, mais dans ce cas on s’abstient de juger.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  12. Moktarama a écrit :

    Pour une fois, Aliocha, je suis entièrement d’accord avec vous ! Le court, c’est la mort de la complexité, la mort de l’estime pour l’intelligence du lecteur.

    Pour ce qui est du Monde, je dois avouer que sa version papier a connu de substantielles améliorations depuis 2 ou 3 ans (en plus, Le Boucher est parti à Slate) , ils mettent de plus en plus en avant leurs meilleures plumes ainsi que ce qui s’écrit sur leur portail de blogs (ignorons gentiment cette monstruosité qu’est LePost). C’est tout ce que je leur souhaite. Quand à Pascale Robert-Diard, il est clair qu’elle représente ce qui se fait de mieux en termes de journalisme de prétoire…

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  13. Hub a écrit :

    D’accord avec vous Aliocha, et personnellement je trouve que les articles de Pascale Robert-Diard sont plutôt trop courts que trop longs (cad : j’en voudrais plus).

    Sinon, même si je ne travaille pas pour les médias, je dois reconnaître en tant que consultant que parfois la tentation est forte de dire au client ce qu’il a envie d’entendre. Ajoutez à cela des sujets et des solutions “à la mode”, et il n’est pas étonnant que les recommandations soient toutes du type “réduisez la pagination, la taille des articles et des équipes”.

    Ce genre de comportement, appliqué à grande échelle peut avoir des conséquences désastreuses – je pense notamment à la bulle des télécoms au début des années 2000.

    Aliocha : aïe, merci de ne pas m’en avoir voulu sur les consultants, je n’entendais pas stigmatiser tous les consultants, mais les travers de ceux que j’ai croisés. Une de mes amies est consultante dans la presse et elle bosse bien. Mais elle confie aussi que son franc-parler parfois déplait et que les clients préféreraient de fausses bonnes solutions à la mode plutôt qu’une vrai diagnostique. J’ai le sentiment que, dans ces cas-là, le consultant est perçu comme un “exonérateur” de responsabilité purement formel (”vous voyez, j’ai appelé la bonne personne et j’ai appliqué ses préconisations”, ou bien “j’ai commandé un rapport, donc j’ai fait mon boulot”).

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  14. Hub a écrit :

    D’accord avec vous Aliocha, et personnellement je trouve que les articles de Pascale Robert-Diard sont plutôt trop courts que trop longs (cad : j’en voudrais plus).

    Sinon, même si je ne travaille pas pour les médias, je dois reconnaître en tant que consultant que parfois la tentation est forte de dire au client ce qu’il a envie d’entendre. Ajoutez à cela des sujets et des solutions “à la mode”, et il n’est pas étonnant que les recommandations soient toutes du type “réduisez la pagination, la taille des articles et des équipes”.

    Ce genre de comportement, appliqué à grande échelle peut avoir des conséquences désastreuses – je pense notamment à la bulle des télécoms au début des années 2000.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  15. Tocquevil a écrit :

    Merci Aliocha pour ce commentaire. J’approuve sans réserve cet attachement à l’esprit républicain ; en revanche, je trouve que Marianne tombe précisément dans votre critique du journal qui cherche à accrocher et retenir ses lecteurs au moyen d’une mise en page “facile à lire” et rythmée, et que le fond est souvent sacrifié à la forme, racoleuse.

    Tiens, en parcourant le site de Marianne, je tombe sur un info d’importance : les blagues “blondes” ne cibleraient par les blondes mais toutes les femmes : elles viendraient du Quebec, où on dit “une blonde” comme on dit “une meuf” chez nous.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  16. Tocquevil a écrit :

    Bien d’accord avec Rémi. Abonné à CI et The Economist (en plus du Monde), je me désespère de ne pas avoir le temps de lire tous les articles du magazine de référence du monde anglo-saxon. Un cas vraiment à part, cet Economist, qui me ravit également par l’humour des titres et inter-titres, bien plus subtil que celui d’un Libé. A lire bien sûr en se rappelant “d’où il parle” comme disent les cuistres.

    Sinon, il faudra un jour qu’Aliocha nous explique sa passion pour Marianne. Moi, désolé, je ne passe pas la barrière de la couverture. Peut-on imaginer plus racoleur et caricatural ? Tiens, cette semaine encore : “La République abolie”. Et faut-il que je rappelle leur honteuse opération de teasing pendant la campagne sur le thème “Sarko est fou et vous saurez pourquoi dans notre prochain numéro” ?

    Aliocha : je sais, la couverture irrite beaucoup de gens. Il faut la dépasser. J’aime leur attachement à l’esprit républicain, leur insolence qui – contrairement aux apparences – ne sombre pas dans la critique systématique, les rubriques originales, les variations de rythme (brèves insolites – tribunes – enquêtes – opinions des lecteurs) le choix des articles et surtout des angles, souvent décalés par rapport aux autres news magazines. Je trouve que c’est un journal intelligent, que les gens qui le font ont l’air d’aimer le métier et d’avoir plaisir à l’exercer, qu’il est plus inventif et moins institutionnel que Le Point ou L’Express, moins idéologique que l’Obs.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  17. misssfw a écrit :

    Je me permets une précision : le lecteur dont j’ai attrapé la balle au bond ne se plaignait pas, il soulignait seulement. Il m’a involontairement donné l’occasion de m’exprimer sur ce point.

    Merci pour le lien. Je me disais bien que ce n’était pas normal tous ces lecteurs.

    Aliocha : je corrige, toutes mes excuses. Pour le lien, il se trouve que je suis totalement incapable de garder pour moi les bonnes adresses, c’est plus fort que moi, il faut que je les partage

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  18. H. a écrit :

    Bonjour Aliocha,

    “Entre nous, je persiste à penser que la baisse des ventes des canards est surtout imputable à la médiocrité croissante de l’offre rédactionnelle.” Triste mais hélas si juste constat. C’est celui qui m’a fait cesser d’acheter et de lire, en dehors des articles sur Google actualités, quotidiens et newsmagazines (en témoigne l’indigent interview de Jean Sarkozy dans le Point) à l’exception notable du journal La Croix et de notre volatile nationale (ce dernier avec modération).

    Ceci dit, je crois que l’indigence des articles incombe prioritairement à leurs auteurs. Sur les causes, je suis partagé: absence de travail, conformisme, esprit de cour trop important, sentiment d’appartenir à une élite… Un mélange probablement mais le fait est que les lecteurs s’en sont rendus ou s’en rendent compte de plus en plus, d’où le décrochage actuel. Les pseudo-conseils des consultants et autres éditeurs de presse ne font qu’achever (”plus une entreprise était en difficultés, plus elle avait tendance mécaniquement à prendre de mauvaises décisions pour tenter de s’en sortir”) le plus souvent le processus plutôt qu’ils ne le suscitent. C’est exactement la même chose pour la radio ou la télé où il devient de plus en plus difficile, voire impossible en ce qui concerne la TV, de trouver un journal qui tienne la route (où on n’enfile pas les perles pendant 30 longues interminables minutes et où la flagornerie et la brosse à reluire sont absentes). Heureusement, il reste le net et ses blogs de qualité. Pour encore combien de temps, je me pose la question?

    Bonne soirée

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  19. Rémi a écrit :

    Histoire d’illustrer un peu votre propos, et en particulier la fin, par un cas pratique : je ne suis pas un acheteur de journaux, même si je suis un gros lecteur. J’imagine que c’est une question d’habitude et d’éducation, entre autres (et pourtant, il y avait toujours le Monde du jour à la maison…). C’en est au point où je n’ai que rarement envie d’acheter un journal, même quand je n’ai rien d’autre à lire pendant un voyage, j’achète plus facilement un livre.

    Il n’y a que deux exceptions : Courrier International et the Economist. Deux journaux (enfin, magazines ?) avec lesquels je ne suis pas forcément d’accord (je suis même rarement d’accord avec the Economist), mais deux journaux qui proposent des articles longs et souvent denses. Trop, même, je n’arrive que rarement à finir les numéros que j’achète (et c’est entre autres pour ça que je ne les achète pas plus souvent !), mais je ne suis jamais déçu. Il faut faire attention à ce qu’on lit, oui, mais c’est autrement plus intéressant que… finalement, presque toutes les autres sources d’information que je lis, papier ou informatique !

    Un bémol tout de même : je crois que la longueur et la complexité payent, mais pour des analyses. Pour des faits initiaux (genre un événement, une déclaration), j’ai tendance à préférer des brèves brutes à des articles longs qui, à trop vouloir en faire trop vite, finissent par être un assemblage de choses qui n’ont rien à voir, un n-ième rappel des faits, une pseudo-analyse qui ne tient pas la route ou un empilage de témoignages sans intérêt.

    Je crois que les deux, articles courts et vivants et articles de fond longs, ont leur place. C’est certainement une erreur de vouloir faire un journal avec uniquement des brèves (en tout cas un journal papier, c’est différent sur internet où la vitesse de réaction peut offrir une valeur à un flux d’informations brèves mais en continu), mais je crois que ça serait aussi un erreur de vouloir faire un quotidien avec uniquement des articles longs.

    Aliocha : je vous rejoins entièrement. Si je force non pas le trait mais au moins ma position ici, c’est parce que je pense que le balancier va trop loin et qu’il faut arrêter de raccourcir. Maintenant un journal est évidemment un savant mélange de formats et de sujets. Le problème, c’est que lorsqu’un consultant parle de réduire les formats en s’appuyant sur une étude lecteurs “révélant” qu’ils n’ont pas le temps de lire, tout le monde traduit par : réduisons les formats. J’ai assisté à ce type de réunion. Or, c’est plus compliqué. L’intérêt d’une étude de lectorat dépend des questions posées, et surtout de l’analyse qu’on en fait et des conclusions qu’on en tire. Je crois que beaucoup ne savent pas utiliser ces travaux.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  20. Gaëlle a écrit :

    J’ai apprécié votre papier. Comme vous, les articles longs ne me rebutent pas (qu’ils soient dans la presse écrite ou sur un blog). La question est : faut-il aller dans le sens du lecteur (c’est-à-dire écrire des articles de plus en plus courts, multiplier les entrées, faire des mises en page propices au zapping) pour plaire ou faut-il résister aux sirènes et continuer à “éduquer” le lecteur, avec le risque d’en perdre quelques-uns en route ?

    En tout cas, moi, j’aime bien les bons grands papiers, cela permet de plonger dans un style, une “histoire”…

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  21. ranide a écrit :

    Je partage votre sentiment.

    Je me suis abonné à la formule internet complète de Libération (considérant que si on veut de la qualité il faut accepter de payer) mais je vais me désabonner car je suis très déçu. Il est vrai que plus on réduit la taille des rédactions et moins on se laisse de chance de faire du journalisme de qualité.

    La comparaison des deux offres internet est à ce point de vue intéressante : la formule légère (la moins chère)vous donne accès aux articles de l’édition du jour (que vous trouverez gratuitement sur le site le lendemain) mais sans le pdf, l’accès aux archives du journal ; la formule complète (donc la plus chère) rajoute la possibilité d’accéder au journal du jour en pdf, la possibilité de “voir” le journal du lendemain en train de se faire, plus des avantages dit club (qui si j’ai bien compris consistent en des réductions sur divers événements ou produits culturels). En ce qui concerne le contenu du journal, le “plus” est très limité : seule l’édition pdf du jour est accessible et le pdf est verrouillé de sorte qu’il n’est pas possible d’imprimer, d’extraire une page ou de copier-coller ; bref l’usage du journal-pdf pour le lecteur est bien plus contraint que le journal-papier, que je pourrais photocopier ou dont je ne pourrais conserver qu’une page. La possibilité de voir le journal du lendemain en train de se faire relève du gadget. Finalement il ne reste que les avantages club pour ceux qui sont clients.

    Cela revient à dire que Libération considère que des avantages annexes à son activité journalistique justifient le doublement du prix de l’abonnement sur internet. C’est un état d’esprit qui me paraît très révélateur.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  22. Yepok a écrit :

    Lien permanent… Il est pourtant indiqué “Long bitch
    Par Miss SFW le mercredi, octobre 21 2009, 18:57 – Méditations mystico-gélatineuses – Lien permanent “. (et ça donne http://www.lemonz.info/blog/dotclear/index.php?post/2009/10/21/Long-bitch )
    Ça ne vous réussit pas de faire la Ségolène blonde. ;-D
    (à moins que la miss l’ait ajouté dans la demi-heure qui vient de s’écouler)

    Aliocha : Le pire, c’est que je ne le vois toujours pas….merci pour votre aide précieuse, il faut en effet que j’arrête de jouer la ségolène blonde.

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

  23. Yepok a écrit :

    Lien permanent… Il est pourtant indiqué “Long bitch
    Par Miss SFW le mercredi, octobre 21 2009, 18:57 – Méditations mystico-gélatineuses – Lien permanent “. (et ça donne http://www.lemonz.info/blog/dotclear/index.php?post/2009/10/21/Long-bitch )
    Ça ne vous réussit pas de faire la Ségolène blonde. ;-D
    (à moins que la miss l’ait ajouté dans la demi-heure qui vient de s’écouler)

    (Ce commentaire a été initialement posté sur La Plume d’Aliocha)

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    [...] Un billet magnifique : l’histoire vraie de Jade. C’est fort, poignant, dérangeant, émouvant, encourageant, profond humain… Un long [...]

  27. [...] “Petite fille”, sur le blog de Maître Mô. Merci, Maître. AKPC_IDS += "588,"; Partagez cet article : [...]

  28. [...] en lisant (j’ai cru que j’allais devenir aveugle d’émotion en lisant) : Petite fille, chez Maître Mô. Maintenant, si je pense “Jade”, je suis submergée par une vague [...]

  29. ePitre a écrit :

    Grand Mô, à petits mots…

    Un grand Mô ! À petits mots, à petits pas, maître Mô nous entraine dans l’histoire terrible de Jade. Au fil des mots, dans la crudité de phrases simples, il décrit des moments terribles. Au bout du compte, cette histoire atroce est terriblemen…

  30. Archiguy a écrit :

    [...] prendre le temps de le lire) dont j'ai repris quelques phrases mais qui permet de voir au delà Jade a maintenant sept ans. C’est une jolie petite fille, avec d’immenses yeux bleus. E… :: Allez mesdames et messieurs, un p'tit comment pour la route? [...]

  31. [...] - ”Je suis subjectif : j’adopte la vérité de mon client, c’est mon métier. Et n’est-ce pas finalement ce qui me rend plus humain que n’importe quel juge, par essence objectif, ce qui n’existe pas ?” Article très dur à lire, j’ai pris une grosse claque et je pense que c’est la première avec un blog. L’article à lire jusqu’à la fin ici [...]

  32. Stéphane Deschamps a écrit :

    [...] est une femme magnifique, bravo à elle #justice http://maitremo.fr/2009/10/14/petite-fille/ (via Maître [...]

  33. [...] Il est des occasions lors desquelles le droit et l’écriture se rejoignent pour toucher la grâce. [...]

  34. LordPhoenix a écrit :

    [...] http://maitremo.fr/2009/10/14/petite-fille/ a few seconds ago from IdentiFox [...]

  35. [...] lire sur le blog de Maitre Mô [...]

  36. [...] Jade, ou la petite fille et le pervers By laura Une histoire bouleversante, extraordinaire. [...]

  37. [...] Petite fille… | Maître Mô [...]

  38. [...] viens d’avoir connaissance de ce billet, très dur. Je vous préviens, ce n’est pas une histoire facile à lire, ça fait mal aux [...]

  39. Twitted by Grajon a écrit :

    [...] This post was Twitted by Grajon [...]

  40. [...] This post was Twitted by OnoTachibanana [...]

  41. [...] This post was Twitted by shmavocat [...]

  42. Twitted by mrboo a écrit :

    [...] This post was Twitted by mrboo [...]

  43. Twitted by neimad85 a écrit :

    [...] This post was Twitted by neimad85 [...]

  44. Twitted by rimbus a écrit :

    [...] This post was Twitted by rimbus [...]

  45. [...] This post was Twitted by Heraclite [...]

  46. [...] This post was Twitted by noremorsefr [...]

  47. [...] This post was Twitted by addikt1ve [...]

  48. [...] This post was Twitted by ysbaddaden [...]

  49. [...] This post was Twitted by ladyteruki [...]

  50. [...] This post was Twitted by AlexPouchard [...]

  51. Twitted by okhin a écrit :

    [...] This post was Twitted by okhin [...]

  52. [...] This post was Twitted by TheSamFrom1984 [...]

  53. [...] This post was Twitted by jeremyjoly [...]

  54. [...] This post was Twitted by JeandelaXR [...]

 

 

FIN DES COMMENTAIRES - MAIS ATTENTION !


Suite à la pénétration inéluctable de la modernité numérique dans le monde judiciaire, il a bien fallu que je m'y (sou)mette moi aussi : les commentaires sont désormais "imbriqués", ce qui ne signifie pas qu'ils s'accouplent, mais que l'on peut y répondre directement, la réponse s'affichant alors non plus ici, mais sous le commentaire concerné ci-dessus...


Le fait que vous n'en aperceviez pas de nouveau à cet endroit ne signifie donc pas qu'il n'y a en pas eu... (Et là vous me direz : "Mais alors, il faut les chercher..?" Et je vous répondrai, avec la franchise qui me caractérise, et dans l'attente n'en doutez pas d'une nouvelle amélioration géniale : "Oui !"

 

Votre commentaire

 

HUMBLES RECOMMANDATIONS - MÔ-DE D'EMPLOI


Les articles de ce blog, contrairement aux décisions de justice, peuvent être commentés en tous sens, en vous remerciant simplement par avance de bien vouloir faire des phrases et non pas des sms...


La barre d'outils ci-dessous vous permet quelques petites mises en forme, et même de vous corriger (aux gentils webmasters, je signale que cette barre d'outils n'incluant ni bugs ni ralentissements vient de Code4Fun.). Après envoi, vous disposerez de quelques minutes pour éditer votre commentaire et y apporter une modification, si vous le souhaitez.


Si vous n'avez pas encore votre représentation personnalisée sur le Web, vous pouvez l'enregistrer trés facilement sur Gravatar , selon une procédure, évidemment gratuite, trés rapide et simple : c'est plus joli d'avoir à côté de vos MÔ´s l'avatar que vous vous serez choisi vous-même, plutôt que l'austère et symbolique avocat noir qui s'affichera à  défaut...


Enfin, merci de n'insérer que deux liens au maximum dans le texte de votre commentaire : il serait, au-delà, irrémédiablement et automatiquement détruit en tant que spam...


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