Histoire noire III

III GARDE A VUE


Jean-Marc est, littéralement, vidé, liquéfié, anéanti.

Il y a quatre heures, il somnolait devant sa télé avec sa femme. Maintenant il se les gèle sur un banc en bois, dans une cellule, avec deux pochards et un jeune type qui vend de la drogue; il n’a plus ni lacets, ni ceinture, ni aucun objet d’aucune sorte, même pas sa montre, il n’a que son alliance. Il a faim, il a froid, il a mal. Et il a peur.

Ils n’avaient pas dit grand chose, finalement, pour des gens qui voulaient "parler", mais ils ont très rapidement lancé la bombe : "Vous êtes accusé d’un chose très grave… Quelqu’un a déposé plainte contre vous pour viol".

Jean-Marc et sa femme se sont regardés, leurs deux visages complètement ahuris, pendant que les policiers scrutaient ses réactions -il n’en a eu aucune autre, juste la bouche grande ouverte…

"Vous ne voyez pas du tout ?" Ah non, il ne voyait pas du tout, il est abasourdi, et il souriait presque, tant cette histoire lui semblait incongrue et invraisemblable… "Mais qu’est-ce que..?"

Christelle, l’air soudain sévère, manifestement agacée par son sourire d’abruti, ne lui a pas dit de quoi il s’agissait précisément; mais elle a expliqué qu’ils allaient devoir en parler, mais que les faits étaient graves, suffisamment pour les avoir fait se déplacer de suite, et elle a ajouté, mais ça Jean-Marc ne l’entend réellement que maintenant (comme son expression, "les faits", pas "les accusations" ou "les faits supposés"…), que s’il avait quelque chose sur la conscience, il pouvait se libérer tout de suite, le leur dire immédiatement…

Il était naïf, et pour cause, et leur a proposé de s’asseoir, bien évidemment tout disposé à "en parler"… Ils ont décliné l’invitation, et lui ont expliqué ce qu’il n’avait pas encore compris : la procédure voulait qu’on l’interroge "dans les formes", et ces formes, ça se passait au Central, et sous le régime de la garde à vue. Il pouvait tout à fait ne pas venir immédiatement, d’ailleurs, comme il voulait -mais alors ils reviendraient tôt le lendemain matin, et puis ça n’était peut-être pas un gage de bonne foi, puisqu’apparemment il ne voyait pas ce qu’il aurait pu faire de mal, autant s’expliquer tout de suite, ça ne pourrait pas être bien long…

Manu, sa femme, a demandé timidement ce que ça voulait dire "garde à vue", apeurée surtout par ça; l’homme a répondu : "Pas grand chose, Madame. C’est juste la loi, quelqu’un qui est accusé comme votre mari, on l’entend dans ce cadre-là, ça veut juste dire qu’il est chez nous…"

Jean-Marc n’a pas réfléchi une seconde, il l’a rassurée tout de suite : "Bon Chérie, écoute, j’y vais tout de suite, on en aura le cœur net, t’inquiète pas il y a eu une erreur, évidemment, autant régler ça maintenant…"

Il a remis son blouson, et suivi Christelle et son collègue sans difficulté aucune, évidemment, pressé d’en finir, pressé de lever la moindre once d’ambiguïté sur l’histoire totalement atterrante qui lui valait leur visite et ne pouvait, décidément, qu’être une erreur -il allait le regretter toute sa vie, mais il y était allé sans même embrasser Manu…

___________

Christelle et son collègue n’ont rien dit dans la voiture. Il avait essayé d’engager la conversation, de leur parler de leur métier, de leurs horaires, mais il n’avait obtenu que des réponses laconiques et manifestement peu amènes, et il avait laissé tomber.

Il avait réfléchi, aussi, à fond, mais ne voyait décidément pas du tout à quoi tout ceci pouvait correspondre. Une ex’ d’avant Manu ? C’était possible, mais invraisemblable, il avait gardé des relations correctes avec ses anciennes amies, et c’était vieux… Non, ça ne pouvait être qu’une erreur complète, totale, on se trompait de bonhomme, une homonymie, va savoir…

Il en était là lorsque la voiture était arrivée sur le parking devant le Central (il connaissait, il y était venu déposer plainte deux fois déjà, un vol de voiture et les violences légères d’un gamin, au lycée), lorsque tout à coup, un prénom lui avait sauté à l’esprit, le lien entre l’incident de tout à l’heure et ces policiers s’établissant soudain : "Dalila" ? Oui mais non, impossible, elle n’était pas dingue et…

Pas eu le temps d’y penser plus, ou mieux, les policiers lui demandaient de sortir, et l’accompagnaient au commissariat.

Jean-Marc y découvrait immédiatement que c’était un peu plus que ce que le flic en avait dit à Manu, une garde à vue…

Il était passé par l’accueil, puis dans des couloirs, en croisant d’autres policiers, certains en tenue et d’autres en civils, mais qui tous apparemment étaient autorisés à savoir pourquoi il était là, le demandant à Christelle ou à l’autre, et obtenant à chaque fois un laconique "viol", à l’énoncé duquel les visages se fermaient ou devenaient méprisants.

Il avait commencé à avoir peur, sortant enfin progressivement d’une sorte d’inconscience qui l’avait enveloppé jusque là, depuis qu’il avait ouvert la porte…

Il avait du remettre à un policier tout ce que contenaient ses poches, et aussi les objets qu’il portait; et ôter les lacets de ses chaussures, sa ceinture; subir une fouille à corps des plus poussées, à poil, caleçon baissé, devant quatre ou cinq types goguenards -"Il y a un local pour ça, en principe, mais on ne va pas s’emmerder à cette heure-ci", avait dit l’un d’eux pendant qu’un autre lui demandait de se baisser et de tousser. Il avait protesté tout de suite, ça, dès qu’on lui avait demandé ses objets; la réponse avait été tellement cinglante, "tu te tais et tu donnes tes trucs, c’est comme ça", le tutoiement, le ton méprisant, il s’était raisonné immédiatement en essayant de se dire que c’était normal, que c’était la règle…

On lui avait dit qu’on pouvait prévenir quelqu’un de sa présence ici, il ne l’avait pas jugé utile, Manu savait. Est-ce qu’il voulait un médecin, avait-on demandé sans qu’il ne comprenne pourquoi, et il avait répondu non. Et un avocat ? Là, il avait hésité, tout son être lui disant qu’il n’en avait aucun besoin, mais une petite voix lui rappelant qu’il était manifestement entré à l’instant dans un monde hostile… Oui, tout bien réfléchi, il voulait un avocat. Le flic avait froncé les sourcils : "Tu es sur ? A cette heure-ci un vendredi soir, si tu n’en connais pas,  tu auras le baveux de permanence, un jeune qui n’y connaît rien, et puis… T’étais pas innocent, toi ?" Jean-Marc avait trouvé suspecte l’insistance du flic à le faire renoncer, et il avait maintenu, confirmant qu’il ne connaissait aucun avocat (pour les affaires dont il avait été victime, c’est sa mutuelle d’enseignant qui le lui avait fourni, et il n’avait eu aucun contact avec lui), et faisant donc le choix d’un avocat commis d’office.

Il s’attendait, après ces "formalités", qui toutes, déjà, l’avaient heurté, à être immédiatement interrogé, mais non : on l’avait placé ensuite dans une cellule, point. Sans un mot d’explication.

Il y était resté deux heures, pensait-il, à la fois sidéré, au sens propre, en état de sidération; et à la fois plongé dans des affres de réflexions sur ce qui lui arrivait : il était, évidemment, certain de son innocence, la question n’était pas là, il voulait juste savoir enfin ce qui se passait, ce qu’on lui reprochait, qui, quoi et quand, bon sang, qu’on règle ça vite, qu’il sorte de là, que cette méprise se termine…

Plus il y pensait, plus l’hypothèse Dalila lui semblait plausible, justement aujourd’hui, et avec une fille dont le comportement l’avait lui-même alerté… Mais enfin, ils avait bien dit "viol" ? Il y avait forcément des preuves que non, jamais, des indices techniques, l’ADN, tous ces trucs dont on parlait si souvent à la télé… Et puis i n’y avait rien à faire, il n’imaginait pas Dalila l’accuser aussi gravement, et encore moins qu’on puisse croire un truc pareil…

Il comprenait bien que les policiers faisaient leur travail, mais bon sang, il n’avait strictement rien fait, on le traitait comme un bandit, d’office, sans même avoir suscité un commencement d’explications de sa part… Il avait la tremblote, et ne savait plus trop si c’était à cause du froid ou par trouille, ce sentiment insidieux qui montait en lui sans qu’il n’y puisse rien…

Le type du Quart était venu le chercher alors qu’il n’en menait pas large, et lui avait dit qu’il allait rencontrer l’avocat de permanence; on l’avait amené dans une pièce minuscule, un cagibi, avec une vitre à trous, et il avait attendu là ce qu’il fallait bien appeler "son" avocat… Incroyable, invraisemblable, Jean-Marc était cette nuit là en garde à vue au Central et attendait son avocat qui l’aiderait à faire face à une accusation de viol dont il ignorait tout : il en aurait sûrement ri, ailleurs, mais là…

___________

Barnabé Mussipont était un bon avocat, mais un bon avocat fatigué.

Il portait encore bien sa quarantaine débonnaire, cette nuit là, mais son visage s’était creusé au rythme des appels particulièrement nombreux dont il avait été destinataire depuis sa prise de permanence à dix-huit heures -une dizaine en tout, dont une sorte de taré qui avait voulu le frapper, ce qui avait fait rire les flics, mais lui moins, merde à la fin…

Il n’aurait jamais dû se trouver là, c’était la permanence de l’une de ses collaboratrices, lui n’en faisait plus tellement, désormais; mais bon, Madame avait décidé d’accoucher cette nuit là, il ne pouvait quand-même pas refuser de la remplacer… Il souriait, en roulant dans le noir vers le type à l’origine de son onzième appel de la soirée, en pensant à Coralie, et en espérant que tout se passait bien pour elle -ce n’était pas faute de lui avoir demandé de s’arrêter plus tôt, mais elle faisait du pénal non seulement pour lui, mais aussi désormais pour elle-même, à titre personnel, et il était bien placé pour savoir qu’on ne s’arrête pas, jamais…

Il restait concentré : un vendredi soit, les rues de Lille étaient pleines de bagnoles conduites par des types bourrés, ou commençant à l’être, qui avaient entrepris de se poivrer dans les bistrots avant d’aller se finir en boîte en Belgique… "Il faut bien que j’aie de nouveaux dossiers", souriait-il derechef, arrivé sans encombres sur le parking du Central, rempli de véhicules de police comme toujours, et s’y garant derrière l’un d’eux; le planton était aussitôt venu lui demander de bouger, il avait expliqué qu’il était avocat et venait voir un gardé à vue, le type avait laissé tomber sans y mettre trop de joie.

Il avait, comme toujours, discuté le bout de gras avec les policiers qui étaient, eux-aussi, de garde, et ça fait longtemps qu’on ne l’avait pas vu, et comment vont les affaires ("Comme les vôtres, ah-ah-ah !"), et c’est toujours aussi joyeux ici (l’accueil du Central ressemblait à celui d’une piscine désaffectée, carrelage ébréché sale partout, un comptoir truffé de coups en bois bas de gamme, des affichettes déchirées dont la plus récente parlait d’un concours vieux de trois ans…), on lui avait proposé le café qu’il avait accepté, pendant qu’on prévenait l’OPJ en charge de cette affaire de sa venue -il avait ainsi appris que c’était Christelle, qu’il connaissait, et avait aussitôt pris le type qu’il venait voir en pitié : elle était dure.

Christelle était descendue de son bureau, manifestement fatiguée, elle aussi, et l’avait salué : regard franc et direct, mais il savait qu’il n’aurait rien d’elle. La loi voulait que l’OPJ n’ait pour obligation que de l’informer de la raison juridique de la présence en garde à vue du bonhomme, Jean-Marc Caron, et c’est tout -"c’est un viol"; beaucoup de flics donnaient plus d’informations, le plus souvent fiables, et renseignaient un peu l’avocat, qui débarquait et n’avait aucun accès légal au dossier à ce stade; mais pas elle. Il respectait son travail, c’était un bon policier, mais elle était dure, et faisait partie de ces gens, chez les flics comme les magistrats, qui font leur métier avec la conviction qu’ils ont une mission, un rôle quasi divin, celui de protéger les innocentes victimes : bons, mais dangereux, car ne cherchant qu’à l’aune de cette conviction.

Elle avait quand-même souris : "Oh là, Maître Mussipont en personne ! Je ne savais pas que mon type était si important..!"; il avait été flatté, comme un con, mais avait expliqué que c’était un hasard, qu’il était de permanence, pour une fois – et qu’il ne défendait, répondit-il en souriant, "que des innocents, mais tous les innocents"…

Et puis elle l’avait amené à la porte du réduit où, de l’autre côté d’une vitre, Jean-Marc Caron l’attendait.

Il était ressorti de là exactement vingt-deux minutes plus tard, inquiet et troublé.

Oui, il était avocat pénaliste depuis des années maintenant, il connaissait le mensonge comme on connaît son pire ennemi, ou son meilleur ami; il s’était parfois fait avoir, mais pas si souvent que ça, et de plus en plus rarement, à mesure que son expérience à lui grandissait, et qu’il entendait les mecs raconter tout et son contraire…

Et là, il avait bien l’impression que Jean-Marc Caron était un type tout ce qu’il y a de normal et honnête, et avait fortement envie de le croire lorsqu’il disait ne même pas savoir encore pourquoi il était là, mais en tout cas n’avoir rien à se reprocher…

Jean-Marc, très déçu que l’avocat ne puisse lui apporter d’informations nouvelles, lui avait aussi parlé rapidement de Dalila, et il avait semblé à Maître Mussipont qu’effectivement, cette histoire était trouble, et pouvait peut-être être concernée…

L’avocat avait, surtout, dans ce temps très limité, fait ce pourquoi il était principalement utile : lui avait souris, lui avait passé une cigarette allumée par un trou de la vitre, lui avait confirmé qu’on allait l’interroger, à plusieurs reprises, qu’on allait probablement lui "mettre la pression", peut-être lui mentir, lui dire par exemple que sa propre femme avait dit le suspecter, qu’il ne fallait croire que ce qu’on lui ferait lire et qui serait signé; s’exprimer clairement, à son tour, pas avec des phrases d’intellectuel qu’il était, mais avec des réponses directes et précises, dont les termes ne seraient pas, plus tard, retournés contre lui; rester poli et courtois quelle que soit l’attitude des gens qui l’interrogeraient, mais ferme aussi : ne pas varier, rester concentré, relire ses déclarations avant de les signer.

Il lui avait appris que la garde à vue ne pouvait légalement durer au plus que quarante-huit heures, et que quoi qu’il arrive dans le pire des cas il sortirait de là à l’expiration de ce délai, avec en gros à la clé soit une libération pure et simple et un retour chez lui, soit un transport au Palais et une mise en examen par un juge d’instruction.

L’enjeu était celui-là; alors il fallait répondre, bien sur, à tout, et en répondant être prudent, ne pas se saborder soi-même, mais en même temps tâcher de convaincre quelqu’un qui par nature, était a priori probablement convaincu, au contraire, que Monsieur Caron était coupable…

Celui-ci l’avait remercié lorsqu’il se levait pour partir, et un courant de sympathie mutuelle était manifestement passé -Barnabé Mussipont lui avait expliqué que, si sa tête lui revenait, il ne fallait pas hésiter à le désigner le moment venu, lors de son arrivée au Palais; ou bien le contacter une fois reposé s’il était libéré.

Mais il était inquiet.

Jean-Marc lui était apparu très naïf, comme si souvent, mais aussi assez fragile, finalement, et déjà très atteint par le début de sa garde à vue… Il s’était dit convaincu d’une erreur pure et simple, et en conséquence certain qu’on le libérerait rapidement… Il avait dû lui expliquer comme il pouvait que ce n’était, peut-être, pas forcément aussi simple… Mussipont ne savait pas comment il affronterait la suite -qu’il avait l’avantage sur Jean-Marc de bien connaître, et qui n’allait pas exactement être un chemin pavé de roses, surtout sous la férule de Christelle…

Il croisa à nouveau celle-ci avant de repartir, qui lui demanda s’il avait des observations écrites à formuler. Il lui confirma que non, mais que Monsieur Caron ne savait pas pourquoi il était là, sincèrement, et lui faisait l’effet d’être un mec bien, et cette fois il ne souriait pas.

Elle non plus quand elle lui répondit : "C’est ce qu’il vous dit, qu’il ne sait pas pourquoi il est là… Faut croire que même des mecs biens violent des gamines !"

Seize ans de Barreau, une bonne connaissance du pénal, et même de cette femme, archange de l’accusation, mais il ne s’usait pas trop, et partit une fois de plus au quart de tour :

"Attendez, Lieutenant, attendez, sérieusement : ce type m’a fait une impression sincère, il n’a aucun passé judiciaire, il a eu le temps de me dire qu’il pensait être apprécié des élèves… Alors attention, on n’a peut-être pas à le condamner tout de suite, avec vous en accusatrice et en juge et moi en défenseur aveugle, non ? Je ne sais pas ce que vous avez, mais je vous dis que jusqu’à preuve contraire moi je le crois, je vous dis qu’il y a de vrais innocents, et je vous dis de faire attention aussi à ça !"

Il avait monté le volume, l’OPJ fit immédiatement de même : "Il va le savoir, ce qui lui est reproché et ce que j’ai, vous le savez très bien, et si je n’avais pas attendu votre visite avant de l’interroger il le saurait déjà, mais vous m’en auriez fait le reproche ! Et je n’ai absolument pas à vous dire ce que j’ai, mais sachez qu’une ado l’accuse formellement, qu’on a constaté des choses, et que je n’ai pas besoin qu’on me rappelle que s’il est innocent, si cette gamine que j’ai moi-même entendue me mentait, il n’a rien à craindre, ne vous inquiétez pas. Bonsoir !"

Elle avait tourné les talons aussi sec, il s’était aussitôt reproché de l’avoir énervée, et, au planton qui lui faisait un petit geste de la main genre "ouh ça chauffe", fit un petit sourire crispé…

On lui rendit son portable de permanence avant qu’il ne remonte dans sa voiture, et Maître Mussipont, tout en constatant qu’il avait un nouveau message et décidément ne dormirait pas cette nuit là, redémarra vers un autre commissariat en se disant que Jean-Marc Caron n’allait pas passer une bonne nuit, lui non plus…

___________

Jean-Marc vit repartir l’avocat avec une boule au ventre, seul désormais pour affronter une chose totalement inconnue.

Il était totalement ahuri par le fait que même l’avocat ne sache rien de son affaire.

Le type était sympa, sinon, et au moins il savait à quoi s’en tenir sur les suites, et lui était fermement convaincu qu’il serait vite libéré, c’était et ça ne pouvait être qu’une erreur ! Maître Mussipont lui avait dit qu’il ne fallait pas y penser pour l’instant, juste se concentrer sur les réponses -et il s’y connaissait manifestement, faisant mentir le policier de tout à l’heure…

Mais enfin bien sur que si, il pensait au moment où ça s’arrêterait, au moment où on lui rendrait ses affaires avec un petit mot d’excuse, et où il repartirait chez lui !! Il ne pensait même qu’à ça, et avait encore plus hâte qu’on le questionne, à présent -même s’il n’était pas sot, et avait écouté l’avocat, qui l’avait enjoint à la plus grande prudence, "innocent ou pas", dans ses réponses, "ne pas tendre le bâton pour se faire battre", d’accord, d’accord, il comprenait…

La femme qui était venue chez lui était enfin venue le chercher : "Allez, Monsieur Caron, on y va…".

Il avait bondi de son banc, et l’avait suivie dans des escaliers et vers un bureau minuscule encombré d’un fatras de papiers et de dossiers en tous genres; elle s’était assise derrière, lui avait fait signe de prendre place sur l’unique vieille chaise qui restait, en face d’elle, presque derrière l’écran informatique; elle l’avait regardé quelques secondes, et ça avait commencé :

"- Alors, vous avez réfléchi ?

- Il n’y a pas à réfléchir, vous savez, je voudrais savoir de quoi on m’accuse, et je n’ai jamais rien fait de mal, à personne.

(Elle l’avait regardé encore, avait soupiré, puis : )

- …Bon. Est-ce qu’il y a eu un incident quelconque, tout récemment, au lycée ?

- Ah ! C’était donc bien ça ! Dalila !! Alors oui, mais je…

- Je croyais que vous ne saviez pas de quoi vous étiez accusé, et que vous n’aviez jamais fait de mal..?"…

Jean-Marc est maintenant assis sur un banc en bois, dans une cellule. Il n’a plus ni lacets, ni ceinture, ni aucun objet. Il a faim, il a froid, il a mal. Et il a peur.

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  1. 21
    DMonodBroca

    Nous avons tendance toujours, et nous avons raison, à prendre le parti de la victime.

    Dans le récit du viol, nous prenons le parti de Dalila, victime de son oncle, et nous sommes catastrophés par ce qui lui arrive.

    Dans le récit de la garde à vue, nous prenons le parti de Jean-Marc et suivons son histoire avec émotion

    Qu’ai-je dit là ? Si Jean-Marc est la victime, c’est que la police est le bourreau !

    Comment en sommes-nous arrivés là ?

    Dans son discours devant la Cour de Cassation, M. Sarkozy fait référence à Antigone et Créon. Manifestement, sa phrase est sans ambiguïté, il aimerait être un Créon bon, un Créon défenseur d’Antigone. Il montre par là, avec sincérité, qu’il sent le problème. Mais sa solution n’est qu’illusion ! Créon défenseur d’Antigone, la police défendant les coupables, c’est impossible ! Et c’est cette illusion, partagée avec tant d’entre nous, qui fait que nous sommes là où nous sommes. Et qui fait que notre police et notre justice, chargées de soulager les victimes, deviennent des pourvoyeuses de victimes !…

    Le chemin pour sortir de là ?

    C’est de distinguer les mauvaises actions des bonnes, bien sûr, mais jamais, jamais, jamais distinguer les bons des méchants.

    L’oncle de Dalila, d’après le récit, a commis une action affreuse, mais ce n’est pas un mauvais homme. D’ailleurs je ne le connais pas, comment pourrais-je dire qu’il est ceci ou cela ? Il est mon semblable, c’est tout ce que je sais et je le sais de science sûre.

    Christelle, d’après le récit, commet une mauvaise action en mettant en garde à vue comme elle le fait, mais ce n’est pas une mauvaise femme. D’ailleurs je ne la connais pas… elle est mon semblable…

    Ceux qui donnent aux policiers pour instruction de faire du chiffre, d’être efficaces,commettent une mauvaise action. Mais ils ne sont pas de méchants hommes…

    Nous sommes semblables. Egalement bons et méchants, tous autant que nous sommes

    Ne nous préoccupons pas trop des victimes des autres, préoccupons nous d’abord des nôtres.

    Les seules victimes que nous pouvons encore épargner sont celles que nous ferons si nous continuons à nous comporter en bourreaux.

    Ne nous considérons pas comme bons, ne considérons pas l’Etat comme bon, essayons de bien nous conduire…

    (Je ne suis pas sûr d’être compréhensible mais tant pis, je laisse ce texte…)

    1. Si, DMonodBroca, c’est clair, et vous avez tellement raison…
      Mais…
      L’âme humaine.
      Et pour une fois sans aller dans mes exemples à moi d’avocat pénaleux, deux autres effarantes et récentes démonstrations : ce père que l’on ose juger, et condamner, pour avoir oublié son enfant, ce père dont je ne doute pas une seconde qu’ayant perdu déjà tout le reste, il aurait donné sa vie pour que son fils revienne… Cette mère que l’on ose juger, et condamner, pour avoir voulu que sa fille handicapée cesse de souffrir…
      Nous marchons sur nous-mêmes, DMonodBroca, à longueur de temps.
      Le bien et le mal ne sont progressivement même plus en cause.
      Je suis persuadé qu’un jour, "on" (et je ne sais vraiment pas qui) jugera nos générations et les suivantes pour…
      Avoir tué les hommes.
      C’était mes rares pensées noires du matin tôt : c’est malin..! :arrow:

      1. 21.1.1
        DMonodBroca

        Oui je crains aussi que notre génération soit mal jugée dans l’avenir. Et d’abord pour la façon dont nous jugeons sans cesse autrui.

        "Ne juge pas, ô homme, puisque tu fais la même chose toi qui juge" (citation tirée je crois des Actes de Apôtres)

        Sur ce père et le drame de la mort de son petit garçon mort, j’avais écrit ceci que le courrier des lecteurs du Figaro avait publié :
        "Un homme, distrait, tombe dans un escalier, se casse la colonne vertébrale et reste paralysé à vie. Personne ne songerait à le poursuivre pour coups et blessures infligés à lui-même. N’est-ce pas pourtant ce qu’on a fait, ou presque, en poursuivant un père dont la distraction avait coûté la vie à son petit garçon, oublié dans une voiture en plein soleil. Ce père, en étant meurtrier de son fils, ne s’est-il pas infligé à lui-même, et à son épouse, le plus épouvantable des coups, la plus inguérissable des blessures ? A quoi bon le juger ? Cela n’a pas vraiment de sens."

        Sur cette mère qui avait abrégé les souffrances de sa fille handicapée, je suis un peu plus hésitant que vous, je l’avoue, mais je ne connais pas le cas et vous avez fondamentalement raison : qui mieux que la mère peut savoir comment agir ?

        Cela nous amène à une question importante, question proche du sujet de Histoire Noire : quelles sont les limites du droit de regard de la société sur ce qui se passe dans la famille ?

        La tendance actuelle est de penser que la société a pour mission de faire cesser toutes les turpitudes commises dans le huis-clos familial. Mais à exposer ainsi la famille, ne l’affaiblit-on pas et ne favorise-t-on pas les turpitudes qu’on veut combattre ?

        Si la famille n’est pas le lieu ou s’amorce la socialisation, où s’amorce-t-elle ? Et si elle est ce lieu, ne doit-on pas lui faire confiance ?

        1. 21.1.1.1
          Maître Mô

          Oui… Et puis, dans ce cas du père dont l’oubli a causé la mort de son gosse, bon sang… Quel intérêt d’ajouter un jugement juridique, quel qu’il soit, à celui, effroyable, auquel cet homme ne peut désormais que se trouver soumis de lui-même… Quand je pense à ce couple, il faudrait qu’il soit d’une telle force…
          Cette ingérence du droit dans cette dramatique histoire, et donc du regard de la société, était une ineptie, au mieux; au pire, un drame sur le drame, délibéré…
          C’est le Parquet qui a "l’opportunité des poursuites", et a donc ici trouvé celles-ci opportunes… Et on voudrait qu’il ait désormais la charge du bien mené de l’instruction : au secours.

    2. 21.2
      tinotino

      Votre discours DMonodBroca, fait parfaitement ressortir la binarité des choses, celle qui contribue à ranger les faits, les humains dans des cases sans interversions possibles. Or, la nature humaine et ce qui lui est lié est beaucoup plus complexe que cela.

      Il est tellement plus aisé dé se dire, c’est bien, c’est mal, que de se dire c’est bien mais, ou c’est mal mais…Ce "mais", beaucoup trop de gens l’occultent faute d’ouverture d’esprit ou par refus de s’efforcer à voir ce qui leur est moins accessible. On passe sont temps à juger autrui sur ce qu’il fait, ce qu’il pense, ce qu’il ressent or nous ne sommes pas lui et ne pouvons décemment pas se mettre à sa place tant l’exercie s’avère périlleux. C’est un peu comme si vous disiez : "ah moi si j’étais lui, je ferais…" alors que vous n’êtes pas lui. Réduire un homme à un seul de ses actes est aberrant, je considère que c’est une insulte à la complexité de l’être humain, tout simplement.

      1. 21.2.1
        Maître Mô

        Tinotino, vous auriez dû être avocat, définitivement !
        "Réduire un homme à un seul de ses actes est aberrant, je considère que c’est une insulte à la complexité de l’être humain, tout simplement." : !
        D’où l’importance cruciale des magistrats, y compris du juge d’instruction, parce que la loi, elle, ne vise que les actes; eux sont là justement surtout pour replacer ceux-ci dans leur contexte… Humain !

        1. 21.2.1.1
          tinotino

          Flûte alors, me serais-je trompée de voie ???? :mrgreen:

          Je ne pense pas mais c’est en tout cas cette pensée qui m’habite quand j’ai une personne face à moi. Il y a toujours des écarts de pensée parfois, je suis humaine, je le rapelle, mais ceux-ci s’estompent très vite pour laisser place à quelque chose de plus posé. Pour ma part, cet état d’esprit me permet un certain équilibre.

          Et heureusement que l’on tient compte du facteur humain et du fait du contexte de la commission des actes sinon, on pourrait aisément se passer de magistrats en confiant la Justice à une sorte de machine qui oeuvrerait de manière automatique, bêtement en vertu de barèmes sans autre critère que le fait en lui-même. Nous avons une base qui est le Code Pénal, ce dernier prévoyant les peines maximales, le prononcé de celles-ci étant à la libre appréciation de juge. Ce prinicipe, il faut absolument le garder : l’individualisation de la peine bien que remis en cause plus ou moins en raison des lois sur la récidive et d l’application des peines planchers.

          Fort heureusement, nous n’en sommes pas à la règle des three strikes law américaine qui, à la commission d’une troisième infraction quelle qu’elle soit, voit l’application de peines démesurées et pas nécessaireent en rapport avec le délit commis. (Exemple : je vole une voiture avec effraction et je l’incendie après utilisation. Je passe au tribunal, j’écope de 1 an de prison avec sursis. Je vais en soirée et je suis à l’origine d’une bagarre entraînant une ITT de plus de trois mois pour l’un des protagonistes. C’est moi qui l’ait frappé avec une barre à mine. La sanction tombe : 6 ans de prison. Je vole une laitue dans un supermarché. C’est donc le 3 ème délit, je peux encourir de 25 ans à la perpétuité…..) C’est un principe rude auquel je n’adhère pas du tout, mais alors pas du tout. C’est vraiment très restrictif comme méthode et n’empêche pas la récidive des primo-délinquants qui de toute faon, lorsqu’ils commettent leurs méfaits, ne pensent en général pas à la sanction puisqu’ils espèrent tous passer au travers ou que leurs pensées vont à la commission de l’acte et non à ce qu’ils se passe après.

          Arf, pour le juge d’instruction, il est certain que son rôle est important. N’est-ce pas lui qui instruit l’enquête de curriculum vitae permettant de retracer le parcours du prévenu et ainsi permet une sorte de connaissance celui-ci. C’est de toute évidence plus juste que de s’intéresser à l’intégralité de ce qu’est un individu et ne pas s’en tenir à ce qe l’on voit, ce que l’on sait ou ce qui nous a été transmis. En plus, son indépendance fait qu’il est départi de toutes formes de pression liées à la politique pénale, qu’il applique parce qu’il applique les lois mais il n’est pas tenu par l’obligation de résultats. Pour faire un lien avec l’actualité, je ne suis pas favorable à sa suppression car nous avons en soi, un système cohérent, qui pourrait s’optimiser ne serait-ce que par un surplus de moyens, une continuité dans la politique pénale mettant de côté moults réformes s’empilant les unes sur les autres et parfois se contredisant, surtout si ces réformes interviennent en vertu de faits divers qui alertent l’opinion publique et qui ne tendent que dans un but purement démagogique. Il faut s’adapter aux réalités il est certain, mais surtout penser sur le long terme et de manière posée en cherchant toujours l’équité. Faire ce qui est juste et non pas ce qui semble être juste pour l’opinion publique. Pas forcément évident quand cette opinion publique représente vos électeurs.

          1. 21.2.1.1.1
            Maître Mô

            "Fort heureusement, nous n’en sommes pas à la règle des three strikes law américaine qui, à la commission d’une troisième infraction quelle qu’elle soit, voit l’application de peines démesurées et pas nécessairement en rapport avec le délit commis."
            Hum… C’est la définition des peines plancher..!
            Là où on se rejoint, ce que beaucoup de magistrats y résistent, heureusement… Jusqu’à ce qu’un petit malin futur leur supprime le droit de le faire "à raison des circonstances de l’infraction ou de la personnalité de l’auteur"…

          2. 21.2.1.1.2
            tinotino

            Je dirais que la loi sur les peines planchers, c’est le three strikes law américain en version allégée car la loi n’est pas d’application si dure et si stricte qu’aux USA et c’est tant mieux !!!! Pourvu que ça dure…

      2. 21.2.2
        DMonodBroca

        J’ai trouvé cette citation du Talmud qui résume bien ce que vous dites :

        "Ne juge pas autrui avant de te trouver à sa place"

        Elle est toute simple. Toute bête serait-on tenté de dire. Son principal mérite est de faire ressortir que, siècles après siècles, il y a des constantes. Ne pas juger autrui est une de ces constantes. Et des plus essentielles.

      3. 21.2.3
        DMonodBroca

        Fausse manoeuvre : ma réponse en 21.2.2 devrait être ici, en 21.2.1

        1. 21.2.3.1
          DMonodBroca

          j’m'y perds dans les indices. Peu importe après tout…

          1. 21.2.3.1.1
            Maître Mô

            (Je reconnais que c’est un peu… Imbriqué !
            Mais effectivement, ce n’est pas trop grave, on vous lit sous ce à quoi vous souhaitiez répondre, dans tous les cas, donc bon…)
            Ne pas juger son prochain, oui…
            J’ai répondu à je ne sais plus quel commentaire, ailleurs, que je crois que le métier de juge est une fonction d’essence quasi-divine, raison pour laquelle je n’aurais jamais pu l’exercer, et raison, aussi, principale à mon avis, des difficultés parfois constatées : il y faudrait des Surhommes, au sens propre; et il n’y en a que quelques-uns, la plupart étant juste des Hommes (et encore, pas tous !)…

          2. 21.2.3.1.2
            DMonodBroca

            Qu’on ne doive pas juger son prochain ne signifie pas qu’un pays organisé ne doive pas se doter d’une administration de la justice et donc de juges qui, bien obligés,… sont amenés à juger. Mais leur action, pour aboutir à des jugements aussi justes que possibles, doit : et obéir à des règles strictes, et être dégagée autant qu’il est possible de l’influence de l’opinion et de ses jugements.
            Et c’est là où ça pèche : 1- les règles sont en permanence remises en cause d’où une quasi-impossibilité de bien les connaître et bien les appliquer et 2- nous nous laissons aller individuellement et collectivemnt, via les médias, à accuser et juger tous azimuts ce qui forcément influe sur les jugements rendus.

      4. 21.2.4
        tinotino

        Je dirais que la loi sur les peines planchers, c’est le three strikes law américain en versio allégée car la loi n’est pas d’application si dure et si stricte qu’aux USA et c’est tant mieux !!!! Pourvu que ça dure…

        —– Il n’est pas à la bonne place celui-là, je le reposte ailleurs

  2. 22
    DMonodBroca

    Message bien reçu. Merci. Répondrai quand aurai le temps…

  3. troptoptropfortdelaplanete Maître… :P

    Et l’on reste sans voix et haletant quand vient la fin de ce post avec son carré de chocolat noisette et après une goulé d’une limonade fraîchement versée dans un petit verre, je me dis …. "aarrff flute, c’est déjà fini…" :?

    aaaahhhhh la garde à vus, j’en ai gardé le souvenir d’une pissotière salement humanisé par des couleurs de mort baignant dans une ambiance de ténèbres sans nom où même le néant n’est pas aussi noir ni aussi froid. Mais bon cela est une autre histoire…

    1. Zebluesman, tu es un authentique timbré, cette fois c’est prouvé !
      Je t’appelle, d’autant plus, donc !

      1. 23.1.1
        zebluesman

        Je m’étonne que tu en doutais encore un peu :P

        … Serait-ce de la timidité ou de cette incertitude qui siéent à nos chers compatriotes en mal de reconnaissance du fait d’une timidité exacerbée ? :P

        Pour me joindre en ce moment je te propose de faire le "06″ c’est plus sur et mon activité professionnelle (si on peut l’appeler ainsi…. :mrgreen: ) fais que je suis certain de pouvoir agréger une réponse.

        cela dis… "timbré" tu l’es autant que moi….

        1. 23.1.1.1
          Maître Mô

          Restons-le ! En sauvant un peu le Monde Libre, quand-même et du même coup !!! :lol:

  4. 24
    tinotino

    @ Maître Mô en 14.1.1.1.1 (ouf, je n’en ai pas oublié de 1 lol, plus de place pour mettre la suite)

    Quelques mô pour résumer : faites ce que je dis, non point ce que je fais…CQFD

    1. :P !!!
      (Note technique, je sais que vous adorez : les réponses imbriquées aux commentaires sont, chacune, limitées à 5 de suite, parce qu’au delà le dernier commentaire serait à l’étroit, en terme de place et de lisibilité; mais, comme pour ici, vous auriez pu répondre à nouveau en postant votre réponse sous le commentaire d’origine de la mienne; ici, en vous répondant à vous-même, en 14.111, ce qui aurait placé votre commentaire en 14.1112, juste sous le mien (ce que je viens de faire avec Jen en 16) -et on repart à chaque fois pour quatre réponses possibles.
      C’est compliqué, je sais, mais j’adore ça !!) ((Il faut en revanche que je fasse s’afficher en bas des commentaires une petite ligne qui citera par exemple les 5 derniers commentaires, sinon on va en louper, de même que, dans les mails aux abonnés, le numéro du commentaire, histoire que ceux-ci le retrouvent facilement : c’est un cours, un codeur fou du nom de Jessai est dessus…))

      1. 24.1.1
        tinotino

        J’ai compris, pas si compliqué que cela. Je mettrais en application dès que l’occason se présentera.
        Merci beaucoup pour l’info :)

  5. 25
    Khark

    Un franc bravo pour ce post, et plus globalement pour ce blog, que j’ai découvert il y a quelques mois.
    Je ne suis franchement pas un grand "commentateur" d’habitude, je préfère rester en spectateur, mais ce blog valait bien une exception, surtout qu’il sent le vieux Lille (si je puis me permettre).
    Continuez comme ca :)

    1. Merci beaucoup, Khark, vous pouvez sortir de votre réserve quand vous le voulez !!!
      Note à l’intention des lecteurs qui ont la malchance d’habiter au sud de Paris : le Vieux-Lille n’est pas seulement un fromage qui pue ! C’est aussi un quartier de Lille, plutôt chic et joli, où se trouve une unique verrue, visuellement : le Palais de Justice (voir photo tout en bas de ce blog) ! Et, par voie de conséquence, beaucoup de cabinets d’avocats…

  6. 26
    îronikeman ( en herbe )

    ah ouais. . . j’étais loin d’imaginer que les flics pouvaient être aussi mauvais mauvais mauvais, mais concrètement vous conseillez quoi à une personne qui se retrouve dans cette situation : se taire, répondre aux questions de manière laconique. On risque quoi si on se tait ou si on demande simplement aux "représentants de l’ordre" d’être un peu plus "polis " ou à défaut respectueux ? Je suis quand même très étonné qu’on le fasse poireauter plusieurs heures sans aucune explication :x , ça devrait être illégale de telle pratique ! et dire qu’on nous bassine en droit avec l’état de droit et d’autres grandes théories. Je suis jeune mais c’est plus ironique que je vais être, mais totalement cynique !

    amicalement, :lol:

    ps : tant que j’y suis, vous en pensez quoi de la suppression du juge d’instruction ? Je sais que vous ne faîtes pas de politique mais le professionnel que vous êtes a certainement un avis. :idea:

    Pps: je suis en dessous de tout en littérature. Je ne vais donc pas vous comparez à Flaubert ou à un autre grand écrivain ( mort ou vivants, il y en a plein ). Toutefois, c’est vrai que vous êtes très agréable à lire !

    1. Merci !
      Pour les enquêteurs, on en parlait ci-dessus avec Tinotino, notamment, c’est comme tout : les bons, les mauvais, la loi et ceux qui l’appliquent… La garde à vue reste de toute façon un moyen de pression, tout à fait officiel, donc…
      On peut effectivement attendre longtemps avant de savoir pourquoi on est là, comme Jean-Marc. Le hasard a voulu par exemple qu’au moment où je publiais cette histoire, elle arrive, à l’identique, à un médecin, qui me racontait hier avoir découvert ce dont on l’accusait quatre heures après le début de sa garde à vue… Une petite "mise en conditions", sans doute, vous laissant carburer "à vide" avant d’être entendu… Et aussi, quand-même n’accablons pas stupidement, les contraintes des policiers, souvent saturés et en sous-effectifs, et gérant les affaires au grè de leurs apparitions, donc comme ils peuvent…
      Pour les conseils, c’est variable évidemment, selon les mêmes affres de choix que celles dont je discutais avec PiTRe en 14 et suivants ci-dessus, à l’exception du silence : ce n’est pas tenable, franchement, de l’opposer aux questions des enquêteurs tout au long d’une garde à vue, et c’est au surplus défavorable : l’impression qu’on a des choses à cacher, et l’enquête qui restera au point mort, ne vont pas dans le sens de la mansuétude vis-à-vis de la personne concernée…
      En revanche, comme à l’instruction d’ailleurs, je dis souvent à mes clients : "Sujet, verbe, complément", en parlant de leurs réponses : précises et courtes, c’est le mieux; se lancer dans des explications du pourquoi du comment amène souvent d’autres questions, ou des erreurs de mémoire, etc… Danger !
      Rappeler à l’ordre les forces de… L’ordre : c’est pareil, c’est avant tout une question d’épaules; et en tout cas, fondamental, ne jamais se mettre en tort, donc utiliser la courtoisie la plus stricte, même, et peut-être surtout, si vous êtes, vous, mal traité : un mur de politesse, qui n’empêche pas la fermeté du propos, sera souvent bien plus efficace que n’importe quoi d’autre, et surtout la révolte; on est, en garde à vue, en position absolue d’infériorité… Constamment penser que, très vite, même si ça semble long, on va sortir de là et revenir à la lumière…

      Et alors le juge d’instruction…
      Ils m’en ont fait, pourtant, des misères… (L’un d’eux, qui, à l’époque récente où ils décidaient eux-mêmes de la détention, ne laissait même pas vos mots retomber qu’il indiquait déjà à la personne qu’il la plaçait en détention, systématiquement, dans tous les dossiers (je me souviens avec émotion des permanences où toute l’après-midi, quoi que vous fassiez et quels que soient les faits, les types étaient successivement incarcérés…), est lui-même à présent en détention provisoire, ais-je appris récemment… Justice immanente, que je souhaite aux trois ou quatre pathologiques purs que j’ai eu l’occasion de pratiquer !) Mais j’avoue que j’y tiens !
      J’y reviendrai sûrement, mais le juge d’instruction, c’est, majoritairement, un enquêteur courtois, c’est l’apaisement, c’est une véritable recherche de vérité, c’est une véritable place laissée à l’avocat et des moyens d’investigations réellement mis à sa disposition (pour peu que les avocats s’en donnent la peine, je ne veux surtout pas ne pas balayer devant ma porte !), ce sont des rapports humains, et des auditions réellement patientes et attentives, permettant qu’un dossier soit finalement correctement jugé…
      Enfin, presque toujours…
      Je n’ai aucune confiance dans un procureur, dont le métier est de poursuivre, et la plupart du temps de de pas être objectif, partant.
      Par exemple, au moment d’un procès d’Assises, le Parquet fait, le premier, citer à comparaître les témoins qui lui semblent utiles… Non pas à la manifestation de la vérité, mais au soutien de l’accusation, des charges : dans 90% des cas, il n’appelle à comparaître que les témoins à charge, et "oublie" tous les autres -à charge pour vous de rectifier le tir, évidemment, en faisant citer ces "autres"; mais c’est un exemple de la mentalité général régnant en France au sein des forces de l’accusation (dites "côté obscur" de la Force…)…
      Le Proc’, actuellement, est mon ennemi, identifié comme tel, je suis le sien, nous avons en principe les mêmes armes (ce qui est totalement faux, en réalité nous avons une fronde, dont l’élastique est souvent cassé, et lui un bazooka, mais peu importe ici), et le juge qui instruit ou le juge qui juge arbitre nos demandes, les accepte ou les refuse, suivant telle ou telle position tour à tour.
      La réforme proposée est soit inutile (le procureur qui instruirait aurait en fait les fonctions de l’actuel juge d’instruction, concrètement, impossible de ne pas être spécialisé, et le "juge de l’instruction", si j’ai bien compris garant de sa validité, aurait lui celles de la Chambre de l’Instruction; c’est la réforme des aveugles appelés "non-voyants" ou des femmes de ménage appelées "techniciennes de surface", si vous voulez mon avis : ça ne les a pas beaucoup aidé à en chier moins !), soit une américanisation atterrante ( un procureur enquêtant avec tous les moyens de l’état, et moi en face, pauvre andouille, avec mes citations de témoins auxquels je n’ai pas le droit de parler de l’affaire, ma garde à vue sans accès au dossier, et mes x milles euros la plupart du temps impayés…Etc…), selon moi -et j’avoue que je n’arrive pas à comprendre comment on peut un instant songer à prendre modèle sur la justice américaine, qui comme chacun sait donne des résultats hallucinants !!!
      Je trouve qu’à quelques aménagements près, le système actuel, à compter de l’arrivée dans un Palais de Justice, peut fonctionner à l’équilibre et de façon satisfaisante, même s’il ne le fait pas toujours, restant une affaire d’êtres humains faillibles.
      J’en ai par ailleurs ras le bol des réformes, effectuées par des gens qui ne mettent jamais les pieds là où ils vont justement tout changer !!
      Mais je tâcherai de m’en énerver mieux ailleurs, prochainement…

  7. 27
    îronikeman ( en herbe )

    juste un petit mô en passant, il est terrible le chtimisator, il m’a donné un super effet avec lemonde.fr " l’echcrabouille ed’ Gaza " :mrgreen:
    adresse à faire tourner !

    1. Oui, c’est rigolo hein ! Allez, un petit coup de pub :

      AMI LECTEUR, un petit génie de chez nous, dont l’adresse est ici ou en bas de ce blog, vous permet de rentrer l’adresse Internet de n’importe quel site (je vous recommande par exemple celle d’Eolas, en hommage, pour le fun, et parce que c’est beaucoup de texte), et d’obtenir instantanément exactement la même page, mais traduite à l’écran en patois de ch’Nord : un délice !
      Par exemple, voilà, tiré de la page d’accueil de ces lieux, ainsi traduite, l’extrait de "Tribute to mon confrère Collard !" qui y figure :

      "N’allez pas, mais alors pas un freumion, vous méprendre : il est absolument hors ed’ question qu’un avocat pénaliste ed’ renommée nationale (moi) rende un coron hommage à un coron avocat pénaliste, fut-il un brayou connu lui aussi (Gilbert Collard).
      Mais je me creusais justement chur l’gueule ed’ bois l’plus rigolotte ed’ faire à mes aimés lecteurs un canard cadeau ed’ Noël ou ed’ Nouvelle Année un brayou digne, un brayou en rapport avec mon beau chapin métier…
      Et là, je crois qu’on m’a fourni deul’ freumion, deul’ balayeux lourd !"

      Savoureux, non ?

      1. 27.1.1
        Mussipont

        Je viens de ch’timiser le dernier billet de Bilger, le résultat est assez étonnant ! :P

        "personne n’a été chollicité ni mis à contribution pour trinqueballer cette procédure accusatoire à rabistoquer, pourtant chi facile à rabistoquer et à inclinquer."

        1. 27.1.1.1
          Maître Mô

          :D Il devrait l’utiliser de temps à autres, ca donnerait une petite touche d’humour débridé au personnage..! :lol:

  8. 28
    pahdoc

    excusez-moi, j’ai du envoyer une image… erreur de manip… merci pour la suite d’histoire noire, angoissante mais si bien écrite.

    1. Merci !
      Oui, j’ai votre envoi dans mes commentaires en attente de modération à cause de cette image, fort jolie d’ailleurs : vous souhaitiez que je la publie ici (attention, son nom apparaît), ou c’est une erreur totale et je le détruis, à regrets ?

      1. 28.1.1
        pahdoc

        à vrai dire, j’essayais de mettre cette image en guise d’icône d’utilisateur ! sans regret, détruisez-là.
        y’a quelque chose qui cloche là-dedans. j’y retourne immédiatement!

        1. 28.1.1.1
          Maître Mô

          Il faut passer par le site de Gravatar, dont l’adresse figure dans mes petites explications grisées au-dessus de la zone de saisie de commentaires (et réduire un peu votre image avant de la lui soumettre, là elle est un peu grosse…); je ne la détruis pas encore : si vous n’y parvenez pas, je peux, pour ce blog uniquement bien sur, vous l’attribuer en tant qu’avatar, moi-même, tout seul, eh oui, magie du code !!!

  9. En marchant sur des œufs, je vais peut être être très crue,mais pour moi qui était de l’autre côté de la barrière, la fameuse garde à vue a permis de faire avouer, au bout de plusieurs heures, à mon agresseur, aussi bien les viols que toutes les gâteries ajoutées. J’avoue avoir été soulagée sans culpabilité. Cela m’a permis aussi de ne pas nourrir de haine à son encontre.
    Mais sans garde à vue je doute qu’il ait un jour avoué et jamais alors je n’aurais pu pardonner et tout bêtement recommencer à vivre.

    1. 29.1
      Philonous

      Je ne pense pas que le but de Maître Mô ait été de montrer que les gardes à vue étaient toujours inutiles et destructrices (votre exemple nous prouve qu’elles sont parfois utiles), mais qu’elles sont tout sauf anodines, contrairement à ce que le policier du récit raconte à la femme de l’accusé quand ils viennent le chercher…

      1. 29.1.1
        Maître Mô

        Oui, Valérie (même sans devoir aucunement marcher sur aucun œuf, je vous l’assure !), Philonous a raison, et je soulignais même expressément que dans ce domaine, l’aveu est souvent le seul moyen de preuve parce qu’il n’y en a pas d’autres, je ne le sais que trop…
        C’est l’énorme problème que pose la garde à vue : sans aucune coercition, évidemment peu de chances d’obtenir des résultats; mais si elle est trop forte, dévoyée ou mal dirigée, aucune chance non plus…
        Et pensez à certaines affaires célèbres, et il y en a une foule d’autres moins connues, croyez-moi, dans lesquelles un homme a avoué quelque chose qu’il n’avait pas fait -ce qui ne le sert évidemment pas lui, mais pas plus les victimes, à qui on va parfois ainsi livrer le mauvais coupable…
        Il n’y a pas de contrainte devant un juge d"instruction, mise à part la détention, mais qui est magrés tout rigoureusement encadrée, et loin d’être uniquement dépendante du juge en tout cas : pourtant, ils en obtiennent, eux aussi, des aveux, et des affaires résolues… Preuve que l’on peut faire autrement et en respectant des règles strictes de… Respect.
        Ce qui ne m’empêche pas évidemment de comprendre votre point de vue, ni bien sur de constater votre soulagement..!
        Je pense qu’en fait, le débat autour de la garde à vue est aussi complexe que l’est la question des deux célèbres manières de gouverner : se faire craindre ou se faire respecter… Peut-être dans le second cas auriez-vous de toute façon obtenu la vérité…

        1. Mais si mes souvenirs sont justes (cela fait tout de même vingt cinq ans) il me semble que s’il n’avait pas avoué il n’aurait pas été incarcéré (et croyez moi je craignais pas dessus tout qu’il soit relâché en raison des menaces diverses émises durant ma longue nuit). Le juge d’instruction nous l’avons rencontré plus tard, bien plus tard même, et si mon agresseur n’avait pas reconnu les faits, aurait-il été tout ce temps libre ?
          Je voudrais tout de même préciser que même si ce souvenir ne peut pas être effacé, je vis très bien, je n’ai aucun sentiment de rancœur ou autre vis à vis de celui qui a juste changé le cours de ma vie, et que s’il a pu se reconstruire positivement j’en serai réellement heureuse.

          1. 29.1.1.1.1
            Maître Mô

            Il a dû, lui, être immédiatement présenté au magistrat après la fin de sa garde à vue, puisque lui seul avait le pouvoir de décider son placement en détention, et celui-ci intervient statistiquement plus facilement en cas de dénégations que d’aveu, contrairement à ce qu’on pourrait penser (celui qui a avoué n’a pas d’intérêt à faire pression sur les victimes ou les témoins, contrairement à celui qui nie, en substance…)…
            Mais je vous chipote bêtement ces points de droit, et je vous prie de m’en excuser, la question de fond n’est pas celle-là, mais bien celle de l’encadrement de la coercition représentée par la garde à vue, pour lequel les réponses sont multiples…
            Je suis heureux en tout cas que vous ayez à présent cet état d’esprit, et Dieu sait qu’il faut du temps, et des efforts, pour y parvenir… Tout le travail des personnes victimes de ce type de faits est souvent effectivement de parvenir, non pas à oublier, mais à intégrer, paradoxalement, leur agression, et à vivre avec, de façon différente, forcément -et c’est parfois, j’en suis le témoin quotidien, un véritable combat : chapeau.

  10. 30
    salah

    Cher Maître Mô ‎
    Votre récit est un éclairage qui réduit au degré zéro la notion de « la présomption ‎d’innocence ».Un enterrement de première classe devant des législateurs qui tournent la tête ‎au passage du cortège.

    Il est presque à regretter que le législateur n’avait pas opté plutôt pour « la ‎présomption de culpabilité » lors de chaque interpellation . Et tant pis si c’est contraire à la ‎convention des droits de l’homme ou tout autre principe moral.

    Dans ce cas ,certes le ‎traitement infligé à l’enseignant n’aurait pas été pire que ce qu’il a subi.Mais au moins ça ‎l’avantage de laisser espérer que des dérives d’une autres nature puissent se produire .comme ‎celles qui animent souvent celui qui est censé faire appliquer la loi :Ainsi lui fournir ‎l’occasion d’œuvrer voire de jubiler dans un esprit de contradiction à la loi et de défiance au ‎législateur. Un législateur considéré comme étant souvent coupé de la réalité et qui doit le ‎payer d’une manière ou d’une autre ou par personne interposé . ‎

    1. Salah, vous mettez en exergue un sujet que je donnerais volontiers aux élèves-avocats : la présomption d’innocence existe-t-elle ..?
      C’est une vaste plaisanterie… Triste.
      D’ailleurs, nous avons tous vu apparaître, il y a quelques années à peine, une formule étrange, dans les bouches des journalistes et présentateurs télé de tous poils : "le présumé coupable"…
      C’est une formule, même si elle est littérairement correcte, qu’on n’aurait pas osé employer il y a encore six ou sept ans, et qui est maintenant absolument répandue, sans choquer personne…
      Je suis tombé hier sur l’émission "Faits Divers" (qui n’a rien à foutre sur France2 si vous voulez mon avis mais est du niveau usuel de TF1) : un reportage retraçait un crime sordide et violent, en n’employant absolument jamais aucun conditionnel quant à son auteur principal ou ses complices, non seulement sur les faits mais même sur leurs circonstances et leur déroulement…
      Tout à la fin, mention de la voix off : "X (nommément cité tout au long du "reportage", j’ignore si c’était son véritable prénom, mais tout le monde ou presque témoignait à visages découverts) n’a pas encore été jugé, et demeure donc présumé innocent jusqu’au procès" !!
      Non seulement cette mention était de pure forme, et quiconque ayant vu ce reportage est absolument convaincu non pas seulement de sa culpabilité, mais en outre de l’horreur et la gratuité du crime (assassinat d’un homme battu à mort pour moins de quatre-cent euros), mais encore on apprenait ainsi qu’il n’était pas encore jugé, pas même en première instance !!!
      Et "on" ou "quiconque", ce sont évidemment notamment les trois magistrats et les neuf jurés qui vont, dans quelques jours, juger cette affaire !!!!
      Comment a-t-on pu en arriver là ?
      Comment une telle émission peut-elle seulement être conçue ? Et plus encore, diffusée ???
      Et ce qui me met le plus en rage, c’est que jamais, mais alors jamais, ce type de violation absolument patente ET du secret de l’instruction, ET de la présomption d’innocence (1), n’est effectué à propos de gens connus, politiques et autres : imaginons un instant le pauvre journaliste qui souhaiterait faire la même sur Crearstream ou autre..!!!! Mais le pauvre X, là, au fond de son trou…
      C’est comme le type qui nie en garde à vue ou à l’instruction : il n’est absolument pas rare de lire, dans les motifs, sous la plume des magistrats qui le placent ou le maintiennent en détention, "compte tenu du regard que porte le mis en examen sur les faits, il est à craindre…", traduisez : il nie, il risque donc de faire pression sur la victime ou les témoins, traduisez encore : strictement rien à foutre de la présomption d’innocence, ni même du fait que cet homme, en niant, dit peut-être la vérité !!!
      Quant au législateur qui regarde ailleurs, je me suis tapé, à l’époque, passionnément, pratiquement tous les comptes-rendus télévisés, en Belgique, de la Commission d’enquête sur l’affaire Dutroux; en France, de celle sur Outreau.
      Dans les deux cas, il y a eu un moment absolument savoureux, mais édifiant et en fait consternant : dans les deux cas, un député, en interrogeant un avocat ou un intervenant après son témoignage, s’est soudain exclamé devant l’ineptie de telle ou telle règle : "Mais il n’y a pas d’autres moyens ? Bon sang qu’est-ce que c’est que cette loi ?"… Et dans les deux cas, la personne concernée n’a pu que répondre : "Eh bien… C’est la vôtre : elle date d’un an à peine, vous l’avez votée" !

      (1) Et qu’on ne me dise pas que ces deux règles fondamentales sont obsolètes et devraient se trouver abrogées, ou écartées quand l’auteur "a reconnu", comme je l’entends souvent : être présumé innocent, ce n’est pas seulement l’être du crime, c’est aussi l’être de toutes ses circonstances, de telle ou telle qualification (ici "actes de torture et de barbarie", dont rien ne dit que la Cour la retiendra !!!), et c’est aussi éviter un jugement-lynchage sans pouvoir rien faire valoir en défense…

      1. 30.1.1
        DMonodBroca

        La règle dit qu’une personne qui n’a pa été reconnue coupable doit être présumée innocente.

        Losqu’on affuble un accusé du qualificatif "présumé innocent" on croit appliquer la règle. En réalité on ne l’applique pas, on répête son énoncé. Ce n’est pas la même chose. On ajoute "présumé innocent" et on se croit quitte, mais on n’en pense pas moins. D’ailleurs "présumé innocent" et "présumé coupable" sont devenus synonymes.

        Pour appliquer la règle il ne suffit pas de montrer qu’on la connaît et répêter son énoncé, il faut se persuader que l’accusé est effectivement innocent, dire de lui qu’il est "innocent", pas "présumé innocent", et attendre le jugement.

        1. 30.1.1.1
          Maître Mô

          Absolument !
          Faire autre chose est d’ailleurs en principe passible de poursuites… En principe.

  11. 31
    Michel

    Et si….

    Je me pose une foule de questions au sujet de la garde a vue…

    Que se serait il passe si Jean-Marc, face au refus des policiers de discuter avec lui chez lui, leur avait dit qu’il faudrait dans ce cas qu’ils reviennent ?

    S’il avait ete dormir a l’hotel avec sa femme afin de ne pas se faire reveiller a 6h du matin et de pouvoir parler a un avocat le lendemain matin avant de se presenter au poste de police ?

    S’il leur avait dit qu’il etait la pour parler avec eux et non pour leur montrer ses fesses, et qu’il voyait mal l’interet de la fouille au corps ?

    Si j’etais a sa place je crains que je ne me braquerais assez vite, aurais le plus grand mal a rester poli, et qu’il serait quasiment impossible d’avoir une conversation qui fasse reellement avancer les choses… apres que la police lui aie menti premierement en pretendant lorsqu’ils etaient chez lui que la garde a vue n’est qu’une simple formalite, et deuxiemement que l’avocat commis d’office serait forcement un incompetent… comment peut il leur accorder le moindre credit et accepter d’avoir une conversation avec eux a ce moment la ???

    1. Dans l’ordre :
      - rien de bien spécial : ils seraient simplement revenus aux heures légales d’arrestation possible des gens dans un tel cas, soit à compter de six heures le lendemain matin;
      - oui, ça aide parfois, mais c’est là un réflexe de vieux "routier" de la procédure… Ici, Jean-Marc n’avait aucune idée de ce qui allait lui arriver…
      - la fouille à corps est sensée éviter que la personne ne conserve sur elle, ou "en elle", soit des produits interdits, soit des objets dangereux… Et s’il avait râlé un peu trop, d’abord, ça tendait ses relations futures avec les maîtres des lieux; ensuite, ça pouvait atteindre l’outrage, si son ton montait trop…
      Ce délit d’outrage est tout un poème : les plaignants éventuels sont aussi les témoins, et sont également les enquêteurs de leur propre affaire, qui plus est assermentés; il n’existe que dans le sens gardé à vue / policiers, mais bien sur pas dans l’autre; il se passe à huis-clos; et l’excuse de provocation n’existe pas…
      Vous êtes, en garde à vue, pour cette raison, parce qu’elle peut plus ou moins bien se passer, et parce que les fondements mêmes de ce qui va devenir votre dossier en dépendent, seul, et "sous main" de ceux qui vous interrogent… Raison fondamentale pour laquelle il faut à tout prix conserver son calme, demeurer courtois, ne pas se mettre dans son tort…
      Mais je suis comme vous : ça me serait très difficile, surtout si bien sur je savais n’avoir rien fait…

  12. Autant le dire tout de suite : un blog qui connaît un tel succès (à juste titre), il est difficile d’en lire tous les commentaires, du moins avec la même attention. Je plaide donc une nouvelle fois coupable si je devais répéter ce qui a déjà été dit.

    Je ne sais pas s’il est noble ou pas de défendre une personne accusée d’un "crime grave" (commentaire DMonodB); en revanche, pour moi, la défense pénale représente la preuve que certaines personnes ont accepté, jusqu’au bout, de respecter le principe de l’art. 6 CEDH. Le prévenu, reconnu coupable ou acquitté, peut être un idiot, un parfait salaud (moralement parlant), l’essentiel de ce qui guide l’avocat, c’est que face à la justice, chacun soit défendu et assisté.

    Je ne résiste d’ailleurs pas à l’envie d’être "modérée" une nouvelle fois et vous "colle" un lien ("chuis du genre modeste"…) ;-) http://www.cuk.ch/articles/3409

    Pour le surplus, Maître Mô, j’aimerais avoir votre plume ! Merci une fois de plus pour la lecture de ces passionnantes lignes.

    1. C’est bien de vous, ça, me faire faire des heures sups’ à cinq du mat’ pour rechercher votre commentaire, comprendre enfin qu’il est en modération, effectivement (ça, vous voyez, ça m’énerve, TRES ! Mon truc est réglé pour qu’un message avec deux liens soient immédiatement publié, et paf, un seul suffit… Est-ce qu’il tient compte de celui figurant sous votre pseudo, est-ce qu’il m’en veut, est-ce que définitivement le code (pas pénal, php, le code du blog) me déteste..? Argh, je trouverai, je vous le jure bien !!! :twisted: ), me faire lire votre très beau et très pertinent texte, et me remettre sous les yeux celui de l’article 6, effectivement, magnifique, tiens on ne va pas se priver : article 6 alinéa 1 de la Convention européenne des droits de l’homme :

      Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. Le jugement doit être rendu publiquement, mais l’accès de la salle d’audience peut être interdit à la presse et au public pendant la totalité ou une partie du procès dans l’intérêt de la moralité, de l’ordre public ou de la sécurité nationale dans une société démocratique, lorsque les intérêts des mineurs ou la protection de la vie privée des parties au procès l’exigent, ou dans la mesure jugée strictement nécessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances spéciales la publicité serait de nature à porter atteinte aux intérêts de la justice.

      Ah, pas mal quand-même !!
      Merci pour votre compliment final, mais je trouve en vous lisant que vous n’avez rien à m’envier -et j’adore votre phrase finale, à méditer longuement..!
      Ami lecteur, allez lire la phrase finale de Madame Poppins sur un article qui rappelle des évidences qui sont rarement évidentes..!
      (PS : qu’est ce que ça veut dire précisément, en suisse, "Weltanschauung" ?? Et, heuh, accessoirement… Comment ça se prononce ??)

    2. 32.2
      DMonodBroca

      J’ai lu votre papier Mme Poppins. Votre référence aux séries américaines qui montrent des méchants très méchants et des gentils très gentils est intéressante. Ces séries offrent un spectacle effectivement très "détendant". Mais qui appelle une remarque. En général les gentils s’en sortent et le méchants terminent à 6 pieds sous terre. Ce qui tenterait à prouver que les gentils, en définitive, sont plus méchants que les méchants…
      "Le justice, cette fugitive du camp de vainqueurs"

  13. Bon alors, Maître, on dit quoi ? Votre public/jury s’impatiente… :twisted: Attendre, c’est bien, mais attendre longtemps, c’est moins cool ! ALors, que lui est-il donc arrivé à Jean-Marc ? Que lui a fait Dalila ? On sait déjà qu’elle ne lui a pas coupé les cheveux, c’est déjà ça… Mais encore ?
    Une lectrice passionnément impatiente !

    1. Désolé, Imaniyé, c’est pas tout de suite, encore un peu de patience….
      Ma passion pour la Bande Dessinée m’a appris à me jeter avidement sur un nouvel épisode de telle série adorée; puis à le placer dans un coin de ma tête et à passer à autre chose en attendant, parfois un an..!
      Allez sur la plage, nagez un peu, mangez tous les trucs incroyablement bons qu’il y a là bas, et… Pensez à moi (moins deux degrés, pluies verglaçantes, pas vu la lumière du jour depuis je ne sais plus quand !), à qui votre mer et toutes les autres manquent tant ! J’arrive…
      Sinon, merci de votre remarque, pour Dalila -on se creuse parfois en remplaçant les prénoms..!! Vous voyez tout, vous, les membres du Club très sélect des Dix Premiers Lecteurs..! :lol:

      1. 33.1.1
        Imaniyé

        Pour la plage, ce ne sera pas aujourd’hui, car je vais aux funérailles de la plus brillante avocate du barreau de Fort-de-France… (voir mon blog d’aujourd’hui si vous avez le temps,pour y découvrir sa belle personnalité). La seule eau dans laquelle je risque de ma baigner, c’est celle des larmes de ses amis inconsolables.
        Bon, va falloir que j’apprenne à gérer les liens machin truc qui avertissent des nouveaux posts pour ne pas revenir chez vous pour rien, peut-être même un an vous dîtes ? Hé ben ça me donne le temps de penser à autre chose…
        En attendant, je vous embrasse !
        Passionnément
        Imaniyé

        1. 33.1.1.1
          Maître Mô

          Je viens de vous lire, il est bien votre article, drôlement, parce qu’il parle d’elle bien vivante, et de vos joies -nous avons du mal à faire ça, en métropole, souvent…
          Je vous embrasse itou !
          (Pour les articles, vous pouvez vous abonnez aux mails, c’est plus lisible que les flux, et c’est en haut à droite du blog, c’est tout bête !)

          1. 33.1.1.1.1
            Imaniyé

            Merci Maître. Voilà c’est fini, elle est retournée en poussière et… the show must go on ! La morale de l’histoire : aimons nous vivants !

  14. 34
    méli-mélo

    J’aime beaucoup cette histoire, j’ai hâte de connaître la fin… même si je la redoute!

    J’ai découvert votre blog il y a un mois ou deux grâce à Aliocha (elle-même découverte grâce à Eolas, c’est beau les relations ! ), et j’ai tout lu en une fois, réservant l’histoire noire pour la fin. Ne me faites pas (trop) languir pour la suite !

    En tout cas, merci d’egayer mes longues nuits d’hiver en Suède, ça change de mes cours de droit humanitaire ! :lol:

    1. Bonjour (ou bonsoir, alors…), je vais tâcher d’aller plus vite, promis !
      Avec mon sens de l’exagération d’avocat, je vais grâce à vous m’empresser de dire que je suis lu même en Suède, ça va crâner sec !

  15. 35
    ibd

    J’ai decouvert ce site il y a quelques mois, le temps de lire plusieurs blogs et commentaires. Je ne poste jamais de commentaires mais la…
    Maitre Mo vous avez du talent et vous faites honneur au serment de la profession.

    1. Merci beaucoup, ibd, pour me dire des choses comme ça, vous pouvez commenter quand vous le souhaitez !

  16. Rien aujourd’hui encore !? Pffffffffffffffffff ! Ça, c’est pas stouk !

  17. Heu… Maître, vous allez devoir revoir votre système car les commentaires semblent s’afficher selon leur bon vouloir ! Bon courage…

    1. Oui, je vois ça, bon sang, je ne sais pas ce que vous en pensez, Chère Imaniyé (et désolé pour les délais mais là c’est tout rouge partout côté boulot !), mais toutes ces histoires de code, c’est assez compliqué encore quand-même… J’y passe un temps fou, et en plus, apparemment… Ça bouge tout seul, c’est vivant !!

      1. 37.1.1
        Imaniyé

        Hahahaha ! J’avais bien besoin de rire un peu aujourd’hui, tiens ! Merci Maître, vous avez su trouver les mô…
        Vous inquiétez pas, nous, les 10 du carré de départ, on vous pardonne tout !
        Et on vous laisse un peu bosser quand même… Pour le moment…

  18. 38
    Elève Avocat

    Maître,

    J’ai découvert votre blog il y a une semaine à peine,

    Accro du blog de Maître Eolas, je crois que je ne vais plus pouvoir me passer du vôtre également, avec ce plus que, faisant l’école des
    avocats de Lille ( 2ème année ), mon chauvinisme risque de prendre très vite le dessus,

    J’attends avec impatience la suite de votre "histoire noire",

    Respectueusement

    1. L’autre blog, c’est celui de qui, vous dites ..? ;)

      Merci, jeune Padawan, en tout cas : une raison de plus pour que j’écrives rapidement la suite : c’est promis !

  19. 39
    PEB

    Faut-il nier jusqu’à l’évidence au stade de la garde à vue?

    1. Non, PEB, que ce soit en garde à vue ou ailleurs, il ne faut jamais nier l’évidence -mais moins encore dans le monde judiciaire.

      Énorme difficulté : qu’appelez-vous "évidence"..? Une preuve formelle, ou bien une notion philosophique ou morale de culpabilité..? Je ne peux pas vous répondre de façon aussi générale…

  20. 40
    Fieffégreffier

    bonjour Maître,
    votre récit est (malheureusement) passionnant et je suis suspendue à votre bavette :D pour en connaître le dénouement.
    Les affaires de moeurs sont bien délicates, en l’absence de preuves c’est souvent la parole de l’un contre la parole de l’autre. Je pense que ce sont les dossier les plus humainement difficiles à instruire pour un juge d’instruction et à défendre (victime ou auteur présumé) pour les avocats… je suis lachement contente d’être greffier dans ces cas là :?

  21. Ma bavette est solide..!
    Et moi, à l’instruction, j’aime beaucoup, souvent, justement, avoir un petit (ou un grand !) échange avec le ou la greffièr(e), qui m’apporte son regard un peu plus extérieur (et aussi, faut bien l’dire, la pratique de "son" juge, mais c’est autre chose !)… On ne dira jamais assez quels témoins vous êtes -c’est même l’essence de vos fonctions..!
    Et c’est vrai que ce domaine est l’un des plus difficile humainement, à tous égards…

  22. 42
    CIP12

    Nous sommes le 22 janvier et toujours pas de suite???

    Et oui, je suis comme tous les lecteurs et commentateurs de ce blog, pressée d’avoir la suite (et la fin!) de ce drame.

    Dans les premiers commentaires de ce billet, vous parliez entre confrères de la difficulté de croire un gardé à vue, plus généralement un client, quand celui ci se déclare innocent…

    J’ose imaginer que malheureusement cet instituteur va finir derrière les grilles d’une de nos charmantes prisons françaises, et alors le problème se posera pour moi…

    Comment travailler sur les faits et le passage à l’acte d’un condamné (pour le coup ils sont condamnés quand je les vois) quand celui ci nie totalement???

    Mais je reviendrais sur ces cas de consciences que je rencontre quotidiennement quand nous auront la suite de ce drame…

  23. Ah ça, vaste débat… Il se peut bien que la suite nous le pose, effectivement…
    Je l’entrouvre sous un angle, disons, personnel, ici un très court instant : un innocent condamné, car il y en a, devant finalement, au stade de l’aménagement de sa peine, "reconnaître" avant toute chose… Vaste débat, vous dis-je..!
    A suivre !

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FIN DES COMMENTAIRES - MAIS ATTENTION !


Suite à la pénétration inéluctable de la modernité numérique dans le monde judiciaire, il a bien fallu que je m'y (sou)mette moi aussi : les commentaires sont désormais "imbriqués", ce qui ne signifie pas qu'ils s'accouplent, mais que l'on peut y répondre directement, la réponse s'affichant alors non plus ici, mais sous le commentaire concerné ci-dessus...


Le fait que vous n'en aperceviez pas de nouveau à cet endroit ne signifie donc pas qu'il n'y a en pas eu... (Et là vous me direz : "Mais alors, il faut les chercher..?" Et je vous répondrai, avec la franchise qui me caractérise, et dans l'attente n'en doutez pas d'une nouvelle amélioration géniale : "Oui !"

 

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