Misérable

Elle est l'une des neuf détenus qui comparaissent ce jour là  devant la Cour d'Appel.

Elle est assise avec les autres sur son banc, prostrée, le regard vide et la bouche ouverte, son vêtement de pluie jaune vif et trop grand pour elle boutonné jusqu'au cou, tâche de couleur dans l'océan de bleu des gendarmes des escortes, qui attire immédiatement le regard; elle est beaucoup trop frêle, beaucoup trop jeune, beaucoup trop "absente", beaucoup trop menottée, on se dit d'emblée qu'elle ne devrait pas être ici.

L'avocat d'une autre affaire s'assied à  côté de "son" gendarme de droite, sur les petits bancs de cette petite Cour, et lui fait un sourire auquel elle ne répond pas, le regardant sans comprendre, et comme sans le voir : il s'aperçoit de suite que cette fille, qui serait jolie si une lumière quelconque mettait son visage en mouvement, n'est pas "normale", comme on dit... Mais, si c'est vrai, que fait-elle là  ?

Cette présidente n'est pas réputée pour être tendre, qu'elle le soit ou pas, mais quand cette jeune femme s'avance, minuscule entre ses deux gardes, son ciré jaune trop grand boutonné jusqu'en haut malgré la chaleur moite répandue par la salle pleine, un pantalon bleu dégueulasse et trop large lui pendant de la taille, elle ne peut s'empêcher de la regarder approcher de la barre en fronçant les sourcils...

Elle attrape son dossier tandis qu'on la démenotte, et son visage s'éclaire : ça y est elle se souvient de quelle histoire il s'agit, et cette même Présidente ne peut s'empêcher de dire aux deux autres juges, pas assez bas pour que je ne l'entende pas : "Tiens, ce dossier tu vois, il faudrait que notre Ministre soit dans la salle" ...

On va vite comprendre pourquoi, de plus en plus atterré.

Odile a tenté de voler une paire de chaussettes Puma dans un grand magasin, d'une valeur de neuf euros cinquante.

Comme à  chaque fois, elle s'est fait prendre par les services de sécurité, à  la sortie.

Elle est passée en comparution immédiate, ce qui signifie qu'on l'a jugée tout de suite après sa garde à  vue, non pas bien sur qu'il y ait eu urgence ou que le délit soit grave, mais parce qu'elle a quatorze mentions, toutes similaires, vols et tentatives, sur son casier judiciaire, et qu'elle était en état de récidive légale, et comment.

Et, parce qu'on fabrique au kilomètre des lois honteuses, et qu'il se trouve parfois des magistrats pour oser les appliquer à  des cas manifestement hors sujet, elle a été condamnée, en ayant d'ailleurs refusé tout avocat, et elle n'en a pas plus ici devant la Cour...

Je n'ose pas l'écrire.

Odile, comparant en état de récidive légale pour la tentative d'un vol de chaussettes valant neuf euros cinquante, restituées lors de son interpellation, a été condamnée à  la peine (plancher) de deux années d'emprisonnement dont une assortie d'un sursis avec mise à  l'épreuve (comportant obligation de soins, notamment), le tout avec mandat de dépôt.

Ce qui vous l'avez compris veut aussi, et d'abord, dire un an ferme, peine immédiatement exécutée -deux semaines se sont écoulées depuis la commission de ce délit inadmissible, la dernière fois qu'Odile a été libre, elle franchissait la sortie sans achats d'un supermarché avec une paire de chaussettes cachée dans son ciré trop grand...

Oui, la Ministre aurait du être là  et assister à  cette audience, farcie de peines planchers dont celle-ci était l'apothéose -d'autant que je n'en ai pas fini avec cette histoire, vous allez voir; mais pas elle seulement : nos brillants députés, aussi, qui votent ce genre de choses; ceux des magistrats que je connais qui pensent qu'être un gardien de l'application de la loi c'est se contenter de l'appliquer sans nuances; ceux de mes confrères qui dès qu'elle est juridiquement applicable baissent les bras; et tous ceux, dans l'opinion publique, cette espèce de grande putain, qui osent soutenir ce type de décision uniquement sécuritaire ou sensée l'être, sans réfléchir un instant à  qui on va l'appliquer, et qui changeraient immédiatement d'avis si cette petite fille en jaune trop grand était leur fille ou leur sœur...

Jugez-en, car voici, exhaustivement et sur la base des notes prises pendant cette audience ordinaire de la Cour des Miracles, le "dialogue", si l'on peut appeler ça comme ça, qui s'en est suivi entre les membres de la Cour et cette gamine qui jamais, jamais, n'aurait du se retrouver là , dialogue commencé après que la Présidente eut rappelé les faits précités, dialogue écouté par l'ensemble des personnes présentes, les autres détenus compris, dans un silence de plomb, dans un silence de honte pure d'être là  et d'avoir à  contempler ça, d'avoir à  entendre Odile user d'un ton désespérant monocorde pour se raconter un tout petit peu :

"- Bon... Alors, Madame, dites-nous pourquoi vous avez fait appel ?

- ...

- Hum... Je suppose que c'est la peine ? Vous la trouvez trop lourde ?

- Ben c'est surtout que depuis mes seize ans j'ai des problèmes...

- Ah... Bon, racontez-nous, quels problèmes ?

- Ben c'est ma tête... Enfin je vole... Depuis mes seize ans. C'est quand mon père il est mort...

- Oui... Mais quel rapport ?

- ...

- Ah, oui, je vais vous aider un peu il y a l'enquête sociale au dossier... Bon, c'est vrai qu'apparemment vous n'avez pas eu une vie facile, il vous battait votre papa... Vous avez été placée chez votre grand-mère... Mais vous avez quel âge au fait ?

_ Elle est morte aussi et j'ai été dans la rue et j'ai vingt-deux ans mais c'est les voix...

- Euh... Les voix ? Quelles voix ?

- C'est depuis la rue, c'est des voix comme quoi mon père il dit que je vais voler donc je vole et alors après je les entends quand-même encore...

- [Aparté avec les assesseurs : "Ah oui elle est handicapée effectivement, on a ça au dossier...] En fait je vois là  que vous avez effectivement des problèmes psychiatriques, vous avez été reconnue handicapée par la Cotorep, c'est ça ? A combien de pour cents ?

- La Cotorep ou la Cotorep je sais pas à  combien c'est l'éducatrice qui a fait les papiers il y a longtemps...

- Hum, bon... Enfin d'accord mais Madame, ce n'est quand-même pas vos voix qui vous demandent de voler des chaussettes, si ?

- Mais non mais elles disent de voler pas des chaussettes n'importe quoi parce que "les mauvaises filles elles vont en prison" et alors moi j'y vais j'ai des problèmes j'ai des problèmes J'AI DES PROBLÈMES je vous l'ai dit que j'ai des problèmes est ce que vous pouvez faire la fiche pour que j'ai la télé gratuite parce que là  je l'ai pas et c'est dur ils...

- [La coupant] Du calme, Madame, du calme, non la fiche je ne peux pas il fat demander à  la prison, ici nous on est là  pour décider si vous restez ou pas en détention et combien de temps, vous voyez... Qu'est-ce qu'on peut faire de vous, si vous recommencez à  chaque fois ? Je vois que c'est loin d'être votre première incarcération et...

- [La coupant] J'ai été trois fois et là  je vole pas.

- Ben oui, je ne vous le fais pas dire... Vous vous rendez-compte ? Pour une paire de chaussette..?

- ...

- [Unique question d'un assesseur] Et Madame, vous êtes suivie là  ? Vous prenez des médicaments peut-être ?

- Ben oui, Subutex et...

- Ah, Subutex ? Vous avez aussi des problèmes avec la drogue ? De la drogue dure, de l'héroïne ?

- Je tape l'héroïne Monsieur.

- Oui, ça n'arrange surement pas les voix, ça... Depuis longtemps ?

- Je tape l'héroïne depuis mes quatorze ans, Monsieur. Mais là  j'ai des médicaments. J'ai pas les crampes, j'ai pas mal...

- [La Présidente, après un long silence...] Bon, si personne n'a plus de questions... Nous allons réfléchir à  ce qu'on va faire de vous, la décision sera prise dans une semaine."

Odile garde la bouche ouverte, les gendarmes lui remettent ses menottes, et le trio bâtard quitte la salle dans un silence de mort, tout le monde la regarde, les yeux sont brillants, les sourires pathétiques et crispés, Odile à  mon avis ne nous voit pas, je jurerais qu'un des garçons de l'escorte à  envie de chialer, moi oui.

Et à  part toute l'émotion, toute la misère de cette gamine, je ne ressens ensuite pas de pitié, pas de compassion, ce ne sont pas les bons termes : juste une incommensurable honte pour nous tous, celle d'être là  et de faire partie d'un système qui permet çà , celle même de ne pas m'être levé pour dire que je la défendais, pour pouvoir hurler un bon coup ce que probablement pour une fois même les membres de la Cour pensent aussi : "qu'est ce qu'elle fout là  ????"

Les vigiles du magasin pouvaient la laisser partir.

Le Parquet pouvait ne pas la poursuivre, ou au moins avant ordonner une mesure d'expertise psychiatrique, au minimum.

Le Tribunal et la Cour pouvaient, et devaient, lui commettre un avocat d'office, qui pouvait et devait la sortir de là .

Ils pouvaient, la Cour le peut encore et j'ai eu l'impression qu'elle le ferait, certes appliquer la peine plancher, puisque c'est la loi, mais l'aménager entièrement en autre chose, n'importe quoi d'autre, que de la prison.

Ils pouvaient encore, c'est aussi la loi, refuser de la juger, et la déclarer pénalement irresponsable, même sans expertise, et de toute façon en ordonner une avant dire-droit, à  cette même fin.

Ils pouvaient, même en la condamnant, même à  du ferme, ne pas décerner mandat, la laisser libre, tenter encore même si ça l'avait déjà  été de l'obliger à  se soigner, à  accepter de l'aide, à  trouver logement social et pourquoi pas, travail aménagé...

Le législateur pouvait refuser de voter une loi inique dont cette application n'est malheureusement qu'un exemple, triste à  crever.

Ou à  l'inverse en tout cas se dépêcher de décréter l'urgence de la loi pénitentiaire tant attendue et ointe de toutes les bonnes promesses du monde, dont l'examen a encore une fois été repoussé...

Qui prévoit paraît-il entre autres, ENFIN, pour qu'ENFIN çA SERVE A QUELQUE CHOSE, de vrais moyens pour de vrais soins psychiatriques et psychologiques en détention...

Et aussi paraît-il que les détenus ait un accès, qu'on imagine limité, mais un accès, à  Internet...

Odile, quel que soit ton véritable prénom, si un jour tu obtiens le droit de lire ceci et que tu te reconnais dans ce ciré immense et ce joli visage abimé, ou si un jour tu es libre vraiment, dehors, dans un appartement qu'on t'aidera à  gérer, avec une dame t'aidant à  utiliser ton argent parce que tu gagneras ta vie dans un CAT où on te guidera dans un métier, et où deux fois par semaine, puis une, puis mensuellement, puis plus jamais, un médecin fera progressivement taire tes voix et se fermer ta bouche, Odile, et qu'un autre au même rythme diminue tes doses de produits de substitution et t'écarte définitivement des aiguilles, Odile, sœurette, si tu réapprends un jour à  sourire, tout bêtement...

Je t'embrasse tendrement.

Also available in : English

123 réactions

dont les 20 dernières sont :
M | LElfe | Shyndreth | idem | Pourquoi ? | Mussipont | Maître Mô | Mussipont | Mussipont | Maître Mô | Maître Mô | Jeune Avocat | Mussipont | Maître Mô | Mussipont | Maître Mô | Mussipont | Jeune Avocat | Mussipont | Maître Mô |

  1. 19 réactions

    Je vais être moins diplomate que Imaniyé parce que la diplomatie est ma principale lacune, mais je me soigne à  vie. La seule maladie qui semble ne pas pouvoir se soigner, c'est le handicap du coeur... bien que celle-ci aussi souvent résulte d'un profond manque d'affection. Même si la petite Odile n'avait pas été malade, atteinte au plus profond de son psychisme par des expériences terriblement traumatisantes, affaiblie par un désespoir profond et probablement un manque de nourriture sur le plan physique, mettre des menottes, même à  une personne dite "normale" pour une paire de chaussettes, relève pour moi d'une incommensurable connerie humaine. On met des menottes à  quelqu'un qui pourrait mettre en danger la vie des autres ou s'enfuir, mais pas à  une gamine qui n'a que la peau et les os et qu'un coup de vent suffirait à  faire tomber. Où est la dignité humaine dans tout ceci ? A part ça et pour répondre à  Mathilde, et après avoir consulté plusieurs articles de ce blog, je trouve que Maître Mo a une très jolie plume et dont on sent que les mots sont "habités". Il écrit joliment et simplement, de façon à  ce que tout le monde puisse comprendre et c'est cela l'essentiel non ? Qualité rare chez un avocat :-)

  2. 251 réactions

    Mais qui sont donc ces juges qui enferment des malades mentaux ?:???:

  3. 3579 réactions

    @ Imaniyé : vous êtes, indiscutablement, une sacrée avocate, avec ou sans la robe... Je veux d'abord vous lire, pour une fois plus gravement, et étayer un peu nos moyens. Mais bien sur que personne ne lâche rien !! Et qu'on n'en a pas fini, tous les deux...

    @ Passagère, et à  Imaniyé (que vous devez lire, Passagère, son site est dans mes liens en bas du blog, un rayon de soleil, en général et sur la "connerie humaine" en particulier, faisant toujours un bien fou !) : merci, votre appréciation me touche. Quant à  notre camarade Maîtlema (c'est une tentative de jeu de mots avec une faute de frappe, non?), je crois que ce n'était qu'un petit jet de salive impromptu et conçu comme ça, rien de bien important...

    @ Elvire : je vais vous dire un truc un peu définitif et un peu idiot, mais tant pis, je le pense vraiment : je crois que "juge", c'est une énorme fonction, peut-être la plus haute que des hommes peuvent donner à  l'un des leurs, et je crois qu'elle nécessite, au sens propre de "nécessaire", d'énormes qualités, presque celles d'êtres humains à  part, sincèrement.
    Je connais des juges qui sont ces femmes et hommes là ; j'en ai vu de mes yeux le devenir, soit sous l'impact de la pratique, soit plus encore en changeant de fonctions et en pouvant enfin s'épanouir pleinement, semblait-il.
    Mais j'en connais aussi, beaucoup si on y songe, prorata de leur nombre total, de mauvais, de vraiment mauvais, voire de pathologiquement mauvais.
    Et plein, mais alors plein, qui ne sont que des femmes et des hommes, avec tout ce que ça a d'agréable, et tout ce que ça a de fragile.
    Là  où le bât m'a toujours énormément blessé vis à  vis de cette incroyable fonction qui donne notamment le pouvoir de priver un homme de liberté, et que je serais totalement incapable d'exercer quant à  moi pour exactement cette raison là , c'est qu'en fait, je suis convaincu qu'un bon juge doit être un surhomme -éthymologiquement c'est exactement ce qu'il passe son temps à  faire, être au-dessus d'autres hommes...
    Et que ce n'est bien sur pas toujours le cas...
    Voilà  ce que m'inspire votre commentaire, sans vous répondre vraiment, et d'une façon qui peut sembler excessive mais d'une part c'est la fin du week-end, et d'autre part je le pense réellement !

  4. 124 réactions

    Merci Maître de m'avoir permis de rencontrer "Passagère" dont j'ai beaucoup aimé le site, la musique, les paroles, la voix, le talent quoi ! Et hop, dans ma blogosphère !

  5. 251 réactions

    Merci, merci, merci
    Je suis expert psy comme on dit : la démission me chatouille depuis des années parce que j'en ai marre de ces conneries, de ce retour à  avant 1789 où on ne savait distinguer les fous des criminels. 2 siècles de psychiatrie, Freud et le DMSIV, plus les nouvelles thérapies et la psychiatrie de secteur pour en arriver là  .... honte, comme vous dites, Maitre Mo, oui de quoi dégueuler de honte devant notre démocratie qui part en lambeau. Mais aussi révolte contre ces hypocrites qui nous gouvernent qui compassionnent pour les victimes médiatiques tout en fabriquant les enragés de de demain qui feront d'autres victimes.
    Et chaque fois je me dis que si on ne continue pas à  ramer contre le courant qui nous emporte que restera t il ? Alors je reste pour filer un coup de main aux juges qui font leur boulot d'humaniste et non de chien de garde de la sarkozie, aux avocats comme vous qui savent aussi pleurer sur ces justiciables victimes même si coupables (et réciproquement d'ailleurs) quand c'est trop plutôt que de battre les estrades pour leur gloire, pour les fous qu'on emprisonne, contre la chasse à  l'enfant .... bref cela aide de savoir qu'il y a encore des espaces d'émotion dans les prétoires.
    Merci

  6. 124 réactions

    Ahhhh, il fait du bien ce site ! N'en déplaise à  tous les Maitlema du monde ! :razz:

  7. 3579 réactions

    @ JacqueVictor : bienvenu ici et merci à  vous !! Avant tout de tenir, effectivement : on a, absolument, besoin de vous, encore et encore, même dans les conditions d'exercice qui sont les nôtres, même avec les résultats de votre travail, du mien, qui sont loin d'être toujours ceux qu'on espérait, même dans la machine à  broyer...
    Combien de fois j'aurais été sans vos analyses totalement démuni, combien de fois aux Assises et quant tout semble noir il reste cette discussion humaniste avec l'expert debout à  la barre qui croit forcément toujours un peu en l'Homme..!
    Allez, à  l'assaut, c'est lundi !!

  8. 19 réactions

    Merci pour ces gentils mots Imaniyé. Je prends contact en MP. J'étais allée déjà  sur le site Maître Mô, grande cliqueuse devant l'Eternel, d'ailleurs j'y suis également en ce moment à  écouter le player.

    Pour en revenir à  l'ONU, il y a plusieurs années déjà , j'entendais des rapporteurs me dire désespérés que lorsqu'ils arrivaient avec un dossier urgent avec des dizaines de millier de gens en péril, ces dossiers devaient parfois attendre 3 ans avant d'être traités, malgré plusieurs relances. Alors, qu'est-ce qui ne fonctionne pas dans cette organisation ? Trop grande ? Les problèmes économiques traités avant les problèmes humains ? ou pire encore, dirigée par les grands marionnettistes qui ont tout intérêt à  ce que cela ne se fasse pas ? A part ça, Maître Mô, ce blog est d'une lenteur de navigation, en particulier l'écriture des commentaires tout à  fait anormale. Un souci technique à  comprendre, peut-être le texte défilant en bas ? ce genre de choses ralentit parfois le flux. Ou alors, faut assigner l'hébergeur pour qu'il vous donne ce qu'il a promis :-)

  9. 1 réactions

    Une des mes amies bloggeuses m'a donné le lien de votre site, sans doute parce que récemment, j'étais à  la Maison d'Arrêt de Versailles pour une lecture/spectacle à  partir de témoignages de femmes (je suis comédienne). Ce n'est pas la première fois que je joue en milieu carcéral et je ne suis jamais ressortie indemne de ces expériences. L'histoire de "Odile" est terrible et sûrement pas unique, merci à  vous de tenir ce blog, avec tous les risques que ça comporte dans notre état hyper surveillé. Merci. Merci. Je reviendrais.

  10. 3579 réactions

    @ Passagère : Je rencontre effectivement quelques soucis techniques, qui n'accélèrent pas le parcours de ce cabanon, et je crois que c'est notamment lié à  nombre d'extensions que j'utilise, et dans lesquelles je ferai un grand ménage dès que j'aurai quelques minutes... (mais certaines apportent des fonctionnalités sympathiques, quand-même, y compris en termes d'esthétique...); je n'assigne pas immédiatement mon hébergeur, nous discutons lentement en ce moment, d'abord..! Mais je rencontre également un problème de "bande passante", c'est vrai, une experte me l'a confirmé...
    Tout ceci devrait aller en s'améliorant, j'espère que vous tiendrez bon !!

    @ Laurence : merci et bienvenue ! Je n'ai jamais pu m'habituer, pendant toutes ces années, à  "l'univers" carcéral, comme on dit, mal... A chaque visite, je ressort de là , en n'étant pourtant qu'un visiteur, oppressé et effrayé... Je n'ose pas imaginer l'impact de l'incarcération sur qui que ce soit y entrant pour y rester ! Quand je n'ai plus rien à  plaider, il me reste au moins ça : je HAIS, littéralement, la prison !
    Sinon, je ne crois pas prendre grands risques, en fait... Notre Etat, tout "surveillant" qu'il soit devenu, effectivement, demeure quand même, au monde, l'un de ceux où la parole est la plus libre, heureusement..! Et "Il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits" (crotte, j'ai un doute : c'est de qui ?), souvenez-vous..!

  11. 5 réactions

    Maître, Ce que vous décrivez là , c'est triste à  pleurer. La ségrégation qui se fabrique, pour chacun, chacune. Je voudrais vous dire ceci : en 20 ans, nous avons assisté à  une suppression de 40 000 lits en hopital psychiatrique. Alors, certes, l'hopital n'est pas la meilleure chose, je le sais bien. Mais aujourd'hui, il n'existe plus du tout de dimension asilaire de la psychiatrie. C'était pourtant jusqu'alors sa seule noblesse. Mes confrères psychiatres de la vieille époque étaient dans l'hopital. L'expression "aussi fou qu'un psy" vient de là  : d'un temps où les psys étaient avec leurs patients. Ceux de l'époque intermédiaire, n'y sont plus. Je me rappelle de mon premier poste hospitalier, comme psy : "vous pouvez venir, mais bon, si vous n'avez pas le temps, passez demain". Il y a une responsabilité d'ordre éthique qui dépasse la question des moyens. C'est un choix thérapeutique (la thérapeutique rapide pour dire ça vite), dont on paye très cher le prix. Vous voyez arriver sur la parquet la misère qui tapait hier à  la porte, lorsqu'il pleuvait, les matins froids, sur le troittoir de Saint Anne, avec une immense couverture, à  cette heure là  où les voix étaient trop fortes. Notre rôle thérapeutique serait de faire une place à  cela. Mais il y a une pente, une pente douce, celle qui a conduit à  ce que des gens ne fassent plus leur travail. Et si jamais vous voulez le faire, ce travail, pas d'inquiétude à  avoir : on vous dira, sobrement, que vous avez bien autre chose à  faire. Gérer, par exemple, le tour de garde de vos collègues infirmiers... Cordialement à  vous, Anna B.

  12. 3579 réactions

    Chere Anna, nous vivons et ressentons apparemment chacun dans nos domaines, parfois si proches comme ici, la même chose : ce glissement, cet abandon progressif, la pente que vous décrivez vers un oubli de ce que devrait être le boulot de chacun... Ce qui n'augure pas de lendemains chantants...
    J'aime énormément votre expression "il n'existe plus de dimension asilaire de la psychiatrie", c'est un des cœurs du problème... Et pas seulement en psychiatrie.
    Il me faut, décidément, cette "passerelle" légale entre mes clients et vos patients...

  13. 5 réactions

    Cher Maître, La passerelle légale, malheureusement, n'est plus même une solution je crois bien. On ne peut compter que sur l'intelligence de la situation qui peut être engagée à  un moment donné. Historiquement, l'hopital avait effectivement cette dimension, en même temps asilaire, et en même temps légale. L'infirmerie psychiatrique était celle de la Préfecture de Police (à  Paris s'entend, où j'exerce, où les dispositifs institutionnels datent principalement de la loi d'Esquirol de 1838, qui était une loi très fine). Le paradoxe est singulier, puisqu'à  cette époque là , il y avait une réelle dimension d'accueil (voir à  ce propos les études et témoignages psychiatriques inégalés encore aujourd'hui dans leur précision de son médecin-chef de clinique, le Docteur Gaétan de Clérambault) à  partir d'une gestion policière.La subjectivité de chacune, de chacun, dans une société rentabiliste, est totalement effacée. Dans le même temps, la chimie a fait son œuvre. A tort, une bonne piqure de loxapac serait réputée plus efficace qu'une bonne prise en charge. Le contexte législatif ne vous aide pas. Le contexte du soin aujourd'hui ne nous aide pas non plus. A vouloir rentabiliser à  tous les étages, les instances administratives de la santé (car n'oublions pas que c'est l'Administration qui a désormais toujours le dernier mot), ont produit l'effet contraire, ce qui était sous jacent à  la politique de santé mentale : tout coûte désormais cher puisque les structures ont été démentelées. En retour de quoi, tout le monde est dans la rue, au nom de l'impuissance générée par le démentèlement initial. Mais le pire n'est pas seulement la disparition des lits, c'est l'agencement par lequel il n'est plus possible, du tout, aujourd'hui, d'en ouvrir de nouveaux. Car, était compris dans le sabotage l'impossibilité même de pouvoir trouver un point de respiration pour la maladie, même ailleurs et même autrement. 40000 lits, ça coûte Y Euros. Les fermer, ça n'économise guère mieux. En rouvrir, genre pour l'hiver ou pour les week-ends, ça coutera 10000 fois Y Euros. Parmi mes patients, certains sont passés ou passent par la case "prison", ou la case "justice". Je me trouve désormais à  soutenir une position de leur part, je les "prépare" comme on dit, pour qu'ils puissent bien se défendre, si je puis dire comme ça. Mais la tâche est immense. Le rapport au langage est faible pour certains. Car, à  propos d'Odile, la question centrale est la suivante, j'ai lu avec beaucoup d'attention ce que vous rapportez : la juge n'a pas l'idée qu'Odile et la justice ne parlent pas la même langue. Attention, je ne remets pas en cause cette juge, parce que le travail de repérer ce côté "paumé" dans la langue n'est pas son travail. Reste que la justice formule une dialectique inaccessible à  Odile. Ce n'est pas une question de compétence, ce n'est pas une question intellectuelle, c'est une question liée au rapport au langage d'Odile. Il existe des sujets qui n'ont pas un rapport précis à  la langue universelle. La langue universelle est celle qui se fonde à  partir de la loi, du droit comme pivot de structuration. Lorsque vous n'avez pas accés à  la langue universelle, que vient s'y substituer les voix, les commandements, les délires de persécution, le droit n'opèrera pas. Seule la nécessité fait force de loi ultime. Survivre, point. J'ai connu des patients qui préféraient aller en prison, quitte à  être paumé, il y avait au moins un mur qui les arrête... Là  où nous nous rejoignons, dans le fond, c'est en ceci qu'aujourd'hui, le législateur fabrique un placage, plus qu'une loi. Le législateur, en répondant aux demandes sociales d'un commandement abstrait qui se résumerait par "tous victimes", vous met et nous met face au réel le plus cru, face à  un "sans loi", qui efface les discours possibles. Qui efface le discours de l'avocat, du juge, du justiciable, qui efface le discours de chacune, de chacun, qui peu à  peu rend chaque situation à  l'arbitraire d'autorité, sous des motifs initiaux absolument positivistes "les français seront contents de savoir que l'on ne peut récidiver...". Dés qu'une situation se pointe, la boussole s'affole. La ministre intervient, le Président aussi, les décisions sont prises avec des contorsions impossibles à  gérer, le magistrat est paumé, et, naturellement, le justiciable ne l'est pas moins. Le contemporain, c'est ça : l'éclatement des discours. Alors, je me suis rendu compte, souvent, qu'à  défaut de pouvoir s'appuyer sur l'Institution, quelle qu'elle fut, il s'agit de créer une insitution spontannée, avoir un réseau qui permette de dialoguer, en dehors des clous. C'est comme une sorte de résistance. Bien à  vous, Anna B.

  14. 1 réactions

    Encore une fois, la honte. Dans une autre vie (que ça paraît loin!) j'ai été psychologue, j'ai vu se dégrader les services de psychiatrie, toujours moins de personnel, toujours plus de malades paumés dans la nature, qui mijotent comme ils peuvent dans leurs angoisses et leurs souffrances, essayant de ne pas faire trop de bulles pour ne pas se retrouver dans des situations catastrophiques ou en tôle. Pour eux, désormais, les hôpitaux s'ouvrent au compte goutte, mais les portes des prisons sont grandes ouvertes.

  15. 1 réactions

    Etonnant : en général, ce genre d'article donne lieu à  une levée de boucliers des matraquolâtres, en général au pseudo ronflant (depuis l'époque des lettres à  la Kommandantur, les gens courageux sont souvent distraits), pourfendant ces affreux droits-de-l'hommistes évangélistes qui, bien sûr, dès qu'on touchera à  leur sacro-saint portable la famille, les amis, c'est secondaire), voudront qu'on enferme, torture et extermine ces affreux criminels dès la naissance. Et là , un seul, et en plus avec des termes modérés, au-delà  du cliché ? (J'adore la référence à  Royal, réaction Pavlovienne qui outre qu'elle démontre une ignorance crasse des enjeux, ajoute encore un cliché. Doit-on en conclure a fortiori que les gens de droite sont tous des nostalgiques des ordres noirs. Pas le monopole du cœur, qu'ils disaient.)Tout ça parce qu'EUX sont bien portants, ont eu une vie normale, sont des gens normaux qui ne traversent pas la viehors des clous, et ne seront content que lorsque le monde entier sera une gigantesque prison pour tout le monde, sauf euxQuant aux Odiles de ce monde, profitons-en, ce n'est que la prison, ils et elles n'ont pas encore droit à  la roche Tarpéienne. Cela viendra peut-être.

  16. 3579 réactions

    @ Thomas : Vous avez raison, ça m'inquiète même... Quand Aliocha, Eolas et d'autres sources de liens ont tout à  coup fait enfler les visites de ce blog, je me suis armé en me préparant à  affronter des hordes de trolls (je n'aime définitivement pas ce mot, trop chantant : disons qu'ici, ils s'appelleront les "nondits", pas trouvé mieux pour l'instant, si vous voyez une appellation avec  un jeu de Mô, ne vous privez pas...), et... Presque rien.
    J'en déduis, raisonnablement que ce blog est encore tout petit, et ne les intéresse pas trop, et dés lors que le fait de rester petit ne me dérange pas; et moins raisonnablement, que sa gentillesse générale et une forme d'humanisme (je parle de moi, là , mais oui...) privent un peu les méchants de leurs dents cariées !
    Une autre chose est très efficace en général, vous avez cent fois raison : qu'il arrive à  un de leur proche, qu'ils aiment, de déconner : tout s'inverse, et les droits de cette personne deviennent soudain majeurs... Ils vous diront que ça ne leur arrivera pas, justement... Et ça leur arrive. Bref, ne les attirons pas...

    @ Anna B. et Jardin : Vous dites tout, et sacrément bien. Ajoutons hélas qu'à  mon sens, nous n'avons jamais pu réellement, nous avocats notamment, travailler à  vos côtés, ensemble...
    Ce qui est effarant, c'est que pas un avocat ou un juge pratiquant le pénal, et pas non plus un psychologue ou un psychiatre praticien de la même matière, ne dirons, nulle part, être satisfaits du système actuel... Et qu'il ne bouge pas. Attendons la Loi Pénitentiaire annoncée, auto proclamée "Grande Réforme", pour ce qui concerne, au moins, les soins et les suivis carcéraux et post-carcéraux... Mais je n'y crois pas, pas de pognon, pas d'intérêt du bon peuple pour ces gens-là ... Politiquement donc, pas d'efforts payants à  consentir...
    Nous souffrons aussi, avocats toujours, d'un manque de formation à  vos métiers, à  ma connaissance les Centre Régionaux de Formation des Avocats n'en dispensent encore aucune... (Je crois que vous en revanche disposez de notions de droit...).
    Anna, je comprends que vous privilégiez une solution pratique et concrète basée sur les bonnes volontés plutôt que sur la loi, évidemment -on en est tous là  !!
    Mais je persiste à  penser qu'il y a un vide entre le tout psychiatrique et le tout pénal, un vide abyssal dans lequel sont jetés, comme vous l'expliquez très bien (les mots... Un grand pénaliste disait après une loudre condamnation : "Quarante mots de plus dans son vocabulaire et il était acquitté"..!), une foule de gens ni "dangereux", ni "irrécupérables", Odile...
    Et que cet intervalle devrait être comblé. En force. Pour dégarnir les prisons et pas forcément remplir les hôpitaux, une sorte de bracelet judiciaire psy... Restant à  inventer mais qui serait une prise en charge, comme le nom l'indique...
    Apprendre à  parler ?

  17. 1440 réactions

    Bonjour Maître,
    je vous lis depuis quelques jours déjà  (je dois faire parti des pénibles qui ont tout lu, juste histoire de surcharger votre hébergeur) mais je ne me serais point permis d'intervenir (je n'ai pas, à  mon sens, le vécu nécessaire pour répondre et discuter ainsi de la douleur des autres) si ce n'était ce dernier post de votre part : un jeu de Mô pour vos trolls ? Puis je avoir l'outrecuidance de proposer, simplement, Mô-tus ?
    au plaisir de continuer à  vous lire

  18. 251 réactions

    odiloune

  19. 3579 réactions

    @ PITRe : outrecuidez quand vous le souhaiterez, je prends ! Les Mô-tus... Vendu !

  20. 3579 réactions

    @ Laurence BIS : un vieux soutier de ce blog, Benjamin, me répond gentiment en me signalant que la citation employée dans mon précédent commentaire (70) est de Beaumarchais, dans Le mariage de Figaro, comment ais-je pu oublier...
    "Je lui diraisque les sottises imprimées n'ont d'importance, qu'aux lieux où l'on en gène le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ; et qu'il n'y a que les petits hommes, qui redoutent les petits écrits."
    Merci, Benjamin !

Trackbacks/Pingbacks:

Recommandations

Fin des commentaires, et Humbles recommandations - Mô-de d'emploi

  • Les commentaires sont "imbriqués", ce qui ne signifie pas qu'ils s'accouplent, mais que l'on peut y répondre directement, la réponse s'affichant alors non plus ici, mais sous le commentaire concerné ci-dessus...
  • Les articles de ce blog, contrairement aux décisions de justice, peuvent être commentés en tous sens, en vous remerciant simplement par avance de bien vouloir faire des phrases et non pas des sms...
  • La barre d'outils ci-dessous vous permet quelques petites mises en forme, et même de vous corriger durant quelques minutes après envoi.
  • Si vous n'avez pas encore votre représentation personnalisée sur le Web, vous pouvez l'enregistrer trés facilement sur Gravatar , selon une procédure, évidemment gratuite, trés rapide et simple : c'est plus joli d'avoir à côté de vos MÔ´s l'avatar que vous vous serez choisi vous-même, plutôt que l'austère et symbolique avocat noir qui s'affichera à  défaut...
  • Merci de n'insérer que deux liens au maximum dans le texte de votre commentaire et deux mots maximum pour votre pesudo : il serait, au-delà, irrémédiablement et automatiquement détruit en tant que spam...
  • Enfin, n'oubliez pas de cocher la case qui certifie que vous êtes humain.
  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    *

    Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

    Markup Controls Gras Italique Souligné Barré
    Insérer un lien Insérer une citation entre les guillemets Insérer une info-bulle entre les guillemets Insérerez entre les guillemets l'expression littérale de votre acronyme Insérer un code
    Emoticons Smile Grin Sad Surprised Shocked Confused Cool Mad Razz Neutral Wink Lol Red Face Cry Evil Twisted Roll Exclaim Question Idea Arrow Mr Green

    Notifiez-moi les commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.